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Première époque (9e s à 1502)

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ROUBAIX A TRAVERS LES AGES

Par Gaston Motte,

Président de la Société d’Emulation de Roubaix

Octobre 1945

 

PREMIERE EPOQUE DU NEUVIEME SIECLE A 1502

 

Domination des Comtes de Flandre de 863 à 1304

Appartenance au Royaume de France de 1304 à 1318

Retour au Comté de Flandre  de 1318 à 1384

Domination des ducs de Bourgogne de 1384 à 1477

Domination de la Maison d’Autriche de 1477 à 1482

 

LA FORMATION DU BOURG

 

Roubaix ne fut longtemps qu’une modeste agglomération, à l’écart des villes de colonisation romaine, des grandes chaussées, des fleuves et des routes d’invasion.

Son histoire ne prit corps qu’au moment où le territoire de la région se constitua en fractions administratives dont la forme ou la manifestation la plus ancienne est celle des diocèses. Dès qu’apparaît le nom de Roubaix, on le voit ressortir au Diocèse de Tournai auquel il appartient pendant un millier d’années. Plus tard, intervint l’organisation à la fois civile et militaire des châtellenies et Roubaix se trouva compris dans la châtellenie de Lille, Comté de Flandre.

Le Comté de Flandre était placé sous la suzeraineté effective du Royaume de France et l’histoire de Roubaix traduit les péripéties de la lutte incessante des comtes de Flandre, ambitieux et entreprenants, cherchant à se libérer d’une autorité plus ou moins lointaine et contestée, qui se manifestait surtout par des impôts.

D’autre part, la Flandre, à cette époque, grand fournisseur de l’Europe pour les draps, était tributaire de l’Angleterre pour les laines et l’histoire de la Flandre n’est pas sans refléter les hésitations d’un pays qui craignait par-dessus tout une rupture économique avec son principal fournisseur.

La vie des sires de Roubaix, comme celle de leurs suzerains se ressent de ces influences contraires… « car leur modeste seigneurie était au carrefour, au cœur même de la région où se rencontrent et s’affrontent, depuis qu’elles existent, les civilisations ennemies ». Des attirances diverses divisent les familles entre elle et les portent, au hasard des alliances ou des circonstances, dans des camps opposés. C’est ainsi qu’on voit un seigneur de Roubaix combattre contre Philippe Auguste à Bouvines et son fils, capitaine de la garnison de Lille, au service du Roi de France, défaire une colonne anglaise qui passait à portée de ses armes (1340).

Il serait fastidieux de retracer ici la succession des seigneurs de Roubaix. Le premier connu avec certitude fut Bernard 1er, décédé en 1119 – Bernard II, son fils, était déjà Conseiller du Comte de Flandre.

Un autre, Alard 1er, attaché à la suite de Guy de Dampierre, Comte de Flandre, partagea à Compiègne la captivité de son maître et, libéré à la suite de la bataille des Eperons d’Or (Courtrai 1302), fut ensuite repris comme otage et garant des dispositions pacifiques de son suzerain. Mais la paix, toute provisoire, ne survint qu’après la bataille de Mons en Pévèle (1304).

A la suite du traité d’Athis sur Orge, qui ratifia cette paix (1305), les châtellenies de Lille, Douai et Orchies étaient cédées à la France et la province qu’elles constituaient prenait le nom de Flandre Wallonne ou Gallicante. Cet état de choses, confirmé par le Traité de Paris (1320), devait durer jusqu’en 1369.

 

JEAN DE ROUBAIX

 

Mais le premier qui fut appelé à jouer un rôle important dans l’histoire de notre cité, fut Jean V (1368-1449). Il commença sa carrière militaire à peine âgé de 14 ans, à la bataille de Roosebeke en 1382, un nom qui, par une coïncidence assez singulière, est une étymologie identique à celle de Roubaix.

Ardent et d’humeur chevaleresque, homme de guerre accomplit, il se joignit à un groupe de chevaliers flamands envoyés par le Duc de Bourgogne pour combattre les Sarrazins à Carthage. Il fit plus tard partie d’une armée envoyée à l’aide du Roi de Hongrie attaqué par Bajazet. Dans l’intervalle, il avait déjà visité les Lieux Saints.

Toutes sortes de missions exécutées et de services rendus lui valurent des faveurs considérables sous forme de dotations qui firent de lui un des seigneurs les plus puissants de l’époque.

Le 1er octobre 1414, il obtint du duc Jean (Jean sans Peur) de créer en sa terre de Roubaix, sept échevins. C’était la première forme de l’organisation administrative.

Puis il obtint, en 1420, le droit de haute justice, ce qui permettait à cette administration communale de connaître de tous délits ou crimes sans dépendre de Lille.

C’est aussi lui qui fonda la Compagnie des Archers de Saint Sébastien où il faut trouver, à côté d’une association de braves gens désireux de se livrer en commun à leur jeu favori, un groupement d’hommes d’ordre, susceptibles de contribuer au maintien de l’ordre public.

Jean sans Peur, assassiné à Montereau, son fils Philippe le Bon confirme sa confiance à Jean de Roubaix, promu entre temps premier chambellan.

Conseiller très écouté du duc, il se trouva directement associé à une politique qui devait entraîner la Bourgogne dans de nouvelles aventures.

La grande pensée de Jean sans Peur puis de Philippe le Bon était de constituer, entre la France, l’Angleterre et l’Empire germanique, un état tampon groupant la Bourgogne, la Lorraine et les Pays Bas (ceux-ci pris dans leur signification la plus étendue, y compris la Flandre et l’Artois). La direction de cet état aurait fait du duc de Bourgogne, l’arbitre de l’Europe occidentale.

Pour aboutir à leurs fins, les ducs s’appuyèrent alternativement sur chacun des partenaires parmi lesquels ils avaient à évoluer : et c’est là l’histoire, sous Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, de notre province, balancée entre des influences contraire. Même hésitation chez les satellites : Philippe de Comines servira successivement, au même titre de conseiller, des causes contraires et le seigneur de Roubaix, après l’assassinat de jean sans Peur, portera les armes contre le roi de France, dont il avait été l’un des chambellans et contre Jeanne d’Arc.

Le traité d’Arras en 1435 signé avec Charles VII et qui mit fin à cette période, faisait de Philippe le Bon un véritable souverain et de son conseiller un des seigneurs les plus puissants de l’époque que selon l’historien Buselin n’hésita pas à qualifier de « petit Roi ».

Le seigneur de Roubaix fut, en 1424, le principal négociateur d’un « pacte de neutralité » conclu entre la ville de Tournai et l’état bourguignon.

Vers la même époque, en 1428, la confiance de son maître avait trouvé à se manifester à son égard d’une manière éclatante.

C’est à Jean de Roubaix en effet que Philippe le Bon confia le soin d’aller négocier son mariage avec Isabeau, fille du roi du Portugal. A cette ambassade fut adjoint le valet de chambre du duc, le déjà célèbre peintre Jean van Eyck.

Cette mission ayant abouti et la jeune princesse étant arrivée à Bruges après un voyage assez mouvementé, la célébration du mariage eut lieu au milieu de fêtes splendides.

Au cours de ces magnifiques festivités, le duc créa son ordre de chevalerie de la « Toison d’Or » qui devint l’un des plus célèbres de la chrétienté. Le seigneur de Roubaix « féal et amé conseiller » fut le troisième des vingt-quatre chevaliers dont l’ordre fut d’abord composé.

Après une carrière bien remplie et entourée de toutes sortes d’honneurs, Jean de Roubaix mourut en 1449. Son fils Pierre lui succéda.

 

PIERRE DE ROUBAIX

 

Conseiller et chambellan de plusieurs ducs comme son père l’avait été, Pierre de Roubaix participe à la même politique d’hégémonie bourguignonne poursuivie successivement en finesse par les premiers, en force par le dernier.

Il prit part à toutes les guerres que ces princes eurent à soutenir, soit pour obtenir de nouvelles acquisitions, soit pour conserver celles que les traités leur avaient octroyés. En particulier, il participa à la répression des révoltes que Louis XI avait fomentées à Liège et à Dinant.

Ne sont à mentionner que pour mémoire ses différents avec son voisin Jean de Lannoy dont la constante fidélité au roi de France faisait de Roubaix et Lannoy deux villes ennemies.

En recueillant les domaines paternels, le nouveau seigneur de Roubaix était devenu l’un des plus riches propriétaires du pays ; sa fortune devait s’accroitre encore, « l’humble tourelle ne suffit plus au grand seigneur qu’une prédiction particulière retenait dans sa seigneurie de Roubaix ; il la remplaça par une superbe demeure entourée de murailles et d’une double enceinte de fossés. Le château de Roubaix rendit de grands services aux habitants qui s’y réfugiaient avec leur avoir et leurs bestiaux quand le territoire était envahi. » (Th. Leuridan)

Voulant préparer l’avenir, Pierre de Roubaix concéda des terrains « à charge d’y maisonner ». Des fossés et des haies clôturèrent cette première agglomération.

De forme ovale, plus longue que large, elle comprenait la place et neuf rues.

Il fit « clore le bourg du dit Roubaix de fossés et de hayes et amasser de maisons comme l’on peult veoir » (épitaphe de Pierre de Roubaix).

Epris des sentiments religieux de son siècle, il entreprit en pèlerin, comme son père, le voyage de la Terre Sainte et visita « lui onzième de gens à ses dépens » les Saints Lieux de Jérusalem, le Saint-Sépulcre où il fut fait chevalier et le Mont Sinaï.

Au retour, il passa par le Royaume de Chypre et l’ile de Rhodes où le Grand Maître lui montra « la Sainte Epine qui fleurit tous les bons vendredis de l’An ».

Puis il se rendit auprès du Prince de Tarente, de là à Naples où il fut reçu par le Roi qui portait comme lui-même le collier de la Toison d’Or.

Il alla ensuite à Rome où il fit visite au Saint Père et parcourut les lieux les plus célèbres de la Ville Eternelle.

A l’avènement de Charles le téméraire, il usa de son crédit en faveur de sa seigneurie.

Après en avoir fait une ville en l’agglomérant (ce qui était une condition première) et en lui formant une enceinte, il voulut lui en donner les autres caractères, notamment le droit d’y exercer le commerce et les manufactures.

Il obtint du duc Charles une charte datée de la Haye du 1er novembre 1469, octroyant à Roubaix son premier privilège de fabrique, cause première de sa prospérité.

Les soins bienfaisants de Pierre de Roubaix durent s’étendre encore sur l’église paroissiale de Saint Martin qu’il voulait mettre en rapport avec l’importance nouvelle donnée à sa Seigneurie. De cette époque date la construction de la tour qui porte le millésime 1471.

Après la mort du Téméraire et l’accord intervenu entre la fille de celui-ci, Marie de Bourgogne et Louis XI, Pierre de Roubaix se retira en son château de Roubaix où il ne vécut plus que pour s’occuper d’œuvres intérieures, de fondations pieuses et d’affaires de famille. C’est ainsi qu’en souvenir de son pèlerinage en Terre Sainte, il fit édifier la chapelle du Saint Sépulcre qui s’élevait sur la partie nord de l’actuelle place de la Liberté. A cette chapelle fut adjoint un hospice qui devait héberger sept vieillards de la paroisse.

Il mourut en son château le 7 juin 1498, à l’âge de 83 ans.

 

ISABEAU DE ROUBAIX

 

L’unique descendante de Pierre de Roubaix était une fille, Isabeau. Elle avait, du vivant de son père, fondé l’hôpital Sainte Elisabeth, destiné à donner asile à douze vieilles femmes infirmes. Seule héritière d’une grande fortune, elle dota richement cet établissement et le fruit de ces libéralités s’est perpétué jusqu’à nos jours (biens d’hospice).

De son mariage avec Jacques de Luxembourg, elle n’eut qu’un fils, François, mort en bas âge (et dont le mausolée existe encore à l’église Saint Martin) et trois filles. Avec elle et par le mariage de Yolande de Luxembourg, fille d’Isabeau, avec Nicolas de Werchin-Barbançon, le fief de Roubaix passait entre les mains de la famille de Werchin.

Il est permis de se faire une idée de ce qu’était Roubaix à la fin de cette première période.

L’enceinte close par Pierre de Roubaix comprenait, outre la Grand’Place qui n’existait alors qu’à l’état embryonnaire, neuf rues :

  • La Grand’Rue, depuis Saint Martin jusqu’à la Place de la Liberté actuelle.
  • La rue Pellart (ou Pottière) et la rue Pauvrée (ou Pauvrette)
  • Les rues du Curé et de la Coutrerie (du pays),
  • La rue du Bestiart (ou de l’Abreuvoir)
  • La rue Nain
  • La rue Dorée (de l’Hospice)
  • La rue Saint Georges jusque la chapelle Saint Georges (au carrefour actuel de la rue de l’Hospice et de la rue du Bois.

Le bourg est aggloméré sous la forme de paroisse à clocher (Saint Martin) ayant rang de seigneurie érigée plus tard en Marquisat.

De la seigneurie de Roubaix relevaient une quantité de fiefs (au moins 135) situés dans la châtellenie de Lille ou ailleurs et dont les revenus constituaient une fortune considérable.

Quelques-uns de ces fiefs se trouvaient à Roubaix même ou dans ses environs, tels que le Moulin de Roubaix, la Grande Brasserie, deux ponts à péage et un certain nombre de censes dont les plus importantes étaient celles de Beaurewart, Carihem, Maufait, les terres du Breucq et de Longueval, les fiefs du Fontenoy, de la Grande Vigne, du prêt, de Wasquehal la Marque, du Pire (devenu le Pile), du Tilleul, de Courcelles, de la Pontenerie, de la Petite Vigne, de la Haye, etc.

Dans le territoire de Roubaix étaient enclavés quelques « lieux » importants, fiefs étrangers à la seigneurie, dont les principaux étaient Beaurepaire, Wassegnies, Gourguenez, etc.

Après Isabeau de Roubaix, la seigneurie passa entre les mains d’autres maisons, que nous ne citerons que pour mémoire.

 

MAISON DE LUXEMBOURG, DE WERCHIN ET DE MELUN (1502-1593)

  • Yolande de Luxembourg et Nicolas Werchin,
  • Pierre de Werchin
  • Yolande de Werchin, qui épouse Hughes de Melun
  • Pierre de Melun, banni par Philippe II d’Espagne et évincé par son frère, Robert de Melun, rallié à l’Espagne (les frères ennemis)

 

MAISON DE LIGNE (1596-1667)

  • Anne-Marie de Melun et Lamoral de Ligne
  • Albert-Henri de Ligne
  • Claude-Lamoral de Ligne

 

LES PRINCE FRANCAIS MELUN-ESPINOY (1668-1793)

  • Alexandre-Guillaume de Melun, petit-fils de Pierre le Proserit, rétabli par lettre de cachet du 4 juillet 1668 dans les biens et fonction de son aïeul
  • Louis de Melun
  • Louis de melun II, dépossédé pendant l’occupation hollandaise de 1709 par les Etats Généraux de Flandre, en faveur de :
  • Claude Lamoral de Ligne II
  • Louis de Melun II rétabli par accord entre les Maisons de Ligne et de Melun

 

En 1794, s’éteint le nom de MELUN et la seigneurie de Roubaix passe à :

  • Charles de Rohan-Soubise
  • Victoire Armande de Rohan-Soubise et le Prince de Guéménée (Rohan-Guéménée) jusqu’à la Révolution Française.

 

Ces seigneurs cessèrent de faire du château de Roubaix leur résidence et sans qu’on puisse dire qu’ils se soient désintéressés de leur domaine, on ne les voit plus apparaître que d’une façon épisodique au cours de l’histoire.

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