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Les hôtels de ville

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LES HOTELS DE VILLE
 
 
Par Monsieur Thierry DELATTRE
Administrateur de la Société d'Emulation de Roubaix
Conservateur des Archives Municipales de Roubaix 
 

 

AVANT 1794

 

Le château des seigneurs de Roubaix, bâti vers le milieu du 15ème siècle, par Pierre Seigneur de Roubaix et de Herzelles (né à Herzelles, le 1er août 1415) s’étendait derrière l’actuelle Grand’ Place vers et jusqu’à la rue de la Poste.

 

 

 

Une rue étroite et parfaitement rectiligne conduisait de la forteresse seigneuriale jusqu’à l’unique place située aujourd’hui entre l’église paroissiale Saint Martin et l’entrée de la Grand’ Rue (place dite du Marché aux Fleurs).

 

 

 

A l’entrée de cette voie (ce qui reste, aujourd’hui, de cette rue, s’appelle encore rue du Château) qui se trouvait à l’alignement de la Grand’Rue et de la rue Saint Georges (actuelle rue du Général Sarrail), s’élevait la Halle Echevinale (à Roubaix, l’échevinage date du 15ème siècle), le premier « hôtel de ville », et l’Egarderie (qui fut transférée quelque temps plus tard dans le bâtiment abritant actuellement la librairie « Les Lisières ».

 

 

 

Un peu d’histoire…

 

 

 

L’Hôtel de Ville d’aujourd’hui est le quatrième que la ville de Roubaix ait connu dans son histoire.

 

 

 

Jusqu’en 1794, Roubaix avait un échevinage (créé par Jean V de Roubaix en sa terre et seigneurie, suite à la charte de Jean, Duc de Bourgogne en date du premier octobre 1414). Cette antique institution composée de sept échevins (en remplacement des juges cottiers (les juges cottiers étaient de simples gens et n’avaient que peu ou point de connaissances en fait de justice)) se réunissaient dans une halle qui se situait à la jonction de la rue du Château et de la Place (actuel espace limité par l’église Saint-Martin, le Palais du vêtement et le prolongement de la Grand’ Rue). Cet immeuble demeure, jusqu’à la révolution, la propriété du Seigneur de Roubaix.

 

 

 

1794 - 1840

 

 

 

En 1790, l’assemblée, toujours formée de sept échevins, est remplacée par des Conseillers Municipaux. Le nouveau conseil décide, dès 1792, de tenir ses séances dans les bâtiments de l’Hôpital Sainte Elisabeth, la maison échevinale tombant de vétusté. Seule l’infirmerie de cet hôpital (fondé par Dame Isabeau de Roubaix) est occupée jusqu’en 1806.

 

 

 

En 1812, la commune, voulant marquer de manière plus précise la destination officielle de ce bâtiment, fait construire un péristyle central à quatre colonnes en avant corps.

 

 

 

1840 - 1911

 

 

 

En 1840, notre cité connaît son premier essor industriel. En quarante années, la population passe de 8.205 à 30.000 habitants et en 1847, le collège magistral de la commune est renforcé (le nombre des adjoints passe de 1 à 3 et celui des conseillers est porté à 36). Aussi est-il décidé par cette administration de construire un nouvel hôtel de ville qui devait être le chef-lieu de la commune jusqu’en 1907.

 

 

 

DEPUIS 1911

 

 

 

L’Hôtel de Ville actuel

 

 

 

La puissance industrielle de notre cité continue de s’affirmer et de se confirmer au delà de toutes les prévisions imaginables pendant la seconde moitié du 19ème siècle et la population a, depuis plus d’une décennie, dépassée la barre des 120.000 habitants quand le conseil municipal, sous l’administration de Monsieur Eugène MOTTE, décide, en 1903, de remplacer l’hôtel de ville devenu trop petit par la magnifique mairie que nous connaissons aujourd’hui.

 

 

 

Commencé en 1907 sur les terrains sur lesquels s’élevaient l’ancienne mairie, la condition publique et la bourse du commerce, le nouvel hôtel de ville est inauguré le 30 avril 1911 en même temps que l’exposition internationale du Nord de la France.

 

 

 

Cet édifice est bâti sur les plans de l’architecte Victor LALOUX (auteur également des plans de la gare d’Orsay, (maintenant musée) et de la mairie de Tours, sa ville natale) secondé par Monsieur DUBOIS, architecte à Roubaix (l’aile gauche – rue du Château – qui fut construite avant la mairie pour les besoins de la Chambre de Commerce est de l’architecte roubaisien Ernest THIBEAU) et orné des sculptures réalisées à gauche (face à la mairie) par Alphonse CORDONNIER (la cueillette du coton et la tonte du mouton), du roubaisien LAOUST (les armoiries de la ville), d’Hyppolite LEFEBVRE (deux statues de 4,80 m et représentant la Paix et l’Abondance), d’Edgar BOUTRY (personnages assis, représentant la Vigilance et la Modération) et de Léon FAGEL de Valenciennes (pour les 3 hauts-reliefs, représentant le tissage, la teinture et le conditionnement).

 

 

 

LA SALLE DES MARIAGES

 

 

 

Qualifié de somptueux par la presse de l’époque, le bâtiment central de cette mairie abrite entre autre, à son premier étage, trois magnifiques salles : la salle du Conseil, le Salon d’honneur et la salle des mariages.

 

 

 

Le plafond de la salle des mariages est orné d’une peinture due au parisien François SCHOMMER. Elle fut terminée en juillet 1914. Cette dernière ne manque pas d'intérêt pictural et glorifie, par son côté « mythologie républicaine » commun en ce début de siècle, le mariage civil.

 

 

 

Paul-Louis DEFRETIERE écrivait, à son propos : « Dans son envolée et malgré son cortège de putti à la mode du 18ème siècle, elle célèbre un mariage essentiellement républicain et c’est la vérité qui est chargée de guider, d’éclairer le couple, un couple issu de la classe laborieuse comme le montre le costume du marié. Ainsi, se trouve magnifié le mariage en tant que fondement d’une société en marche vers le progrès dans le meilleur esprit de la troisième république, alors triomphante. »

 

 

 

LA FACADE DE L’HOTEL DE VILLE

 

 

 

 En 1905, l’Hôtel de Ville, reconstruit en 1840, ne convient plus à une orgueilleuse capitale industrielle, passée de 30 000 à 100 000 habitants. Le maire, l’industriel Eugène MOTTE, fait appel à l’architecte Victor LALOUX, auteur de la gare d’Orsay à Paris. La ville veut une mairie faisant face à l’église, sur une grande place rectangulaire, et exige des sculptures.

 

 

 

La vaste opération de ravalement qui permet de blanchir les superbes pierres de la mairie de Roubaix aura pour grand effet de ressusciter les superbes frises qui en parcourent la façade.

 

 

 

Depuis 1911, année de l’inauguration de l’établissement conçu par Victor LALOUX, celles-ci avaient eu tout le loisir de s’encrasser.

 

 

 

Côté bâtiment administratif, on distingue beaucoup mieux le couple formé par un vieillard et une femme. Les deux personnages encadrent une hutte. Le vieillard se trouve près d’un bélier aux cornes recourbées. Quant à la femme, elle est assise près d’une jarre qui symbolise les tâches ménagères. Une devise surplombe ces sculptures : « Pax Labor », la paix et le travail.

 

 

 

Côté bâtiment du Commerce, on ne peut plus lire à son fronton l’inscription « chambre de Commerce » qui a été effacé lors des travaux de ravalement. L’annexion de ce bâtiment à l’ensemble administratif est en effet définitive. On reconnaît le dieu Mercure alias Hermès dans la mythologie grecque coiffé de son casque ailé symbolisant la vélocité du dieu messager de l’Olympe et tenant à la main droite le fameux caducée. De part et d’autre de ce personnage, deux femmes assises, peut-être les deux secrétaires particulières du patron Mercure. A droite de celui-ci, l’une d’elle est appuyée sur une pile de dossiers et à l’arrière plan, se trouve une machine comportant de très nombreux rouleau. De l’autre côté de Mercure, l’autre femme dans une pose semblable à la première, déverse les trésors d’une corne d’abondance. La première symbolise l’industrie, la seconde, le commerce.

 

 

 

On remarquera, au sommet de l’ancienne chambre de commerce et du bâtiment administratif, des corniches baroques, représentant des cornes d’abondances enflées de mille richesses.

 

 

 

La frise, qui n’a rien à envier au réalisme esthétique des pays socialistes, comporte six éléments répartis de part et d’autre de l’entrée d’honneur de l’Hôtel de Ville.

 

 

 

La frise sous l’attique est une véritable bande dessinée en six tableaux, une sorte de retable profane. Les personnages plus grands que nature, placés dans leur cadre de travail, avec leurs outils et vêtements, contrastent avec les classiques figures allégoriques du fronton.

 

 

 

Alphonse Amédée CORDONNIER qui vécut aux Etats-Unis et s’intéressa au travail textile, cisela les trois premiers éléments : la récolte du coton et la tonte des moutons, le lavage et le peignage et la filature. Léon FAGEL s’attaqua aux trois tableaux suivants : le tissage, la teinture et les apprêts et la manutention finale.

 

 

 

Chacun des personnages (la frise en comporte une petite quarantaine au total) mesure près de 2,40 mètres de hauteur. C’est dire l’aspect monumental de cette œuvre destinée à immortaliser le passé laborieux de notre ville ainsi que l’industrie qui lui procura sa richesse en dépit de tous les problèmes sociaux qui apparurent dès son apparition.

 

 

 

1.     La récolte du coton et la tonte des moutons : A gauche de l’élément, une femme noire cueille du coton. Près d’elle, trois autres personnages dégagent la toison d’un agneau avec une tondeuse mécanique. A l’extrême droite, un dernier personnage de pierre fixe au crochet d’une grue, une balle de laine qui sera placée dans la cale d’un bateau à destination de la France.

 

 

 

2.     Le lavage et le peignage : Parvenue à Roubaix, la laine est soumise à différents traitements. Le sculpteur Cordonnier évoque le lavage de la laine. Le panneau met en scène une lisseuse, des ouvriers et un empaqueteur aux biceps saillants sur la gauche qui emporte les « rubans » vers la filature.

 

 

 

3.     La filature : Sur le dernier panneau de Cordonnier, apparaît au centre un métier à filer. Un fileur s’y active tandis qu’un ouvrier fixe une bobine. A gauche, deux autres fileurs transportent des canettes depuis des paniers en osiers jusque dans des chariots également en osier. A droite, un cinquième ouvrier, apparemment impassible, soulève sur ses épaules un lourd fardeau.

 

 

 

4.     Le tissage : Le premier panneau de la série de Léon Fagel illustre le tissage. On y voit des femmes et des enfants au travail. Deux ouvrières s’affairent près du moulin à ourdir et préparent la chaîne. Au centre, le tisserand surveille la marche de son métier en activant sa pédale tandis qu’un jeune aide lui apporte des canettes dans un panier d’osier. Sur la droite, un ouvrier retire une pièce de drap achevée sur un rouleur.

 

 

 

5.     La teinture et les apprêts : Le second panneau ciselé réunit un cartonneur qui tient une pièce de tissu se déroulant le long d’un plan incliné. Il est aidé en cela par un apprenti se trouvant à l’arrière plan. Plus loin, un teinturier sort d’un baquet une pièce d’étoffe. Près de lui, à l’aide d’une louche, son assistant puise de la teinture dans un tonneau pour qu’il puisse vérifier le ton de la préparation. Enfin, à gauche, deux manœuvres retirent des écheveaux d’une cuve et l’emporte à l’épaule.

 

 

 

6.     La manutention finale : Le dernier tableau représente la phase finale du traitement du tissu. Sur la gauche, deux hommes de peine ficellent une pièce et serrent les liens. Derrière eux, un contremaître prend note des références du ballot. Au centre, une femme examine les écheveaux afin de constater leur état. Le tissu ne sera expédié que s’il est sec et de bonne qualité. A droite, se trouve un homme poussant un diable qui recevra les colis à expédier.

 

 

 

Au-dessus du porche central, un autre sculpteur participa à la décoration de l’édifice. Hippolyte LEFEBVRE qui plaça, de part et d’autre des armoiries de la ville, deux statues de 4,80 mètres de hauteur.

 

 

 

H. LEFEBVRE fut, à son époque, l’un des maîtres de l’école Française, a ciselé deux allégories qui donnent au fronton central de la mairie, un superbe équilibre.

 

A droite, l’ABONDANCE tient dans les plis de sa robe des fruits et des fleurs.

 

A gauche la PAIX, tient dans sa main un rameau d’olivier. Ces deux personnages entourent le blason.
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