Société d'émulation
de Roubaix

Affaire Naeye

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AFFAIRE NAEYE

 

Les quelques promeneurs arpentant la rue Pellart à Roubaix le Lundi 30 Juillet 1923 semblent difficilement accepter que la torpeur estivale soit brusquement perturbée par les cris stridents d’une femme sortant de la belle maison bourgeoise des THIBEAU-MOTTE.

- « Au secours, au secours, à l’aide, il va tuer Zulma ! ».

Deux agents cyclistes qui, par hasard, patrouillaient non loin de là, se précipitent et entrent en laissant sur le pas de la porte, Marguerite VAN BRACKEL, la jeune cuisinière des THIBEAU qui avait donné l’alerte.

Une surprise les attend. Dévalant le grand escalier à toute allure, un homme, hirsute, se précipite vers eux, un pistolet à la main. Les vêtements tâchés de sang, les yeux fous, il prononce des phrases inaudibles … des cris … des gémissements … horrible ! Confronté sans comprendre à la force publique, l’homme s’arrête et, figé, se laisse passer les menottes, sans aucune résistance, après avoir lâché son revolver qui tombe lourdement sur les marches.

L’agent CARRETTE monte à l’étage, laissant son collègue LEPERS surveiller leur prisonnier, maintenant prostré dans un fauteuil du hall d’entrée. Le spectacle qu’il découvre dans la chambre d’enfants du premier étage est effroyable.

Le corps d’une femme est couché sur le tapis , face contre sol. La joue droite est visible, le bras gauche est allongé contre son corps, le bras droit est replié sur la tête ; la jambe gauche tendue, la jambe droite légèrement repliée. Le cadavre est couvert de sang. Le corsage en tissu blanc est rouge de sang. La figure tailladée à maints endroits rend la victime presque méconnaissable. Des traces de coups de feu semblent également exister sur la tête. Les mains portent aussi des entailles ; un doigt de la main gauche est sectionné à hauteur de la deuxième phalange et n’est plus retenu que par un lambeau de chair. Sur le tapis, à un mètre du corps, un morceau de l’oreille droite.

Le Docteur BALLENGHIEN, demeurant au 63 de la rue de la Fosse aux Chênes, rapidement prévenu, entre alors dans la pièce. Il ne peut que constater le décès.

Aucun meuble, aucun des trois lits garnissant la chambre n’a été dérangé. Les murs et les portes sont éclaboussés de sang.

On entend des cris venant de l’extérieur. Comment une telle foule a pu se rassembler aussi rapidement devant la maison ? Les injures pleuvent. Un groupe veut entrer pour lyncher l’assassin. Un renfort de police arrive, évitant l’émeute. C’est escorté d’une dizaine d’agents que NAEYE, le criminel, quitte le 71 de la rue Pellart pour être conduit au Commissariat du 4° arrondissement de Roubaix.

NAEYE Joseph, Moïse, âgé de 27 ans, a coupé les fils de son destin ce lundi 30 Juillet 1923, en tuant sauvagement Zulma DESMET, la jeune femme de chambre de la famille THIBEAU-MOTTE, dont il était éperdument amoureux.

Allongé dans sa cellule, attendant son interrogatoire, NAEYE voit défiler devant lui le film de sa triste histoire. Il se souvient des longues promenades avec Zulma dans la campagne de WAREGHEM. Depuis longtemps il la connaissait. Elle était originaire aussi de son village. Souvent, le dimanche, elle quittait ses patrons de Roubaix pour rejoindre sa famille à laquelle elle était si attachée. Elle était l’aînée de huit enfants … Combien de lettres d’amour a-t-il échangé avec Zulma ? … Il ne sait plus … mais il se souvient qu’ils avaient même parlé de mariage. Ce rêve est alors devenu le sujet obsédant de leurs conversations. Elle se trouvait encore trop jeune, elle avait vingt ans. Elle aimait beaucoup Joseph mais quelque chose freinait ses sentiments et puis, elle estimait que sa famille avait encore besoin d’elle et de son aide pécuniaire. Elle ne voulait pas se dérober à son devoir. Cette attitude, pourtant si digne d’éloges, ne satisfaisait pas Joseph et souvent il lui manifestait colère et mauvaise humeur.

Jamais il n’oubliera ce dimanche 29 Juillet 1923 ; Il a passé presque toute la journée avec l’amour de sa vie. Zulma ne supportait plus l’insistance qu’il mettait à lui faire accepter, enfin, le mariage. Joseph avait ressenti son énervement. Pourtant les amoureux s’étaient quittés en bons termes lorsque NAEYE la raccompagne à la gare pour rejoindre Roubaix. Il voit encore son sourire à travers la vitre du compartiment.

Les yeux grand ouverts, NAEYE regarde le plafond de sa cellule. Il n’arrive pas à comprendre ce sentiment de haine qu’il a éprouvé alors que le train s’éloignait. Zulma se moquait de lui. Il allait risquer le tout pour le tout ; lui lancer un ultimatum et, en cas de refus, il se vengerait !

Alors NAEYE organise son funeste projet. Il se procure un rasoir et un revolver, chargé, que son père avait conservé de la Guerre.

Le lendemain, au lieu de se rendre à la Briqueterie de Mouscron qui l’emploie, il part pour Roubaix, bien déterminé à ne pas reculer devant le pire s’il n’obtient pas satisfaction.

NAEYE n’arrête pas de se retourner sur le lit-planche de sa cellule … Ce Lundi 30 Juillet … comment a-t-il pu en arriver là ? Il aimait tant Zulma …

Vers midi, Zulma DESMET et son amie Marguerite VAN BACKEL, cuisinière de la maison où elle est elle-même femme de chambre, sont parties faire des courses Grande rue. Elles ont vu deux montres et, depuis longtemps, elles ont décidé de les acheter. Quel n’est pas leur étonnement de rencontrer NAEYE qui reste très évasif sur les raisons de sa présence à Roubaix … Sur le trottoir on échange quelques banalités et NAEYE les accompagne jusqu’à la maison de leurs maîtres. Ceux-ci étant absents, elles proposent à NAEYE de partager leur repas. Après le déjeuner, au cours duquel les conversations ont été banales, NAEYE profite d’une absence momentanée de Marguerite, pour reparler de mariage. Zulma lui répond d’une façon évasive.

NAEYE s’assoit sur le lit de sa cellule et se prend la tête entre les mains. Il ne peut supporter le souvenir horrible de ces évènements.

Contrarié par l’attitude indifférente de son amie, il se lève brusquement, l’empoigne, la terrasse et, la saisissant violemment par les cheveux, place son genou sur son dos afin de la maîtriser, arme son revolver et le braque sur elle. Aux appels de Zulma, Marguerite se hâte d’accourir mais NAEYE – dont la volonté criminelle ne supporte plus désormais aucun obstacle – dirige, sans explication, son arme vers elle en lui criant « n’avance pas ou je tire ! ». Effrayée, Marguerite s’empresse de s’enfuir et d’aller chercher du secours. C’est en descendant l’escalier qu’elle entend des coups de feu.

Pendant ce temps, NAEYE continue son action meurtrière, sans pitié devant les supplications de sa victime et sa défense énergique. Son revolver s’enraye. Il utilise son rasoir et s’acharne sur elle. Le sang coule à flots.

Mortellement atteinte, la pauvre fille s’abat lourdement sur le plancher, pour ne plus se relever. NAEYE continue de la frapper avec une sauvagerie inouïe. Quand il constate que la mort a fait son œuvre et que sa vengeance est assouvie, NAEYE, sans émotion et sans remords, sort de la chambre où il vient de perpétrer son crime, il essaye de s’enfuir, il est arrêté dans l’escalier.

Devant la Cour d’Assises de Douai, NAEYE a reconnu son crime. Pour sa défense, il allègue que, désolé de la décision de Zulma DESMET, qui voulait toujours retarder le mariage, il l’avait engagée à se suicider avec lui. Devant son refus, fou de douleur, il l’avait alors tuée. Mais la préméditation n’eut aucune difficulté à être établie. Par ailleurs, sa fuite après l’assassinat remet en cause la notion de suicide qu’il avait prévu pour lui.

L’Avocat de la Défense n’a pas réussi à sauver la tête de NAEYE.

On ne saura jamais ce qu’il pensait NAEYE en montant les marches de l’échafaud dressé devant la Prison de Douai le 21 Février 1924 … Peut-être a-t-il revu le visage de Zulma ?

Monsieur & Madame THIBEAU-MOTTE ont manifesté leur estime pour leur femme de chambre en prenant à leur charge les frais de l’enterrement et d’aménagement de la tombe au cimetière de WAREGHEM.

 

 

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