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La qualité ouvrière

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LA QUALITE OUVRIERE

 


Par Victor PROVO, Maire de Roubaix
Extrait de l’hebdomadaire « L’Opinion Economique et Financière » de décembre 1948

 

 

Le prodigieux essor du Centre de Roubaix-Tourcoing est dû à une volonté opiniâtre qui, au cours de cinq siècles s’est affirmé, à la fois contre les privilèges octroyés à Lille, capitale des Flandres, et les obstacles naturels : pas de voies navigables avant la création du canal, pas d’eau potable pour la population, pas de rivière pour alimenter une industrie en concurrence directe avec cette capitale qui, incontestablement, bénéficiait de la vitesse acquise et pouvait vivre sur sa réputation.

 

Le centre de Roubaix-Tourcoing a été comme propulsé par cette volonté et, en moins de cent ans, il a conquis une place prépondérante sur les marchés mondiaux.

 

Il éclipse aujourd’hui sa grande rivale. Son rayonnement est universel. L’audience qu’il a dans tous les pays du monde n’est contestée par personne. Il fait autorité et s’impose.

Sans doute, les terribles guerres de 1914-1918 et 1939-1945 ont-elles gêné son développement jusque-là continu. Sans doute, la naissance d’industries concurrentes dans les centres de culture et de production nous donne-t-elle un nouveau sujet de préoccupation.

 

Mais, tel qu’il existe actuellement, notre Centre textile représente une source de richesse nationale qui peut offrir des disponibilités considérables dans le cadre d’une économie européenne, enfin organisée rationnellement.

 

Cette constatation comme ces préoccupations ne doivent cependant pas nous faire oublier les artisans de cet essor.

 

Assez souvent, on a chanté les métiers, d’ailleurs incontestables, de ces hommes, ingénieux, volontaires, entreprenants, quelquefois incultes, mais intelligents et obstinés, qui, contre vents et marées, ont cru à l’avenir du Centre textile de Roubaix-Tourcoing.

 

L’histoire locale fourmille d’exemples de cette volonté tendue vers l’objectif et du couronnement de l’effort par le succès.

 

Toutes les sociétés humaines, à base industrielle, ont connu ou connaîtront cette lutte acharnée des hommes pour porter au maximum les moyens de production et pour conquérir des débouchés, condition essentielle de leur prospérité ; les plus avancées, techniquement parlant, montreront la voie par où passeront les autres.

 

Mais le courage et la volonté, comme l’intelligence et l’ingéniosité, n’expliquent pas tout.

 

Rien n’eût été possible sans la lente et inexorable migration des campagnes vers les villes, sans une abondante main-d’œuvre locale et frontalière, sans l’existence d’ouvriers et d’ouvrières, ayant acquis rapidement une dextérité et une véritable science dans une industrie, dont on peut dire qu’elle est caractérisée par une infinie division du travail.

 

Au moment où l’on parle de reconquérir les marchés mondiaux par la qualité de notre production, il faut rendre un hommage particulier aux gens de chez nous.

 

Le goût du travail bien fait, on ne le trouve plus ancré nulle part ailleurs que dans notre centre textile.

 

Les machines les plus perfectionnées n’ont pas de secret pour nos ouvriers et nos ouvrières. Les moindres défauts sont décelés et inlassablement corrigés. Nos techniciens apportent sans cesse de nouveaux perfectionnements, recherchent constamment les améliorations susceptibles de transformer la matière dans les meilleures conditions. Les ouvriers, eux, réalisent avec intelligence et participent ainsi aux recherches, les provoquent et en font reculer les limites toujours plus avant, dans le sens du progrès.

 

Le « fini du travail », le goût dans le travail, donnent tout son sens à l’expression « probitas industria ».

 

Le rayonnement de notre centre textile n’existerait pas sans cela. Mais, encore une fois, il n’est fait que de la conscience professionnelle d’ouvriers et d’ouvrières concourant, sans le savoir parfois, enfermés qu’ils sont dans leur spécialité, à une production recherchée pour sa perfection.

 

Cette conscience professionnelle ne s’est jamais démentie. On chercherait en vain, dans l’industrie textile, malgré des luttes sociales ardentes, parfois longues et pénibles, des actes de sabotage de la production. Aussi convient-il de souligner tout particulièrement les mérites des travailleurs de notre région.

 

Nulle part, le contraire n’est plus saisissant que chez nous entre la pauvreté et le luxe, entre l’opulence et le dénuement. Cela se manifeste de diverses manières mais, d’évidence, le logement en est un des aspects les plus typiques. Tout au passé de misères et de souffrances s’inscrit dans l’histoire de nos cités industrielles.

 

Les mutilations, les doigts déformés de nos ouvrières travaillant constamment dans l’eau, l’insalubrité de nos peignages et teintureries, les longues et déprimantes heures de travail, le bruit infernal des métiers, le martyre des apprentis, ont provoqué des réglementations qui ont besoin d’être modifiées sans cesse.

 

La condition ouvrière s’est certes améliorée au cours des années ; mais que de souffrances, que de drames, que de sacrifices pour obtenir ou pour arracher les lois sociales ou des mesures de protection ! Passer tout cela sous silence serait méconnaître une des raisons de la prospérité de Roubaix-Tourcoing.

 

Le miracle c’est que le monde du travail n’a jamais perdu l’espoir d’un avenir meilleur. C’est sans doute là le sort des hommes et des femmes qui gardent au fond d’eux-mêmes assez d’optimisme pour regarder au-delà du présent et assez de confiance en eux pour aller vers leur émancipation.

 

La fréquentation de nos centres de formation professionnelle, de nos écoles techniques, de cours sociaux, par un grand nombre de jeunes des deux sexes, marque bien les aspirations de tout un peuple qui vit dans l’espoir et dans l’attente et qui développe ses qualités pour porter toujours plus haut le bon renom de notre production textile.

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par Dounia le 04/11/2015
Bcp de force au ouvriers love