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La formation professionnelle

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LA FORMATION PROFESSIONNELLE

 


Par Jean PENNEL, Président de la Commission d’Apprentissage

Extrait de l’hebdomadaire « L’Opinion Economique et Financière » de décembre 1948
 

    

On aurait pu croire, à première vue, qu’il suffisait de faire entrer sous ce vocable les initiatives réalisées dans notre région en matière d’apprentissage. Ce problème est, en réalité, beaucoup plus vaste. L’expérience nous a montré qu’en abordant, au départ, le problème de l’apprentissage des jeunes ouvriers, on se trouvait inéluctablement entraîné à envisager les méthodes de formation ou de perfectionnement de la maîtrise et des cadres.

 

Ce n’est pas en fonction d’une « politique » de l’apprentissage que les premières réalisations furent tentées à Roubaix-Tourcoing, mais en raison des circonstances de fait des premières années de l’occupation. Les matières premières manquaient ; la main-d’œuvre juvénile était exposée au désœuvrement. Certains employeurs étaient préoccupés par le souci de former une main-d’œuvre qualifiée. Ces considérations incitèrent les milieux patronaux à étudier dans quelle mesure il serait possible de définir les bases d’un apprentissage rationnel.

 

Il fallait bien constater en effet que, dans ce domaine, une certaine routine avait amené employeurs, cadres et ouvriers eux-mêmes à se fier aux résultats plus ou moins heureux d’un « apprentissage sur le tas ». Une main-d’œuvre suffisante, sinon abondante, n’avait pas permis de déceler que les professions textiles jouissaient en fait d’une défaveur certaine et qu’on se trouvait en présence d’un véritable « vieillissement » du personnel de nos usines.

 

Il convient d’ajouter également que les efforts entrepris à Roubaix-Tourcoing, en matière d’apprentissage, coïncidaient à peu près avec la généralisation des méthodes rationnelles mises au point d’une façon générale dans le monde entier et plus particulièrement en France grâce à l’adaptation ou à l’application des principes de la méthode Carrard par les techniciens de l’Ecole de la rue Dareau.

 

Ce fut au sein de la Commission d’Apprentissage du Syndicat Patronal Textile, constituée officiellement en juillet 1942 qu’une solution fut recherchée aux problèmes de l’emploi de la main-d’œuvre juvénile et de sa formation professionnelle.

 

Très rapidement d’ailleurs, on devait se rendre compte qu’un échange des expériences faites devait se réaliser sur le plan inter-professionnel. Le Comité Interprofessionnel d’Apprentissage, au début purement patronal, se réunit, dès 1941, sous l’égide des Chambres de Commerce.

 

Si ces études avaient été provoquées par des considérations concrètes, elles firent découvrir à leur tour les problèmes humains qui se trouvaient soulevés.

 

Une doctrine de l’apprentissage devait s’élaborer, rallier très facilement l’adhésion des Organisations Syndicales Ouvrières et constituer même le premier terrain sur lequel des réalisations concrètes gérées sur un mode paritaire ont pu voir le jour.

 

Au cours de ses séances des 23 novembre 1942 et 10 février 1943, la Commission tripartite provisoire du Textile de Roubaix-Tourcoing adoptait en effet un important Rapport sur l’organisation de l’apprentissage dans le Textile.

 

Ce rapport partait du principe suivant lequel l’apprentissage devait être conçu de telle manière qu’il assure une transition entre l’école et l’usine. Il posait comme règle qu’il ne devait pas être réservé aux futurs ouvriers qualifiés, mais que, sous une forme au moins réduite, il devait, en fonction même du principe que nous venons d’énoncer, s’adresser à tous les jeunes entrant dans la profession textile. Il prévoyait enfin que cet apprentissage devait comporter simultanément une formation professionnelle et un complément de formation générale, axé évidemment vers le métier et donné à l’aide de méthodes actives, car il n’était pas question d’une scolarité prolongée, mais bien d’une formule originale à trouver pour permettre la transition de l’école à l’usine.

 

Cette doctrine se fit connaître sous le nom d’apprentissage à « mi-temps », la mi-temps pouvant d’ailleurs être conçue de façon différente ; par semaine, par demi-journée, dans un centre unique, dans un atelier-école, etc.

 

Les réalisations entreprises dans ce domaine devaient d’ailleurs être imitées dans les centres textiles voisins et faire l’objet d’une coordination au sein d’une Commission Régionale Textile d’Apprentissage. En liaison avec le Commissariat au Travail des jeunes, des Centres d’Apprentissage furent ouverts, soit dans des écoles techniques, soit dans des usines, soit même dans des ateliers-écoles créés de toutes pièces.

 

Par accord en date du 26 avril 1944, les employeurs se sont engagés à faire suivre à leurs jeunes apprentis, embauchés en dessous de 17 ans, l’année de mi-temps dont nous avons exposé les principes. Déposé aux Prud’hommes, cet accord garde encore force de loi dans la profession.

 

Le problème de l’orientation professionnelle fut à son tour envisagé. Avec le concours des Mairies, des Chambres de Commerce, des Syndicats Patronaux et Ouvriers et sous la forme juridique d’un organisme semi-public, le Centre d’Orientation Professionnelle de Roubaix-Tourcoing était créé en 1944 et examinait l’ensemble des écoliers de Roubaix-Tourcoing, entrant dans la vie de travail.

 

Les employeurs s’étaient également engagés, par accord déposé aux Prud’hommes, à ne prendre aucun jeune de moins de 17 ans, si celui-ci n’était pas muni du Certificat d’Orientation Professionnelle.

 

Simultanément, la formation des cadres de l’apprentissage et l’étude des méthodes techniques propres à chaque branche textile faisaient l’objet de réalisations nouvelles. Pour les entreprises assurant la formation professionnelle en usine, apparaissait la nécessité de créer un poste de « chef d’apprentis », et le contact entre ces chefs d’apprentis ou moniteurs d’apprentissage était réalisé au cours de plusieurs sessions en juillet et septembre 1944.

 

Pendant ce temps, sur le plan de l’apprentissage, les réalisations se précisaient. Elles acquéraient (sur le terrain de la formation générale) un caractère interprofessionnel par la constitution du Comité Interprofessionnel d’Apprentissage, constitué sous la forme d’une Association de la Loi de 1901, groupant les Organisations Syndicales Patronales, de Cadres et d’Ouvriers dans cette œuvre commune.

 

Le financement de ces réalisations était assuré par une cotisation des industries intéressées, dont le montant oscillait autour de 0,3 % des salaires.

 

On se rendait compte rapidement que le climat de l’apprentissage dans une usine dépendait en outre de l’intérêt que pouvaient y apporter les contremaîtres et, d’une façon plus générale, l’ensemble des cadres de l’industrie. Débordant même du cadre de l’apprentissage proprement dit, on se trouva donc amené, par la force même des choses, à envisager les méthodes propres à donner aux cadres un complément de formation.

 

Rejoignant, là encore, les initiatives prises en France et à l’Etranger, des sessions d’information organisées avec le concours des Syndicats de Cadres et de la C.E.G.O.S. permettaient de constater qu’on se trouvait en présence d’un besoin nouveau.

 

Le Centre de Perfectionnement des Cadres et de Promotion Ouvrière fut donc créé et devait progressivement organiser des sessions, des journées d’entreprises, des réunions périodiques pour les contremaîtres d’abord, pour les futurs contremaîtres ensuite.

 

Sur ces entrefaites, se produisit la Libération du territoire et le démarrage de nos industries. S’il apparaissait toujours nécessaire de donner aux jeunes apprentis un complément de culture, on constatait également que ce complément de culture devait être axé de plus en plus vers leur métier et qu’un certain compromis devait intervenir entre les exigences d’un climat de production accrue et les principes fondamentaux, sur lesquels reposaient nos réalisations en matière d’apprentissage.

 

Il apparaissait clairement, en effet, que les réalisations en matière d’apprentissage, conçues sous une forme qui puisse être agréée de l’ensemble des professionnels, constituaient la seul réponse possible à l’égard de certaines tendances qui voudraient, à tort, selon nous, trouver une solution au problème de l’apprentissage par un prolongement de la scolarité ou par une centralisation excessive.

 

Nous devons d’ailleurs ajouter que les centres de formation générale, gérés par l’Enseignement Technique, ne gardaient plus, avec les professions, les contacts suffisants et s’orientaient vers un préapprentissage qui, pour utile qu’il soit, ne nous paraissait pas répondre aux besoins de l’ensemble de l’industrie.

 

Nous avions dès lors la conviction (partagée par les représentants ouvriers et cadres du C.I.A.) qu’une formule de centre professionnel pour chaque branche d’industrie devait être généralisée dans toute la mesure du possible : 11 centres professionnels fonctionnent en 1948.

 

Notre position en matière d’apprentissage a fait l’objet de déclarations communes des membres patronaux et ouvriers, à l’occasion de la discussion des textes législatifs qui ont été déposés successivement sur le Bureau de l’Assemblée Nationale. Elle devait également, sur un plan patronal, faire l’objet d’un véritable Congrès de l’Apprentissage, tenu à Lille en janvier 1947.

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