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Famille Lefebvre-Ducatteau

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LA FAMILLE LEFEBVRE-DUCATTEAU

 

La famille Lefebvre va tenir une place importante dans l'industrie roubaisienne dès le début du XIXéme  siècle. On raconte l’anecdote où Jean-Baptiste MOTTE venait à pied de Tourcoing courtiser Pauline BRÉDART en prenant à travers champs le chemin le plus court cueillant pavots et bleuets pour former son bouquet de fiancé, musant, s'arrêtant en chemin à la grande ferme Ducatteau et causant amicalement, familièrement avec la fille du fermier: « Marie-Rose, vous êtes trop maligne pour rester fermière »  disait-il à cette jeunesse. « Vous devriez vous marier avec un fabricant et vous feriez belle carrière ». Et ce conseil fut suivi. Elle épousa M. Lefebvre et la maison Lefebvre-Ducatteau fondée en 1825 sous  leur direction, devint l'une les premières maisons de fabrique de Roubaix.»

 Il semble que les Ducatteau, avaient une situation bien assise, mais la carrière dans l'industrie fut encore plus brillante que dans l'agriculture. Ce qu'il y a de plus notable, c'est que Florentin Lefebvre-Ducatteau étant mort jeune en 1833 le développement de l'affaire familiale fut surtout l'oeuvre de sa veuve. Madame Lefebvre-Ducatteau comme Madame Motte Brédart, Madame Wattinne Bossut sont parmi les femmes qui ont grandement contribué à faire Roubaix

 A l'exposition de 1844 tenue à Lille « la maison Lefebvre-Ducatteau  obtint une médaille d'or, elle se présente comme ayant 250 métiers, occupant 500 ouvriers et réalisant un chiffre d'affaires de 1.300 000 F.  Aidée de ses fils, elle n'a pas besoin, pour la direction de ses affaires de contremaîtres, ou de dessinateurs. »

En 1849, rappel de médaille d'or. Entre-temps le nom de la firme s'est transformé de veuve Lefebvre-Ducatteau en Lefebvre-Ducatteau Frères. Le personnel se monte à 600 ouvriers et le chiffre d'affaires à 1 800 000 F.

Lefebvre-Ducatteau à l’Exposition Universelle en 1862, fait état d'un chiffre d'affaires de 6 500.000 F, mais ce chiffre paraît être le chiffre d'affaires cumulé de la maison de fabrication et du Peignage Amédée PROUVOST & Cie, fondé 10 ans auparavant;

Comme le raconte Louis Lefebvre (interviewé en 1990 par l'auteur) :

 

« L'affaire Lefebvre-Ducatteau a donc été dirigée au départ par mon arrière-arrière grand-père et sa femme. Je suppose que cela s'est passé comme ça se passait à l'époque : le mari devait régler les machines et recevoir les clients, parce qu'à ce moment là les clients venaient nous voir, nous n'allions pas les voir ; ils venaient nous voir. C'était une époque où il suffisait d'avoir une usine et ça tournait automatiquement car les clients venaient pour voir les marchandises, soit le fil, soit les tissus. Son épouse, elle, devait s'occuper du personnel et je suppose de la comptabilité.

Leurs trois fils, mon arrière-grand-père,  Louis Lefebvre-Mathon, son frère Henri Lefebvre-Mathon et son troisième frère Jean Lefebvre-Soyez, ont eu assez d'argent à l'époque, en 1851,  pour financer la création du peignage  Amédée Prouvost à hauteur de 60 %. C’était le début des affaires Prouvost , auxquelles nous sommes restés associés durant 150 ans.

Les trois frères Lefebvre ont eu chacun 20% du capital et les  Prouvost, dont Amédée ont mis 40 %. C'est amusant parce que je ne savais pas que les Lefebvre avaient mis une part aussi importante. Je pensais que c'était 50-50. Or,   c'est Albert Prouvost-de Maigret lui-même qui racontait cela dans une émission de FR3 où il parlait justement de tout cela et où il était questionné sur l'origine des affaires Prouvost.  

 

Mon arrière-grand-père Louis étant l'aîné est resté dans nos affaires Lefebvre-Ducatteau. On m'a toujours raconté qu'ils avaient imité les soyeux de Lyon, ils fabriquaient des tissus jacquards pour faire du gilet de soie. Les hommes portaient des gilets de soie et j'ai chez moi à Neuville dans mon appartement le portrait de cette ancêtre, Marie-Rose Ducatteau, fait sur métier jacquard, en soie. Un petit portrait de huit sur dix centimètres. Je n'ai jamais pu élucider le problème de savoir comment ils étaient passés de la soie aux filatures de cardées.

 

Mon grand-père Lefebvre-Lenglart était un très brave homme mais je crois que les affaires ne l'intéressaient que peu. Il a eu la chance d'engager comme directeur un monsieur Bastin, industriel de Verviers, qui était paraît-il, très compétent en cardé. Son usine avait brûlé entre deux renouvellements de police d'assurance et mon grand-père l'a pris comme Directeur. A l'époque ce qu'il y avait d'important c'était d'être propriétaire de l'outil. Un imbécile et un outil cela gagnait de l'argent. On met un million à un filateur de coton, cela gagne de l'argent et un imbécile pour la diriger cela gagne de l'argent aussi. C'est ce que l'on disait à l'époque. Il a pris comme  directeur ce Monsieur Bastin qui avait la réputation d’être efficace.  Ce dernier a réussi réellement à s'implanter dans Roubaix. Il a fait partie du Syndicat Patronal Textile et de la Chambre de Commerce.

Après 1914

 Je n'ai pas très bien compris comment l’activité de l’entreprise a pu passer du tissage Jacquard (qui est de soie) à la filature cardée. Toujours est-il que nous avions après la guerre de 14-18, deux usines. Une grosse filature à Roubaix boulevard d’Armentières, où étaient les demeures des Mathon, Lefebvre et Prouvost, la plus grosse des deux. Et à Wattrelos  nous avions une petite filature de cardée (la famille  était propriétaire  de  tous les terrains autour), à un kilomètre de la frontière belge. C'est cette usine que nous avons agrandie mon frère et moi pendant la guerre. On l'a agrandie après la guerre et pour finir on a tout transporté à Wattrelos, même le début de fabrication.  

S.M.     - Dans les discours de cinquantenaire, on trouve parmi les ouvriers ...

L.L.      - .......Tous nos noms, c'est ce que j'ai écrit moi-même. Il y a des Glorieux, des Lefebvre, des Motte, des Masurel. J'avais avec moi un délégué syndical qui s'appelait Glorieux, j'avais un Motte, un Jacques Leclercq le comptable. Autrement dit, nous étions tous du même pot. C'est ce que j'ai raconté à des ouvrières à l'usine. Un jour je faisais danser des ouvrières de l'usine qui s'appelaient les sœurs Lefebvre, trois belles filles d'ailleurs, qui habitaient de l'autre côté de la frontière. L'usine était montée sur des terrains qui appartenaient à la famille.

Je leur ai dit "vous savez, mes ancêtres étaient tout de même des cultivateurs, ils cultivaient les terrains autour. Après tout nous sommes peut-être parents, vous habitez à deux kilomètres de là ». Une espèce de zozo du comité d'entreprise, qui était là, a dit avec ironie : « oui mais aujourd'hui ce n'est plus le même porte-monnaie !».

 

Ce que n'ont pas compris beaucoup de roubaisiens, c'est que nous étions du même pot que nos ouvriers. Il y avait par exemple un peignage Lamon, le chauffeur de l'usine chez nous s’appelait Charles Lamon, un type comme ça, qui avait  de la branche !    

 

S.M. – quelle était la taille de Lefebvre & Bastin ?

 

L.L. - Cela  a changé suivant les époques.       On a vendu en 1924 la filature  de Roubaix, mais mon père a été très mal indemnisé au point de vue dommages de guerre. J'ai touché moi, pendant la dernière guerre, c'est-à-dire en 42-43, un chèque de  dommages de guerre de 14-18. Tu vois ce que cela représente avec l'inflation ! Mon père était catastrophé. Une usine devenue épouvantable, dans un état affreux, c'est pour ça qu'ils l'on vendue d'ailleurs. Ils n'ont pas voulu remettre tout ce bazar en route.

 

S.M. - Mais entre deux, vous aviez rénové le tissage ?

 

L.L. -  Oui, nous avons développé l'usine de Wattrelos  qui était plus petite. On avait monté un  tissage de  couverture, une filature, des apprêts. L'usine de Wattrelos couvrait trois hectares et demi. Trente cinq mille mètres carrés. Avec des bâtiments à étage qui étaient très beaux.    

 

S.M. - Ça représentait combien d'ouvriers ?  

 

L.L. -  On a dépassé un moment donné les 500,  je me suis arrangé au comité d'entreprise pour être en dessous parce qu'il fallait à ce moment un Comité central d'entreprise. 

 

Le goût de la famille Lefebvre pour la peinture...

 

L.L -  J'ai beaucoup de tableaux à Neuville, j'ai toujours aimé la peinture. J'ai préféré la peinture aux voitures. Mon frère André a versé dans ce que l'on appelle le non figuratif, c'est-à-dire la peinture moderne, j'en ai acheté.

 

LL. - Mon Watteau, je l'ai racheté à ma fille, il est reparti dans la communauté, mais au moins il ne partira pas au dehors. Il est revenu chez moi à Neuville. Mais cela ne vaut pas grand chose parce que c'est un Louis Watteau de Lille. Ce n'est pas un Antoine Watteau.

 

S.M.         - tu vois, cela permet de terminer sur quelque chose d'intéressant, un document que je viens de trouver concernant le goût des Lefebvre pour les tableaux. C’est le descriptif des tableaux possédés par ton arrière-grand-père Louis Lefebvre, né en 1818.

 

L.L.          - C'est Louis Lefebvre-Mathon .

 

S.M.         - J'ai retrouvé dans un bouquin le descriptif de sa situation de fortune,  et en particulier, la collection de son inventaire après décès. Il y avait 74 tableaux , 6 bronzes, des statues.

 

L.L.          - Il y a eu une vente publique.

 

S.M.         - Il y avait Fantasia Arabe d'Eugène Delacroix - une tête d'enfant de Greuze.

 

L.L.          - C'est ma fille qui l'a.

 

S.M.         - Il y avait trois Messonnier, la tricoteuse de Millet

 

L.L.          - Elle est fausse.

 

S.M.         - Il  y avait trois Corot, un Isabey, des Rousseau,  des Diaz.

 

L.L.          - Chez mon père, avenue d'Armentières , il y avait au moins 70 tableaux. toute la grande cage d'escalier était pleine de tableaux. Il y avait beaucoup de dessins de Louis Watteau. Cela ne me plaisait pas à l'époque, c'était des fusains, je trouvais cela triste. J'ai préféré à l'époque avoir des tableaux plus modernes et à moi. Certains mauvais, car à vingt ans tu n'as pas de goût. Le goût cela se forme. Pour avoir du goût il faut être dans une famille qui a du goût. Un moment je n'allais jamais à Paris sans aller voir un marchand de tableaux.

C'est pour cela que l’oncle Georges, le frère de mon beau-père, était formidable, car c'est lui qui nous a fait acheter des tableaux de premier plan, mais que malheureusement nous n'avons pas gardé.

source : contribution de Roubaix GI.35

Souvenirs de Louis Lefebvre-Masurel   le 14 août  1996 entretien de Louis Lefebvre avec Stéphane Mathon au Villard des Allues

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