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Maurice Maes

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MAURICE MAES 1897 – 1961

 

Par Alain DELSALLE

Président de la Société des Artistes Roubaisiens

Janvier 2008

 

En allant faire les courses à Mouvaux, rue Roosevelt, avec Georgette, on s’arrêtait au n° 5 pour rendre visite à Clémence. J’avais 15 ans et j’entrais pour la première fois dans une petite maison flamande, de basse toiture, dans une entrée où l’on ne pouvait se croiser et là, c’était un éblouissement : des peintures aussi hautes que les murs de la maison où jaillissaient la lumière et les formes, un tourbillon de couleurs et une présence. « On entrait dans une Cathédrale ».

 

Trônait à droite sur la cheminée le Portrait du Père de Maurice MAES, étincelant dans les jaunes de Van Gogh (aujourd’hui conservé au musée La Piscine de Roubaix).

 

On s’asseyait à la table de la cuisine et Clémence nous ouvrait les cahiers d’écolier pleins de dessins, tous plus forts les uns que les autres et dont la découverte faisait que ces œuvres ne ressemblaient à aucune autres. C’était magique…

 

Plus tard, à l’école des Beaux Arts, notre professeur, Monsieur JACOB, nous montrera les dessins réalisés à l’école par Maurice MAES dont un était accroché près du poêle dans la salle de classe, un visage d’homme sans âge, qui avait dans le regard la détresse des soldats revenant du front de la guerre 1914.

 

Maurice MAES, c’est Monsieur JACOB qui me le fera découvrir dans son œuvre au cours de nos trajets de l’Ecole à Roubaix (l’E.N.S.A.I.T.) jusque Mouvaux, son domicile. Il me gratifiait d’un cours d’histoire de l’Art, pendant que je le conduisais en voiture car, à l’époque, il n’avait pas le permis et détestait prendre le volant.

 

Maurice MAES a conquis son droit de peindre à force de discipline. C’est un artisan de la matière, amoureux de la matière, de ses révélations et de ses rayonnements, un besoin de découverte et de renouveau constant de vie. « La peinture, sa plus belle joie » dira René JACOB.

 

Né le 8 novembre 1897 à Bruges, il décède à Mouvaux le 14 juin 1961. Il fait ses débuts à l’Académie de Bruges, sa ville natale, avant la guerre. En 1915, à 17 ans, il s’engage et fait toute la Campagne dans l’armée Belge. Il subi l’expérience sans pareil de la guerre des tranchées, sans excès héroïque mais aussi sans en être marqué profondément. Après la guerre, à a cause des nécessités de la vie, il vient s’installer à Mouvaux et reprend la palette après une interruption de 15 ans.

 

Elève de l’école des Beaux Arts de Tourcoing puis de l’E.N.S.A.I.T à Roubaix, il rencontre Monsieur JACOB, historien d’Art et Professeur de dessin, modèle vivant et peinture.

 

Maurice MAES est vite considéré comme un artiste modeste et solitaire. On décèle cependant chez lui un génie certain, une impulsion de « démon » de la peinture. Sans autre maître que ce commandement intérieur, il produit une peinture dont l’œuvre restera marquante pour les générations futures.

 

« Sans maître oui, si ce n’est ceux qui sont les maîtres de tout le monde, l’immortelle phalange des artistes de tous les temps que le destin a marqué de son signe » (La Croix du Nord).

 

Maurice MAES était Flamand d’origine et restera Flamand de cœur et de tempérament, il était pourtant profondément attaché à la culture française. Il reconnaissait avec enthousiasme la suprématie de la peinture moderne française et s’en imprégnait sans cesse, il l’admirait totalement depuis l’époque Romantique jusqu’à nos jours et s’il aimait sincèrement les Flamands tels que Permeke ou Ensor, il plaçait au dessus de tout les impressionnistes, Pissarro en particulier, mais aussi Van Gogh.

 

« Maurice MAES en resta plus totalement attaché à la vie, de toutes les fibres de son être, avec ardeur, avec conviction rejetant par avance toutes les complications esthétiques qui auraient pu le détourner de cette expression franche et directe qui devait dire avant tout que la Vie était belle du moment qu’elle est vraie ».

 

Une des plus belles distinctions qu’il reçut fût la Rose d’or des Rosati en reconnaissance de son œuvre. Il est reconnu également par ses nombreuses participations au Salon des Artistes Français et de Paris ainsi qu’au Salon des  Artistes Roubaisiens à l’hôtel de Ville de Roubaix. Une rétrospective au Musée des Beaux Arts de Tourcoing, préfacée par Monsieur Jacob et les expositions annuelles à la Galerie d’Art à Lille rue Esquermoise, lui permirent de se faire connaître du grand public.

 

Comment ne pas évoquer l’influence de ce grand Artiste qui avait son atelier rue Nain à Roubaix et que fréquenteront les grands Artistes d’aujourd’hui d’Eugène Leroy dont l’œuvre, mondialement connue, a reçu l’empreinte de ce grand aîné, Arthur Van Hecke, un Roubaisien dont nous avons évoqué le parcours dans « Les Gens et Pierre de Roubaix » (n° 2 de Septembre 2006), et André Missant, cet autre géant dont Roubaix fêtera le centenaire en octobre de cette année.

 

Maurice MAES avait la force d’un Courbet, il s’attaquait aux motifs les plus sauvages, aux ciels les plus tourmentés comme lui plein de vie et mouvement, traduisant par le dessin, les valeurs, la couleur, c’est à dire tout ce que la vie de la nature représentait de plus riche et de plus tonifiant.

 

Maurice MAES a voulu rester fidèle à la vérité des choses auxquelles il devait tout, il l’a fait en profitant des enrichissements de l’Art Moderne dans la liberté, dans la couleur, atteignant encore ainsi plus de vivacité dans la sensation.

 

« L’Art de Maurice MAES, c’est tout cela réuni avec une conviction dont il n’aurait jamais permis à personne de douter ».

 

« C’est par cette conviction que son œuvre nous touche et qu’elle nous est un exemple » (Claude Glaster et René Jacob - entretien)

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