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Fouilles archéologiques dans le centre de Roubaix

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FOUILLES ARCHEOLOGIQUES AU CENTRE DE ROUBAIX

 

Par le Docteur Philippe Schaeffer

 

Les bouleversements de l'urbanisme au centre de notre ville ont permis, grâce à des fouilles archéologiques préventives, de préciser ou de confirmer certaines données historiques.


Deux chantiers ont été particulièrement suivis par les équipes de l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) dirigées par Ludovic DEBS, la grand' place et l'ilot de la salle des ventes.

La Grand'Place

 

L'implantation d'une station de métro en plein cœur de la ville médiévale était une occasion unique d'élargir nos connaissances sur le passé de la cité. Ce chantier est situé dans la prolongation de la Grand' rue, au sud de l'église Saint Martin, à l'emplacement de la station actuelle , et mesure 58 mètres de long sur 22 mètres de large.

 

Qu'allait-on trouver sous les pavés de cette vieille place?

           

 

1- Des fosses médiévaux :

Les 9/10éme de la surface étudiée sont occupés par une série de fossés successifs. Le fossé le plus ancien est rectiligne, d'axe est-ouest. La berge nord peut être dégagée sur toute la longueur de la fouille. Sa largeur maximale est de 15 mètres et sa profondeur de 3 mètres. Il ne contient pratiquement rien. Cette largeur peut paraître surprenante, sauf si l'on se souvient que le pont construit sur le Trichon, rue Neuve, en 1727, mesurait 45 pieds, soit 15 mètres.

Un second fossé a été creusé dans le comblement du premier. Il est un peu plus profond(3,50m) mais moins large(12m), ce rétrécissement s'étant fait aux dépens de la berge nord qui a été remblayée. Ce fossé s'incurve au sud-est vers la rue du Château. L'étude des remblais met en évidence quelques tessons des XIè et XIIè siècles .Plusieurs fosses sont visibles, de même que deux petits fossés évoquant des égouts se jetant dans le fossé principal .

 

Tous ces éléments correspondent à une zone d'habitation et permettent donc de supposer que la Grand'Place n'existait pas encore aux XIIIè etXIVè siècles.

 

Puis ce grand fossé est-ouest est rétréci par un nouveau comblement de sa berge nord sur 2 à 4 m de large, la zone d'habitat disparaît, ce qui pourrait correspondre à la création de la Grand'Place;

 

Ceci est d’autant plus probable qu’un peu plus tard, à la fin du XVè ou au début du XVIè siècle, toute la partie est de ce fossé (coté Grand’rue) est comblée totalement, rendant la communication plus facile entre les habitants et les nouvelles constructions qui prenaient de l’importance dans la vie de la cité : le château et la halle échevinale, puis un peu  plus tard l’hôpital Sainte Elisabeth.

 

En effet, l’espace dégagé, entre Saint Martin et la voie d'eau, est maintenant occupé par une voirie révélée par de nombreuses ornières qui contiennent du matériel de recharge s’échelonnant du XVè au XVIIIè siècle.

 

Cette rue, qui constituait l’axe principal de la ville, de la Grand’rue à la rue Saint-Georges, existait certainement auparavant, mais a du être déplacée en raison de l’agrandissement de l’église vers le su

 

 

2- Les structures de l'angle sud-ouest

 

Les premières traces d’occupation décelées de l’autre coté du fossé, sur la berge sud,(donc du coté de la mairie actuelle) datent du XVè siècle. Une maison semi excavée, reposant sur le sol naturel, fait l’angle avec la rue du Château.«Située dans le prolongement de l’hôpital Sainte Elisabeth fondé en 1488, elle fait partie d’une série de maisons privées rachetées par cette institution en 1657»( L.DEBS)

 

Le sol dallé en pierres de Tournai est de plain-pied avec le fossé qui longe la façade. Une ouverture dans le mur permet l’accès au cours d’eau. Sa largeur inhabituelle (2m) laisse supposer que le fossé pouvait servir à un trafic par barques, certes limité, mais sans doute fort pratique pour le transport des matériaux pondéreux, surtout quand on connaît l’état de la voirie.

 

Cette porte de façade est fermée à l’époque moderne. Notons, pour être complet, la présence d’un massif semi-circulaire pouvant être la base d’un escalier du XVIIIè ou XIXè siècle et l’installation d’un gros égout voûté en briques, du XIXè siècle.

 

L'îlot de la salle des ventes

 

 

Les archéologues se devaient de surveiller et d’étudier ce chantier, destiné à l'implantation d'un supermarché ,qui occupait une superficie de 4 ha, fait exceptionnel au centre d’une ville. Cet îlot est délimité par quatre des neuf rues déjà connues au Moyen Âge, la rue du Curé, la Grand’rue, la rue Jean Monnet, ancienne rue Pauvrée et la rue Pellart, englobée dans l’avenue des Nations unies. Il est situé au cœur de la ville du XVè siècle, entre l’église Saint Martin, point central de l’agglomération et sa limite extrême à l’est, les «haies Carette». Les objectifs de cette opération archéologique étaient donc de déterminer la nature, l’étendue et la chronologie de l’habitat. On ignore, en effet, ce que contenait cet îlot au Moyen Âge. Une partie des 80 parcelles arrentées par Pierre de Roubaix s’y retrouvent certainement. Mais, on ne sait si elles étaient occupées par des notables, des commerçants, ou des artisans, du textile notamment.

 

Les fouilles, également dirigées par Ludovic DEBS, se sont étalées de 1998 à 2002, au fur et à mesure des démolitions. Elles ont été divisées en dix zones (Fig.2) qu’il serait fastidieux de détailler et dont nous ne retiendrons que quelques éléments significatifs.

 

La zone 1, au-delà de la rue Jean Monnet, ne contenait aucune trace de construction antérieure au XVIIè siècle, ni aucun vestige des haies Carette.

 

La zone 2, donnant sur la rue Pellart, a été très remaniée au XIXè siècle par la construction de courées, puis de douze maisons ouvrières et enfin de bâtiments plus grands sur la rue . En dehors d’une petite cuve en bois, comblée au XVIIIè siècle, trace possible d’une activité textile, et de quatre puits, un petit fragment de sol du XVè siècle a été bien daté par de nombreuses céramiques.

 

Les zones 3 à 10 ne contenaient aucun vestige antérieur au XVIIIè siècle.

 

Pour le directeur de cette fouille «l’absence quasi-totale de vestiges médiévaux laisse perplexe. L’étude historique indiquait un potentiel important.

 

Les quelques traces d’époque médiévale découvertes sont insignifiantes au regard de ce potentiel. Les destructions imputables essentiellement à l’essor industriel de la ville ne saurait expliquer totalement ce vide» qui est surprenant, en particulier, prés de Saint Martin et de la Grand’Rue.

 

Ce vide est d'ailleurs confirmé dans une autre zone du centre: une surface de 6000m2 vient de se libérer entre la rue du général Sarrail et le rue des Fabricants. Les sondages effectués par l'INRAP n'ont révélé aucun vestige médiéval.

 

Interprétation

 

Ces fouilles sont importantes, car elles apportent les premiers éléments concrets permettant « d’esquisser le schéma du développement de Roubaix », tout en gardant à l’esprit qu’un chantier aussi limité pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses, et donc que le schéma proposé demeure actuellement du domaine de l’hypothèse.

 

Le cours naturel du Trichon en centre ville, n’est pas bien connu, car, dés le Moyen Âge il est détourné pour alimenter les fossés du château. La logique de la topographie voudrait qu’il passe à l’origine beaucoup plus au nord, entre le château et l’église, soit à l’emplacement de la Grand’Place, au fond du thalweg situé entre les deux modestes collines qui vallonnent Roubaix au nord et au sud. « Il est donc possible que le fossé le plus ancien traversant la fouille [de la Grand’Place] soit en fait le Trichon ».

 

L’implantation et le développement de Roubaix se sont faits manifestement au nord de l’axe constitué par la  Grand’rue et la rue Saint-Georges (rue du Gal Sarrail) qui semble pendant très longtemps être la limite méridionale de l’agglomération. « Cette limite pourrait fort bien avoir une origine naturelle, en l’occurrence les bords du Trichon ».

 

La partie sud reste le domaine du seigneur. Pierre de Roubaix, au XVè siècle, transforme l’«humble tourelle» de ses ancêtres en un château plus digne de son rang, entouré de murailles et d’un double fossé, occupant un terrain de 3 ha. Le creusement de ces fossés, associés à ceux qui entourent le bourg (les haies Agache, Pollet et Carette) modifie certainement l’hydrographie et entraîne l’assèchement de la zone et la régression du Trichon. Mais cette barrière naturelle est remplacée par l’hôpital Sainte Elisabeth (qui occupe 8000 m2 avec ses dépendances)  et la halle échevinale qui isoleront, pratiquement jusqu’à la révolution, le domaine seigneurial de la ville qui se développera au nord, à l’est et à l’ouest.

 

Si, à partir du XVè siècle, le château et son domaine sont clairement au sud, on ne possède aucun renseignement concret sur l’emplacement de la résidence primitive des seigneurs de Roubaix, cependant connus comme tels depuis le XIè siècle. On s’accorde à penser qu’il s’agissait d’une grande demeure sommairement fortifiée, relativement modeste, mais servant de point d’ancrage territorial autour duquel le seigneur, quand il ne guerroyait pas au loin, essayait d’accumuler les fiefs, sources essentielles de ses revenus.

 

Une première hypothèse, fondée principalement sur le parcellaire, situe la motte castrale et la basse-cour au nord du Trichon et de l’église Saint Martin, cette dernière correspondant initialement à la chapelle du château. Dans ce cas, on peut concevoir un premier petit bourg blotti autour de l’ensemble castral, un peu en hauteur, à l’abri d’éventuels débordements de la rivière.

 

La seconde solution veut que, dés l’origine, les châteaux se soient succédés au même emplacement, au sud. Mais là encore, l’absence de fouilles nous prive d’éléments objectifs. Seul indice, le deuxième fossé mis à jour sur la Grand’place, daté des XIè-XIIè siècles, qui tourne vers l’actuelle rue du Château et qui pourrait donc être en rapport avec un premier bâtiment castral.

 

Quant à la pauvreté des vestiges médiévaux trouvés dans l’îlot de l’hôtel des ventes, elle semble montrer que l’arrentement de 80 parcelles par Pierre de Roubaix au XVè siècle n’a pas profondément modifié la répartition de la population entre le bourg et la campagne. Les roubaisiens demeurent en majorité des paysans isolés, ou regroupés en petits hameaux dispersés ,(dont on retrouve les noms dans les différents quartiers de la ville actuelle),  vivant sur leur exploitation agricole, en dépit de la structuration en commune dés 1414, avec la création d’un échevinage.

 

Jusqu'à l'explosion démographique du XIXè siècle, le paysage roubaisien est encore très campagnard: ne recense-t-on pas,en 1783, autour du bourg central, plus de 8000m2 de bois

 

(Trichon, Ribobus, Ommelet, )tandis que moins de la moitié seulement(47%)de la population réside dans le bourg.

 

Les constatations archéologiques confortent donc les données historiques.

 

Conclusion

 

Roubaix semble être  née sur la rive nord du Trichon dont le rôle a peut-être été sous-estimé. Malgré un accroissement lent, mais régulier de ses habitants, passant de 500 au début du XVè siècle  à 4700 en 1716, le bourg lui-même grandit très peu au cours du Moyen Âge. La société roubaisienne médiévale reste une société rurale. Les nombreuses exploitations agricoles, dans lesquelles apparaît une première activité textile à domicile, sont éparpillées sur tout le territoire, contrastant avec un centre qui reste réduit, enfermé pendant plusieurs siècles, dans ses limites médiévales.

 

Bibliographie :

 

- L.DEBS «Fouilles archéologiques du métro de Lille.La Grand'Place de Roubaix ».Revue du Nord-Archéologique 1995(Tome LXXVII) n°313, p.199-206

 

- Y.M. HILAIRE. Histoire de Roubaix. Les éditions des beffrois, 1984

 

- P. SCHAEFFER  « Roubaix et l'archéologie », Gens et Pierres de Roubaix - 2008,n°5 et 2009, n°6

 

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par Goddaert le 24/09/2016
Bonjour Pouvez vous me dire en qu'elle année " voir date complète" fut démoli le château de pierre de Roubaix, il me semble en 1805 et au archive de Roubaix en 1835 la démolition du reste du château. en vous remercient d'avance pour votre réponse Mr Goddaert