{"id":329,"date":"2019-05-05T14:24:37","date_gmt":"2019-05-05T12:24:37","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=329"},"modified":"2019-05-05T14:24:37","modified_gmt":"2019-05-05T12:24:37","slug":"le-patois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/05\/05\/le-patois\/","title":{"rendered":"Le patois"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le patois n\u2019est pas, comme l\u2019a dit Littr\u00e9, du fran\u00e7ais d\u00e9braill\u00e9, d\u00e9form\u00e9 dans la bouche d\u2019un peuple, mais bien un dialecte qui a servi \u00e0 la formation de la langue fran\u00e7aise. L\u2019Etat m\u00eame qui, autrefois, le traitait avec m\u00e9pris, s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019il m\u00e9ritait d\u2019\u00e9chapper au discr\u00e9dit et a bien voulu accorder \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lille la cr\u00e9ation d\u2019un certificat d\u2019\u00e9tudes picardes et wallonnes, anciennes et modernes. Dans cet ordre d\u2019id\u00e9es, il a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 aux instituteurs et institutrices un questionnaire sur la signification et l\u2019\u00e9tymologie de 5 \u00e0 600 mots.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Au pays de Mistral, c\u2019est avec lyrisme que les F\u00e9libres chantent la Provence en leur idiome qui n\u2019est autre que la langue d\u2019Oc. Pourquoi, nous, en notre langue d\u2019Oil, qui a bien aussi ses quartiers de noblesse, ne chanterions nous pas notre Flandre bien-aim\u00e9e ! <\/big><big>Rien ne rajeunit comme les vieux souvenirs et qui pourrait mieux nous les rem\u00e9morer que le langage du pays natal\u00a0!<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le patois est aux paysans comme leur terre\u00a0; ils l\u2019ont trouv\u00e9 de leurs parents\u00a0: c\u2019est le lait de leur m\u00e8re. Le soir aux veill\u00e9es d\u2019hiver, enfants, ils \u00e9cout\u00e8rent les vieilles l\u00e9gendes racont\u00e9es en patois. Plus tard au printemps quand ils suivent le petit chemin dans le bois, pour causer avec leur promise, ils ne trouvent de tendres mots qu\u2019en patois. Le Breton devant l\u2019orage et la temp\u00eate fait son signe de croix en priant en patois. Le Proven\u00e7al ne s\u2019exprime pas avec plus de joie que dans la langue du terroir. Et puis, pendant la guerre le\u00a0<em>\u00ab\u00a0ch\u2019timi\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0du Nord savait endurer toutes les souffrances pendant des ann\u00e9es enti\u00e8res en chantant le P\u2019tit Quinquin. Certains sont tomb\u00e9s en chantant une derni\u00e8re fois les airs en patois de leur pays\u00a0!<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le patois, cette fleur sauvage plus qu\u2019une autre parfume, c\u2019est le doux appel du soir d\u2019une m\u00e8re \u00e0 ses enfants.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Ah\u00a0! Ce patois, c\u2019est si bon de l\u2019entendre parler lorsqu\u2019on est loin de chez soi\u00a0: m\u00eame \u00e9tant \u00e0 Paris, o\u00f9, chaque ann\u00e9e, les Lorrains, Alsaciens, Bretons, Proven\u00e7aux, Bourguignons, se r\u00e9unissent en un joyeux banquet pour parler ensemble dans la langue maternelle. Et les enfants du Nord et du Pas-de-Calais, autrefois r\u00e9unis au Grand V\u00e9four du Palais Royal, ont acclam\u00e9 le Broutteux dans ses pasquilles et chansons en patois du pays natal.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Or, le pays ce n\u2019est pas seulement le foyer, le clocher, ni ces mille liens invisibles qui nous rattachent \u00e0 la petite patrie\u00a0: le pays c\u2019est aussi ses amis.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Comme documentation, je crois int\u00e9ressant de donner quelques extraits d\u2019une \u00e9tude de M. Escadi\u00e9 de Douai\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00a0\u00bb\u00a0<em>Le patois vrai et l\u00e9gitime n\u2019est pas un argot factice, un jargon temporaire du caprice\u00a0: c\u2019est une langue, un dialecte, un idiome, si l\u2019on veut, mais qui a ses r\u00e8gles raisonn\u00e9es, ou raisonnables, qui a ses richesses, ses beaut\u00e9s<\/em>\u00a0\u00ab\u00a0.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Ces r\u00e8gles, ces lois, quoiqu\u2019elles ne soient pas \u00e9crites dans une grammaire ou fix\u00e9es par une syntaxe, ne sont pas pour cela arbitraires ou irrationnelles : elles rel\u00e8vent directement de la logique naturelle, c\u2019est \u00e0 dire de ce qu\u2019on appelle le sens commun. C\u2019est au lexicographe de les rechercher et d\u2019en trouver les raisons. Et, pour faire un travail utile, il doit se montrer plus difficile sur le choix des locutions et des mots qu\u2019il admet, que d\u00e9sireux d\u2019en r\u00e9unir un grand nombre. <\/big><big>Une condition qui me semble \u00eatre essentielle pour arriver \u00e0 un bon r\u00e9sultat c\u2019est de recueillir les mots directement aux sources ou du moins, le plus pr\u00e8s possible des sources o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s avec le moins de m\u00e9lange. <\/big><big>Nous ne disons pas cela, toutefois, pour certains mots ou de certaines fa\u00e7ons de dire tr\u00e8s l\u00e9gitimes et rationnelles comme \u00ab\u00a0damage\u00a0\u00bb qui a sa raison dans la filiation \u00e9tymologique du latin dammuns\u00a0; on dit en fran\u00e7ais \u00e0 mon grand dam pour \u00e0 mon grand d\u00e9triment. \u00ab\u00a0Cras\u00a0\u00bb pour gras de crassus \u00ab\u00a0carbon\u00a0\u00bb pour charbon de carbon carbone, etc.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il en est de m\u00eame de beaucoup de verbes que le beau langage a d\u00e9form\u00e9s et irr\u00e9gularis\u00e9s et qui, n\u00e9anmoins, sont rest\u00e9s dans le patois ce qu\u2019ils \u00e9taient primitivement et tels que les conjuguent encore tous les jours selon la loi logique de la formation des temps les enfant avec leur bon sens naturel, ainsi que les \u00e9trangers qui ayant appris les r\u00e8gles de notre langue n\u2019en connaissent pas les innombrables exceptions. On trouve dans les vieux \u00e9crivains : \u00ab\u00a0nous craindons\u00a0\u00bb pour nous craignons, vous \u00ab\u00a0prendez\u00a0\u00bb, pour vous prenez, \u00ab\u00a0ils veneront\u00a0\u00bb pour ils viendront, nous \u00ab\u00a0voirons\u00a0\u00bb pour nous verrons. <\/big><big>Au demeurant, la recherche des mots et locutions tomb\u00e9s dans le patois est une \u00e9tude amusante et assez curieuse. C\u2019est de l\u2019arch\u00e9ologie linguistique. Le patois est \u00e9minemment conservateur ; il est par rapport aux ustensiles du langage, ce que sont les vestiaires, les garde-meubles, par rapport aux petits monuments de l\u2019arch\u00e9ologie. V\u00e9ritablement, le langage n\u2019est-ce pas le costume de la pens\u00e9e ?<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Or, le patois conserve\u00a0; il fait plus, il utilise les vieilles locutions, les d\u00e9froques, que les caprices de la mode ont r\u00e9form\u00e9s ou d\u00e9form\u00e9s, et, en fait, abandonn\u00e9es souvent sans qu\u2019on les ait remplac\u00e9es. Et ces mots, ou des tournures de phrases, mis au rebut, ne sont plus que des curiosit\u00e9s arch\u00e9ologiques qu\u2019on n\u2019exhibe que pour s\u2019en servir maladroitement ou pour s\u2019en amuser comme des costumes des vieux \u00e2ges en temps de carnaval.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour peu qu\u2019on n\u2019y prenne garde, on s\u2019aper\u00e7oit que les pr\u00e9tendus ennoblissements et enrichissements de la langue ne sont plus souvent que des appauvrissements des adult\u00e9rations de la langue. On voit que presque toujours on a rejet\u00e9 le mot pr\u00e9cis et directement expressif pour y substituer des termes g\u00e9n\u00e9raux et vagues. <\/big><big>Tous nos grands \u00e9crivains, ces illustres ouvriers du langage, ont lutt\u00e9 contre ces mutilations. Je ne parle pas de nos plus anciens chroniqueurs mais les po\u00e8tes : Corneille, Moli\u00e8re, La Fontaine ont sauv\u00e9 et remis en usage le plus qu\u2019ils ont pu de ces joyaux de la vieille langue fran\u00e7aise. La Bruy\u00e8re, dans quelques pages, d\u00e9plore l\u2019abandon qu\u2019on a fait des mots anciens de la langue qu\u2019il reproduit en une longue kyrielle. <\/big><big>A ces anciens \u00e9crivains de talents ajoutons Marcelline Desbordes, dont la statue figure \u00e0 douai, sa ville natale. Cet illustre enfant de Gayant, pour obtenir des dons destin\u00e9s \u00e0 la fondation d\u2019une cr\u00e8che, a compos\u00e9 sous ce titre \u00ab\u00a0Oraison pour la cr\u00e8che\u00a0\u00bb, un petit chef d\u2019\u0153uvre en tercets commen\u00e7ant ainsi\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab\u00a0Dong\u00a0! Dong\u00a0! ch\u2019est pou ch\u00e9s p\u2019tiots infants<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Rassenn\u00e9s din l\u2019ville ed Gayant<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Comm\u2019 des tiots\u2019maguett din ch\u00e9s camps\u00a0\u00bb.<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Gustave Nadaud fut aussi l\u2019auteur d\u2019une chanson en patois sur Roubaix dont voici le refrain\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab\u00a0Ch\u2019est \u00e0 Roubaix, qu\u2019in fait tout mieux qu\u2019ailleurs<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Les Roubaignos i sont toudis vainqueurs\u00a0\u00bb<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le c\u00e9l\u00e8bre chansonnier roubaisien fit un jour pr\u00e9sent au Broutteux des deux volumes de ses chansons illustr\u00e9es par ses amis. <\/big><big>Il les exp\u00e9dia sur deux brouettes comme le dit ce quatrain en patois\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab\u00a0Puisque t\u2019aim\u2019ben mes canchonnettes,<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Watteeuw,<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>J\u2019te les invos sur deux brouettes,<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Broutteux\u00a0\u00bb<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le Broutteux a r\u00e9pondu\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab\u00a0Mi, j\u2019grippe d\u2019sus m\u2019brouette<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Ben haut,<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Et j\u2019crie\u00a0: Vive l\u2019po\u00e8te<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Nadaud\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Concluons : nous unissant aux d\u00e9fenseurs du patois, proclamons notre devoir de conserver la langue du pays de nos anc\u00eatres. <\/big><big>Ce n\u2019est point avec l\u2019intention (elle serait enfantine) de la voir perp\u00e9tuer au d\u00e9triment de notre merveilleuse langue fran\u00e7aise. Plus modeste est notre but : faire aimer notre petite patrie en popularisant son esprit de gaiet\u00e9. <\/big><big>Laissez-nous jouir de sa beaut\u00e9, peut-\u00eatre fruste, mais s\u00fbrement captivante pour qui la p\u00e9n\u00e8tre. Laissez-nous notre patois pour ses qualit\u00e9s naturelles bien fran\u00e7aises et parce qu\u2019il \u00e9veille en nous l\u2019esprit de clocher et les si douces souvenances de notre cher pays natal, r\u00e9sum\u00e9es en cette devise du Broutteux\u00a0:<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab\u00a0Y n\u2019a rin d\u2019pus bon qu\u2019ims\u2019 ma m\u00e8re,<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>Y n\u2019a rin d\u2019si beau qu\u2019sin pays\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><big>Jules Watteuw<\/big><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><big>Administrateur de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9mulation de Roubaix<\/big><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><big>S\u00e9ance de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9mulation de Roubaix du 21 octobre 1943<\/big><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le patois n\u2019est pas, comme l\u2019a dit Littr\u00e9, du fran\u00e7ais d\u00e9braill\u00e9, d\u00e9form\u00e9 dans la bouche d\u2019un peuple, mais bien un dialecte qui a servi \u00e0 la formation de la langue fran\u00e7aise. L\u2019Etat m\u00eame qui, autrefois, le traitait avec m\u00e9pris, s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019il m\u00e9ritait d\u2019\u00e9chapper au discr\u00e9dit et a bien voulu accorder \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lille [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,16],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/329"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=329"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/329\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=329"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=329"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=329"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}