Société d'émulation
de Roubaix

Affaire Herry

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AFFAIRE HERRY

 

 

Le 3 Octobre 1938, le destin d’Auguste ROBAS bascule. Ouvrier-Teinturier dans le textile, Auguste, âgé de 27 ans, vit – en apparence – une existence sans histoire. Il a épousé Agnès MOLARD, de dix ans son aînée, mercière au 17 de la rue des Champs à Wattrelos, mère de 3 enfants issus de son premier mariage.

 

Le couple semble heureux et aucun renseignement défavorable assombrit la réputation d’Auguste. Certes, un rapport de police fait remarquer que, en Septembre 1938, il s’est livré à des exhibitions que la morale réprouve, en présence de jeunes femmes qui passaient devant son garage. Il a reconnu l’exactitude des faits mais prétend que c’est, malheureusement, en urinant, qu’il a fait voir ses parties sexuelles à des passantes. Examiné alors par le Docteur LEGRAND, ROBAS a été reconnu responsable de ses actes. L’affaire n’eut pas de suite et se perdit dans les conversations coquines des cafés du quartier.

 

Auguste ROBAS vit le parfait amour avec son attentionnée et tendre Agnès. Le seul souci de ce ménage, sans histoire, est de ne plus avoir d’enfant, estimant que ceux du premier mariage suffisent à leur bonheur. Et puis, elle a une santé fragile ; l’événement tant redouté arrive, créant le désarroi et la panique dans toute la maisonnée : Agnès est enceinte !

 

Que faire, malgré les sentiments qui les unissent ?

 

Certes, chacun connaît ces « matrones », ces « faiseuses d’anges » et les adresses de ces officines douteuses se passent discrètement sous le manteau dans les ruelles ouvrières où souvent la misère pousse à l’acte irréparable.

 

Alors Auguste se renseigne, cherche, interroge les tenancières d’estaminets. On lui indique une certaine Stéphanie HERRY. Il connaît déjà cette femme qui habite 67, rue des Parvenus à Roubaix. Elle lui a déjà « rendu service » lors de la précédente grossesse d’Agnès en Avril 1937, et puis, on dit qu’elle a fait l’objet d’une information judiciaire à la suite du décès d’une jeune fille sur laquelle des manœuvres abortives ont été pratiquées. A cette époque, sa culpabilité n’a pu être formellement établie. Elle a bénéficié d’une ordonnance de non-lieu, puis inculpée du chef d’homicide par imprudence d’un arrêt de relaxe prononcé par la Cour d’Appel de Douai du 29 Mars 1929.

 

Pour ne pas être vus, Auguste et Agnès placent leur voiture à quelques dizaines de mètres de là, loin de l’estaminet « LA REUNION DES PARVENUS » très fréquenté en cette fin de journée d’automne par de nombreux ouvriers du quartier.

 

En frappant à la porte de Stéphanie HERRY, Auguste et Agnès ignorent encore que leur vie va basculer. Elle les accueille avec ce sourire indéfinissable, à la fois indifférent et cordial. La femme HERRY porte lourdement ses 66 ans, prématurément vieillie par l’abus des boissons et la vie de cabaretière qu’elle a pratiquée pendant près de 20 ans au 113, rue Jules Guesde, proche de là.

 

Stéphanie HERRY, rencontre Agnès et d’Auguste pour leur plus grand malheur …

… … …

Le 3 Octobre 1938, vers 19 heures, l’agent de la Sûreté DEBUCQUOIS, du Commissariat de Wattrelos, apprend qu’une voisine, la nommée MOLARD Agnès, épouse ROBAS, 39 ans, mercière demeurant à Wattrelos, rue des Champs n° 17, vient d’être ramenée chez elle  sans connaissance. L’agent se présente aussitôt chez le mari et lui demande des explications.

 

ROBAS, très embarrassé, déclare alors, qu’étant sorti en voiture, il avait évité, de justesse, un accident dans le quartier St. Liévin. Cet incident avait vivement bouleversé son épouse.

 

L’agent vérifie les faits qui s’avèrent faux. Lorsqu’il se présente pour la seconde fois au domicile de ROBAS, Agnès vient de décéder. Auguste fournit de nouvelles explications, contredisant les premières.

 

Le Docteur  MULLER, appelé en urgence, refuse le permis d’inhumer et ordonne une autopsie : les résultats sont édifiants.

 

- « La mort de cette femme est la conséquence de manœuvres abortives ayant entraîné un décollement de l’œuf dans la cavité utérine grande de 5 mois et une infection générale suraiguë à point de départ utérin. L’infection produite par ces manœuvres a été foudroyante au point que la femme est décédée avant l’exclusion du fœtus ».

 

Auguste ROBAS  reconnaît aussitôt que sa femme est morte à la suite de manœuvres abortives pratiquées par une matrone demeurant à Roubaix 67, rue des Parvenus. Il reconnaît aussi que c’est lui qui l’y a conduite, dans sa propre automobile. Il n’a pas assisté à l’opération, étant resté pendant ce temps dans une pièce du rez-de-chaussée avec le mari de l’avorteuse. Après dix minutes, celle-ci l’avait appelé. Il aperçut alors sa femme dans une pièce du premier étage, évanouie, les jambes écartées et les jupes relevées. A proximité, sur le sol, se trouvait un petit saladier contenant un liquide marron, une poire en caoutchouc munie d’une longue canule. L’avorteuse s’opposa alors à ce que ROBAS appelle un médecin et l’invita à ramener sa femme chez lui.

 

Stéphanie HERRY avait opéré Agnès à l’aide d’une poire « type énéma » en injectant dans la cavité utérine un liquide contenant du savon et de l’aloès. L’évanouissement a suivi presque aussitôt l’injection.

 

Son salaire avait consisté en une somme de 200F. Auguste lui aurait dit en la lui remettant avant l’intervention :

 

- « C’est cher, mais de toutes les façons, moins cher qu’un enfant …. »

Les outils ayant servi à perpétrer le crime sont saisis et soumis à l’examen du médecin légiste. La longue canule fine connue habituellement sous le nom de « Canule de Roubaix » est un accessoire spécialement utilisé dans les officines d’avortement. Il constate aussi que les instruments utilisés sont très sales, ce qui explique comment s’est produit cet accident extrêmement rapide que l’autopsie a décelé.

 

ROBAS reconnaît les faits. Il explique que c’est à la demande de sa femme qu’il l’a conduite chez l’avorteuse le 2 Octobre 1938. C’est également à sa demande qu’il a eu recours, en Avril 1937, aux bons offices de la femme HERRY.

 

Reconnus coupables, HERRY Stéphanie est inculpée pour « violences ayant entraîné la mort » et ROBAS pour complicité.

 

L’un et l’autre sont incarcérés à la Maison d’Arrêt de Loos. Le 15 Avril 1938 les sentences tombent :

 

- SIX ans de réclusion pour HERRY Stéphanie et DIX ans d’interdiction de séjour

 

- CINQ ans de prison avec sursis pour ROBAS Auguste

 

Stéphanie HERRY accueille le verdict sans sourciller. Elle quitte le Tribunal entre deux gendarmes, voûtée, sans un regard vers la foule. On ne connaîtra jamais les quelques mots qu’elle prononça à son avocate, Maître Madeleine MARTINACHE, dont la plaidoirie est remarquable. Elle purgea sa peine à la prison de Rennes. On ne la vit plus dans la région. Son mari quitta la rue des Parvenus.

 

 

 

Auguste ROBAS n’assiste pas au procès. Le 14 Décembre 1938, il tente de se suicider en se jetant du 2ème étage du quartier des Prévenus à la Maison d’Arrêt de Loos. Il s’est fracturé la colonne vertébrale et les membres inférieurs. Jamais Auguste ne se consolera de la mort de sa femme. Il terminera ses jours dans une chaise roulante, à l’Hospice Barbieux de Roubaix, seul, avec ses souvenirs.

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