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de Roubaix
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Auger Dubrulle

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Le corps d’Auger ne sera pas retrouvé, il repose à Bras devant Douaumont. Les deux hommes seront faits chevaliers de la légion d’honneur le même jour.

 
Auger Dubrulle est né à Roubaix 71 rue d’Alsace le 22 septembre 1892. Le grand-père d’Auger Dubrulle, Jean, avait fondé Mathon et Dubrulle avec Eugène Mathon. La famille fut extrêmement meurtrie : Outre Auger lui-même, son cousin René Dubrulle, caporal, croix de guerre, décède de ses blessures en 1921. Georges Sterbeck Dubrulle, croix de guerre, maître pilote aviateur est tué en 1917 ne Méditerranée. Quant à Jean, sous lieutenant aviateur, croix de guerre, il est tué au chemin des Dames en 1917. Président du Racing Club de Roubaix, on donnera son nom au stade de Roubaix. (informations de Monsieur Jean Ducatez)
 

Pour comprendre les événements de cette guerre, il faut partir des témoignages mais d’abord connaître la situation :

La déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, le 3 août 1914 trouve donc Auger Dubrulle et Charles de Gaulle au 33ème R.I. qui sera successivement engagé à Dinant en Belgique (août 1914), sur l'Aisne (septembre-décembre 1914), aux Hurlus (décembre 1914-mars 1915), à nouveau sur l'Aisne (mai 1915-février 1916) et enfin devant Verdun, à Douaumont (février-mars 1916). Les effectifs du 33e RI. étaient de l'ordre de 3.200 officiers, sous-officiers et soldats… Le 26 février 1916, le général Pétain prend le commandement des troupes de la défense de Verdun.
 
Témoignage du Capitaine Charles de Gaulle dans " La Génération du Feu (14-18) " Page 74 (1)

" Lors de son offensive de février 1916 en direction de Verdun, l'Allemagne va utiliser - inaugurer si l'on peut dire - une nouvelle conception de la guerre " totale ", que l'on n'avait pas encore connue jusqu'à cette date sur le front occidental, ni d'ailleurs, à vrai dire, sur aucun autre.

" Le but visé par la mise en œuvre d'un énorme potentiel d'artillerie est d'écraser les défenses de tous ordres établies par l'adversaire et, par un engagement de chaque compartiment du terrain, d'interdire l’arrivée de renforts, de vivres, de munitions, etc. " …
" … La 11° Cie avait avec elle le peloton de mitrailleuses de Leclercq (Cie Baggio), et moi, j'avais le peloton Dubrulle (Cie Rives), qui avait été placé par Rives à la gauche de ma compagnie… La nuit s'écoula dans un calme relatif. Elle se passa à veiller et à améliorer autant que possible la tranchée où nous étions. Un peu avant le matin, nous entendîmes tous dans le ravin de Chaufour (en avant du village), le bruit caractéristique d'une troupe d'infanterie qui se rassemble. Je fis prévenir aussitôt le chef de Bton. Puis le jour se leva, et peu de temps après, commença le furieux bombardement dont vous vous souvenez, mon Colonel ! ...
 
 " Il y avait à la vérité quelques abris de bombardement le long de la ligne. Pour ma compagnie, j'en avais deux, dont l'un écroulé déjà en partie. Mais j'avais interdit qu'on s'en serve, car je ne les jugeais pas solides, et ils ne disposaient pas d'issues suffisantes. Ma troupe supporta donc le feu dans la tranchée. Je n'ai pas à vous décrire, mon Colonel, l'effet moral et matériel de ce bombardement, que vous supportiez comme nous. A vrai dire, les pertes qu'il nous causa furent fort inférieures à ce que l'on devait croire quand on était au milieu de cet ouragan... Mais l'impression de chacun, dans l'impossibilité de se mouvoir et de recevoir quelque renseignement que ce fût, était : " Il n'est pas possible qu'il reste quelqu'un de valide, à part moi ! ".
 
" Le bombardement se ralentit vers les 11 heures, et un certain nombre de Boches apparurent précisément devant ma compagnie, et aussi, me sembla-t-il, devant le 1er Bton. Le feu ouvert aussitôt les fit disparaître. Puis le bombardement reprit environ un quart d'heure. A ce moment, apparut venant de la direction du Fort et marchant sur la 12ème et la 11ème une vague d'assaut boche. La 12ème ouvrit le feu... Après un combat très violent et de très près, où le lieutenant Verhaeghe fut tué, la vague ennemie s'arrêta et se terra sur place.
 
" Pendant cet assaut du reste, le bombardement ne cessait d'aucune manière. Au contraire, il redoublait, et de ma place, bien que distinguant une fusillade violente sur ma droite, je ne voyais rien de ce qui se passait, tant étaient épaisses la fumée et la poussière. Deux hommes que j'envoyai aux renseignements ne revinrent plus…
 
Témoignage du soldat Moulut " coureur " (porteur des missives du Commandement)
 
"  … Il n'y a pas de tranchée continue. Chaque homme est dans un trou individuel. Il me faut sauter de trop en trou en prévenant. Je saute et j'atterris à chaque fois sur un homme hagard, son fusil à la main, prêt à tirer. Je vois mon vieux camarade Vogue, un instituteur d'Angoulême. Il est résolu aussi mais très fatigué. Nous sommes heureux de nous voir. Ce sera la dernière fois. Je ne sais ce qu'il est devenu.
"Les boches sont là, à 30 ou 40 mètres et j'ai au moins 25 trous à passer ainsi. Enfin, J'arrive au Capitaine Ricatte, un peu en arrière de ses hommes, dans un trou un peu plus grand où l'on peut tenir 3 ou 4. C'est un brave, plein de courage. Le Lt Lallart est là aussi. Je donne mes papiers. Le Capitaine se met à écrire. Je pose une dizaine de minutes et je repars avec les papiers. Il me faut faire en sens inverse le même chemin. Au dernier trou je me trompe. Au lieu descendre le ravin, je continue quelques mètres. Un boche m'arrête net par un coup de fusil à bout portant. Je n'ai rien. La balle a traversé ma capote au-dessus de l'épaule. Je fais le mort, tout en cherchant à me repérer. Je bondis dans un trou et tombe sur un Français qui me dit " Tu reviens de chez les boches ? "
 
"Ca se peut." je lui réponds. Et je repars, cette fois vers le ravin. Un coureur du Régiment de gauche (151ème, je crois) suit le même chemin. Nous courons tous deux. Mais en remontant le ravin nous sommes pris sous un violent bombardement. Nous redescendons. Nous nous mettons à l'abri sur l'autre versant, sous des cadavres …"
 
Suite du témoignage du Capitaine Charles de Gaulle dans " LA GÉNÉRATION DU FEU " Page 84
 
"… Tout à coup, littéralement derrière moi, et à quelques mètres apparut dans les ruines du village un flot de Boches lançant des grenades … A la gauche de ma compagnie, Averlant eut le temps de faire dans la tranchée même un barrage de sacs et de terre qu'il put garnir, et qui lui permit de résister vigoureusement. Il put garder la liaison avec le 1er Bton (compagnie Mayot).        .../... 
 
...Les Boches, trouvant désormais une résistance organisée, n'allèrent pas plus loin pour le moment. Malheureusement, les mitrailleuses de Dubrulle qui étaient à la gauche de ma Cie se trouvaient hors de cause. Voyant ses pièces couvertes de terre et de pierres par le fait du bombardement, Dubrulle s'était retiré avec elles dans un abri, y attendant pour sortir que l'assaut se déclenche. Mais l'abri s'écroula, et Dubrulle y fut écrasé avec ses mitrailleuses et leurs servants. A cette heure-là (midi environ, me semble-t-il), la situation était la suivante : l'ennemi occupait tout le village, 2 îlots de résistance tenaient encore : le mien, à l'est de l'église, et celui d'Averlant, à l'ouest. Le 1er Bton était encore intact, bien que le Cdt Lagrange eût été enlevé déjà sur la lisière ouest de Douaumont.
 
"M'étant rendu compte de cette situation, et voyant que l'ennemi accablait de grenades le coin où je me trouvais avec quelques hommes, et que d'un moment à l'autre nous allions y être détruits sans pouvoir rien faire, je pris le parti d'aller rejoindre la section Averlant. Notre feu me paraissait avoir dégagé de Boches un vieux boyau écroulé qui passait au sud de l'église. N'y voyant plus personne, je le suivis, en rampant, avec mon fourrier et deux ou trois soldats. Mais à peine avais-je fait dix mètres, que dans un bout de boyau perpendiculaire, je vis des Boches accroupis pour éviter les balles qui passaient. Ils m'aperçurent aussitôt.
 
"L'un d'eux m'envoya un coup de baïonnette qui traversa de part en part mon porte-cartes et me blessa à la cuisse. Un autre tua mon fourrier à bout portant. Une grenade qui m'éclata littéralement sous le nez quelques secondes après acheva de m'étourdir. Je restai un moment sur le carreau. Puis les Boches, me voyant blessé, me firent retourner d'où je venais et où je les trouvai installés... En ce qui me concerne, le reste ne mérite plus aucune considération …"
 
Le Capitaine Charles de Gaulle, inconscient est emmené prisonnier. Il le restera le reste de la guerre.
 
Ce texte a été mis en forme par Stéphane Mathon à partir des courriers et discussions avec Marie Rose et Jean Ducatez ainsi que des documents qu’ils ont communiqués. Ce n’est qu’un modeste hommage à la personnalité du futur Général de Gaulle et d’Auger Dubrulle dont toute la correspondance est conservée. Elle pourrait permettre de remettre à la lumière une époque dramatique de notre histoire.
La correspondance d’Auger Dubrulle mérite une étude particulière. Durant sa courte vie, pendant la guerre, comme l'exprime Jean Ducatez "  ses écrits reflètent la réalité, la grandeur d’âme des disparus qui déclarent leur foi en Dieu, en la Patrie. Soldats condamnés qui offrent leur vie à la France. A la lecture de ses lettres et leurs dernières volontés, comme celles d’Auger Dubrulle, on est saisi d’une émotion profonde et il faut surtout citer Péguy, Victor Hugo pour les glorifier. "
 
Si un jeune étudiant en histoire veut s’y livrer, il aura de la matière et de la satisfaction
 
(1)  La Génération du feu   /  textes de Charles de Gaulle, Jacques Vendroux, Gérard Boud'hors, Philippe de Gaulle... [etc.]. ... chez Plon éditeur

 

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par Benoît Prévost Revol le 01/06/2013
Bonjour, En tant qu'arrière petit fils de Jean Dubrulle, je me permet de vous écrire pour vous signaler des imprécisions Auger est le fils et non le petit fils du fondateur de Mathon Dubrulle, lequel fondateur est Jean-Baptiste Dubrulle et non Jean. René et Jean sont tous les deux les frères d'Auger, Georges Sterbeck Dubrulle est son beau frère. S'agissant de Jean, voir dans ce lien http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille210.htm "Le 2 mai 1917, l'escadrille C 64, qui est équipée de Caudron G 6 équipés de moteurs rotatifs, perd un avion. Cet appareil, mal équilibré, se met en vrille et le pilote n'arrivera pas à leur sortir. Le Caudron s'écrase à proximité de l'hôpital d'Aubilly, près de l'endroit où un Morane-Saulnier type P de la 206 s'est écrasé quelques jours auparavant. L'équipage, composé du Caporal Marcel Saucier (pilote) et du Slt Pierre de la Brosse (observateur), est tué. Le même accident est déjà arrivé deux jours avant au Cne Laurent Hugel (pilote et chef de la F 212) et au Slt Jean Dubrulle (observateur). Cet accident s'est là aussi terminé tragiquement." De fait, il avait d'abord été dans l'infanterie. Gravement blessé, il devait être réformé mais fut muté dans l'aviation a sa demande