{"id":421,"date":"2019-05-06T08:28:12","date_gmt":"2019-05-06T06:28:12","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=421"},"modified":"2019-05-06T08:28:12","modified_gmt":"2019-05-06T06:28:12","slug":"jean-joseph-weerts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/05\/06\/jean-joseph-weerts\/","title":{"rendered":"La charte des Drapiers de JJ Weerts"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><big>Parmi tous les personnages rassembl\u00e9s autour de <em>La Charte des Drapiers<\/em>, d\u00e9tail insolite, deux et deux seulement semblent se d\u00e9sint\u00e9resser de la sc\u00e8ne. Leur regard se porte ostensiblement vers les spectateurs que nous sommes. Bien peu savent que ces \u00e9chevins parmi d\u2019autres ne sont qu\u2019en apparence des \u00e9chevins parmi d\u2019autres, puisqu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du portrait du peintre Jean-Joseph WEERTS, reconnaissable \u00e0 son abondante barbe en bataille et du portrait du maire de la ville, Eug\u00e8ne MOTTE, visage glabre et plein, empreint d\u2019une fi\u00e8re et sereine autorit\u00e9.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour qui conna\u00eet l\u2019histoire de <em>La Charte des Drapiers<\/em> de Roubaix, \u0153uvre monumentale d\u00e9corant la prestigieuse salle de r\u00e9ception du nouvel h\u00f4tel de ville inaugur\u00e9e en 1914, ce double regard complice adress\u00e9 au spectateur est plus qu\u2019un simple clin d\u2019\u0153il, une coquetterie de peintre, voire une r\u00e9miniscence des pratiques en vogue dans les tableaux de la Renaissance. Il faut savoir en effet que sans l\u2019\u0153uvre respective de l\u2019un et de l\u2019autre, du peintre r\u00e9put\u00e9 et de l\u2019industriel devenu premier magistrat de la cit\u00e9, <em>La Charte des Drapiers<\/em> n\u2019e\u00fbt probablement jamais vu le jour. Ce double regard complice n\u2019exprimerait-il pas la connivence de deux hommes qui, associ\u00e9s par le talent dans la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019une ville au fa\u00eete de sa gloire, savourent \u00e0 travers la symbolique de l\u2019\u0153uvre accomplie, le rassurant bonheur d\u2019un succ\u00e8s bien m\u00e9rit\u00e9 ? L\u2019itin\u00e9raire des deux hommes tendrait \u00e0 le faire croire.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #800080;\"><big>Weerts et Motte<\/big><\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_935\" style=\"width: 1048px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-935\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-935\" src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/JJ-Weerts-copie.jpg\" alt=\"\" width=\"1038\" height=\"778\" srcset=\"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/JJ-Weerts-copie.jpg 1200w, https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/JJ-Weerts-copie-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/JJ-Weerts-copie-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/JJ-Weerts-copie-768x576.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1038px) 100vw, 1038px\" \/><p id=\"caption-attachment-935\" class=\"wp-caption-text\">Buste de Weerts au Parc Barbieux \u00a9EG<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Jean Joseph WEERTS est originaire de Roubaix. Tr\u00e8s t\u00f4t, il t\u00e9moigne de dispositions \u00e9tonnantes pour le dessin. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de douze ans, il est \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Ecole de Peinture de la ville, dirig\u00e9e alors par CELER-LETOMBE. Ses progr\u00e8s sont si rapides qu\u2019il ne tarde pas \u00e0 obtenir successivement tous les prix. En pr\u00e9sence d\u2019un tel talent, soulign\u00e9 par les critiques et la presse r\u00e9gionale qui suivaient avec un grand int\u00e9r\u00eat la carri\u00e8re du jeune artiste, le Conseil Municipal de Roubaix, sur la proposition de deux conseillers municipaux, vote la toute premi\u00e8re pension annuelle de la ville d\u2019un montant de 1 200 francs attribu\u00e9e au jeune WEERTS, pour lui permettre de se perfectionner \u00e0 l\u2019Ecole des Beaux-Arts de Paris.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Et c\u2019est ainsi que WEERTS arrive dans l\u2019atelier du grand Ma\u00eetre Alexandre CABANEL et y commence sa carri\u00e8re parisienne. Celle-ci est f\u00e9conde et sa notori\u00e9t\u00e9 ne cesse de cro\u00eetre. Chaque ann\u00e9e, il pr\u00e9sente ses \u0153uvres aux salons parisiens et aux salons \u00e0 l\u2019\u00e9tranger lesquelles seront remarqu\u00e9es et couronn\u00e9es par des distinctions :<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0<\/big><big>Hors concours au Salon des Artistes Fran\u00e7ais ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0M\u00e9daille au Salon de Londres en 1875 ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Grand Prix Wicar \u00e0 Lille en 1877 ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Deuxi\u00e8me m\u00e9daille \u00e0 l\u2019Exposition universelle de 1889 ; etc\u2026<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Nul doute que sa carri\u00e8re, son \u0153uvre, ont constitu\u00e9 le centre de l\u2019existence de WEERTS. C\u2019est \u00e0 elle qu\u2019il consacre la majorit\u00e9 de son temps. Les heures qu\u2019il ne passe pas dans son atelier \u00e0 brosser ses innombrables portraits ou \u00e0 pr\u00e9parer ses grandes \u0153uvres monumentales, il les partage entre sa famille \u00e0 laquelle il voue une constante affection, ses amis du monde artistique qu\u2019il ne cessera de fr\u00e9quenter toute sa vie, ses attaches roubaisiennes auxquelles il restera fid\u00e8le jusqu\u2019au bout. Sa vie durant, il entretient en effet des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec bon nombre de notables de la ville : il participe \u00e0 toutes les expositions organis\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 Artistique de Roubaix-Tourcoing, et il a assur\u00e9 pendant pr\u00e8s de 25 ans les fonctions de Pr\u00e9sident de l\u2019Association des Anciens El\u00e8ves de l\u2019Ecole Nationale Sup\u00e9rieure des Arts et Industries Textiles (E.N.S.A.I.T.).<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Jean-Joseph WEERTS est avant tout un portraitiste mais il s\u2019est acquis \u00e9galement une grande r\u00e9putation en mati\u00e8re de d\u00e9coration monumentale :<br \/>\n<\/big><big>&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0En 1887, il r\u00e9alise le d\u00e9cor du plafond de la salle du Conseil \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Limoges ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0En 1882, celui du mus\u00e9e Mon\u00e9taire de l\u2019H\u00f4tel de la Monnaie \u00e0 Paris ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0En 1894, les voussures de l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0En 1903, la galerie Sorbon \u00e0 la Sorbonne ;<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0En 1911, l\u2019h\u00e9micycle de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Lyon.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Itin\u00e9raire brillant donc, \u00e9difiant, que celui de ce modeste fils d\u2019ouvrier parvenu au sommet de la gloire et au statut d\u2019artiste officiel de la R\u00e9publique gr\u00e2ce \u00e0 son talent et aux encouragements de sa ville natale. Parfaite incarnation du labeur justement r\u00e9compens\u00e9, Jean-Joseph WEERTS est un artiste int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de son \u00e9poque : l\u2019un et l\u2019autre vivent en symbiose, pour le plus grand profit de tous.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Ce qui vaut pour l\u2019artiste, vaut \u00e9galement, <em>mutatis mutandis<\/em>, pour le grand industriel qu\u2019est Eug\u00e8ne MOTTE. Comme WEERTS, il est n\u00e9 \u00e0 Roubaix. Fils d\u2019Alfred MOTTE-GRIMONPREZ, chevalier d\u2019industrie \u00e0 la t\u00eate de multiples usines textiles, fondateur de l\u2019Association des Patrons Chr\u00e9tiens, payant d\u2019exemple dans son entreprise par une politique sociale audacieuse, il aurait pu s\u2019endormir sur les lauriers et la fortune de son p\u00e8re. Il n\u2019en est rien. Tr\u00e8s t\u00f4t, il fait ses premi\u00e8res armes en prenant la direction d\u2019un grand tissage au nom \u00e9vocateur : \u00ab\u00a0Le Laboureur\u00a0\u00bb. Poursuivant le sillon trac\u00e9 par son p\u00e8re, il se retrouve \u00e0 la t\u00eate d\u2019un v\u00e9ritable empire industriel. On le d\u00e9crit comme <em>\u00ab un tr\u00e8s bon organisateur, un patron laborieux et obstin\u00e9, un homme simple et net qui parle flamand \u00e0 ses ouvriers belges, d\u2019une vie limpide et dont la vigilance s\u2019\u00e9tend sur l\u2019\u00e9ducation de ses onze enfants, tout autant que sur ses autres charges \u00bb<\/em>. Comme WEERTS, il porte un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 sa ville natale. Sans doute est-ce pour cela qu\u2019il finit par se lancer dans la politique. Vainqueur du socialiste Jules GUESDE, il parvient \u00e0 conqu\u00e9rir la mairie en 1902. Aussit\u00f4t, entour\u00e9 d\u2019une \u00e9quipe de conseillers d\u00e9vou\u00e9s et comp\u00e9tents, il met en place une politique de renouvellement du cadre urbain, dont l\u2019un des principaux \u00e9l\u00e9ments est la construction d\u2019un nouvel H\u00f4tel de Ville \u00e0 Roubaix. La d\u00e9cision est prise par le Conseil Municipal le 8 f\u00e9vrier 1905, approuv\u00e9e ensuite par le pr\u00e9fet en 1907.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour mener \u00e0 bien cet ambitieux projet, Eug\u00e8ne MOTTE n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire appel \u00e0 Victor LALOUX. C\u00e9l\u00e8bre architecte parisien, \u00e0 qui l\u2019on devait entre autre la gare d\u2019Orsay. Dans l\u2019esprit de son promoteur, l\u2019H\u00f4tel de Ville devait symboliser l\u2019essor de Roubaix, qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tait parvenue \u00e0 la supr\u00e9matie en mati\u00e8re d\u2019industries textiles. Cette supr\u00e9matie, Eug\u00e8ne MOTTE, la verra confirm\u00e9e en 1911. L\u2019ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 l\u2019H\u00f4tel de Ville dresse enfin son imposante silhouette n\u00e9oclassique en plein c\u0153ur de la ville, se tient \u00e0 Roubaix l\u2019Exposition Internationale du Textile. Le succ\u00e8s populaire et le retentissement \u00e9conomique de cette manifestation consacrent la r\u00e9ussite de la capitale du textile qu\u2019est devenue Roubaix, comme ils consacrent la r\u00e9ussite de son maire qui voit, avec bonheur, aboutir en m\u00eame temps ses ambitions d\u2019industriel, d\u2019homme politique et de Roubaisien fier de l\u2019\u00eatre, grand patron au service de sa cit\u00e9.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Lorsqu\u2019en 1911, la municipalit\u00e9 de Roubaix d\u00e9cide de d\u00e9corer la prestigieuse salle de r\u00e9ception du nouvel h\u00f4tel de ville, les deux itin\u00e9raires se rejoignent : Eug\u00e8ne MOTTE choisit Jean-Joseph WEERTS et d\u00e8s lors, entre les deux hommes, la complicit\u00e9 s\u2019instaure. Le choix du sujet ne fera l\u2019objet d\u2019aucune controverse. Ce sera l\u2019octroi \u00e0 la ville de <em>La Charte des Drapiers.<\/em> Le sujet n\u2019est pas nouveau, mais il r\u00e9unit de multiples avantages.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>D\u2019abord, il est dans l\u2019air du temps de d\u00e9corer les b\u00e2timents nouvellement construits au moyen de vastes reconstitutions historiques. L\u2019influence de MICHELET, sans doute, tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 exalter le pass\u00e9 national. Ensuite, la charte symbolise la naissance de la ville manufacturi\u00e8re. Depuis le Moyen Age en effet, l\u2019essor de Roubaix est associ\u00e9 \u00e0 la promesse faite par le duc de Bourgogne, comte de Flandres \u00e0 son vassal Pierre de Roubaix, d\u2019accorder aux drapiers du bourg, une charte leur permettant de tisser des draps de toutes laines. L\u2019existence de cette charte n\u2019est pas attest\u00e9e. Mais qu\u2019importe. Car enfin, ce que le maire et son Conseil demandent \u00e0 l\u2019artiste, n\u2019est pas d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire, fut-elle en l\u2019occurrence plus mythique que r\u00e9elle, mais d\u2019exalter la r\u00e9ussite pr\u00e9sente en r\u00e9cup\u00e9rant au profit du Roubaix moderne le mythe ancien. Il s\u2019agit en somme, d\u2019\u00e9tablir un parall\u00e8le entre le Moyen Age, \u00e9poque du premier essor de la ville et ce d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9clatant renouveau d\u2019un cit\u00e9 au fa\u00eete d\u2019une renomm\u00e9e d\u00e9sormais mondiale, attest\u00e9e par le succ\u00e8s de l\u2019Exposition Internationale du Textile, et, ce faisant, de transcender le temps, de signifier urbi et orbi aux citoyens de la ville comme aux cit\u00e9s voisines, ces \u00e9ternelles rivales, que la r\u00e9ussite de Roubaix n\u2019\u00e9tait pas un fait de hasard, mais qu\u2019elle \u00e9tait en quelque sorte, inscrite dans sa destin\u00e9e.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Transcender le temps, magnifier le pr\u00e9sent en exaltant le pass\u00e9, Jean-Joseph WEERTS \u00e9tait bien l\u2019homme d\u2019un tel programme. La salle de r\u00e9union, bient\u00f4t baptis\u00e9e \u00ab Salle Pierre de Roubaix \u00bb afin de mettre en valeur le futur cadre o\u00f9 se situerait l\u2019\u0153uvre et de le mettre en coh\u00e9rence avec le sujet retenu n\u2019attendait plus qu\u2019une chose : que l\u2019artiste se m\u00eet au travail. Ce qu\u2019il fit, d\u00e8s que furent arr\u00eat\u00e9es les conditions financi\u00e8res.<br \/>\nTrois ans plus tard, <em>La Charte des Drapiers<\/em> \u00e9tait achev\u00e9e : WEERTS avait magistralement atteint l\u2019objectif que lui avait fix\u00e9 Eug\u00e8ne MOTTE, comme nous allons pouvoir en juger maintenant en analysant le d\u00e9tail de l\u2019\u0153uvre.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\"><strong><big>Analyse de l&rsquo;oeuvre<\/big><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_933\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-933\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-933 size-full\" src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/\u00a9-D.-Bonnel.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"741\" \/><p id=\"caption-attachment-933\" class=\"wp-caption-text\">Le tableau de Weerts \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de ville de Roubaix \u00a9D. Bonnel<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>La d\u00e9coration monumentale se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un rectangle surmont\u00e9 d\u2019un l\u00e9ger arc de cercle. La naissance de cet arc de cercle est soulign\u00e9e de chaque c\u00f4t\u00e9 par un renflement. Les angles du bas ont \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s et toute la toile est cern\u00e9e d\u2019un \u00e9pais cadre moulur\u00e9 dor\u00e9. Ce dernier est interrompu dans sa partie basse par un cartouche explicatif. L\u2019\u0153uvre est particuli\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019architecture de la pi\u00e8ce et \u00e0 ses proportions. Elle occupe en effet tout un mur agr\u00e9ment\u00e9 de d\u00e9cors stuqu\u00e9s o\u00f9 elle s\u2019ins\u00e8re en son centre, entre deux piliers blancs. Elle b\u00e9n\u00e9ficie ainsi d\u2019un espace enti\u00e8rement autonome au milieu d\u2019un mur stuqu\u00e9 qui joue le r\u00f4le d\u2019\u00e9crin. Les dimensions de la pi\u00e8ce sont telles que le spectateur dispose de tout le recul n\u00e9cessaire pour appr\u00e9cier la toile dont les coloris sont en totale harmonie avec son environnement, et mis en valeur par la lumi\u00e8re naturelle.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour c\u00e9l\u00e9brer la Charte des Drapiers, WEERTS a choisi de saisir l\u2019instant pr\u00e9cis o\u00f9 la charte est montr\u00e9e aux bourgeois de la ville, en pr\u00e9sence de Pierre, Seigneur de Roubaix, alors premier chambellan de Charles le T\u00e9m\u00e9raire. La sc\u00e8ne se d\u00e9roule dans une grande salle, probablement une halle \u00e9chevinale, largement ouverte sur le bourg o\u00f9 se dresse l\u2019\u00e9glise Saint-Martin dont le clocher est entour\u00e9 d\u2019\u00e9chafaudages, et sur la campagne environnante. Au premier plan, \u00e0 gauche, se trouve Pierre de Roubaix, assis dignement dans un imposant fauteuil de bois sculpt\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un tr\u00f4ne. Ce tr\u00f4ne est surmont\u00e9 d\u2019un dais, d\u00e9cor\u00e9 d\u2019un dorsal recouvert par un riche porte-\u00e9tendard, tenant fermement la banni\u00e8re de Bourgogne en t\u00e9moignage de droit f\u00e9odal. Au centre de la composition se trouve le h\u00e9raut qui montre la charte aux \u00e9chevins et aux bourgeois. Ces derniers occupent toute la partie droite du tableau. Ils sont contenus derri\u00e8re une marche, comme pour instaurer une hi\u00e9rarchie. Dans le fond, WEERTS a plac\u00e9 un paysage marqu\u00e9 par une rivi\u00e8re qui trace une large et douce courbe, avant de rejoindre l\u2019horizon, sorte de ligne flexible, ponctu\u00e9e par les ailes des moulins laissant sugg\u00e9rer l\u2019existence d\u2019une brise l\u00e9g\u00e8re, soulign\u00e9e par le fr\u00e9missement des banni\u00e8res.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Comme dans la plupart des \u0153uvres monumentales de Jean Joseph WEERTS, <em>la Charte des Drapiers<\/em> a \u00e9t\u00e9 construite selon un sch\u00e9ma rigoureux et ostensiblement centr\u00e9. Le centre est constitu\u00e9 par la charte et son h\u00e9raut. C\u2019est \u00e0 partir de ce point qu\u2019il a construit son tableau. Un faisceau de lignes part de cet endroit pour se rendre dans presque toutes les directions. Il s\u2019agit d\u2019une ordonnance sym\u00e9trique, de type classique, avec un personnage central et de chaque c\u00f4t\u00e9, une r\u00e9partition plus ou moins \u00e9gale de participants ayant pour r\u00f4le d\u2019\u00e9quilibrer les masses. Tout est organis\u00e9 pour produire de l\u2019effet au niveau de la figure centrale qui prend appui sur un carrelage fortement rythm\u00e9 laissant parler les diagonales. Par ce proc\u00e9d\u00e9, l\u2019artiste peut isoler, sans aucune difficult\u00e9, cette figure centrale qui gagne ainsi en puissance.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Dans sa premi\u00e8re pens\u00e9e, WEERTS avait d\u00e9j\u00e0 imagin\u00e9 cette construction centr\u00e9e \u00e0 laquelle il est demeur\u00e9 fid\u00e8le. Le sujet y est trait\u00e9 dans son ensemble, sur un papier de couleur beige et aux dimensions restreintes (14,2 cm x 18,5 cm). Cette esquisse a \u00e9t\u00e9 construite en profitant des axes que propose la g\u00e9om\u00e9trie. C\u2019est elle qui r\u00e8gne et donne le sentiment d\u2019une liaison profond\u00e9ment ordonn\u00e9e par la puissance de la ligne. Ce simple dessin s\u2019attachant davantage aux formes et aux structures qu\u2019aux textures, t\u00e9moigne que d\u00e9j\u00e0 le point central \u00e9tait la charte.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>C\u2019est \u00e0 partir d\u2019elle qu\u2019un faisceau de lignes rayonnantes est cr\u00e9\u00e9 attirant irr\u00e9sistiblement le regard. Le trac\u00e9 libre, et n\u00e9anmoins ferme, sugg\u00e8re les formes. Mais la vivacit\u00e9, l\u2019agilit\u00e9 et l\u2019\u00e9loquence du trait lui conf\u00e8rent indiscutablement vie et spontan\u00e9it\u00e9. Situ\u00e9 sur la partie gauche du dessin, Pierre de Roubaix domine assur\u00e9ment la sc\u00e8ne, assis sous un dais, entour\u00e9 de sa suite plac\u00e9e en contrebas. Face \u00e0 lui, en d\u00e9cal\u00e9, se trouve le h\u00e9raut montrant la charte aux spectateurs. Une foule compacte l\u2019accompagne de telle sorte qu\u2019un certain nombre de personnages la composant sont repr\u00e9sent\u00e9s vus de dos ou de profil.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le risque majeur dans ce type de composition est \u00e9videmment une certaine monotonie engendr\u00e9e par la vision d\u2019une multitude de dos ou de profils. WEERTS en a tr\u00e8s certainement pris conscience puisqu\u2019il a introduit des modifications qui, \u00e0 elles seules, changent l\u2019esprit de l\u2019\u0153uvre. C\u2019est ainsi qu\u2019en d\u00e9pla\u00e7ant Pierre de Roubaix pour le ramener au premier plan, non plus isol\u00e9, mais parfaitement entour\u00e9 des ordres privil\u00e9gi\u00e9s, noblesse et clerg\u00e9, WEERTS supprime, dans l\u2019\u0153uvre d\u00e9finitive, la hi\u00e9rarchie qui pr\u00e9valait dans sa premi\u00e8re pens\u00e9e et r\u00e8gle \u00e9galement le probl\u00e8me de la multiplication des descriptions de dos ou de torsions d\u2019\u00e9paules en pr\u00e9sentant les personnages de face, ce qui lui permet d\u2019exercer pleinement son talent de portraitiste.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il place en outre son chevalet, non plus au centre de la pi\u00e8ce, mais dans l\u2019angle droit, toujours en surplomb. De ce fait, le spectateur se voit attribuer une place de tout premier choix. Pour souligner sa construction d\u2019inspiration purement classique, l\u2019artiste a introduit dans son d\u00e9cor des verticales et des horizontales, d\u00e9cidant une fois pour toutes du caract\u00e8re tectonique du tableau. Un calque, issu de la collection HAHN acquise r\u00e9cemment par le Mus\u00e9e de Roubaix, permet d\u2019appr\u00e9hender avec clart\u00e9 la construction de l\u2019\u0153uvre. D\u2019autant que ce calque, d\u00e9pourvu de ses figurants, s\u2019attache uniquement \u00e0 d\u00e9gager le d\u00e9cor architectural, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Les maisons sont fond\u00e9es \u00e0 la fois sur les lignes verticales et les horizontales. Les puissantes verticales proviennent de l\u2019\u00e9pais pilier de soutien et du mur auquel est adoss\u00e9 le fauteuil de Pierre de Roubaix. Fonction suppl\u00e9mentaire d\u00e9volue \u00e0 ses deux \u00e9l\u00e9ments, ils jouent en effet le r\u00f4le de stabilisateurs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cadre.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour en rompre la monotonie et att\u00e9nuer l\u2019impression de lourdeur, WEERTS a plac\u00e9 une banni\u00e8re fr\u00e9missant aux jeux du vent. On observe \u00e9galement la pr\u00e9sence d\u2019obliques. L\u2019une de ces obliques est form\u00e9e par la marche du carrelage derri\u00e8re laquelle est contenue la foule des \u00e9chevins situ\u00e9s sur le c\u00f4t\u00e9 droit. L\u2019autre oblique prend naissance au-dessus de la t\u00eate de ces m\u00eames notables, pour se terminer en pointe, sur le personnage de Pierre de Roubaix. Non content d\u2019apporter des obliques d\u2019inspiration baroque, il a recours \u00e9galement \u00e0 une ligne serpentine pour d\u00e9crire le mouvement du h\u00e9raut. Elle d\u00e9bute par le bras gauche tendu, passe par le bras droit appuy\u00e9 sur la taille. Ce geste produit \u00e0 la fois un d\u00e9hanchement, une cambrure des reins du personnage et une torsion des \u00e9paules. La ligne se poursuit sur la jambe d\u2019appui pour s\u2019engager le long de la cuisse gauche d\u00e9cal\u00e9e en arri\u00e8re et revenir \u00e0 nouveau sur la jambe droite pour atteindre le talon et finir \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du soulier \u00e0 la poulaine. C\u2019est le principe de l\u2019\u00e9quilibre balanc\u00e9 appel\u00e9 Contrapposto que l\u2019on retrouve dans la ligne ch\u00e8re \u00e0 MICHEL-ANGE.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>En manifestant un sens aigu de la forme solidement structur\u00e9e, combin\u00e9 avec une appr\u00e9hension dynamique de l\u2019espace rappelant les grands ma\u00eetres flamands comme VAN EYCK, WEERTS prouve dans cet exemple, sa parfaite assimilation des le\u00e7ons du pass\u00e9. <\/big><big>En ce qui concerne l\u2019organisation des masses color\u00e9es, le peintre a accentu\u00e9 leurs effets par une habile utilisation de la lumi\u00e8re. Les t\u00e2ches claires sont r\u00e9parties au centre du tableau. Elles concernent exclusivement le h\u00e9raut, le jeune page qui lui fait face et le paysage.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Les taches sombres sont en revanche rel\u00e9gu\u00e9es dans les deux parties lat\u00e9rales. Le r\u00f4le de ces deux masses sombres est \u00e9videmment de contribuer \u00e0 la mise en valeur du h\u00e9raut. Ce dernier a fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude pr\u00e9paratoire qui a \u00e9t\u00e9 reprise totalement dans l\u2019\u0153uvre d\u00e9finitive pour ce qui est du mouvement. Les retouches de l\u2019artiste se limitent \u00e0 la modification de la couleur des chausses \u2013du noir on passe \u00e0 un ocre jaune -, \u00e0 l\u2019introduction de chaussures \u00e0 la poulaine, et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration du trac\u00e9 de la charte. Il a en effet pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un d\u00e9grad\u00e9 de couleurs jaunes ponctu\u00e9es des taches rouges des cachets de cire.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le personnage a ainsi gagn\u00e9 en finesse et en harmonie. Les coloris qui s\u2019attirent et s\u2019attisent sont un heureux d\u00e9grad\u00e9 de jaunes d\u2019une grande luminosit\u00e9, accentu\u00e9e par le mouvement des drap\u00e9s des manches cr\u00e9ant des ombres chaudes. Les modifications introduites par WEERTS sont minimes, mais suffisantes cependant pour percevoir son d\u00e9sir d\u2019augmenter l\u2019intensit\u00e9 globale du jaune en faisant presque jaillir une couleur pure, pr\u00e8s d\u2019une coloration sourde conjugu\u00e9es \u00e0 des demi-teintes.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Face au personnage central, et en guise de r\u00e9ponse au h\u00e9raut, se tient le jeune page fixant le regard \u00e9merveill\u00e9, la charte que brandit le h\u00e9raut. Le peintre l\u2019a repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de couleurs pastel, une tunique rose p\u00e2le par-dessus une chemise blanche et des chausses bleues claires. Plac\u00e9 devant le groupe des notables o\u00f9 pr\u00e9dominent les couleurs sombres. Ce jeune page fascin\u00e9 joue le r\u00f4le d\u2019ambassadeur du groupe qui le suit. Il est le seul \u00e0 poser le pied sur la marche des officiels et par ce geste, il relie les deux groupes, celui de la suite de Pierre de Roubaix, constitu\u00e9e de la noblesse et du clerg\u00e9, et celui des \u00e9chevins et bourgeois.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>De style purement tectonique et trait\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de portraits de groupes, ces derniers personnages sont form\u00e9s par la juxtaposition de figures dont chacune a une importance et un r\u00f4le \u00e0 jouer. L\u2019unification se trouve justement dans le r\u00f4le de chacun dans la sc\u00e8ne. Ils sont tous certes eux-m\u00eames, des spectateurs de la proclamation de la charte, mais sans se d\u00e9tacher du mouvement d\u2019ensemble, ils constituent un motif dominant d\u2019ordre du tableau et lui conf\u00e8re son rythme. Leur r\u00f4le est de faire appara\u00eetre les diff\u00e9rentes classes sociales : noblesse, clerg\u00e9, bourgeois, paysans, rassembl\u00e9s, r\u00e9unis, unis, \u00e9mus par l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019ils partagent en commun.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>L\u2019intensit\u00e9 des regards en direction de la charte est telle qu\u2019elle met en valeur deux personnages qui, tout en s\u2019int\u00e9grant parfaitement \u00e0 cette sc\u00e8ne idyllique ne s\u2019int\u00e9ressent qu\u2019aux spectateurs que nous sommes. L\u2019un d\u2019entre eux, le troisi\u00e8me situ\u00e9 \u00e0 droite, v\u00eatu du peli\u00e7on marron \u00e0 grandes manches frang\u00e9es n\u2019est autre que le peintre lui-m\u00eame. Le second, plac\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite du tableau, s\u2019appuie sur une canne, porte une aum\u00f4ni\u00e8re pendue \u00e0 la ceinture. Il est habill\u00e9 d\u2019un peli\u00e7on de couleur bleue recouvert d\u2019une chasuble ocre jaune et coiff\u00e9 d\u2019un chaperon noir dont la queue du turban d\u00e9crit un mouvement circulaire sur sa large poitrine. De ce personnage, le mus\u00e9e de Roubaix poss\u00e8de deux \u00e9tudes \u00e0 peu pr\u00e8s semblables dans l\u2019attitude mais diff\u00e9rentes quant aux visages. La premi\u00e8re porte \u00e0 l\u2019inventaire le nom de Jean. Il s\u2019agit de Jean CAU, ami personnel du peintre, homme d\u2019affaires roubaisien dont la corpulence pr\u00e9sentait des similitudes avec celle du maire de l\u2019\u00e9poque Eug\u00e8ne MOTTE et qui en cons\u00e9quence a servi de mod\u00e8le au peintre. La deuxi\u00e8me \u00e9tude est r\u00e9pertori\u00e9e comme \u00e9tant le portrait d\u2019Eug\u00e8ne MOTTE. Celui-ci adopte la m\u00eame attitude que jean CAU, mais le regard cette fois est ostensiblement dirig\u00e9 vers le spectateur, comme pour l\u2019inviter \u00e0 participer \u00e0 ce moment solennel ou encore le prendre \u00e0 t\u00e9moin de l\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Bon nombre d\u2019\u00e9tudes de personnages de <em>La Charte des Drapiers<\/em> rel\u00e8vent de l\u2019art du portrait. En r\u00e9alit\u00e9, nous l\u2019avons vu, la charte constitue un regroupement d\u2019hommes et de femmes en une vaste galerie de portraits, t\u00e9moignant de l\u2019attrait qu\u2019exer\u00e7aient les visages sur la personnalit\u00e9 du peintre. Ainsi l\u2019une des deux femmes \u00e9l\u00e9gantes plac\u00e9es au c\u00f4t\u00e9 de Pierre de Roubaix n\u2019est autre que le portrait de la fille de l\u2019artiste : Jeanne AURICOSTE-WEERTS. L\u2019homme situ\u00e9 \u00e0 sa gauche est le portrait d\u2019un adjoint au maire de Roubaix, Edouard ROUSSEL, l\u2019un des deux eccl\u00e9siastiques repr\u00e9sent\u00e9s, l\u2019\u00e9v\u00eaque, a pris les traits de Monseigneur BERTEUX. Le mus\u00e9e de Roubaix poss\u00e8de une esquisse pr\u00e9paratoire d\u2019Edouard ROUSSEL et de l\u2019\u00e9v\u00eaque. La touche serr\u00e9e, lisse et pr\u00e9cise \u00e0 laquelle WEERTS \u00e9tait attach\u00e9e dans les \u0153uvres achev\u00e9es, fait place ici dans ces \u00e9tudes, \u00e0 un traitement nerveux. La vivacit\u00e9 de la touche, le sentiment de la couleur et de la lumi\u00e8re font songer irr\u00e9sistiblement aux effets des impressionnistes. Ce ne sont que larges coups de brosse, jet\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te, avec force et conviction, laissant appara\u00eetre la couche de pr\u00e9paration de la toile. Les expressions des visages sont reproduites avec une grande \u00e9conomie de moyens, peu de mati\u00e8res pour la plupart. Quant aux v\u00eatements, les traits verticaux, horizontaux ou entrecrois\u00e9s prouvent que l\u2019artiste souhaitait aller \u00e0 l\u2019essentiel : donner un ton, un mouvement, une expression. Les personnages sont repr\u00e9sent\u00e9s dans des attitudes conventionnelles. Il est fort probable que l\u2019artiste a voulu accorder une priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019impression d\u2019ensemble, \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re, plut\u00f4t qu\u2019aux personnages eux-m\u00eames.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il est \u00e9vident que Jean-Joseph WEERTS s\u2019est servi de son entourage et des personnalit\u00e9s en vue, pour fixer les traits des notables incarn\u00e9s dans sa d\u00e9coration. D\u00e8s lors, elle se transforme en un v\u00e9ritable kal\u00e9idoscope des hommes et des femmes qui peuplaient l\u2019univers du peintre. Si cette pratique constitue une sp\u00e9cificit\u00e9 au 19e si\u00e8cle, il n\u2019en demeure pas\u00a0 moins qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e de tout temps : Rapha\u00ebl, en peignant L\u2019Ecole d\u2019Ath\u00e8nes par exemple, constitue \u00e0 cet \u00e9gard un exemple connu.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Apr\u00e8s avoir saisi les traits des visages, l\u2019artiste a replac\u00e9 les personnages qu\u2019il a fabriqu\u00e9s dans le cadre du Moyen Age. Pour cela, il a r\u00e9uni une abondante documentation dans laquelle il a puis\u00e9. Ses carnets de croquis r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019il a consult\u00e9 Les Chroniques de FROISSART et celles de Georges CHASTELLAIN ainsi que la FLANDRIA ILLUSTRATA de SANDERUS, les travaux de Charles BOURGEOIS. Mais sa source majeure est le travail encyclop\u00e9dique de VIOLLET-LE-DUC. Muni de ces diff\u00e9rents mat\u00e9riaux, le peintre a r\u00e9alis\u00e9 des \u00e9tudes \u00e0 la mine de plomb, rassembl\u00e9es dans un carnet de croquis n\u00b0 14.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il s\u2019agit d\u2019\u00e9tudes de personnages de la bourgeoisie, de marchands, de seigneurs, de paysans flamands, de h\u00e9rauts d\u2019armes, d\u2019arbal\u00e9triers et d\u2019archers, de coiffes f\u00e9minines et masculines, d\u2019\u00e9tendards, de portraits de PHILIPPE LE BON et de CHARLES LE TEMERAIRE qui ont servi de base \u00e0 la description des diff\u00e9rents personnages figurant dans l\u2019\u0153uvre achev\u00e9e. Ainsi, la plupart des hommes d\u2019armes ont \u00e9t\u00e9 construits gr\u00e2ce aux indications de VIOLLET-LE-DUC.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le porte-\u00e9tendard, par exemple, repr\u00e9sent\u00e9 appuy\u00e9 contre l\u2019\u00e9pais pilier porte le v\u00eatement de guerre, la brigantine, d\u00e9cor\u00e9e de spalli\u00e8res, ces sortes de cercles l\u00e9g\u00e8rement coniques qui permettaient de prot\u00e9ger la poitrine des coups, et des genouill\u00e8res de fer. Il est coiff\u00e9 d\u2019un chapel de fer sans visi\u00e8re pos\u00e9 sur une longue tunique de mailles, le haubert. De la main gauche, il maintient un pavois, c\u2019est \u00e0 dire un long bouclier d\u00e9cor\u00e9 aux armes du comte de NIEUWERKERKE : le ch\u00e2teau \u00e0 deux tours cr\u00e9nel\u00e9es et reli\u00e9es. De la main droite, il empoigne la hampe d\u2019une banni\u00e8re dont le carnet de croquis conserve une \u00e9tude pr\u00e9paratoire compl\u00e9t\u00e9e des indications de WEERTS.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Derri\u00e8re ce porte \u00e9tendard appara\u00eet un homme rev\u00eatu de la tenue r\u00e9serv\u00e9e aux arbal\u00e9triers, peut-\u00eatre en hommage \u00e0 Pierre de ROUBAIX qui institua l\u2019Ordre des Arbal\u00e9triers de Saint-Georges. Les traits du visage sont les m\u00eames que ceux du soldat se trouvant dans le groupe de la noblesse, mais pr\u00e9sent\u00e9 cette fois de profil.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Les femmes de l\u2019aristocratie entourant Pierre de Roubaix ont aussi \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites \u00e0 l\u2019aide des indications de VIOLLET-LE-DUC. Elles portent une robe \u00e0 collet en pointe de fourrure descendant jusqu\u2019\u00e0 la ceinture. Elles sont coiff\u00e9es du hennin d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappent des voiles de mousseline. L\u2019une d\u2019entre elles a des voiles de plus grande envergure et une voilette transparente retombant sur le visage.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le cavalier portant banni\u00e8re, plac\u00e9 \u00e0 la droite du tableau, dissimulant en partie une autre banni\u00e8re \u00e0 l\u2019embl\u00e8me du lion morn\u00e9 couronn\u00e9, est en revanche une r\u00e9plique de Gilles de RAIS d\u2019apr\u00e8s une illustration d\u2019Howard PYLE. Plac\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du groupe des bourgeois et marchands, sa fonction essentielle est de fermer le groupe des spectateurs.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>La mise au point du portrait de Pierre de ROUBAIX a \u00e9t\u00e9 plus d\u00e9licate et d\u00e9passe les indications fournies par VIOLLET-LE-DUC. De lui, l\u2019artiste a en effet r\u00e9alis\u00e9 une copie d\u2019un dessin du portrait de PHILIPPE LE BON, figurant dans le carnet n\u00b0 14\u00a0 qui sera repris dans l\u2019\u0153uvre d\u00e9finitive pour ce qui est du v\u00eatement. Cependant, la solennit\u00e9 du moment exigeait que Pierre de ROUBAIX f\u00fbt repr\u00e9sent\u00e9, non pas debout, mais assis majestueusement dans un fauteuil. Aussi, le dessin a-t-il \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9, comme le prouve une \u00e9tude pr\u00e9liminaire. Pierre de ROUBAIX appara\u00eet donc\u00a0 assis, rev\u00eatu du costume traditionnel de velours rouge, ceint du collier attach\u00e9 \u00e0 l\u2019Ordre de la Toison d\u2019Or \u2013ordre cr\u00e9\u00e9 par le duc de Bourgogne en 1430-. Quant au visage, nous savons qu\u2019il a pr\u00e9occup\u00e9 le peintre puisque ce dernier n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 se rendre au mus\u00e9e de Berlin afin d\u2019\u00e9tudier un portrait attribu\u00e9 \u00e0 VAN EYCK. C\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 Baudouin DE LANNOY, dit Le B\u00e8gue, seigneur de Molembais et non Pierre de ROUBAIX dont on ignore encore, de nos jours, la v\u00e9ritable physionomie. Aux pieds de Pierre, WEERTS a repr\u00e9sent\u00e9 un tapis sur lequel figure un \u00e9cusson r\u00e9p\u00e9t\u00e9 tant au sommet du dais que sur le dorsal et emprunt\u00e9 lui aussi \u00e0 VIOLLET-LE-DUC. En revanche, l\u2019attitude de Pierre, et le mobilier qui l\u2019entoure, rel\u00e8vent de la pure tradition de la peinture religieuse de VAN EYCK, en particulier dans La Vierge du Chanoine Van Der Paele, que WEERTS est all\u00e9 admirer \u00e0 Bruges ou encore de P\u00e9trus CHRISTUS dans <em>La Vierge \u00e0 l\u2019Enfant<\/em> assist\u00e9e de Saint J\u00e9r\u00f4me et Saint Fran\u00e7ois.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour qui conna\u00eet l\u2019\u0153uvre de Jean Joseph WEERTS, il est ais\u00e9 de constater que <em>La F\u00eate du Lendit<\/em> et <em>La charte des Drapiers<\/em> offrent, en bien des aspects, de grandes similitudes. On peut donc en d\u00e9duire que WEERTS s\u2019est inspir\u00e9 aussi de lui-m\u00eame. Bon nombre de musiciens composant les diff\u00e9rents cort\u00e8ges, qu\u2019ils soient \u00e0 pied ou \u00e0 cheval, sonnant de la busine ou frappant du tambour, se ressemblent. De m\u00eame, certains visages des spectateurs de la foule accusent les m\u00eames traits et portent les m\u00eames v\u00eatements. Il est vraisemblable que l\u2019artiste a r\u00e9employ\u00e9 des \u00e9tudes qu\u2019il avait r\u00e9alis\u00e9es au cours des dix ann\u00e9es (1894 \u00e0 1904) qu\u2019il a consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de <em>La F\u00eate du Lendit<\/em>.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Dans l\u2019emploi des coloris, WEERTS nous r\u00e9serve une all\u00e9gresse de couleurs d\u2019une grande vivacit\u00e9 encore visible de nos jours. Ainsi, le v\u00eatement de Pierre de ROUBAIX est parcouru de plis \u00e9pousant la position des jambes, provoquant des jeux d\u2019ombre et de lumi\u00e8re. La masse carmin\u00e9e devient alors plus ou moins sombre. L\u2019effet de masse est att\u00e9nu\u00e9 par la pr\u00e9sence de deux autres couleurs, le bleu cobalt des manches et le vert fonc\u00e9 du chaperon dont le pan est n\u00e9gligemment pos\u00e9 sur les genoux \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un voile. En guise de r\u00e9ponse, on retrouve ces m\u00eames couleurs dans le groupe oppos\u00e9, le rouge pour le rocher qui cerne la poitrine, le bleu cobalt et le vert fonc\u00e9 sur de longs pourpoints.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>La richesse de la vari\u00e9t\u00e9 des couleurs est accentu\u00e9e par le jeu de la lumi\u00e8re avec laquelle le peintre joue pleinement. Elle provient de la droite du tableau, se plaque sur les corps dont les ombres se refl\u00e8tent sur le carrelage, et tressaille sur les visages pour mieux en laisser jaillir le model\u00e9. WEERTS s\u2019est astreint \u00e0 ex\u00e9cuter les model\u00e9s en couches transparentes, appliqu\u00e9es apr\u00e8s s\u00e9chage, sur des couches interm\u00e9diaires isolantes, afin d\u2019intensifier la luminosit\u00e9. Ainsi, les formes \u00e9taient model\u00e9es dans des tons successivement clairs et fonc\u00e9s, les limites de chaque ton se fondant dans le pr\u00e9c\u00e9dent.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Cette m\u00e9thode, fond\u00e9e sur la superposition de couches picturales de nature diff\u00e9rente et jouant entre elles par transparence est aussi celle qu\u2019aurait, semble-t-il, utilis\u00e9 le peintre VAN EYCK. De la sorte, on obtient de subtiles combinaisons difficiles \u00e0 atteindre autrement.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Tout aussi complexe est l\u2019application de la couche finale par la pose d\u2019un vernis. Appliqu\u00e9e sur une peinture parfaitement s\u00e8che, la couche de vernis doit \u00eatre aussi l\u00e9g\u00e8re que possible pour former un enduit d\u00e9licat qui pr\u00e9serve ainsi les couleurs des atteintes du temps. C\u2019est ce qui explique qu\u2019aujourd\u2019hui encore, l\u2019\u0153uvre de Jean joseph WEERTS ait conserv\u00e9 sa luminosit\u00e9 premi\u00e8re.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Si de nos jours\u00a0 <em>La charte des Drapiers<\/em> frappe par la vivacit\u00e9 de ses couleurs d\u2019origine, on sait, par la correspondance du peintre que le choix des pigments et la mise au point de la technique ont retenu toute son attention. L<em>a Charte des Drapiers<\/em> est une d\u00e9trempe. C\u2019est une technique extr\u00eamement d\u00e9licate. S\u00e9chant vite, elle exige une grande rapidit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution et une s\u00fbret\u00e9 de la main car elle accepte mal les repentirs. Mais elle offre d\u2019excellents r\u00e9sultats, une grande intensit\u00e9 dans les tons si elle est pr\u00e9par\u00e9e et appliqu\u00e9e avec soin et dext\u00e9rit\u00e9. Les archives du peintre contiennent un certain nombre de correspondances \u00e9chang\u00e9es avec une usine install\u00e9e \u00e0 Dusseldorf en Allemagne, sp\u00e9cialis\u00e9e dans la fabrication de mat\u00e9riels, liants et de pigments destin\u00e9s aux peintres. Toutes les lettres sont r\u00e9dig\u00e9es et sign\u00e9es par le fabricant lui-m\u00eame, Anton RICHARD. Elles sont dat\u00e9es la premi\u00e8re du 27 juillet 1912, la derni\u00e8re du 26 mai 1914. Ces lettres apportent un grand nombre de renseignements sur les pr\u00e9cautions prises par WEERTS pour s\u00e9lectionner ses couleurs, mais \u00e9galement t\u00e9moignent du souci constant qu\u2019il avait de s\u2019entourer de toutes les garanties n\u00e9cessaires quant \u00e0 la m\u00e9thode de marouflage id\u00e9ale pour de grandes compositions murales. Les explications qu\u2019elles contiennent permettent en outre d\u2019affirmer avec certitude que toute cette correspondance s\u2019attache \u00e0 la r\u00e9alisation de la d\u00e9coration de Roubaix : La Charte des Drapiers.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le choix de WEERTS pour un fabricant allemand n\u2019est pas le fait d\u2019un hasard, mais plut\u00f4t le fruit d\u2019une longue recherche. En effet, un article de Denis-Henri PONCHON nous apprend les d\u00e9boires de Jean Joseph WEERTS survenus pendant le marouflage de la derni\u00e8re d\u00e9coration monumentale qu\u2019il avait r\u00e9alis\u00e9, en 1911, \u00e0 Lyon sur le th\u00e8me <em>Un Concours d\u2019Eloquence<\/em> <em>\u00e0 Lyon, Sous Caligula<\/em>. L\u2019huile contenue dans l\u2019enduit de marouflage appliqu\u00e9 sur le mur avait en effet travers\u00e9 la toile par les trous r\u00e9alis\u00e9s lors du report du trac\u00e9 du dessin. Ce fut une v\u00e9ritable catastrophe pour WEERTS. L\u2019\u0153uvre devait \u00eatre inaugur\u00e9e trois jours plus tard, et ce laps de temps fut tr\u00e8s court pour proc\u00e9der \u00e0 sa r\u00e9paration, c\u2019est \u00e0 dire faire dispara\u00eetre les coul\u00e9es sombres d\u2019huile, qui, si elles n\u2019\u00e9taient pas trait\u00e9es rapidement, risquaient de d\u00e9t\u00e9riorer d\u00e9finitivement le tableau. On comprend ainsi pourquoi le peintre a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une enqu\u00eate fouill\u00e9e. En aucun cas il ne souhaitait le renouvellement de cette sinistre aventure. En m\u00eame temps, cette exp\u00e9rience r\u00e9v\u00e8le aux historiens de l\u2019art les difficult\u00e9s techniques que posent non seulement le choix des pigments, mais \u00e9galement la m\u00e9thode employ\u00e9e.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Anton RICHARD sugg\u00e8re \u00e0 WEERTS d\u2019abord d\u2019enduire la toile avant de la peindre avec la colle sp\u00e9cialement con\u00e7ue par sa fabrique, et d\u2019avoir recours \u00e0 cette m\u00eame colle pour d\u00e9layer les couleurs, si son choix de pigments se porte sur les couleurs gouache \u00e0 la cas\u00e9ine. Dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence pour les couleurs marbres \u00e0 la cas\u00e9ine, o\u00f9 d\u2019embl\u00e9e la force liante est trop pauvre Anton RICHARD conseille l\u2019utilisation de son eau fixative \u00e0 la cas\u00e9ine. Les quelques couleurs que WEERTS commande \u00e0 ce moment-l\u00e0 lui permettent d\u2019effectuer une s\u00e9rie d\u2019essais qui aboutissement \u00e0 une nouvelle correspondance avec Anton RICHARD. Ce dernier conseille WEERTS sur la m\u00e9thode susceptible d\u2019accro\u00eetre d\u2019adh\u00e9rence des pigments \u00e0 la toile et lui propose un nouveau blanc de zinc, m\u00e9lang\u00e9 d\u2019un tiers de c\u00e9ruse qui devrait lui donner enti\u00e8re satisfaction. Apr\u00e8s plusieurs essais et la r\u00e9alisation d\u2019un tableau, avec les couleurs d\u2019Anton RICHARD, apparemment un portrait, WEERTS d\u00e9cide de porter son choix pour la r\u00e9alisation de <em>La Charte des Drapiers<\/em> de Roubaix sur les couleurs marbres \u00e0 la cas\u00e9ine. D\u2019autres commandes de pigments interviendront. Nous savons qu\u2019il s\u2019agira encore de couleurs marbres \u00e0 la cas\u00e9ine.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Les r\u00e9ponses d\u2019Anton RICHARD prouvent cependant que la grande hantise de WEERTS demeure ce qui a trait \u00e0 l\u2019encollage de l\u2019\u0153uvre sur la paroi. Deux correspondances d\u2019Anton RICHARD tentent de r\u00e9pondre \u00e0 ce souci, et d\u2019\u00f4ter toute crainte dans l\u2019esprit du peintre, de se retrouver dans la m\u00eame situation qu\u2019\u00e0 Lyon. Le premier conseil donn\u00e9 est celui d\u2019enduire le revers de la toile de liant cas\u00e9ine Q, le deuxi\u00e8me est d\u2019appliquer ce liant non dilu\u00e9 et \u00e0 la brosse, puis le troisi\u00e8me conseil est de bien laisser s\u00e9cher. L\u2019avantage de ce proc\u00e9d\u00e9 qui se base sur une colle \u00e0 froid, est de garantir une plus longue dur\u00e9e d\u2019assemblage que la colle chaude \u00e0 la g\u00e9latine, qui s\u2019emploie ordinairement. La fluidit\u00e9 de la colle chauff\u00e9e \u00e9tant un risque de p\u00e9n\u00e9tration et d\u2019alt\u00e9ration des peintures, il vaut mieux dans ce cas utiliser une colle \u00e0 froid qui ne pr\u00e9sente pas ce type d\u2019inconv\u00e9nient.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>La lettre du 26 mai 1914 se fixe pour objectif de rassurer \u00e0 nouveau le peintre sur les risques d\u2019\u00e9caillage : si des craquelures doivent se produire, r\u00e9pond Anton RICHARD, c\u2019est peu de temps apr\u00e8s l\u2019application des couleurs. S\u2019il n\u2019y en a pas eu \u00e0 ce moment-l\u00e0, il ne faut alors rien redouter. Anton RICHARD poursuit en expliquant les diverses op\u00e9rations du marouflage. Il ajoute \u00e0 sa correspondance un mode d\u2019emploi d\u00e9taill\u00e9 de trois pages dactylographi\u00e9es.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour diminuer les craintes de WEERTS, il lui signale le cas d\u2019un artiste peintre allemand, le Professeur H. PRELL, de Dresde, qui avait ex\u00e9cut\u00e9 les grandes peintures sur toile destin\u00e9es aux murs du Palais CAFFARELLI \u00e0 Rome, abritant l\u2019Ambassade d\u2019Allemagne en Italie. Cet artiste avait eu, lui aussi, les m\u00eames appr\u00e9hensions que WEERTS pour le marouflage. Il s\u2019est servi de la colle de la Maison RICHARD, en suivant scrupuleusement les indications et en a retir\u00e9 une tr\u00e8s grande satisfaction. Anton RICHARD propose \u00e0 WEERTS non seulement d\u2019entrer en contact avec lui, afin d\u2019\u00e9carter de son esprit toutes les craintes qu\u2019il pourrait encore avoir, mais encore de le rassurer totalement en faisant venir \u00e0 Roubaix, un sp\u00e9cialiste allemand du marouflage, Monsieur GERHARDT qui pourrait faire le voyage d\u00e8s lors que l\u2019enduit pos\u00e9 sur le mur serait tout \u00e0 fait sec. Compte tenu de la dimension de l\u2019\u0153uvre, il envisage pour r\u00e9aliser le marouflage une p\u00e9riode de deux jours. Nous n\u2019avons retrouv\u00e9 aucun \u00e9l\u00e9ment susceptible d\u2019affirmer, lors de l\u2019op\u00e9ration du marouflage, la pr\u00e9sence de Monsieur GERHARDT \u00e0 Roubaix.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>En avril 1914, l\u2019\u0153uvre est achev\u00e9e et l\u2019artiste la pr\u00e9sente d\u2019abord au Salon de la Soci\u00e9t\u00e9 Nationale des Beaux Arts. C\u2019est un v\u00e9ritable succ\u00e8s. Elle est en effet remarqu\u00e9e par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u2019alors, Raymond POINCARE et par la presse nationale et internationale. Citons par exemple le commentaire \u00e9logieux du NEW-YORK HERALD :<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>\u00ab<em> Le grand panneau d\u00e9coratif peint par WEERTS pour l\u2019H\u00f4tel de Ville de Roubaix est trait\u00e9 par cet artiste avec sa haute conscience et sa profonde connaissance de la peinture murale. Monsieur WEERTS a su admirablement \u00e9viter les \u00e9cueils de la peinture documentaire. Son \u0153uvre est tr\u00e8s vivante et aura le plus grand succ\u00e8s \u00bb.<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><big>Pendant ce temps, la ville de Roubaix s\u2019appr\u00eatait \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer officiellement l\u2019inauguration de\u00a0 La charte des Drapiers et la promotion de l\u2019artiste au grade de Commandeur de la L\u00e9gion d\u2019Honneur (41).<\/big><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>L\u2019Association des Anciens El\u00e8ves de l\u2019ENSAIT prit la direction des op\u00e9rations. Il fut d\u00e9cid\u00e9 d\u2019organiser \u00ab une magnifique r\u00e9ception, comme jamais Roubaix n\u2019en fit \u00bb (43). La c\u00e9r\u00e9monie fut fix\u00e9e le 19 juillet 1914. Ce matin-l\u00e0, venant de Paris, l\u2019artiste fut accueilli \u00e0 la gare de Roubaix. Et sans plus attendre la f\u00eate commen\u00e7a. La presse nous en livre aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9cho : \u00ab un landau le d\u00e9pose \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville\u2026 les rues sont pavois\u00e9es, la foule se presse le long des trottoirs pour acclamer l\u2019illustre enfant de Roubaix (44) \u00bb. Lorsque le voile qui recouvrait La Charte des Drapiers tomba, un cri d\u2019admiration unanime monta de la foule \u00ab vive WEERTS \u00bb. De nombreuses allocutions furent prononc\u00e9es. Ainsi celle de Victor CHAMPIER, Directeur de l\u2019ENSAIT qui loua l\u2019\u0153uvre en ces termes : \u00ab Cette composition s\u2019harmonise \u00e0 merveille avec la p\u00e2leur des murailles qui l\u2019entourent et la tache color\u00e9e qu\u2019elle produit quand on la consid\u00e8re dans son ensemble, agr\u00e9able aux yeux, ni trop claire, ni trop \u00e9clatante, d\u2019un ton apais\u00e9, bien r\u00e9parti et soutenu, r\u00e9pand dans toute la salle comme un air d\u2019all\u00e9gresse aimable et distingu\u00e9 \u00bb.<\/em> <\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Ce fut une f\u00eate inoubliable pour WEERTS qui, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s qu\u2019il \u00e9prouvait \u00e0 parler en public d\u00e9clara : \u00ab<em> Ma ville natale a \u00e9t\u00e9 pour moi, durant le cours de cette journ\u00e9e m\u00e9morable, la plus douce et la plus bienfaisante des m\u00e8res \u00bb<\/em>. La c\u00e9r\u00e9monie se termina par un concert.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #993366;\"><strong><big>Un message ? <\/big><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>A la lumi\u00e8re de toutes ces festivit\u00e9s, il est ind\u00e9niable que cette journ\u00e9e fut la cons\u00e9cration \u00e0 la fois de l\u2019\u0153uvre et de l\u2019artiste. Et pour cause, puisqu\u2019il avait non seulement rempli son contrat, mais qu\u2019en outre il \u00e9tait all\u00e9, gr\u00e2ce au message implicite contenu dans la charte, au devant des d\u00e9sirs inconscients de ses commanditaires.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Mais de quel message s\u2019agissait-il ? Le choix du sujet est \u00e9minemment fond\u00e9 sur l\u2019essor de Roubaix au Moyen Age. Mais en y int\u00e9grant des visages d\u2019hommes du 20e si\u00e8cle, WEERTS arrive \u00e0 la fois \u00e0 abolir l\u2019effet de recul dans le temps et \u00e0 inscrire du m\u00eame coup l\u2019essor moderne dans une dynamique ancienne, mais encore il contribue \u00e0 donner une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9lite patronale r\u00e9publicaine et mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019\u00e9poque et l\u2019affirme ainsi comme continuatrice de l\u2019esprit de la cit\u00e9 responsable et garante de la prosp\u00e9rit\u00e9.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il a rassembl\u00e9 autour du point central, la charte, toutes les classes sociales, mani\u00e8re de prouver qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qui concerne la ville toute enti\u00e8re. Ainsi, il fonde l\u2019id\u00e9e d\u2019une identit\u00e9 collective au besoin en gommant les clivages de classe.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>L\u2019acteur principal et le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019op\u00e9ration semble bien \u00eatre le maire de l\u2019\u00e9poque, Eug\u00e8ne MOTTE. L\u2019artisan de cette mise en sc\u00e8ne, c\u2019est le peintre. Tout deux v\u00e9rifient du regard si l\u2019effet recherch\u00e9 sur le spectateur est le bon. C\u2019est pour cela que ce dernier jouit d\u2019une position de sup\u00e9riorit\u00e9, en surplomb, comme s\u2019il \u00e9tait convi\u00e9 \u00e0 participer, en tant que t\u00e9moin, \u00e0 partir de son statut d\u2019homme du 20\u00e8me si\u00e8cle. Le traitement particulier du maire et du peintre semble aussi vouloir signifier qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 des deux organisateurs de cette f\u00e9erie. Il y a en effet quelque chose de magique dans cette reconstitution : magie des couleurs, magie des ombres et des lumi\u00e8res, atmosph\u00e8re d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de la ville. Tout se passe comme si la sc\u00e8ne \u00e9tait une Annonciation, plus exactement un pastiche d\u2019Annonciation s\u00e9cularis\u00e9e. L\u2019objectif est bien de c\u00e9l\u00e9brer la r\u00e9ussite d\u2019une ville et de son \u00e9lite, capables de s\u2019offrir le luxe d\u2019une superbe mairie et d\u2019un superbe d\u00e9cor retra\u00e7ant le souvenir de sa gloire annonc\u00e9e, gr\u00e2ce au talent d\u2019un peintre rompu \u00e0 ce genre d\u2019exercice.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>On ne s\u2019\u00e9tonnera gu\u00e8re, dans ces conditions, que le tableau ait une dimension incontestablement narcissique. Il agit comme un miroir. Il n\u2019\u00e9voque donc pas le Moyen Age au sens strict. Il travestit la r\u00e9ussite pr\u00e9sente en la transcrivant dans un cadre m\u00e9di\u00e9val, sans nous laisser croire un instant \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de ce Moyen Age. Jean-Joseph WEERTS a choisi d\u2019offrir aux \u00e9diles de la cit\u00e9 une vision id\u00e9alis\u00e9e d\u2019eux-m\u00eames. Pour ce faire, il a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 donner symboliquement \u00e0 voir un ordre social qui consacre le pouvoir de l\u2019\u00e9lite bourgeoise capitaliste satisfaite, parce que paternaliste et sociale, mais au fond toujours inqui\u00e8te de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une r\u00e9ussite mat\u00e9rielle fond\u00e9e sur l\u2019exploitation de l\u2019autre. Il faut en cons\u00e9quence, la rassurer et lui offrir le spectacle d\u2019un monde harmonieux o\u00f9, chacun \u00e0 sa juste place, collabore \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de tous.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le tableau est fond\u00e9 sur le droit de produire un bien mat\u00e9riel et par cons\u00e9quent le droit de s\u2019enrichir est presque religieusement l\u00e9gitim\u00e9. L\u2019ordre privil\u00e9gi\u00e9 qu\u2019est le clerg\u00e9 est cependant pr\u00e9sent mais peu mis en valeur. Sans doute parce qu\u2019une place plus importante aurait d\u00e9tourn\u00e9 le tableau de sa fonction d\u2019exaltation de la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle. L\u2019aristocratie, autre ordre privil\u00e9gi\u00e9 occupe toute la partie gauche du tableau. Le seigneur est priv\u00e9 de la vedette au profit de la charte. Il est, au propre et au figur\u00e9, rel\u00e9gu\u00e9 dans l\u2019ombre. Il semble curieusement absent, comme si sa fonction d\u00e9corative et historique \u00e9tait sa seule r\u00e9elle fonction. Il joue en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00f4le d\u2019effigie. Mais on ne pouvait faire sans lui. On remarquera cependant que la hi\u00e9rarchie dans l\u2019espace est limit\u00e9e. Son visage est pratiquement \u00e0 la m\u00eame hauteur que celui des ma\u00eetres d\u2019aujourd\u2019hui, dans la partie droite qui lui est oppos\u00e9e. L\u2019\u00e9lite des bourgeois constitue le deuxi\u00e8me groupe. L\u2019autre pouvoir, le pouvoir r\u00e9el. Le reste, c\u2019est le peuple dont les bourgeois ont la charge. Il est pr\u00e9sent de deux fa\u00e7ons : comme t\u00e9moin oculaire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement au centre du tableau et vers l\u2019est, plus bas et plus petit que les notables, comme peuple en liesse, s\u2019esbaudissant sur les prairies, mangeant, dansant au pied du m\u00e2t de cocagne. L\u2019unanimisme est cr\u00e9\u00e9 par la convergence de tous les regards vers la charte. Le message qu\u2019il induit c\u2019est le travail, la production du drap, \u00eatre industriel, \u00eatre ouvrier, voil\u00e0 ce qui nous unit, voil\u00e0 notre raison d\u2019\u00eatre. En somme ce tableau annonce, sur le mode de l\u2019idylle reconstitu\u00e9e et le faisant savoir, la r\u00e9ussite actuelle de la ville et consacre la toute puissance de son \u00e9lite. Il fabrique une r\u00e9f\u00e9rence mythique historicis\u00e9e dont le but est bien de satisfaire le narcissisme d\u2019une bourgeoisie \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de sa puissance. Le peintre a tr\u00e8s habilement r\u00e9ussi \u00e0 traduire tout cela en fr\u00f4lant le style de la peinture troubadour.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Aujourd\u2019hui la f\u00eate est finie. Roubaix, ville prosp\u00e8re au d\u00e9but du si\u00e8cle est actuellement en crise, parsem\u00e9e de friches industrielles en qu\u00eate de reconversion.\u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><big><em>Chantal ACHERE-LENOIR<br \/>\nMa\u00eetre en Histoire de l\u2019Art \u2013 Universit\u00e9 de Lille III<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><big><em>Archives de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Emulation de Roubaix<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi tous les personnages rassembl\u00e9s autour de La Charte des Drapiers, d\u00e9tail insolite, deux et deux seulement semblent se d\u00e9sint\u00e9resser de la sc\u00e8ne. Leur regard se porte ostensiblement vers les spectateurs que nous sommes. Bien peu savent que ces \u00e9chevins parmi d\u2019autres ne sont qu\u2019en apparence des \u00e9chevins parmi d\u2019autres, puisqu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du portrait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,5],"tags":[85,126,166,197,205,294],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/421"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=421"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/421\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=421"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=421"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=421"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}