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Deuxième époque (1477 à 1668)

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ROUBAIX A TRAVERS LES AGES

Par Gaston Motte,

Président de la Société d’Emulation de Roubaix

Octobre 1945

 

DEUXIEME EPOQUE DE 1477 A 1668

 

1° - Domination de la Couronne d’Espagne de 1482 à 1598

 

2° - Autonomie des Pays-Bas catholiques

       Sous le sceptre de la maison d’Autriche  de 1598 à 1638

 

3° - Retour à la Couronne d’Espagne de 1638 à 1667

 

LE DEBUT DE LA FABRIQUE

La charte de Charles le Téméraire en 1469 n’avait fait que consacrer un état de chose existant. Depuis longtemps, les habitants des bourgs de Roubaix et de Tourcoing (ce dernier plus important alors que Roubaix) faisaient commerce de laines importées d’Angleterre par Bruges ou ramassées en Flandre et en Picardie. Ils avaient ensuite pratiqué le filage de ces laines, destinées à alimenter les ateliers de Lille, de Tournai et d’Arras. De là à vouloir effectuer eux-mêmes la fabrication des tissus, il n’y avait qu’un pas et ce pas fut vite franchi. Cette activité industrieuse et toujours en éveil ne manqua pas de susciter l’attention quelque peu jalouse des villes qui les avaient précédés dans cette voie. Une rivalité s’ensuivie, aux alternances diverses qui devait se poursuivre presque jusqu’à la Révolution française.

Du point de vue politique, cette deuxième époque s’étend sur deux siècles soit de domination autrichienne, soit d’occupation espagnole, en marge d’une France que les astuces d’un Louis XI, la vaillance d’un François 1er, la patience d’un Richelieu ne parvenaient pas à former. Ces efforts marquaient souvent leurs effets jusque dans nos régions.

Dès la mort de l’héritière du Téméraire (1482), Louis XI avait, les armes à la main, revendiqué la Flandre et l’Artois et envahi ces provinces pendant que la garnison de Tournai « ville française » poussait des incursions jusque chez nous. C’est par elle que, le 9 octobre 1477, Roubaix fut mis au pillage et en décembre suivant, partiellement brûlé, pendant que des otages étaient enlevés.

Ces troubles ne furent que de courte durée et une heureuse contrepartie se préparait. Fuyant la guerre qui sévissait en Artois, une partie de la population industrielle d’Arras, si l’on en croit la tradition, vint se placer sous l’égide de la commune et donner à sa manufacture un élan imprévu (première heureuse conséquence de la charte de Charles le Téméraire) et en 25 ans, la population du bourg se trouva augmentée de 156 feux (c’est-à-dire des foyers).

Mais en 1519, à l’avènement de Charles Quint, la Flandre, entre les mains de ce petit-fils de Maximilien d’Autriche, était passée à la Maison d’Espagne, en même temps que la religion calviniste s’y propageait. Philippe II, fils de Charles Quint, engagea contre les calvinistes une lutte sévère, prélude des guerres de religion qui ensanglantèrent la France et dont nos régions ne furent pas exemptes.

Cinquante ans plus tard (1567-1579) des troubles motivés par la réaction contre le despotisme de Philippe II et de son gouverneur le Duc d’Albe, contre la charge écrasante des impôts, les confiscations de toute nature, contre l’inquisition, aboutirent à une scission en « provinces unies » (provinces du nord) qui restèrent calvinistes avec Guillaume d’Orange et « provinces du sud » ou Pays-Bas espagnols (dont la châtellenie de Lille) qui restèrent catholiques et jouirent d’une certaine autonomie, sous la principauté passagère et bienveillante des Archiducs Albert et Isabelle (1598-1633).

Cette scission se répercuta dans la famille des seigneurs de Roubaix où l’ayant droit, Pierre de Melun, prend part, en 1578, au mouvement orangiste (résistance) soutenu en sous-main par l’influence française, tandis que son frère Robert, se rallie à l’Espagne (L’ainé est déclaré félon par Philippe II et se réfugie en France et Robert reçoit à son profit, érigée en cette occasion en Marquisat (1579), la seigneurie de son frère) et ses biens.

Il devait périr dans les rangs de l’armée espagnole, au siège d’Anvers, en 1585.

 

LES STATUTS DE LA FABRIQUE EN 1554

Cependant la charte que Pierre de Roubaix avait obtenue du Téméraire n’avait pas porté tout son effet et l’octroi provisoire signé de la main du duc de Bourgogne n’avait pas été suivi des lettres patentes qui seules pouvaient lui donner force de loi.

Aussi, dès que la manufacture de Roubaix aborda la fabrication des « trippes de velours », Lille, s’abritant derrière un privilège antérieur interdisant cette fabrication dans tout autre lieu de la châtellenie qu’à Lille même intenta à l’égard de nos manufacturiers une action contre laquelle ceux-ci s’élevèrent aussitôt, soutenus par leur seigneur qui était alors Pierre de Werchin.

Une sentence intervint le 6 novembre 1553 émanant de l’Empereur Charles Quint ; elle spécifiait que « lesdits manans et habitants dudict Roubaix pourront faire et exercer de grosses matières, délaissant les ouvrages plus fins aux dicts de la ville de Lille ».

La sentence manquait de clarté et Lille nous le fit bien voir par la suite.

Elle prescrivait en outre l’établissement d’Egards-Jurés à Roubaix « afin que fraude ne se commect ». C’était déjà l’organisation de la profession.

Les statuts de 1554, consécutifs à cette sentence, réglaient, avec de minutieux détails, l’apprentissage obligatoire de deux années pour quiconque voulait entrer dans la manufacture, déterminaient la marque d’origine de chaque pièce (nom et marque de l’ouvrier au chef de la pièce), sa composition et son métrage, toutes conditions préalables à l’apposition du sceau officiel de la Manufacture contrôlée par les Egards. Le corps de métier était lui-même placé sous l’autorité et le contrôle de cinq maîtres manufacturiers désignés chaque année par le seigneur le jour de la fête patronale.

Ces statuts de 1554 valent une mention spéciale dans l’histoire de la Fabrique de Roubaix car on y décèle déjà la préoccupation maîtresse qui n’a cessé, jusqu’à la Révolution et au-delà, de régir cette fabrique.

Les règlements (qui ne sont que la codification des désirs exprimés par le corps de métier) réduisent à leur minimum les formalités d’accession à la maîtrise ; par contre, ils prennent les précautions les plus sévères pour que la fabrication se maintienne au niveau de perfection désirable.

Seules les pièces de bonne fabrication et de composition conforme aux règlements sont revêtues du scel.

Si la pièce est défectueuse et que les malfaçons ne soient pas essentielles, une amende intervient, si la pièce est jugée par trop défectueuse, elle est « coppée par coppons ».

Pour rendre plus efficace l’action des Egards, les gens de Loi formulèrent une ordonnance qui prescrivait les limites dans lesquelles le « métier et stil » se ferait « dans le bourg et enclôtures des hayes y compris la Grand’ Rue depuis la croisure du chemin de Fourqu’encroix jusque la croisure du bout du chemin qui conduit de Roubaix à Lille » (c’étaient les limites de Pierre de Roubaix, étendues seulement à l’est jusqu’au Galon d’Eau, et à l’ouest jusqu’au carrefour de l’Alouette).

A l’appui de ce règlement de 1554, Philippe II conféra à la Chambre des Egards, en 1579, un « scel » (ou sceau) aux armes du Bourg.

Après s’être adonnés à la fabrication des trippes de velours unies et façonnées, objet de la Charte de 1469, les manufacturiers avaient bientôt entrepris celle des bourras et des futaines et une ordonnance de 1609, rendue à Bruxelles par le Conseil des Archiducs Albert et Isabelle, ne put que ratifier cette extension en codifiant les caractéristiques de ces nouveaux articles (et précisant, comme de juste, les droits à percevoir par pièce).

Ces fabrications étaient spécifiées admises dans le cadre général des articles de « Bourgeterie » tandis que la « sayetterie » restait réservée aux « bonnes villes ». Mais la distinction entre les deux catégories, difficile à faire apercevoir de nos jours, l’était même à l’époque, si l’on en juge des contestations qui surgirent à l’occasion de chaque nouvel article. C’est ainsi qu’il fallut demander et obtenir en 1609 une « extension » d’autorisation concernant les « bourras et futaines » tandis qu’en 1622 un arrêté interdisait aux Roubaisiens de faire des « trippes au-dessus de quatre cordes ».

Plus d’une fois au cours de ces discussions, Roubaisiens et Lillois faillirent en venir aux mains. En 1621, un huissier venu de Lille pour opérer la confiscation de certaines pièces soumises à contestation, ne s’en tira « qu’à plaie ouverte et sang coulant ».

 

VERS LE RATTACHEMENT A LA FRANCE – LE TRAITE D'AIX LA CHAPELLE DE 1668

Un rude fléau vint, au cours du XVIIe siècle, entraver le développement du bourg ; fléau qui d’ailleurs ravagea toute la région. En juin 1636, une attaque particulièrement violente de peste vint s’abattre sur la région et, en trois ans, Roubaix perdit plus de 1 000 personnes, soit environ le quart de sa population.

Aux maux de la peste s’ajoutèrent ceux de la guerre que la France venait de déclarer à l’Espagne pour la possession de la Flandre et cet autre fléau devait sévir quelques 25 ans. Les annales de l’époque ne mentionnent que des « participations » de toutes natures qui s’appellent soit réquisitions et pillages, soit contributions exceptionnelles, suivant le camp que les imposait. Les cultivateurs, dit un chroniqueur de l’époque, renoncent à ensemencer leurs terres, voyant chaque année les blés coupés en herbe pour être donnés aux chevaux.

Un espoir que le mariage du jeune roi Louis XIV avec l’Infante d’Espagne avait fait naître dans le cœur des Wallons ne tarda pas à s’évanouir. Une nouvelle campagne s’ouvre en 1667  et après la prise de Douai et de Tournai, Louis XIV vient en personne faire le siège de Lille. Le rôle assigné à nos concitoyens est de retarder par tous les moyens la marche des troupes françaises, de détruire leurs convois, de couper leurs communications, sous peine du crime de lèse-majesté.

La prise de Lille et le traité d’Aix-la-Chapelle conclu l’année suivante, devaient rattacher définitivement la Flandre Wallonne à la France sous certaines modalités telles que le maintien à la châtellenie de Lille de tous ses privilèges, clause reconnue dans l’acte même de capitulation de Lille.

Cette situation permit à Louis XIV de restituer à un descendant de Pierre de Melun, son petit-fils Alexandre, la seigneurie de Roubaix et les biens y attachés.

 

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