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de Roubaix
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La presse de janvier

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Vendredi 13 janvier : « Les billets de logements ». Chaque soir, principalement en cette saison de l’année, on voit de pauvres hères, de malheureux ouvriers sans travail, et parfois aussi des professionnels de la mendicité, des « trimardeurs », se diriger vers le poste central de police, Grand’Place. Que vont-ils y faire ?
Solliciter des billets de logements, faire appel, se trouvant sans ressources, à la charité publique.
En toutes saisons, à Roubaix, on distribue au poste de police, service de la sûreté, des billets de logements, mais les solliciteurs se font particulièrement plus rares en été, alors qu’en hiver, certains jours, une vingtaine de billets de logement sont distribués.
En 1910, il y a eu exactement 3953 billets de distribués, soit 1892 pour le 1er semestre et 2061 pour la période de juillet à fin décembre.
Le bénéficiaire se présente à l’auberge qui lui a été désignée, où contre remise de son billet il reçoit le couvert, le soir, le gîte la nuit et le café le lendemain matin. Chaque billet coûte au budget municipal 85 centimes. La dépense totale pour 1910 a été de 3359,05 francs.
Argent gaspillé, diront certains esprits étroits, quelques misanthropes ; argent employé à accomplir une bonne action diront certains autres.
Il faut voir de près, observer, étudier la psychologie de ces malheureux qui sont contraints de s’adresser à la charité publique pour ne pas tomber d’inanition, pour ne pas dormir dans les maisons en construction ou errer la nuit par les rues de la ville pour se convaincre de l’utilité de ces billets de logement.
Dans le nombre de solliciteurs se trouvent quelques « chevaliers du bâton » qui préfèrent rouler de ville en ville, de village en village, plutôt que de travailler. Le jour, ils « tirent le pied de biche » ; le soir, ils sont les clients assidus des refuges de nuit, aujourd’hui à Roubaix, demain à Lille, ou ailleurs.
Mais combien d’autres, de braves ouvriers atteints par le chômage, à la suite d’une maladie ou pour toute autre cause, sont heureux de pouvoir faire appel au billet de logement que presque que toutes les localités ont adopté en votant au budget, un crédit pour une œuvre philanthropique.
A la campagne, les chemineaux trouvent le couvert chez le fermier, qui, sous une écorce un peu rude, cachent en général, un cœur sensible, ils passent la nuit dans la grange sur un épais lit de paille, ou dans les refuges, édifiés à certains croisements de route par les municipalités.
 
(Le Journal de Roubaix).
 
 
Dimanche 15 janvier : Dans son numéro de mardi, le Journal de Roubaix a publié une lettre d’un lainier de Tourcoing concernant la prochaine fête Saint Blaise, patron des trieurs. Dans cette lettre, notre concitoyen disait : «  Quelques semaines nous séparent de la fête Saint blaise. C’était dans le temps, un grand jour pour les « lainiers », où l’on voyait réunis à la même table : patrons, employés et ouvriers. Depuis, les coutumes ont changé, mais pas à leur avantage ! En effet, que resterait-il de ces belles traditions, sans l’initiative de la toute petite Association Saint Blaise, laquelle a groupé sous sa bannière les rares fidèles aux usages de l’ancien temps ? Chaque année, elle fait célébrer une messe et ensuite, elle réunit dans son local, au Casino, en un banquet, patrons, employés, ouvriers et invités. J’insiste sur le mot « invités » et connaissant l’affabilité accueillante de son Président M. Emile Barrois, n’admettrait-elle pas à sa table les isolés et les représentants de toutes les maisons de négoce de Roubaix et Tourcoing. Je souhaite que mon appel soit entendu et que les intéressés aidant, nous aurons la fête Saint Blaise brillante et égale pour tous. « Un lainier ».
Emile BARROIS- Président de l’Association Saint Blaise.
 
(Indicateur de Roubaix-Tourcoing- 1911).
 
 
Vendredi 20 janvier : Tramways : L’Electrique Lille-Roubaix-Tourcoing Ligne A de Lille à Roubaix ; projet de doublement de la voie avenue le Nôtre. Monsieur le Directeur de l’Electrique Lille-Roubaix-Tourcoing informe Monsieur le Maire qu’il s’est mis d’accord avec l’Administration de l’Exposition de Roubaix sur les bases de la subvention à verser par cette Compagnie à l’Administration de l’Exposition. Ces bases sont les suivantes : Il sera fait état des recettes-voyageurs effectuées sur la ligne de Roubaix en 1911, depuis l’ouverture jusqu’à la fermeture de l’Exposition et celles de 1910 pendant la période correspondante. La subvention à l’exposition sera de 5% du supplément des recettes de 1911, dont il est fait état, par rapport à celles de 1910. Un minimum de 15 000 francs sera pourtant garanti. M. Le directeur de l’Electrique ajoute que dans l’impossibilité où la Compagnie se trouve d’assurer entre Lille et Roubaix un service fréquent, s’il n’est pas procédé au doublement de la voie avenue Le Nôtre, il a subordonné son accord définitif avec l’Administration de l’Exposition à l’autorisation à donner par la Ville de Roubaix du doublement de la ligne dans la section comprise entre le terminus du grand boulevard et le haut du boulevard de Paris et de l’installation de voies de garage aux abords de l’Exposition. Un avant projet de ces installations est joint à la demande d’autorisation qu’il adresse pour être soumis à l’approbation du Conseil municipal.
 
Cet avant projet montre que la double voie provisoire doit s’étendre sur toute la longueur de l’avenue Le Nôtre et que les voies de garage seront constituées par une boucle et une voie en cul de sac à installer dans le massif de ceinture situé à gauche de l’entrée du par cet limité par l’avenue Le Nôtre et la petite allée qui aboutit sur cette même avenue.
 
Les gares d’arrivée et de départ seront disposées sur cette boucle, et des barrières installées aux abords, pour faciliter le mouvement des voyageurs.
 
Enfin, une voie de raccordement en bretelle permettra aux voitures de la ligne de Leers de desservir l’Exposition, à certaines heures, les jours de grande affluence.
 
Ces dispositions paraissent judicieusement combinées et ne devoir donner lieu à aucune observation étant donné que la position de la boucle de la voie de garage est déterminée de façon à éviter tout abattage des plantations du massif et de l’avenue.
 
(Le Journal de Roubaix).
 
 
Dimanche 22 janvier : Le concours de déclamation de la « Muse de Nadaud « : interprétation des œuvres de Gustave Nadaud. Le concours de déclamation organisé par la Muse de Nadaud a eu lieu dimanche 22 janvier, dans la salle des fêtes du « Troubadour » devant une nombreuse assistance. MM. Vouzelle-Nadaud, Motte-Bossut fils et Bondue avaient bien voulu honoré le comité de leur présence parmi les auditeurs. M. Auguste Labbé, chansonnier lillois, présidait le jury composé de MM. Delannoy, président de la « Muse de Nadaud », Versavel, Bus et Gossart, membres de la société et André Lefort, secrétaire du jury. Les prix ont été attribués de la façon suivante :
Genre dramatique- 1ère section : sujet imposé : « le nid abandonné » 1er prix ex aequo : Melle Madeleine Bus et M.El.Mollet, avec félicitations du jury, 3ème prix : M.Duez. 2ème section- sujets libres (œuvres de Gustave Nadaud) – 1er prix - M. R. Dubar ; 2ème prix M. A. Duez ; 3ème prix – M. L. Desreux ; 4ème prix- M. E. Mollet – Prix spécial à Melle Madeleine Bus avec félicitations du jury.
Genre comique – 3ème section- sujet imposé « Grand père vous n’êtes pas vieux » - 1er prix- M. L. Desreux ; 2ème prix- M. A. Duez ; 3ème prix- Melle M. Bus ; 4ème prix- M. E. Mollet – Mentions : MM. G. Cescnon et P. Renard ; Melle J.Bus. 4ème section – sujets libres (œuvres de Gustave Nadaud) – 1er prix- M. A. Duez ; 2ème prix- M. E. Mollet ; 3ème prix – M. L. Desreux ; 4ème prix Melle A. Bus- mentions M. P. Renard, Melle J. Bus.
Le jeune Louis Bus (5ans) a reçu, à titre d’encouragement, un prix spécial offert par les membres du jury.
Après décision du jury, un concours d’honneur, réservé aux premiers prix de chaque section eut lieu ; M. Duez en fut le lauréat et reçut la médaille d’argent offerte par la « Muse de Nadaud ».
A l’issue du concours, M. Delannoy, président, a, dans une improvisation heureuse, remercié les personnes présentes de leur attachement à la « Muse » et surtout à l’œuvre de son maître vénéré Gustave Nadaud. La tâche du jury, a-t-il dit, était extrêmement délicate, car rarement concours a réuni aussi grand nombre d’interprètes de valeur.
La distribution des prix aura lieu au cours d’un concert dont la date sera fixée sous peu et dans lequel se produiront les lauréats et les membres de la Muse de Nadaud. Il convient de féliciter les membres du comité organisateur ainsi que les membres du jury d’avoir mené à bonne fin l’œuvre qu’ils avaient entrepris, car ce fut un beau succès.
 
(Le Journal de Roubaix)
 
Mercredi 25 JANVIER : les déracinés. Nous avons dit dans un précédent article, que près de 4000 billets de logements avaient été distribués à Roubaix au cours de l’année 1910. En feuilletant les souches des billets délivrés nous avons pu constater que la grande majorité des solliciteurs, la presque totalité, pourrions-nous dire, est originaire de la campagne, du village.
 
Nous avons questionné quelques uns de ces solliciteurs qui nous ont presque tous fait la même réponse : nous avons déserté le village, la terre nourricière pour nous précipiter vers la ville où nous avons rencontré que déboires et misères. Les malheureux ont quitté la chaumière ancestrale pour se diriger vers la cité captivante. Ils étaient pleins de confiance et armés pour la lutte, comptant sur leur intelligence, leur habileté, espérant que leur courage les ferait triompher de tous les obstacles. Les pauvres gens n’avaient pas songé à toutes les difficultés amoncelées sur leur route, ils avaient une foi trop grande en eux-mêmes. Joyeusement, ils ont cherché une situation en rapport avec leur aptitude, mais ils ont été déçus dés les premières démarches.
 
Repoussés ici, emportant plus loin la vague promesse d’une occupation qui n’est jamais venue, ils ont pu constater la véracité de l’adage : «  Au pays des promesses, souvent on meurt de faim. » Ils ont connu la misère dans ce qu’elle a de plus horrible et certains découragés pour toujours ont pris le bâton de « trimardeur » résolus à faire leur voyage éternel à travers la France se faisant les parasites de la campagne où ils auraient pu vivre heureux. D’autres ont opté pour des professions les plus bizarres : ramasseurs de bouts de cigarettes, tondeurs de chiens, distributeurs de prospectus, colporteurs vendant des crayons de papier à lettres, professions qui déguisent plus ou moins la mendicité et dont la plus lucrative est au dessous du plus intime métier que l’on peut exercer à la campagne.
 
La nuit, les malheureux dormaient dans des asiles de nuit dans des hôtels meublés ou moyennant quelques sous ils pouvaient se reposer dans un lit moins doux qu’un lit de paille. Comme ils ont eu tort, ces malheureux chemineaux, clients assidus des asiles de nuit, solliciteurs de billets de logement de quitter la campagne où ils ne veulent point, n’osent point retourner par respect humain. Certes à la campagne la vie n’est pas tout rose, parfois, les peines ne sont pas récompensées, la récolte est compromise par la gelée, les pluies, la grêle dévastatrice ou la sécheresse. Mais l’année mauvaise se répare vite et si l’on ne manque pas de courage et d’énergie la période des vaches grasses succèdent rapidement à la période des vaches maigres.
 
Je n’ose retourner au village nous disait ces jours-ci un malheureux solliciteur de billets de logement qui a connu la misère des villes. Combien il avait tort et avec quelle joie sa famille aurait vu le retour de cet enfant repentant. Le poète l’a dépeinte la misère des villes ! De quels affreux chiffons ses membres sont vêtus, Que d’opprobres en elle et de passions viles, la pauvreté rustique est mère des vertus, comme cela est bien vrai !
 
(Le Journal de Roubaix).
 
 
Jeudi 26 janvier : la séance d’installation du Tribunal de Commerce. La séance d’installation du Tribunal de Commerce, renouvelé partiellement au mois de décembre 1910, a eu lieu au Palais de Justice, rue de Grand Chemin, mercredi à 2 h 30 sous la présidence de Monsieur Eugène Mathon. Monsieur Vitou, greffier, donne lecture du procès verbal de prestation de serment de prestation de serment des nouveaux élus pour le tribunal civil. Puis, Monsieur le Président fait connaître les statistiques du Tribunal de commerce de Roubaix pour l’année 1910. Des chiffres cités nous mentionnons les suivants :
1er les faillites : 35 faillites ouvertes et 2 réouvertures d’anciennes, 25 restaient en cours au 31 décembre 1909. Soit au total 63 faillites dont 46 ont été terminées en 1910.
2ème les liquidations judiciaires : 27 ont été déclarées en 1910, 33 restaient en cours au 31 décembre 1909, soit au total 60 faillites.
 
(Le Journal de Roubaix).
 
 
Vendredi 27 janvier : Fin de la grève des camionneurs qui durait depuis 15 jours vient, par suite d’une entente entre les parties, de prendre fin. Les grévistes des maisons où le conflit existe encore ont repris le travail jeudi. Il a été accordé 2 francs d’augmentation par semaine pour ceux qui conduisaient 2 chevaux et 1 franc pour ceux qui n’ont qu’un cheval. Les ouvriers demandaient une augmentation de 3 francs par semaine.
 
(Le Journal de Roubaix).
 
 
Samedi 28 janvier : Il y a à Roubaix, 2217 chevaux, 2193 voitures et 253 automobiles. Chaque année, dans le courant du mois de décembre, les propriétaires de chevaux, voitures et automobiles sont tenus de faire une déclaration à la mairie. La statistique des chevaux, mulets vient d’être dressée par Monsieur Gibon, chef de bureau militaire.
Les chevaux et les mulets : ces animaux se répartissent ainsi : chevaux entiers : 36, hongres : 1486, juments : 672 et mulets et mules : 23. Sur le nombre de 2217 chevaux et mulets 619 ont été réformés par les commissions de recensement, ce qui ramène à 1698 chevaux et mulets le nombre des animaux mobilisables. Les voitures sont de 2193.
Dans le canton du nord, il y a 244 voitures à 2 roues et à 1 cheval, 260 voitures à 4 roues et 1 cheval, 217 voitures à 4 roues et à 2 chevaux.
Dans le canton Est, la statistique accuse 244 voitures à 2 roues et à 1 cheval, 2 voitures à 4 roues et à 1 cheval, 261 voitures à 4 roues et à 2 chevaux.
Enfin dans le canton ouest on compte 193 voitures à 2 roues et à 1 cheval, 1 voiture à 2 roues et 2 chevaux, 218 voitures à 4 roues et à 1 cheval et 312 voitures à 4 roues et à 2 chevaux.
Dans ces chiffres sont compris les voitures servant au transport des hommes et les véhicules utilisés pour le transport des marchandises.
 
Les automobiles, au 31 décembre 1910, il y avait à Roubaix 253 véhicules automobiles y compris quelques motocyclettes et camions livreurs.
 
(Le Journal de Roubaix).
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