{"id":161,"date":"2019-04-30T12:44:40","date_gmt":"2019-04-30T10:44:40","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=161"},"modified":"2019-04-30T12:44:40","modified_gmt":"2019-04-30T10:44:40","slug":"ets-lepoutre-et-motte-bossut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/04\/30\/ets-lepoutre-et-motte-bossut\/","title":{"rendered":"Ets Lepoutre et Motte-Bossut"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: right;\" align=\"justify\">\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">PR\u00c9AMBULE<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">L\u2019expression \u00ab \u00eatre tomb\u00e9 dans le textile \u00e0 la naissance \u00bb prend tout son sens quand on saura que, n\u00e9 en 1940, j\u2019ai vu, pendant toute mon enfance, ma m\u00e8re travailler \u00e0 la maison. Elle \u00e9tait \u00ab\u00a0\u00e9plucheuse\u00a0\u00bb \u00e0 domicile pour la soci\u00e9t\u00e9 Prouvost-Bernard, fabricant de draperies. Chaque jeudi, le camion apportait deux pi\u00e8ces de tissu \u00e0 \u00e9plucher et chargeait les pi\u00e8ces que ma m\u00e8re avait \u00e9pluch\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle y avait enlev\u00e9, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une pince, les bourrettes (amas de fibre) qui subsistaient \u00e0 la surface du tissu tomb\u00e9 de m\u00e9tier. Les pi\u00e8ces mesuraient 50 m\u00e8tres en 150 cm de large et pesaient de 25 \u00e0 30 kilos suivant les qualit\u00e9s. Je l\u2019aidais \u00e0 plier et transporter ces pi\u00e8ces dans la maison. Quand je rentrais de l\u2019\u00e9cole, elle surveillait mon travail tout en \u00e9pluchant ses pi\u00e8ces. Voil\u00e0 pourquoi, le bac en poche, je suis entr\u00e9 dans le textile comme on entre en religion.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">LOUIS LEPOUTRE ( 1959 \u00e0 1972)<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">L\u2019entreprise<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">A la fin des ann\u00e9es 50, Louis Lepoutre \u00e9tait l\u2019un des leaders de la fabrication de tissus pour habillement masculin et f\u00e9minin (la draperie et la robe). Compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9, le process allait de la r\u00e9ception des toisons de mouton \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition de tissus pr\u00eats \u00e0 \u00eatre transform\u00e9s en v\u00eatements. Triage, lavage, peignage, filature, tissage, teinture et appr\u00eat \u00e9taient les principales phases de fabrication. Majoritairement laini\u00e8re, la fabrication commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019ouvrir aux nouvelles fibres dites \u00ab\u00a0artificielles\u00a0\u00bb dont le polyester (Marque Tergal) \u00e9tait le fer de lance.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">La client\u00e8le \u00e9tait essentiellement industrielle en ce qui concernait les v\u00eatements masculins. Les confectionneurs (on ne disait pas encore le \u00ab\u00a0pr\u00eat-\u00e0-porter\u00a0\u00bb) fabriquaient des costumes, vestes, pantalons et manteaux pour hommes. Il y avait encore d\u2019importants n\u00e9gociants qui alimentaient les petits confectionneurs, et des drapiers qui alimentaient les tailleurs. Pour les v\u00eatements f\u00e9minins, la confection industrielle \u00e9tait moins d\u00e9velopp\u00e9e et le n\u00e9goce \u00e9tait encore pr\u00e9pond\u00e9rant.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Les produits de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9taient renomm\u00e9s et recherch\u00e9s. La fameuse qualit\u00e9 387 de Louis Lepoutre \u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9e de toute la profession tant en France qu\u2019\u00e0 l\u2019exportation.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">Les ressources humaines<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Si l\u2019embauche d\u2019ouvriers (\u00e8res) ne posait pas trop de probl\u00e8mes, il n\u2019en allait pas de m\u00eame pour les employ\u00e9s et futurs cadres. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, il y avait p\u00e9nurie de jeunes dipl\u00f4m\u00e9s ( BEPC, BAC g\u00e9n\u00e9ral et technique) et les entreprises se les arrachaient, se chargeant ensuite de les former et de les orienter vers leur future fonction dans l\u2019entreprise. Et c\u2019est l\u00e0 que le patronat textile du Nord joua un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant et salutaire pour de nombreux jeunes.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">D\u00e9s mon arriv\u00e9e j\u2019ai travaill\u00e9 comme ouvrier dans tous les ateliers de la soci\u00e9t\u00e9 pendant 3 mois. Avant de pr\u00e9tendre \u00e0 un poste pr\u00e9cis, il convenait de conna\u00eetre toutes les \u00e9tapes de la fabrication d\u2019un tissu et de d\u00e9couvrir la condition ouvri\u00e8re. Parall\u00e8lement, je suivais des cours du soir \u00e0 Lille (Ecole r\u00e9gionale d\u2019organisation scientifique du travail) afin de conna\u00eetre le mode de fonctionnement d\u2019une entreprise industrielle. Plus tard, quand mon orientation vers le commercial se pr\u00e9cisa, je suivis un stage de techniques de vente chez un important cabinet conseil parisien.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">D\u2019aucuns ont d\u00e9nigr\u00e9 le paternalisme textile. C\u2019est m\u00e9conna\u00eetre le r\u00f4le de mes patrons qui ont toujours plac\u00e9 le savoir et le respect humain au centre de leur strat\u00e9gie des ressources humaines. S\u2019ils m\u2019ont appris un m\u00e9tier, ils m\u2019ont aussi inculqu\u00e9 le respect des autres (ouvriers ou clients) et la conscience professionnelle.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">\u00c9volution<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Le march\u00e9 \u00e9voluait \u00e0 grands pas et il \u00e9tait imp\u00e9ratif d\u2019innover et de se remettre en question. Ce ne fut pas toujours facile car il fallut bousculer parfois certaines inerties internes. Les produits nouveaux, la promotion et la publicit\u00e9 firent leur apparition, la confection f\u00e9minine se d\u00e9veloppa et il fallut prospecter ce nouveau march\u00e9. En qualit\u00e9 de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 commercial, j\u2019ai sillonn\u00e9 la France en long et en large pour augmenter notre client\u00e8le et cr\u00e9er des liens avec la distribution pour promouvoir notre marque (Tissus Louis Lepoutre) .<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">En 1970, Louis Lepoutre fut repris par La Laini\u00e8re de Roubaix et ce fut le grand changement. Un jeune Polytechnicien pris la direction de la soci\u00e9t\u00e9, de jeunes cadres furent embauch\u00e9s pour \u00ab moderniser \u00bb l\u2019entreprise. Les commerciaux qui \u00e9taient tous bas\u00e9s \u00e0 Roubaix eurent 3 mois pour aller s\u2019installer dans leurs secteurs respectifs. Ne pouvant accepter une r\u00e9sidence \u00e0 Lyon pour des raisons familiales, je fus licenci\u00e9 en une demie heure en 1972. J\u2019avais acquis des comp\u00e9tences essentielles chez Louis Lepoutre et ce bagage me permit de rebondir imm\u00e9diatement et de retrouver un poste chez Motte-Bossut.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">MOTTE-BOSSUT ( 1972 \u00e0 1980)<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">L\u2019entreprise<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Motte-Bossut \u00e9tait, avec la Saic (Groupe DMC) de Mulhouse, un leader europ\u00e9en de la fabrication de velours pour habillement. Lors de mon recrutement je devais int\u00e9grer ce d\u00e9partement sauf qu\u2019au dernier moment la Direction d\u00e9cida de me confier la responsabilit\u00e9 commerciale d\u2019un nouveau d\u00e9partement : l\u2019ameublement, o\u00f9 tout \u00e9tait \u00e0 construire et \u00e0 d\u00e9velopper.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Quel challenge ! L\u00e0 aussi mes patrons me donn\u00e8rent les moyens de r\u00e9ussir. Je suivis \u00e0 Paris une formation de management des forces de vente chez MacKinsey, important cabinet conseil en strat\u00e9gie commerciale, puis une formation \u00e0 la D.P.O., Direction participative par objectifs, nouveaut\u00e9 en ces ann\u00e9es 70, pour dynamiser les forces de vente, et une formation aux m\u00e9tiers de l\u2019ameublement (Industrie du si\u00e8ge et de la literie). Quelle chance car tous ces m\u00e9tiers \u00e9taient nouveaux pour moi !<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">\u00c9volution<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Le velours c\u00f4tel\u00e9 \u00e9tait un article essentiellement destin\u00e9 \u00e0 l\u2019habillement et peu ou pas utilis\u00e9 en ameublement. Il fallut donc persuader les clients potentiels (en particulier les fabricants de si\u00e8ges) d\u2019utiliser ce nouveau rev\u00eatement pour une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de fauteuils et canap\u00e9s modernes. Ce fut un \u00e9norme succ\u00e8s et tr\u00e8s vite, Motte-Bossut et son concurrent Saic, suffirent \u00e0 peine \u00e0 satisfaire la demande.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Tr\u00e8s honn\u00eatement, \u00e0 certains moments, je r\u00e9partissais ma production plus que je ne la vendais. Cela dura jusqu\u2019en 1976, puis la mode se calma et il fallut trouver de nouveaux relais de croissance. De par notre technologie (velours trame) nous ne pouvions proposer \u00e0 nos clients des velours unis qui prenaient peu \u00e0 peu le relais du velours c\u00f4tel\u00e9. L\u00e0 encore, ma Direction me donna carte blanche pour continuer \u00e0 d\u00e9velopper ce d\u00e9partement.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Je fis fabriquer \u00e0 fa\u00e7on, en Belgique, les velours que nous ne pouvions pas produire en interne, et je d\u00e9veloppai une activit\u00e9 de n\u00e9goce de tissus velours de G\u00eanes et tapisseries rustiques qui \u00e9taient de plus en plus demand\u00e9s par les fabricants de si\u00e8ges \u00e0 boiserie apparente. En plus, pour les si\u00e8ges contemporains et modernes, j\u2019ai b\u00e2ti une collection de tissus plats que je s\u00e9lectionnais chez un fabricant italien qui m\u2019en donnait l\u2019exclusivit\u00e9 pour la France.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Tout cela \u00e9tait passionnant et j\u2019ai vraiment progress\u00e9 professionnellement. H\u00e9las, vers la fin des ann\u00e9es 70, le dollar am\u00e9ricain baissa tellement que les importations massives de velours habillement d\u00e9stabilis\u00e8rent fortement la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019ameublement ne pouvait, \u00e0 lui seul, compenser l\u2019effondrement de l\u2019habillement. Pressentant des temps difficiles, je donnai ma d\u00e9mission en 1980 et entrai chez un de mes plus importants clients fabricant de si\u00e8ges. En 1982 Motte-Bossut disparut.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: large;\">\u00c9PILOGUE<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">A 40 ans, gr\u00e2ce \u00e0 la politique humaine de mes patrons,\u00a0 j\u2019avais acquis de solides comp\u00e9tences qui me permirent de continuer une carri\u00e8re commerciale dynamique dans l\u2019ameublement puis, au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, \u00e0 nouveau dans le textile, car il me manquait une corde \u00e0 mon arc : l\u2019impression sur tissus. J\u2019ai pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Mulhouse, chez Texunion filiale de D.M.C. . J\u2019ai donc boucl\u00e9 la boucle : tissus draperie, velours, imprim\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\">Pas de nostalgie, mais un sentiment profond de respect et de reconnaissance pour les Lepoutre et les Motte \u00e0 qui je dois d\u2019avoir eu une vie professionnelle aussi enrichissante.<\/span><\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"font-size: large;\">par Jean-Claude Lecomte<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div align=\"justify\"><\/div>\n<div align=\"right\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PR\u00c9AMBULE L\u2019expression \u00ab \u00eatre tomb\u00e9 dans le textile \u00e0 la naissance \u00bb prend tout son sens quand on saura que, n\u00e9 en 1940, j\u2019ai vu, pendant toute mon enfance, ma m\u00e8re travailler \u00e0 la maison. Elle \u00e9tait \u00ab\u00a0\u00e9plucheuse\u00a0\u00bb \u00e0 domicile pour la soci\u00e9t\u00e9 Prouvost-Bernard, fabricant de draperies. 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