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de Roubaix
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Une ferme gauloise

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UNE FERME GAULOISE
 
Par le Docteur Philippe SCHAEFFER
 
 
L’archéologie a récemment permis à l’histoire de Roubaix de remonter de plusieurs siècles vers ses origines. La découverte d’une habitation d’époque gauloise prouve, en effet, que le territoire de la ville était déjà occupé au début de notre ère.
 
 
A L’ORIGINE DE LA  DECOUVERTE
 
 
 
A l’occasion de l’installation d’un gazoduc provenant de Hollande, en 1984, le chantier a été surveillé par l’abbé Tieghem, à l’initiative de P. Leman, alors directeur de la circonscription archéologique.
 
Et c’est ainsi que dans un terrain longeant l’ancienne voie ferrée Somain-Halluin, délimité par l’avenue du Parc des Sports et la rue du Carihem, à plus d’un mètre de profondeur, est apparue une couche tout-à-fait anormale.
 
Il s’agissait d’une couche brune, très contrastée, de 10 à 20 cm d’épaisseur, s’étendant sur plus de huit mètres de longueur, contenant de nombreux fragments de céramique.
 
Ce n’est qu’en 1999, et pendant cinq étés consécutifs, qu’une fouille systématique a pu être organisée sous la direction de l’abbé Tieghem et de P.Gillon
 
 
 
 
LES FOUILLES ARCHEOLOGIQUES
 
Ces cinq campagnes de fouilles ont mis en évidence une habitation gauloise, antérieure à l’influence gallo-romaine, que l’on peut dater, en particulier par la céramique, du règne de l’empereur Auguste, soit de -27 avant JC à + 14 après JC, l’occupation se prolongeant sans doute quelques années au-delà de ce règne.
 
Les murs de ce bâtiment rectangulaire de 20 m sur 10 m étaient construits en adobe (briques crues séchées) et avaient 45 cm d’épaisseur. L’absence totale de tuile laisse penser que la toiture était en chaume.
 
Le sol, creusé de 40cm, était recouvert d’un épais tapis végétal au sein duquel ont été isolés un foyer, des chenets, des fragments de dolia (grands vases sphériques à demi enterrés). Des centaines de tessons provenant d’ustensiles culinaires brisés ont été soigneusement recueillis. De nombreux restes osseux d’animaux domestiques permettent de se faire une idée de l’élevage et de l’alimentation de l’époque : les ovins, moutons et chèvres, prédominent, le porc est présent, le bœuf plus rare.
 
Après quelques années d’occupation, deux murs ont partagé la maison en trois parties égales réduisant l’espace d’habitation au profit d’ateliers où l’on travaillait le cuir et la laine (déjà !) comme en témoignent la présence d’alènes en os, de fusaïoles et de pesons de métier à tisser en terre cuite.
 
 
La céramique est souvent l’élément le mieux conservé qui permet ainsi de dater un site avec précision et, au Carihem, plusieurs milliers de tessons ont été recueillis qui peuvent être répartis en deux groupes :
 
 
1° Une série indigène, représentant la plus grande partie, correspond à une production locale rattachée à la période de La Tène finale (2ème et 1er siècle avant JC). Elle comporte essentiellement des vases en pâte grise ou brune, non tournée, sommairement décorés.
 
2° A coté de cette poterie grossière, on trouve des produits d’importation ou de fabrication gallo-romaine, céramique plus fine et tournée. Il s’agit de plats moulurés, d’assiettes décorées de stries et portant parfois la maque du potier, d’écuelles, de pots de terre noire lustrée (terra nigra), d’amphores à pâte blanche micacée, de vases à pâte rose(terra rubra), de plats peints en rouge pompéien.
 
 
 
On relève également quelques rares sigillées ainsi que des fragments de gros dolia destinés à conserver les provisions.
 
Enfin, à l’écart de la maison, on a retrouvé un four à métaux avec des culots de fonderie, des scories, des clous forgés. La fouille a fourni plusieurs fibules, épingles en bronze et en fer, des poinçons en os, des fragments de meule.
 
 
 
 
 
CONCLUSION
 
Cette fouille archéologique apporte assez d’éléments pour pouvoir affirmer que vers l’an 10 avant Jésus-Christ, un fermier gaulois s’est installé au Carihem. Il y a édifié une habitation un peu inhabituelle avec des murs d’argile crue.
 
Ce modeste paysan, de la cité des Ménapiens, a cultivé le sol qui se trouvait au bord de la rivière, l’Espierre, et a certainement pratiqué l’élevage (moutons, chèvres, porcs, bovins). Une métallurgie artisanale devait fournir l’outillage agricole. L’abondance des fragments de céramique évoque la possibilité d’un atelier de potier à proximité, bien que la fouille, limitée dans l’espace, n’ait pas mis en évidence de four.
 
Durant la première moitié du 1er siècle, entre 14 et 50 après Jésus-Christ, l’occupation du lieu a cessé. Sol épuisé, humidité trop importante, épidémie ? On l’ignore.
 
On ne sait rien non plus du voisinage. Y avait-il d’autres habitations aux alentours, un cimetière à proximité ? La région de Roubaix restait à l’écart des grands axes routiers de l’époque et rien ne permet d’affirmer l’existence d’un habitat groupé à cette période.
 
En tous cas, ce chantier archéologique a permis de mettre à jour ce qui peut être considéré comme la plus ancienne maison de Roubaix, enrichissant ainsi la longue histoire de notre ville.
 
                                                                                                                                                        
 
Bibliographie :
G.TIEGHEM et Ph. SCHAEFFER « Une ferme gauloise à Roubaix ».
Gens et Pierres de Roubaix, 2006, n°2
 
 
 
 
 
 
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par Bertie le 16/11/2014
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