{"id":157,"date":"2019-04-29T19:18:22","date_gmt":"2019-04-29T17:18:22","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=157"},"modified":"2023-05-06T08:22:18","modified_gmt":"2023-05-06T06:22:18","slug":"le-theatre-louis-richard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/04\/29\/le-theatre-louis-richard\/","title":{"rendered":"Le th\u00e9\u00e2tre Louis Richard"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><big>Retracer l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre Louis, c\u2019est retracer l\u2019histoire de tous ces petits th\u00e9\u00e2tres, en signalant que le th\u00e9\u00e2tre Louis Richard \u00e9tant un mod\u00e8le du genre, ne pouvait, en aucune fa\u00e7on, \u00eatre assimil\u00e9 aux autres en raison de la valeur artistique de ses pantins de bois incomparables, de son installation rationnelle, de l\u2019esprit qui l\u2019animait, de la qualit\u00e9 de son r\u00e9pertoire toujours renouvel\u00e9 et de la dext\u00e9rit\u00e9 de ses manipulateurs.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Le fondateur du th\u00e9\u00e2tre Louis \u00e9tait Louis Richard. N\u00e9 \u00e0 Bruges en 1850, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, il amusait ses compagnons en habillant de \u00ab\u00a0chiqu\u00e9es de dentelle\u00a0\u00bb (sa m\u00e8re \u00e9tait dentelli\u00e8re) des petites cuill\u00e8res ou des fourchettes qu\u2019il man\u0153uvrait \u00e0 la fa\u00e7on de marionnettes. C\u2019\u00e9tait un artiste n\u00e9.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/298\/original\/louiscopie.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Fix\u00e9 \u00e0 Roubaix en 1863, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 13 ans, il fit son apprentissage de tourneur sur m\u00e9taux et, d\u00e9sireux de s\u2019instruire, apprit \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire apr\u00e8s son travail. Fr\u00e9quentant les th\u00e9\u00e2tres de marionnettes de l\u2019\u00e9poque il eut l\u2019ambition d\u2019en diriger un \u00e0 son tour et, \u00e0 19 ans, en 1869, utilisant des pantins qu\u2019il avait lui-m\u00eame fabriqu\u00e9s, il fonda un th\u00e9\u00e2tre dans le grenier d\u2019une de ses tantes, rue des Longues Haies. Il obtint \u00e0 cet effet l\u2019autorisation imp\u00e9riale portant le sceau de Napol\u00e9on III.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Le succ\u00e8s aidant, il s\u2019installe Grand-rue, dans un autre grenier d\u2019un marchand de l\u00e9gumes au Galon d\u2019Eau. Il revient en 1875 chez sa tante d\u00e9m\u00e9nage ensuite pour aller rue de Croix et, enfin le r\u00e9sultat de ces divers essais r\u00e9pondant \u00e0 ses esp\u00e9rances, il s\u2019installe d\u00e9finitivement en 1884 dans une maison qu\u2019il a fait b\u00e2tir au 43, rue Pierre de Roubaix o\u00f9 la salle de spectacles, construite sp\u00e9cialement, peut recevoir 400 spectateurs.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Louis Richard qui poss\u00e9dait les plus belles marionnettes des environs et sans doute de France, les avait sculpt\u00e9es, peintes et habill\u00e9es lui-m\u00eame, reconstituant leurs accoutrements avec une scrupuleuse exactitude et un luxe de d\u00e9tails inou\u00efs. Jamais satisfait cependant, tout au long de sa carri\u00e8re, il ne cessera de les perfectionner. Au d\u00e9but par exemple, les cheveux de ses pantins \u00e9taient d\u2019\u00e9toupe et les yeux \u00e9taient peints. Par la suite, il leur donnera une v\u00e9ritable chevelure et des yeux de verre.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Son fils L\u00e9opold a racont\u00e9 que, dans les premiers temps, son p\u00e8re avait travaill\u00e9 les t\u00eates de ses poup\u00e9es dans du bois d\u2019orme, qui, \u00e0 cause de sa duret\u00e9 ne permettait d\u2019exprimer que des figures assez rudimentaires, utilisant par la suite un bois beaucoup plus tendre, le tilleul, avec un art consomm\u00e9 et une technique plus approfondie, il put enfin donner cette expression de vie extraordinaire qu\u2019on leur voit encore aujourd\u2019hui.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Louis Richard \u00e9tait un artiste et donc un sentimental et il n\u2019est pas sans int\u00e9r\u00eat d\u2019apprendre que, lorsqu\u2019il eut enfin r\u00e9alis\u00e9 de fa\u00e7on parfaite ses nouvelles marionnettes, il se s\u00e9para de ses premi\u00e8res, mais d\u2019une mani\u00e8re qui prouve bien qu\u2019il ne les consid\u00e9rait pas comme des jouets quelconques, bons \u00e0 jeter \u00e0 la poubelle apr\u00e8s usage.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Il eut une pens\u00e9e que seul un po\u00e8te pouvait concevoir : il creusa une tombe sous son th\u00e9\u00e2tre m\u00eame et il enterra pieusement et sans doute avec tristesse toutes les marionnettes rudimentaires de ses d\u00e9buts. Son fils devait les exhumer trente ans plus tard avec non moins de pi\u00e9t\u00e9.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Louis Richard qui, entre temps jusqu\u2019en 1896, pratiqua un autre m\u00e9tier aujourd\u2019hui disparu, celui de cordier pour archers, est l\u2019inventeur de la marionnette aux jambes articul\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur. En effet, par un syst\u00e8me ing\u00e9nieux de ficelles qui passent \u00e0 travers le corps des marionnettes, il pouvait, en les manipulant, donner \u00e0 ses personnages une apparence de marche r\u00e9elle avec un certain d\u00e9hanchement tr\u00e8s naturel et qu\u2019on ne trouve pas chez les autres marionnettes.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Un am\u00e9ricain, R\u00e9ginald Sibbald a fait en 1936 une th\u00e8se sur \u00ab\u00a0<em>les marionnettes dans le Nord de la France<\/em>\u00a0\u00bb. Il avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de cette particularit\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas encore rencontr\u00e9 et il exprimait ainsi son avis\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La plupart des autres marionnettes, qu\u2019elles soient de Lille d\u2019Amiens ou d\u2019ailleurs, quand elles marchent, doivent s\u2019incliner l\u00e9g\u00e8rement en arri\u00e8re afin que les ficelles qui sont fix\u00e9es ext\u00e9rieurement aux jambes ne puissent pas frapper le corps ou se m\u00ealer aux v\u00eatements et, comme les ficelles sont habituellement attach\u00e9es aux jointures des genoux, la poup\u00e9e marche en levant les genoux, tandis que la partie inf\u00e9rieure de la jambe se balance simplement. Louis Richard est, \u00e0 ma connaissance, le seul fabricant de marionnette qui a trouv\u00e9 le moyen de surmonter cette difficult\u00e9 au moyen d\u2019une m\u00e9thode secr\u00e8te. Il passait ses ficelles \u00e0 travers la t\u00eate dans l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des jambes. Le r\u00e9sultat est remarquable. Comme les ficelles des jambes sont attach\u00e9es \u00e0 un simple balancier au bout de la tige du support, l\u2019op\u00e9rateur peut faire marcher, rien qu\u2019au moyen d\u2019un l\u00e9ger mouvement de poignet, en le tenant dans la position debout. Avec ce syst\u00e8me, la marionnette peut faire de grandes enjamb\u00e9es ou marcher \u00e0 petits pas. Les marionnettes de Richard, <\/em>\u00e9crivait encore cet am\u00e9ricain<em>, sont les seules en Europe et sans doute dans le monde \u00e0 avoir adopt\u00e9 ce dispositif inconnu totalement ailleurs<\/em>\u00a0\u00bb.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Ajoutons que l\u2019am\u00e9lioration ainsi apport\u00e9e permettait \u00e0 Richard de donner sur sc\u00e8ne de grandes batailles \u00e9piques avec de nombreux personnages sans risque de les emm\u00ealer. Les marionnettistes lillois qui n\u2019utilisaient pas ce proc\u00e9d\u00e9, \u00e9taient toujours dans l\u2019obligation de r\u00e9aliser de grands combats dans la coulisse, hors de la vue des spectateurs.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>C\u2019est dans les ann\u00e9es 1900-1910 que le th\u00e9\u00e2tre Louis connut une popularit\u00e9 extraordinaire. Il y avait parfois 400 \u00e0 500 spectateurs par s\u00e9ance. Le prix \u00e9tait modique\u00a0: 5 sous le dimanche, 3 sous le lundi, 1 sou le jeudi.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Il \u00e9tait tellement appr\u00e9ci\u00e9 que Louis Richard, certaines ann\u00e9es, en \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 gagner pr\u00e8s de 4\u00a0000 francs par an (francs or). Sa femme qui fut longtemps sa plus fid\u00e8le collaboratrice, interview\u00e9e en 1938, raconta qu\u2019\u00e0 certaines s\u00e9ances durant les entractes, elle avait vendu jusqu\u2019\u00e0 18 paquets de 18 gaufres, dix douzaines de g\u00e2teaux, du coco \u00e0 1 sou le gobelet et 100 kilos de pommes-frites.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>De ses cinq enfants, Louis Richard fit cinq montreurs de marionnettes mais, malheureusement, deux de ses fils furent tu\u00e9s \u00e0 la guerre 1914-1918. Le th\u00e9\u00e2tre Louis a toujours \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019une exploitation familiale, Louis Richard eut pour aides en 1893 Alfred Decottignies, son neveu puis Alfred Doutreligne qui imitait les oiseaux et sifflait \u00e0 ravir\u00a0; en 1899, son fils Jules devint le principal manipulateur jusqu\u2019en 1908\u00a0; peu apr\u00e8s, ce fut son second fils Maurice qui fit partie de la troupe. Enfin, en 1903, L\u00e9on, son troisi\u00e8me fils, prit la direction, gardant dans son esprit et dans son c\u0153ur l\u2019id\u00e9al l\u00e9gu\u00e9 par son p\u00e8re.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>C\u2019est L\u00e9opold Richard qui confiait en 1938 \u00e0 un journaliste roubaisien comment il concevait son r\u00f4le de montreur de marionnettes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Vivre pour un id\u00e9al, disait-il, qui le rapproche du peuple, peuple lui-m\u00eame le marionnettiste poss\u00e8de ses coutumes, lui parle sa langue et se fait comprendre de lui, bien plus s\u00fbrement que les discours les mieux con\u00e7us de nos grands orateurs qui ne sont accessibles qu\u2019\u00e0 ceux qui le comprennent<\/em>\u00a0\u00bb.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>On ne peut mieux dire, ajoutait le journaliste et L\u00e9opold, fils de Louis, est rest\u00e9 dans la stricte tradition des montreurs de marionnettes\u00a0; il n\u2019a jamais forc\u00e9 son talent et il ne peut \u00eatre de plus fid\u00e8le serviteur du th\u00e9\u00e2tre populaire.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Except\u00e9 entre 1914 et 1918, le th\u00e9\u00e2tre Louis n\u2019a jamais cess\u00e9 de fonctionner. Des repr\u00e9sentations furent donn\u00e9es tous les dimanches, lundis et jeudis apr\u00e8s-midi et aussi le jeudi soir\u00a0; le public du jeudi apr\u00e8s-midi \u00e9tait compos\u00e9 d\u2019enfants et les adultes assistaient nombreux aux autres s\u00e9ances qui leur \u00e9taient consacr\u00e9es.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Le fondateur Louis Richard a imagin\u00e9 ses types de personnages de toutes pi\u00e8ces qui ne doivent absolument rien \u00e0 Polichinelle de Paris, au Guignol de Lyon, au Lafleur d\u2019Amiens ou au Jacques de Lille. <\/big><big>A l\u2019origine, le h\u00e9ros typique dans son th\u00e9\u00e2tre, toujours charg\u00e9 du r\u00f4le principal dans les drames s\u2019appelait le Brave et son jeune acolyte \u00ab\u00a0le petit brave\u00a0\u00bb. Un autre h\u00e9ros s\u2019appelait l\u2019Hercule. Le comique avait nom\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Barpe-\u00e0-Poux<\/em>\u00a0\u00bb, mais depuis de nombreuses ann\u00e9es, il n\u2019est plus gu\u00e8re connu que sous le nom de \u00ab\u00a0<em>Bibi-Lolo\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0\u00bb.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Ce Bibi-Lolo est un personnage humoristique qu\u2019on ne peut comparer avec les autres types comiques traditionnels : Polichinelle est presque toujours commun, vulgaire, quelquefois m\u00eame obsc\u00e8ne. La fleur d\u2019Amiens et Jacques de Lille sont des types de valets qui tr\u00e8s souvent, tombent dans la grossi\u00e8ret\u00e9. <\/big><big>Rien de tel chez Bibi-Lolo\u00a0; c\u2019est un humoriste plaisant, raffin\u00e9 m\u00eame dans ses plaisanteries\u00a0; ce n\u2019est pas le domestique habitu\u00e9 des Com\u00e9dies de Lille ou d\u2019Amiens. Il remplit tous les r\u00f4les et sait se contenter d\u2019un r\u00f4le secondaire. Il est l\u2019annonceur officiel de la troupe et son apparition sur sc\u00e8ne apporte toujours une diversion qui, pour \u00eatre assez burlesque, n\u2019en est pas moins toujours d\u00e9cente et de bon aloi.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Dans les bamboches, ces com\u00e9dies patoisantes en un acte qui habituellement, terminent toujours le spectacle, le h\u00e9ros principal est toujours le Petit Morveux, marionnette d\u2019une taille plus petite, \u00e0 l\u2019esprit vif, \u00e0 la r\u00e9partie mordante et qui ne s\u2019exprime qu\u2019en patois. Le public enfantin se reconna\u00eet compl\u00e8tement en lui\u00a0; il est, en effet, le mod\u00e8le du titi, du gavroche roubaisien.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<img class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/298\/original\/ptitmorveux.jpg\" alt=\"\" \/><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le fondateur du th\u00e9\u00e2tre Louis avait cr\u00e9\u00e9 de ses mains plus de quatre cents marionnettes\u00a0; il \u00e9tait devenu tellement habile qu\u2019une journ\u00e9e de travail lui suffisait pour sculpter une t\u00eate au moyen de gouges et de couteaux. La figure d\u2019un habitant du quartier lui avait-elle paru pittoresque, il la reproduisait fid\u00e8lement de m\u00e9moire, en l\u2019accentuant quelque peu pour raisons d\u2019optique th\u00e9\u00e2trale.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Les rideaux, les 52 d\u00e9cors, les int\u00e9rieurs, les ext\u00e9rieurs sont son \u0153uvre, les salons, les palais, les prisons, les paysages, les sc\u00e8nes de pleine mer ainsi que tous les accessoires, et ils sont nombreux, ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par Louis Richard. Tous les petits meubles \u00e0 la taille des interpr\u00e8tes\u00a0: fauteuils, chaises, tables canap\u00e9s, tr\u00f4nes\u2026 ont \u00e9t\u00e9 confectionn\u00e9s par lui. Les trois cents costumes ont \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9s par lui et confectionn\u00e9s avec l\u2019aide de sa femme, habile couturi\u00e8re dans un souci d\u2019exactitude historique qui confond l\u2019imagination. De ses mains sont sortis des squelettes effrayants de v\u00e9rit\u00e9, jusqu\u2019aux animaux qui ont \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9s sous ses doigts d\u2019artiste\u00a0: chevaux, chiens, chats, lions, tigres, tout s\u2019y trouve et Louis Richard gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9quipement remarquable, \u00e9tait capable de repr\u00e9senter n\u2019importe quelle pi\u00e8ce, m\u00eame exigeant une figuration sp\u00e9ciale.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Ainsi, par exemple au b\u00fbcher de Jeanne d\u2019Arc, on voyait un homme d\u2019armes mettre r\u00e9ellement le feu avec une torche et le rideau tombait quand le b\u00fbcher commen\u00e7ait \u00e0 flamber. Lors d\u2019une bataille, on peut voir un cavalier dont la t\u00eate \u00e9tait emport\u00e9e par un boulet, tandis que le cheval continuait sa course. Le th\u00e9\u00e2tre Louis \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 reconstituer un combat naval et les spectateurs avaient la nette impression d\u2019apercevoir un navire sombrer dans les flots.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Dans les batailles rang\u00e9es, il n\u2019\u00e9tait pas rare de voir s\u2019amonceler sur sc\u00e8ne plus de cent cadavres de marionnettes et du dernier carr\u00e9 de Waterloo, par exemple, on a conserv\u00e9 le souvenir d\u2019une sc\u00e8ne \u00e9pique o\u00f9 les morts tombaient drus dans un enchev\u00eatrement de caissons, de canons et de violence d\u2019expression qui nous surprendrait aujourd\u2019hui.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Quand on jouait Jeanne d\u2019Arc et qu\u2019on chantait sur sc\u00e8ne\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00ab\u00a0<em>Guerre aux tyrans\u00a0!<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Jamais, jamais en France<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Jamais l\u2019anglais ne r\u00e9gnera.<\/em>\u00a0\u00bb<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>toute l\u2019assistance debout appuyait cette affirmation de 400 \u00ab <em>non ! non !<\/em>\u00a0\u00bb retentissants de quoi faire crouler tout l\u2019\u00e9tablissement.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Contrairement aux autres th\u00e9\u00e2tres o\u00f9 les spectateurs ne se g\u00eanaient pas pour cr\u00e9er un certain tumulte et jeter des fruits \u00e0 la face des marionnettes, le th\u00e9\u00e2tre Louis avait su discipliner ses auditeurs et les s\u00e9ances avaient toujours lieu dans un calme relatif.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<img class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/298\/original\/image005.jpg\" alt=\"\" \/><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Une fois par an cependant, le lundi des Parjur\u00e9s (c\u2019est le lundi qui suit l\u2019Epiphanie. Ce nom vient du manque de foi attribu\u00e9 aux rois mages qui ne rapport\u00e8rent pas au roi H\u00e9rode, comme ils s\u2019y \u00e9taient engag\u00e9s, des nouvelles de l\u2019Enfant-J\u00e9sus). Louis Richard donnait une farce en trois actes intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<em>La perruque de la fermi\u00e8re<\/em> \u00bb et les habitu\u00e9s savaient qu\u2019\u00e0 cette occasion, ils pouvaient se munir de projectiles et qu\u2019ils seraient autoris\u00e9s \u00e0 les jeter sur la sc\u00e8ne, \u00e0 un certain moment. <\/big><big>Ce moment \u00e9tait impatiemment attendu et quand la fermi\u00e8re intimait \u00e0 son garde, Jacques, de faire son travail et d\u2019arr\u00eater quelques petits maraudeurs, Jacques se tournait vers la salle et criait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Allez feu\u00a0! Cha y est ch\u2019ed l\u2019bombardement\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb A ce signal tous les spectateurs inondaient la sc\u00e8ne de noix, d\u2019oranges, de carottes, de navets, de pommes de terre tandis que le Petit Morveux surgissait sur sc\u00e8ne pour enlever la perruque de la fermi\u00e8re, montrant son cr\u00e2ne \u00e0 nu, sous les applaudissements fr\u00e9n\u00e9tiques de toute l\u2019assistance.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Le r\u00e9pertoire du th\u00e9\u00e2tre Louis fut tr\u00e8s important. Environ 500 pi\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es par Louis Richard et ses successeurs, pi\u00e8ces qui parfois comptent 40 actes et certaines m\u00eames comme \u00ab\u00a0<em>Les myst\u00e8res de Venise<\/em>\u00a0\u00bb 120. Il faut ajouter plus de 200 \u00ab\u00a0<em>boboches<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crits dans le plus pur patois roubaisien.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Mais la grande vogue des th\u00e9\u00e2tres de marionnettes est morte depuis une g\u00e9n\u00e9ration, pratiquement depuis l\u2019av\u00e8nement du caf\u00e9-concert et du cin\u00e9ma parlant qui a coup\u00e9 les ficelles des marionnettes et comme disait L\u00e9opold Richard avec \u00e9motion : <\/big><big><strong>\u00ab\u00a0<em>L\u2019rideau ya tch\u00e9 comme in\u2019brique<\/em>\u00a0\u00bb.<\/strong><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0<\/big><big>Heureusement la tradition a \u00e9t\u00e9 reprise. Une association pour le renouveau de la marionnette \u00e0 tringle existe \u00e0 Roubaix. Les repr\u00e9sentations sont nombreuses. La vitalit\u00e9 en est tr\u00e8s grande. Nous conclurons en rappelant cette phrase de Paul Claudel : <\/big><big><strong>\u00ab\u00a0<em>La marionnette n\u2019est pas un acteur, c\u2019est une parole qui agit<\/em>\u00a0\u00bb.<\/strong><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big> <em><big>Communication pr\u00e9sent\u00e9e par Monsieur Jacques PROUVOST, <\/big><\/em><em><big>Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Emulation de Roubaix <\/big><\/em><em><big>au Congr\u00e8s de la F\u00e9d\u00e9ration des Soci\u00e9t\u00e9s Savantes du Nord de la France en 1990<\/big><\/em><\/big><\/p>\n<p><big>\u00a0<\/big><\/p>\n<p><big>\u00a0<\/big><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retracer l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre Louis, c\u2019est retracer l\u2019histoire de tous ces petits th\u00e9\u00e2tres, en signalant que le th\u00e9\u00e2tre Louis Richard \u00e9tant un mod\u00e8le du genre, ne pouvait, en aucune fa\u00e7on, \u00eatre assimil\u00e9 aux autres en raison de la valeur artistique de ses pantins de bois incomparables, de son installation rationnelle, de l\u2019esprit qui l\u2019animait, de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[63,316,199],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/157"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=157"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/157\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2060,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/157\/revisions\/2060"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=157"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=157"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=157"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}