Société d'émulation
de Roubaix
Accueil > ROUBAIX EN 1948 > Le monde du travail > Modèle d'expension

Modèle d'expension

goole+ facebook twitter
  
ROUBAIX-TOURCOING, MODELE D’EXPANSION FRANCAISE
 

Par Maurice DUBRULLE,
Président de la Fédération Industrielle et Commerciale de Roubaix-Tourcoing et
De la Fédération Lainière Internationale
 
Extrait de l’hebdomadaire « L’Opinion Economique et Financière » de décembre 1948
 
 
 
Tout a été dit de la rapidité et de l’importance du développement industriel et commercial de Roubaix-Tourcoing, de la valeur et de la variété de ses productions textiles, de l’esprit d’entreprise de ses industriels, du sens commercial de ses négociants, de l’ardeur et du goût du travail bien fait, chez ses ouvriers et techniciens.
 
 
Maintes fois aussi, il a été insisté sur l’apport fait par ce centre au patrimoine national, sur la participation considérable qu’il assure aux ressources de l’Etat, sur ce que représente Roubaix-Tourcoing dans l’inventaire de l’outillage textile français, etc.
 
 
Je voudrais souligner un autre titre qui le distingue à l’attention et je dirai volontiers qui lui mérite la considération de nos compatriotes : c’est la contribution apportée par le Textile de Roubaix-Tourcoing au renom de notre Pays dans le monde.
 
 
Roubaix-Tourcoing est un centre d’expansion mondiale. Est-ce parce que nos villes sont les héritières de ces grandes Cités drapières des Flandres qui, dès le Moyen Age, fabriquaient, selon d’antiques traditions, des tissus réputés inégalables dans l’Europe d’alors et qui, au IXe siècle déjà, étaient négociés dans le monde entier ?
 
 
L’atavisme, même aussi lointain, est peut-être une explication. En tous les cas, le goût du commerce avec l’étranger est l’une des caractéristiques de ce centre. Dès qu’ici se développa la production textile, on se mit à l’écouler au dehors. Puis, à mesure que s’accrurent les moyens de production, nécessitant des approvisionnements plus importants de matières premières, c’est aux sources mêmes qu’allèrent les acheter les hommes de chez nous, à l’origine des Tourquennois, puis bientôt aussi des Roubaisiens. Pour les évoquer, je ne puis mieux faire que de citer Eugène Motte qui, dans son langage imagé, disait :
 
 
« … Tourcoing, notre aïeule, a pris la tâche la plus aventureuse, comme aussi la plus poétique. Elle est la grande pourvoyeuse. Depuis longtemps, elle est « globe trotter ». Autrefois, aux pays barbaresques, aux échelles du Levant, en Hellespont, en Tauride et aux pays bibliques ; Au pays des Mille et une Nuits « Mésopotamie et perse » ; Maintenant aux pays récents, à Adélaïde, à Melbourne, à Brisbane, à Sydney, à Buenos Aires, Montevideo, Bahía Blanca, en Terre de Feu. Partout s’imposant par son esprit de négoce, son audace, sa correction, son entregent… ».
 
Ce sont là les Comptoirs d’achats pour les laines, fondés dans tous les pays de production et tenus par toute une colonie d’acheteurs, originaires de Roubaix-Tourcoing et formés dans les Maisons de négoce de nos centres.
 
 
De tout temps aussi, des firmes spécialisées (d’abord des maisons de Négoce, des Commissionnaires-Exportateurs) puis les voyageurs d’exportation des fabriques elles-mêmes allèrent à l’étranger, jusque dans les pays les plus lointains, écouler les produits fabriqués à Roubaix-Tourcoing ; leurs laines peignées et filées, leurs tissus d’habillement, leurs étoffes d’ameublement, leurs tapis, leurs articles de bonneterie, sans oublier les fils et tissus de coton, de même que, plus tard, les machines et métiers textiles… « L’article de Roubaix » (qui est une marque) est ainsi, depuis longtemps, connu et apprécié dans tous les pays du monde, puisque la clientèle de nos centres se rencontre aussi bien dans les deux Amériques, en Asie et en Afrique que dans toute l’Europe.
 
 
Pour aider ce commerce d’exportation, Roubaix et Tourcoing ont voulu, peu après la première guerre mondiale, créer une institution de formation des futurs collaborateurs de l’exportation textile. Un Roubaisien, Négociant en tissus, M. Charles Florin, fondait, en 1922, la première Société de Stagiaires textiles spécialisés. Il s’agissait de placer à l’étranger de jeunes Français, polyglottes et ayant déjà certaines connaissances en matière textile et qui auraient pour mission d’étudier les débouchés possibles pour nos produits, de documenter nos Exportateurs et de compléter, par le stage, leur propre formation pour devenir, par la suite, des collaborateurs compétents en matière d’exportation textiles, soit comme voyageurs, soit comme agents ou représentants textiles à l’étranger. De 1922 à 1939, la « Société d’Encouragement de Roubaix-Tourcoing pour l’envoi de stagiaires et Boursiers industriels et commerciaux à l’étranger », (que depuis la disparition de son regretté fondateur j’ai l’honneur de présider) agréée par la Commission spéciale des Stages de la Direction Générale de l’Enseignement technique, a envoyé 30 stagiaires et 39 boursiers, dans tous les pays susceptibles d’offrir des possibilités intéressantes pour l’écoulement de nos produits textiles et moins connus de nos exportateurs.
 
 
La plupart des techniciens de l’exportation ainsi formés par nous-mêmes et aux frais de la « Société d’Encouragement » avec la participation de l’Institution officielle des stages, sont restés dans le pays où ils avaient effectué leur stage et y sont devenus agents, représentants, chefs de comptoirs de vente, pour des firmes textiles françaises, aussi bien, du reste, pour les fabriques de soieries de Lyon et saint Etienne et les fabriques de cotonnades de Roanne, que pour les maisons d’exportation de Roubaix-Tourcoing.
 

Cette société a depuis l’an dernier, repris sont activité, en envoyant un stagiaire prospecter le vaste marché des Indes.

 

Mais ce n’est pas seulement par leur action dans le domaine des achats de matières et de ventes de produits fabriqués que Roubaisiens et Tourquennois ont rayonné dans le monde. On sait que la fécondité des foyers est, entre autres faits, l’un de ceux qui distinguent nos centres. J’ai souligné cet autre trait qui est l’esprit d’entreprise. Ces deux éléments ont fait que, depuis longtemps, des familles industrielles de chez nous ont essaimé au loin, fondant des usines textiles dans de nombreux pays et y installant des fils, avec des collaborateurs techniciens et ouvriers, formant de certains côtés de véritables « colonies roubaisiennes » quoique fusionnant très vite, bien sympathiquement avec les autochtones. Il en est ainsi à Woonsocket aux Etats-Unis et à Buenos Aires en Argentine.

 
Tout le monde connaît également les créations textiles de Roubaix-Tourcoing en Europe même, soit avant 1914 soit après 1918, à Neugedein en Tchécoslovaquie, à Lodz en Pologne, à Reval en Estonie, de même en Hongrie et en Russie, plus récemment celles d’Egypte, des Indes, d’Australie et d’Afrique du Sud.
 
 
Dans ce tour d’horizon, je ne m’arrête évidemment qu’aux pays étrangers. Il est inutile, en effet, de citer nos colonies, cette Union Française qui n’est que le prolongement de la métropole, et où se sont, depuis longtemps et de plus en plus, depuis 1944, fixés nos industriels et négociants textiles.
 
 
Cet aperçu justifie suffisamment le titre donné à ces lignes. Par les homme de chez nous, répandus sur toute la surface du globe, par les traditions qu’ils y implantent, comme par les sympathies qu’ils s’y attirent, Roubaix-Tourcoing servent efficacement le prestige de notre Pays, et étendent le rayonnement de la civilisation française.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec * .


Il n'y a aucun commentaire pour le moment.