{"id":309,"date":"2019-05-05T07:27:57","date_gmt":"2019-05-05T05:27:57","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=309"},"modified":"2023-05-06T08:23:09","modified_gmt":"2023-05-06T06:23:09","slug":"cas-de-rage-a-roubaix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/05\/05\/cas-de-rage-a-roubaix\/","title":{"rendered":"Cas de rage \u00e0 Roubaix"},"content":{"rendered":"<div class=\"all_content\">\n<div class=\"content\">\n<div class=\"page\">\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong style=\"font-size: 16px;\">TROIS ROUBAISIENS GU\u00c9RIS DE LA RAGE PAR LOUIS PASTEUR<\/strong><\/h1>\n<div class=\"content\" style=\"text-align: justify;\">\n<div><big>Ce trait d\u2019histoire locale est d\u2019autant plus int\u00e9ressant que ces trois Roubaisiens, mordus par un chien enrag\u00e9, furent envoy\u00e9s tr\u00e8s rapidement par le Maire de Roubaix chez Louis Pasteur \u00e0 Paris. L\u2019annonce dans les journaux de la possibilit\u00e9 de gu\u00e9rison de cette maladie mortelle, a certainement influenc\u00e9 la d\u00e9cision rapide du Maire.<\/big><\/div>\n<div><big>Qu\u2019on en juge par les dates et les \u00e9v\u00e8nements relat\u00e9s\u00a0:<\/big><\/div>\n<div><big>4 juillet 1885\u00a0: Le jeune alsacien Meister est vaccin\u00e9 et gu\u00e9ri par Louis Pasteur.<\/big><\/div>\n<div><big>26 octobre 1885\u00a0: Communication de Pasteur sur \u00ab\u00a0la m\u00e9thode pour pr\u00e9venir la rage apr\u00e8s morsure\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie des Sciences.<\/big><\/div>\n<div><big>28 octobre 1885\u00a0: Le Maire Julien Lagache, au courant depuis quelques jours des cas de rage dans une cour de la ville, t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Louis Pasteur lui demandant s\u2019il peut les traiter. R\u00e9ponse affirmative.<\/big><\/div>\n<div><big>3 novembre 1885\u00a0: Les trois malades partent \u00e0 Paris, Louis Pasteur les vaccine.<\/big><\/div>\n<div><big>12 novembre 1885 : Retour des trois Roubaisiens gu\u00e9ris.<\/big><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>DES CAS D\u2019HYDROPHOBIE A ROUBAIX, RUE DE SOUBISE, <\/strong><\/big><big><strong><em>JOURNAL DE ROUBAIX<\/em> DU MARDI 27 OCTOBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>\u00ab\u00a0Depuis un mois, on ne parle dans la r\u00e9gion que de cas d\u2019hydrophobie (synonyme de rage, dont la peur morbide de l\u2019eau, est un des principaux sympt\u00f4mes). S\u2019il faut \u00e9videmment, dans les rumeurs qui circulent \u00e0 ce sujet, faire la part de l\u2019exag\u00e9ration populaire, il n\u2019est pas moins vrai qu\u2019on a rarement vu autant de chiens enrag\u00e9s qu\u2019en ce moment. C\u2019est \u00e0 croire qu\u2019une v\u00e9ritable \u00e9pid\u00e9mie rabique affecte la race canine. Disons \u00e0 ce propos que la chaleur n\u2019influence pas comme on pourrait le penser sur le d\u00e9veloppement de l\u2019hydrophobie. On l\u2019observe dans toutes les saisons et ce sont m\u00eame les mois de mars, d\u2019avril, de septembre et d\u2019octobre qui fournissent le plus de cas de cette terrible maladie.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Un petit griffon de race b\u00e2tarde a fait deux victimes, rue de Soubise. Il y a quelques jours, un habitant de cette rue, Monsieur Charles MALFAIT, tisserand, habitant la maison n\u00b0 10 de la Cour Saint Jean, avait recueilli un petit chien qui avait suivi son fils, Adrien. Il l\u2019avait attach\u00e9 dans la cour au moyen d\u2019une corde assez solide. Lundi matin, \u00e0 8 heures, l\u2019animal, apr\u00e8s avoir rong\u00e9 le lien qui l\u2019encha\u00eenait, prit la libert\u00e9 et devenu subitement furieux, s\u2019\u00e9lan\u00e7a sur la premi\u00e8re personne qu\u2019il rencontra. C\u2019\u00e9tait une enfant de onze ans, la jeune H\u00e9l\u00e8ne BOURGOIS dont les parents occupent le n\u00b0 9 de la Cour Saint Jean. Il lui fit une profonde morsure au-dessus du sourcil gauche.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Aux cris pouss\u00e9s par la petite fille, on accourut et on pr\u00e9vint aussit\u00f4t l\u2019agent DESMARCHELIER de service dans le voisinage. Celui-ci chercha Monsieur le Docteur de\u00a0CHABERT qui caut\u00e9risa la plaie au fer rouge. H\u00e9l\u00e8ne BOURGOIS ne souffre presque plus<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Quant au chien, Monsieur ROGER, v\u00e9t\u00e9rinaire, le fit abattre et eut le regret de constater qu\u2019il \u00e9tait atteint d\u2019hydrophobie. Ayant appris que la veille Adrien MALFAIT avait \u00e9t\u00e9 mordu l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 la main droite par la m\u00eame b\u00eate, Monsieur le commissaire HENRY s\u2019est empress\u00e9 de l\u2019envoyer \u00e0 Monsieur le Docteur de CHABERT pour qu\u2019on le caut\u00e9ris\u00e2t sans retard.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>L\u2019enqu\u00eate continue\u00a0: on veut d\u00e9couvrir l\u2019origine de ce chien et on d\u00e9sire savoir s\u2019il n\u2019aurait pas \u00e9galement mordu d\u2019autres personnes ou d\u2019autres animaux de son esp\u00e8ce.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Le service de la charrette \u00e0 chiens n\u2019a point ch\u00f4m\u00e9 durant ces deux jours : samedi et dimanche, on a dress\u00e9 quatorze proc\u00e8s-verbaux et mis seize chiens en fourri\u00e8re. En 1885 jusqu\u2019au 1<sup>er<\/sup>\u00a0octobre on a relev\u00e9 314 cas de rage canine dont 13 morts d\u2019hommes\u00a0\u00bb.<\/big><\/em><\/div>\n<div><big>La rue de Soubise, le lieu du drame, est situ\u00e9e assez pr\u00e8s du centre de la ville. Elle part\u00a0de la rue S\u00e9bastopol et rejoint la rue des Arts. Le rapport de 1869 indique que cette cour de 36 maisons avait 227 habitants soit environ 6 personnes par maison. Elle a la largeur minimum conseill\u00e9e par la commission des logements insalubres soit 6 m\u00e8tres entre les deux rang\u00e9es de maisons. A Roubaix, \u00e0 cette \u00e9poque, la cour la plus large avait 18 m\u00e8tres et la plus \u00e9troite, une vraie cour\u00e9e, n\u2019avait que 2 m\u00e8tres.<\/big><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>JOURNAL DE ROUBAIX DU MERCREDI 5 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>\u00a0\u00bb Monsieur PASTEUR vient d\u2019\u00eatre mis en possession de trois nouveaux sujets qui lui fourniront un champ int\u00e9ressant d\u2019observation pour l\u2019application de sa m\u00e9thode contre la rage.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Ces trois nouveaux sujets sont trois de nos concitoyens. Tout le monde sait que deux enfants, Adrien MALFAIT et H\u00e9l\u00e8ne BOURGOIS, habitant la rue de Soubise, ont \u00e9t\u00e9 mordus, il y a quinze jours, par un chien enrag\u00e9.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>L\u2019honorable Monsieur Julien LAGACHE a demand\u00e9 dimanche matin par t\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 l\u2019illustre savant s\u2019il consentait \u00e0 les examiner et \u00e0 les traiter. Monsieur PASTEUR a r\u00e9pondu, quelques heures apr\u00e8s, par le t\u00e9l\u00e9gramme suivant\u00a0:<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>\u00ab\u00a0Pasteur \u00e0 Maire de Roubaix\u00a0\u00bb<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>\u00ab\u00a0Envoyer sans retard\u00a0\u2013 Pasteur\u00a0\u00bb<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Les deux enfants dont il s\u2019agit ont \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement dirig\u00e9s \u00e0 Paris, sous la conduite d\u2019un homme de confiance, Monsieur MARAIS, sous-inspecteur de la police de s\u00fbret\u00e9. On a d\u00e9couvert aussi qu\u2019une troisi\u00e8me personne, Monsieur MAHIEU, avait \u00e9t\u00e9 mordue par le m\u00eame chien. On a envoy\u00e9, mardi soir, Monsieur MAHIEU rejoindre \u00e0 Paris le jeune MALFAIT et la petite BOURGOIS.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Tous les trois seront soumis, par Monsieur PASTEUR, aux exp\u00e9riences qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment pratiqu\u00e9es d\u2019une fa\u00e7on si concluante sur d\u2019autres sujets mordus par des chiens hydrophobes.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>D\u2019apr\u00e8s le t\u00e9l\u00e9gramme de Monsieur PASTEUR, le traitement doit durer dix jours. Tout le monde \u00e0 Roubaix saura gr\u00e9 \u00e0 Monsieur Julien LAGACHE de l\u2019intelligence initiative qu\u2019il a d\u00e9ploy\u00e9 en cette circonstance.\u00a0\u00bb<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>LETTRE DU MAIRE A MONSIEUR LE PREFET DU NORD LE 5 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>\u00ab\u00a0\u2026 Les enfants MALFAIT Adrien (19 ans) et BOURGOIS H\u00e9l\u00e8ne (11 ans), mordus rue de Soubise par un chien enrag\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 conduits le 2 novembre au cabinet de Monsieur PASTEUR, par un homme de confiance, sous-inspecteur de la s\u00fbret\u00e9.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Le 4, un ouvrier, Monsieur Charles MAHIEU, qui avait \u00e9t\u00e9 mordu par le m\u00eame chien, a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 \u00e0 son tour \u00e0 Monsieur PASTEUR pour \u00eatre soumis au m\u00eame traitement.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Quant aux enfants dont il a \u00e9t\u00e9 impossible d\u2019obtenir l\u2019entr\u00e9e dans un hospice, ils restent \u00e0 Paris, sous la surveillance du sous-inspecteur MARAIS, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ach\u00e8vement du traitement que Monsieur PASTEUR me dit devoir \u00eatre termin\u00e9 le 10 courant.\u00a0\u00bb<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong><em>JOURNAL DE ROUBAIX<\/em> DU SAMEDI 7 NOVEMBRE 1885 : <\/strong><\/big><big><strong>LES ROUBAISIENS EN TRAITEMENT CHEZ MONSIEUR PASTEUR<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>\u00ab L\u2019illustre savant n\u2019a pas de clinique, il n\u2019est point attach\u00e9 \u00e0 un h\u00f4pital. C\u2019est dans son laboratoire de la rue d\u2019Ulm et dans ses annexes qu\u2019il soigne en ce moment les trois Roubaisiens dont nous avons parl\u00e9.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Disons \u00e0 ce propos que l\u2019\u00e9tat et le nombre de leurs blessures ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9s par Messieurs les docteurs VULPIAN et GRANCHER. Le traitement de Monsieur PASTEUR est en apparence des plus simples\u00a0: sous un pli fait \u00e0 la peau, il inocule une demie seringue de Pravaz d\u2019une moelle de lapin mort rabique. Cette inoculation est faite chaque jour pendant dix jours et \u00e0 la m\u00eame heure. C\u2019est tout\u2026\u00a0\u00bb<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>LETTRES DU SOUS-INSPECTEUR MARAIS <\/strong><\/big><big><strong>PARIS, LE 7 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Monsieur le Maire,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Je ne vous ai pas \u00e9crit plus t\u00f4t n\u2019ayant encore aucun renseignement pr\u00e9cis \u00e0 vous donner au sujet de la sant\u00e9 des personnes \u00e0 soigner.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Aujourd\u2019hui, je puis vous r\u00e9pondre. Monsieur PASTEUR est tr\u00e8s heureux que le vaccin ait pleinement r\u00e9ussi car aussit\u00f4t il s\u2019est \u00e9lev\u00e9 des boutons sur le corps des personnes inocul\u00e9es. Ce qui l\u2019a persuad\u00e9 de la gu\u00e9rison. Le 4 courant j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 la gare du Nord o\u00f9 j\u2019ai reconnu, r\u00e9pondant tr\u00e8s bien au signalement, le nomm\u00e9 MAHIEU, que j\u2019ai conduit chez le Docteur PASTEUR qui l\u2019a inocul\u00e9 imm\u00e9diatement, promettant gu\u00e9rison.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Par ordre de Monsieur PASTEUR qui nous a lui-m\u00eame d\u00e9sign\u00e9 notre pension, rue de la Glaci\u00e8re n\u00b0 114 et notre h\u00f4tel pour y loger, m\u00eame rue n\u00b0 71 o\u00f9 nous payons 2 francs par t\u00eate pour le logement et notre pension \u2013 6 francs pour les hommes et 4 francs pour l\u2019enfant. Le Docteur PASTEUR exige que ces personnes prennent de fortes nourritures pour renouveler le sang. Il recommande aussi beaucoup de distraction pour les enfants, leur emp\u00eachant de cette mani\u00e8re de prendre leur mal trop \u00e0 c\u0153ur.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>P.S.\u00a0: J\u2019ai oubli\u00e9 dans la pr\u00e9sente de vous renseigner au sujet de l\u2019inoculation qui se fait un jour \u00e0 gauche, un autre jour \u00e0 droite, \u00e0 la ceinture et sous le c\u00f4t\u00e9. Il y a en ce moment en traitement, une vingtaine de personnes, soit de Dordogne, de la Bretagne et de diff\u00e9rents d\u00e9partements.<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>PARIS, LE 8 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Monsieur le Maire,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Vous me demandez tous les jours des nouvelles des personnes \u00e0 soigner, ce que je fais avec plaisir. Nous allons deux fois par jour, le matin \u00e0 11 heures et le soir \u00e0 9 heures pour les faire inoculer et chaque fois que Monsieur PASTEUR nous voit arriver, il crie \u00ab\u00a0Vive le Nord\u00a0\u00bb en\u00a0voyant les enfants supporter l\u2019inoculation sans souffrance aucune.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Monsieur PASTEUR, pour nous distraire, nous a gracieusement offert sa carte, nous permettant de cette mani\u00e8re de visiter, dans la semaine, tous les monuments et curiosit\u00e9s de Paris.<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>PARIS, LE 9 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Monsieur le Maire,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>\u2026 Nous allons tous les jours chez Monsieur PASTEUR \u00e0 10 heures du matin pour l\u2019inoculation et cela prend tr\u00e8s bien, Monsieur PASTEUR m\u2019a promis gu\u00e9rison compl\u00e8te.<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>PARIS, LE 10 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Monsieur le Maire,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>J\u2019ai l\u2019honneur de vous annoncer que les personnes que j\u2019accompagne, MAHIEU, MALFAIT et la petite BOURGOIS vont tr\u00e8s bien. Le vaccin produit son effet. Ils sont tous plein de boutons. On les vaccine avec du virus de lapin. Monsieur PASTEUR nous a dit qu\u2019il avait chez lui des chiens enrag\u00e9s et qu\u2019il les gu\u00e9rissait \u00e0 volont\u00e9 mais qu\u2019on ne pouvait pas les voir. Cela pourrait faire mal aux gens que j\u2019accompagne qui sont atteints d\u2019hydrophobie.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>J\u2019esp\u00e8re revenir \u00e0 Roubaix le 11 ou 12 courant.<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>PARIS, LE 11 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Monsieur le Maire,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Le traitement de MAHIEU, MALFAIT et BOURGOIS est termin\u00e9. Monsieur PASTEUR leur a promis gu\u00e9rison. Nous serons revenus \u00e0 Roubaix demain 12 courant par le premier train. Je n\u2019avais pas pu vous dire jusqu\u2019\u00e0 ce jour, comment l\u2019inoculation se faisait ; aujourd\u2019hui, Monsieur PASTEUR me l\u2019a dit, que c\u2019\u00e9tait au 92<sup>e<\/sup>\u00a0lapin qu\u2019il faisait enrager et \u00e0 celui-l\u00e0 qu\u2019il prenait du virus pour inoculer les personnes par ce moyen il mettait la rage dans le corps des personnes plus fortes que celle existant et par ce fait il \u00e9tait s\u00fbr d\u2019obtenir gu\u00e9rison. Il y a une vingtaine de chiens et singes et une grande quantit\u00e9 de lapins chez lui dans des cages qui sont tr\u00e8s enrag\u00e9s pour prendre le virus tous les jours.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Nous sommes tous les jours, le matin, une vingtaine de personnes pour l\u2019inoculation, de tous les pays, de l\u2019Alg\u00e9rie, de l\u2019Angleterre, de l\u2019Allemagne, de Bretagne, de Maubeuge, de Nevers, de Versailles et de Paris\u2026<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong><em>JOURNAL DE ROUBAIX<\/em> DU SAMEDI 14\u00a0NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Les trois Roubaisiens qui \u00e9taient en traitement chez Monsieur PASTEUR sont revenus jeudi apr\u00e8s-midi, accompagn\u00e9s de Monsieur le sous-inspecteur MARAIS qui ne les a pas quitt\u00e9s un instant pendant tout leur s\u00e9jour \u00e0 Paris. Ils sont rentr\u00e9s enchant\u00e9s de ce qu\u2019ils ont vu et du traitement que leur a fait suivre l\u2019illustre savant. Comment, d\u2019ailleurs, ne garderaient-ils pas un bon souvenir de Paris ? On les a gu\u00e9ris, choy\u00e9s et cit\u00e9s dans les journaux. Ils logeaient \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des Arts R\u00e9unis 71, rue de la Glaci\u00e8re. Tous les matins \u00e0 dix heures, ils se rendaient au laboratoire de la rue d\u2019Ulm et y restaient jusqu\u2019\u00e0 11 heures. C\u2019est pendant ce temps qu\u2019on leur faisait les inoculations qui devait les pr\u00e9server des terribles effets du virus rabique.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Nous avons vu cet apr\u00e8s-midi la jeune H\u00e9l\u00e8ne BOURGOIS. C\u2019est une fillette de onze ans, \u00e0 la mine tr\u00e8s \u00e9veill\u00e9e. Elle ne cesse de vanter la paternelle bont\u00e9 de Monsieur Pasteur et de ses aides. Cette enfant se plaisait si bien \u00e0 Paris qu\u2019elle y serait, dit-elle, volontiers rest\u00e9e, d\u2019autant plus que ses deux oncles y demeurent. Son p\u00e8re, ouvrier appr\u00eateur, est sans travail depuis cinq semaines\u00a0; aussi a-t-il regard\u00e9 comme une v\u00e9ritable b\u00e9n\u00e9diction du ciel le concours que lui a pr\u00eat\u00e9 l\u2019administration municipale pour sauver sa fille. H\u00e9l\u00e8ne BOURGOIS, qui avait \u00e9t\u00e9 cruellement mordue \u00e0 l\u2019arcade sourcili\u00e8re, a encore le front envelopp\u00e9 d\u2019un bandeau\u00a0; mais la plaie, caut\u00e9ris\u00e9e plusieurs fois, ne tardera plus \u00e0 se cicatriser compl\u00e8tement.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>La petite fille a, de m\u00eame que le jeune MALFAIT et Monsieur MAHIEU, le corps couvert de pustules, cons\u00e9quences naturelles r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (du traitement) dont ils ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet. Depuis quelques jours, Monsieur PASTEUR traite plus de trente personnes mordues par des chiens enrag\u00e9s et nous dit Monsieur MARAIS, on ne sait ce qu\u2019on doit le plus admirer, du talent de l\u2019illustre savant ou de son excessive bont\u00e9.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Quand il voit de pauvres gens sans ressources ou envoy\u00e9s par de petites communes rurales trop pauvres pour leur payer autre chose que le voyage, il s\u2019informe de leurs besoins et subvient de ses propres deniers \u00e0 leur entretien pendant tout le temps que dure le traitement.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Bien plus, quand il les renvoie, il leur fait un petit cadeau qui entretient leur reconnaissance, ainsi, il a donn\u00e9\u00a0\u00e0 la jeune H\u00e9l\u00e8ne, une pi\u00e8ce de 20 sous \u00ab\u00a0qu\u2019elle ne doit jamais changer\u00a0\u00bb et que la famille, ce dont nous la f\u00e9licitons, est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 conserver comme un pr\u00e9cieux souvenir.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Adrien MALFAIT a re\u00e7u de Monsieur PASTEUR, une bo\u00eete contenant de l\u2019iodoforme qui doit servir \u00e0 gu\u00e9rir sa blessure\u00a0; ajoutons que cette mati\u00e8re est d\u2019un prix \u00e9lev\u00e9 pour des ouvriers peu fortun\u00e9s. Aussi, dans la cour Saint Jean, le nom de Pasteur est en grande v\u00e9n\u00e9ration. Vendredi, Monsieur MARAIS a remis \u00e0 Monsieur le Maire de Roubaix, la lettre suivante qu\u2019on lui avait confi\u00e9e\u00a0:<\/big><\/em><\/div>\n<div><big><strong>PARIS, LE 10 NOVEMBRE 1885<\/strong><\/big><\/div>\n<div><big>Monsieur le Maire,<\/big><\/div>\n<div><big>Je m\u2019empresse de vous informer que le traitement des trois personnes mordues que vous m\u2019avez envoy\u00e9es, est termin\u00e9.<\/big><\/div>\n<div><big>Chacune d\u2019elles, s\u00e9par\u00e9ment, doit m\u2019\u00e9crire et me donner des nouvelles de sa sant\u00e9 au moins une fois par semaine. J\u2019ai eu grandement \u00e0 me f\u00e9liciter des soins et de l\u2019esprit de discipline du sous-inspecteur de police, \u00e0 qui vous aviez confi\u00e9 la garde de ces diff\u00e9rentes personnes.<\/big><\/div>\n<div><big>Veuillez agr\u00e9er, Monsieur le Maire, l\u2019assurance de ma consid\u00e9ration tr\u00e8s distingu\u00e9e<\/big><\/div>\n<div><big>Louis PASTEUR<\/big><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big><strong>Pour terminer, voici la savoureuse lettre de remerciements <\/strong><\/big><big><strong>du plus \u00e2g\u00e9 des Roubaisiens gu\u00e9ris par Louis Pasteur.<\/strong><\/big><\/div>\n<div><em><big>Monsieur Julien Lagache,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Maire de la Ville de Roubaix,<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>C\u2019est avec des vifs sentiments de reconnaissance que je viens vous remercier des bont\u00e9s que vous avez eu pour moi atteint par les cruelles morsures du chien\u00a0enrag\u00e9 de la rue de Soubise, je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019\u00eatre de votre part l\u2019objet de la plus grande sollicitude jusqu\u2019\u00e0 ma compl\u00e8te gu\u00e9rison et pour l\u2019obtenir, vous n\u2019avez pas h\u00e9sit\u00e9 de m\u2019envoyer \u00e0 Paris suivre le traitement du grand Monsieur Pasteur.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Je ne vous cacherai pas, Monsieur le Maire que par la suite de mes cruelles morsures, j\u2019\u00e9tais devenue inquiet, abattu, je souffrais de la t\u00eate, j\u2019avais l\u2019humeur noire, sombre, je ressentais un malaise g\u00e9n\u00e9ral par tout le corps.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>En descendant \u00e0 la gare de Paris, je fus de suite reconnu par Monsieur Alfred MARAIS, sous-inspecteur de la s\u00fbret\u00e9 de Roubaix qui m\u2019y attendait. Il vit bien l\u2019\u00e9tat d\u2019abattement dans lequel je me trouvais, par de bons mots de mani\u00e8re joviale et encouragements me secoua le moral, il me fit prendre quelques verres de liqueurs qui me r\u00e9confort\u00e8rent puis il me fit voyager dans la ville. C\u2019est on peut le dire un gai compagnon, il paya presque toutes nos consommations. Je voulais lui donner les 25 francs restant de mes frais de voyage, il me les refusa disant que je saurai bien les garder.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Je fus conduit par lui-m\u00eame \u00e0 Monsieur PASTEUR (permettez-moi ici, Monsieur le Maire, de saluer ce nom aim\u00e9. L\u2019avenir le b\u00e9nira car son travail soulage les souffrances). Il vit bien de suite l\u2019\u00e9tat de ma triste sant\u00e9\u00a0; aussi par des paroles affectueuses comme il sait si bien les dire, il ranima mon courage et je pris confiance.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Je fus imm\u00e9diatement avec les autres malades (il y en avait de l\u2019Alg\u00e9rie) l\u2019objet de soins les plus assidus, je fus vaccin\u00e9 \u00e0 la ceinture du corps, il me fit 5 piq\u00fbres de chaque c\u00f4t\u00e9, je ressentis aux reins et \u00e0 la t\u00eate un mal \u00e9trange, une lourdeur qui se dissip\u00e8rent comme par un enchantement apr\u00e8s les premiers jours de ce traitement qui dura 10 jours et aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 vous, Monsieur le Maire et aux bons soins du savant Monsieur Pasteur, aim\u00e9, ch\u00e9ri de tous les malades et d\u00e9sormais plac\u00e9 au premier rang des Grands Bienfaiteurs de l\u2019humanit\u00e9, me voil\u00e0 sauv\u00e9 d\u2019une mort horrible.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>Je ne l\u2019oublierai jamais. C\u2019est pourquoi je vous prie, Monsieur le Maire, d\u2019en garder toute ma reconnaissance et d\u2019agr\u00e9er, s\u2019il vous pla\u00eet, les salutations respectueuses de votre tr\u00e8s affectionn\u00e9 et tr\u00e8s reconnaissant serviteur.<\/big><\/em><\/div>\n<div><em><big>MAHIEU Charles.<\/big><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><big>Voil\u00e0 donc \u00e9voqu\u00e9 le t\u00e9moignage de la gu\u00e9rison de trois Roubaisiens, tout au d\u00e9but de la mise en application de cette d\u00e9couverte merveilleuse que fut le vaccin contre la rage, mis au point par Louis Pasteur.<\/big><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><big><em>Jacques PROUVOST<br \/>\nPr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9mulation de Roubaix de 1977 \u00e0 1992.<\/em><\/big><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"comment\" style=\"text-align: justify;\">\n<div id=\"tabs\" class=\"onglet\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"footer\">\n<div class=\"texteBas\">\n<p class=\"kaio\" style=\"text-align: justify;\">\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TROIS ROUBAISIENS GU\u00c9RIS DE LA RAGE PAR LOUIS PASTEUR Ce trait d\u2019histoire locale est d\u2019autant plus int\u00e9ressant que ces trois Roubaisiens, mordus par un chien enrag\u00e9, furent envoy\u00e9s tr\u00e8s rapidement par le Maire de Roubaix chez Louis Pasteur \u00e0 Paris. 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