Société d'émulation
de Roubaix

Jean de Lannoy

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JEAN DE LANNOY

 

Le journal l'Indicateur de Tourcoing a été l'un des premiers supports pour les écriits de

Théodore LEURIDAN père

 

En de grâce 1459, sous le règne de Charles VII, fils infortuné, père plus malheureux encore, qui ne sembla monter sur le trône que pour en éprouver les désagréments, règne néanmoins illustré par les exploits de Dunois, le dévouement de Jeanne d’Arc, fille célèbre qui sût ranimer le courage abattu des Français et valut à son roi le surnom de Victorieux, messire Jean, Seigneur de Lannoy, les Rumes, Sébourg et Bossu sur l’Escaut, chevalier de la Toison d’Or, obtint du duc de Bourgogne, investi du comté de Flandre, le gouvernement de la ville de Lille.

 

 

C’était un vaillant capitaine que messire Jean, issu de l’illustre maison de Croy, un noble et généreux seigneur ; il avait entouré la ville de Lannoy de murailles et de fossés, relevé son église, augmenté et fortifié son château dont les tours au somptueux crénelage planaient fièrement sur les champs d’alentour, érigé dans ce château du consentement de l’évêque de Tournay et de l’abbaye de Cysoing, une chapelle où il se proposait d’établir des chanoines, et fondé dans la ville un couvent de chanoines réguliers de Sainte Croix, dits CROISES.

 

 

Ce fut donc le 20 Juin 1459 que le nouveau gouverneur de Lille alla prendre possession de son gouvernement ; reçu à l’entrée de la ville par les Rewart, Mayeur, Echevins, Conseillers et voir Jurés, preud’hommes et Appaiseurs, c’est au milieu d’une double haie de soldats, au bruit des acclamations du peuple, des tambours, des fanfares, au son de toutes les cloches, qu’il se rendit en la salle des Etats, somptueusement décorée, pour y prêter le serment de maintenir et garder les franchises et privilèges des bourgeois et manants, puis conduit processionnellement en l’église collégiale de Saint Pierre pour y assister au Te Deum qui devait se célébrer en actions de grâces .

 

Jean ne devait pas jouir longtemps du gouvernement, noble récompense de ses services.

 

 

Louis XI, de qui l’on a dit avec raison, qu’il n’était ni bon fils, ni bon père, ni bon mari, ni bon frère, ni bon ami, ni bon allié, succéda en 1461 à Charles VII, et la troisième année de son règne d’astuces et d’intrigues devait être fatale au seigneur de Lannoy.

 

Jean ayant donné au Duc de Bourgogne le conseil de rendre à Louis XI les villes qu’il tenait sur la Somme, se fit un ennemi puissant du comte de Charolois, qui résolut de se venger et le poursuivre de son implacable haine ; forcé de quitter son gouvernement, il courut s’enfermer dans son château de Lannoy, espérant pouvoir y braver la colère du comte. Dans la première semaine de mars 1464, de Charolois donna l’ordre au seigneur de Roubaix d’aller, avec force gens de guerre, s’emparer de la ville de Lannoy, de son château et de saisir et appréhender Jean ; mais jean, averti à temps des forces considérables qu’on dirigeait contre lui trop faible pour leur résister, se retira à Tournay avec sa femme et ses enfants, emportant avec lui son or, son argent et ses meilleurs biens.

 

Cependant le seigneur de Roubaix s’empara de la ville et du château et fut trouvé dans le châtel par la garnison de Caen, de cent à cent vingt pourceaux salés, et de farines grand planté, avec blé et avoine a grande largesse, et si estait séant un moulin tout neuf à moudre bled. Et tot après le comte de Charolois donna la ville de Lannoy et son chastel à Jacques de Saint Pol, frère du compte de Saint Pol (*) Monstrelet

 

 

Jean de Lannoy, le 24e gouverneur de Lille depuis le siège qu’en fit Philippe le Bel en 1296, mourut le 18 mars 1492 ; il fut inhumé à Lannoy, dans l’église des Croisés qu’il avait fondée ; l’épitaphe suivante, qui résume l’histoire de cet homme illustre, se lisait sur une lame de cuivre attachée à la muraille du chœur :

 

                                       Je fus jadis au monde en grand prospérité,

                                       D’honneur, de biens avoie à très large planté

                                       Car je fus serviteur du Duc Philippe le Bon.

                                       Ce bon seigneur me tint tous tenus de sa Maison

                                       Et l’un des Chevaliers de l’Ordre du Toison

                                       Dont aux Rois et aux Princes fut per et compagnon ;

                                       En Hollande et Zélande me fit son Lieutenant

                                       Pareillement de Frize où je le fus servant

                                       Quinze ans ou environ, puis me fit Gouvernement

                                       De Lille, Douay et Orchies, dont j’eus tant plus d’honneur

                                       Puis me fit Capitaine et aussi Sénéchal

                                       De toute Gorrechom, office espécial.

                                       En plusieurs ambassades lui plut moi envoyer,

                                       Où grans honneurs rechus dont Dieu doit merchier,

                                       Et assez tost après, du voloir et bon gré

                                       De ce bon Duc mon Maistre et Seigneur redoublé,

                                       Je fus bailli d’Amiens de par le Roi commis,

                                       Du dit Amiens aussi fus Capitaine mis

                                       Et tout pareillement de Dourlens et Cité,

                                       Encore voit  le Roi, par sa grande bonté

                                       Moi retenir à lui et à sa pension

                                       A deux mille bons francs par an dont j’eus le don.

 

                                       J’allais en Angleterre de par ses deux seigneurs,

                                       Car seul pouvoir me donnèrent oncques ne vis grigneurs

                                       Car seul pouvoir avois de traiter paix finalle,

                                       Entre les deux royaumes, par grace espécialle.

                                       Le donjon de Lannoy et le chastel aussi,

                                       Avec le chapelle et ceste Eglise-ci,

                                       Je fis en mon tems faire en la ville aisément,

                                       Qui est privilégié moult bien et grandement.

                                       La Chapelle de Lys fis faire à mes despens ;

                                       J’acquis Rume et Sébourg par estre diligens.

                                       Le Chasteau de le Marche et ville de Forchies,

                                       Le Locquon et Courchelles dont j’eus plus seignories.

                                       Deux fois fus marié, dont ma femme première,

                                       Fut Dame de Brimeu seule fille héritière,

                                       Ensemble eumes deux filles, dont l’une fut donnée

                                       Au seigneur de Gaesbeque auquel fut mariée,

                                       Et l’autre trespasse en assez josne eage.

                                       Et ma seconde femme que j’eus en mariage,

                                       De Ligne et Brabenchon elle fut fille ainée

                                       De huit enfans aussi fumes nous assemblée.

                                       Et après par envie fortune massailly

                                       Moy cuidant tout détruire, mais Dieu y pourvoy,

                                       C’est par vraie vertu et Dame vérité

                                       Avec passience d’honneur fut suscité

                                       Et plus que par avant fut par-tout honnouuré.

                                       Dieu par sa grace fasse à mes nuysans pardon,

                                       Et ung chascun réduite à devenir très-bon.

 

                                       Après moi florissant en honneur et en grace,

                                       Depuis  que j’eus vu une bien longue espace

                                       Le plaisir de mon Dieu, mon juge et Créateur

                                       Fut de moi envoyer du monde la doleur ;

                                       C’est la mort qui tout mord sans nulluy épargnier,

                                       Ainsi finis mes jours sans plus pouvoir targier

                                       En l’an nostre Seigneur, mil quatre cens

                                       Et quatre-vingt et douze payant d emort le cens

                                       Chy fisant qu’il leur plaise Dieu pour moi requérir

                                       Afin qu’à leurs prières puisse à grace venir.

 

Cette épitaphe a été la proie du vandalisme, lors de la démolition du couvent des Croisiers.

 

Ce texte est paru dans l’Indicateur de Tourcoing le 29 mars 1840.

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