{"id":511,"date":"2019-05-07T17:50:51","date_gmt":"2019-05-07T15:50:51","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=511"},"modified":"2019-05-07T17:50:51","modified_gmt":"2019-05-07T15:50:51","slug":"les-premieres-ecoles-finir-saisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/05\/07\/les-premieres-ecoles-finir-saisie\/","title":{"rendered":"Les premi\u00e8res \u00e9coles primaires"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><b><strong>Les m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques<\/strong><\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il semble qu&rsquo;avec la loi Guizot (loi du 28 juin 1833) la cause des instituteurs latinisants l&rsquo;ait emport\u00e9. En effet, au nom de la libert\u00e9 de l&rsquo;enseignement, il fut mis fin au monopole de l&rsquo;Universit\u00e9 et le droit de cr\u00e9er des \u00e9coles primaires \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9gag\u00e9es de la tutelle de l&rsquo;Etat, fut reconnu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La loi Guizot pr\u00e9cise toutefois les obligations faites aux communes. Elles doivent\u00a0 entretenir une \u00e9cole primaire (art.9) et\u00a0 assurer la gratuit\u00e9 de l&rsquo;enseignement pour les enfants pauvres (art.14). Elle met \u00e9galement en place le comit\u00e9 local de surveillance compos\u00e9 du Maire, du cur\u00e9 ou pasteur et d&rsquo;un ou plusieurs habitants, notables d\u00e9sign\u00e9s par le comit\u00e9 d&rsquo;arrondissement (art.17). Le sort des instituteurs ambulants, que d\u00e9nonce le Chevalier, n\u2019est toutefois pas r\u00e9gl\u00e9. L&rsquo;administration h\u00e9site toujours \u00e0 s\u00e9vir et se contente de demander aux cur\u00e9s d&rsquo;exercer le contr\u00f4le de ces \u00e9coles.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En 1830, v\u00e9ritablement harcel\u00e9e par le Pr\u00e9fet, la municipalit\u00e9 de Roubaix d\u00e9cide enfin de construire un \u00e9tablissement scolaire sur la plaine des Saxons (rue des Lignes). Cette \u00e9cole, dont la cr\u00e9ation avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e dix ans plus t\u00f4t, co\u00fbte 10.400 francs (le salaire annuel d&rsquo;un instituteur est d&rsquo;environ 400 francs). Pour la diriger, on fit appel \u00e0 l&rsquo;institution des fr\u00e8res de la Doctrine chr\u00e9tienne. D\u00e8s son ouverture, en mai 1830, l\u2019\u00e9cole accueille gratuitement 255 gar\u00e7ons et 600 \u00e0 la rentr\u00e9e d&rsquo;octobre. Les \u00e9l\u00e8ves les plus pauvres \u00e9taient m\u00eame dispens\u00e9s de payer le papier et les plumes (budget 1832 : 200F pour fournitures aux indigents).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un mois plus tard, le 20 juillet 1830, s&rsquo;ouvrit l&rsquo;\u00e9cole des filles, rue Saint-Antoine, dans un b\u00e2timent offert par le fabricant Louis Lepoutre-Decottegnies. L&rsquo;\u00e9cole, confi\u00e9e \u00e0 12 s\u0153urs de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;ordre des Carm\u00e9lites, re\u00e7ut 300 filles \u00e0 la rentr\u00e9e suivante. Les Fr\u00e8res \u00e9taient \u00e0 peine install\u00e9s que la municipalit\u00e9 re\u00e7ut des plaintes de la part des instituteurs des \u00e9coles priv\u00e9es (payantes) dont les classes se vid\u00e8rent. Mais quand, en 1833, en vertu de l&rsquo;article 14 de la loi Guizot, la municipalit\u00e9 crut pouvoir imposer une r\u00e9tribution mensuelle aux \u00e9l\u00e8ves non indigents, les Fr\u00e8res oppos\u00e8rent l&rsquo;article premier de leur r\u00e8gle : \u00ab\u00a0<em>les fr\u00e8res de la Doctrine chr\u00e9tienne n\u2019acceptent d&rsquo;\u00e9tablissement qu&rsquo;autant que ces \u00e9coles sont parfaitement gratuites, sans que les enfants ou les parents y contribuent en rien\u00a0<\/em>\u00bb. Un conflit s&rsquo;en suivit, passa dans le domaine public et divisa la ville, le conseil municipal et l&rsquo;administration \u00e0 un point tel, que l&rsquo;existence de l&rsquo;\u00e9cole chr\u00e9tienne fut un instant menac\u00e9e. Le 8 octobre 1833, le conseil municipal transigea. Il d\u00e9cida que l&rsquo;instruction chez les Fr\u00e8res serait enti\u00e8rement gratuite mais pr\u00e9cisa que seuls les enfants pauvres continueraient \u00e0 y \u00eatre admis.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Toutefois cette solution ne pouvait satisfaire certaines familles qui, parce qu&rsquo;elles avaient quelques moyens, voyaient \u00e0 regret leurs enfants priv\u00e9s d&rsquo;une instruction de qualit\u00e9. Elles form\u00e8rent donc, entre elles, une association aux frais de laquelle une \u00e9cole particuli\u00e8re de Fr\u00e8res de la Doctrine chr\u00e9tienne fut fond\u00e9e le 15 mars 1834. On admettait dans ces nouvelles classes, tous les \u00e9l\u00e8ves qui se pr\u00e9sentaient, en r\u00e9clamant seulement de ceux qui pouvaient payer une l\u00e9g\u00e8re r\u00e9tribution. Cette \u0153uvre continua jusqu&rsquo;en 1844, date \u00e0 laquelle les administrateurs, contraints par des difficult\u00e9s financi\u00e8res, propos\u00e8rent \u00e0 la ville de reprendre \u00e0 sa charge l&rsquo;\u00e9cole, offrant de faire l&rsquo;abandon du mobilier et du trousseau des Fr\u00e8res, ce qui fut accept\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ces \u00e9coles s&rsquo;ouvraient, il faut le noter, contre le v\u0153u du\u00a0comit\u00e9 d&rsquo;instruction. Ce comit\u00e9 de sept personnes, fond\u00e9 par d\u00e9cision du Ministre de l&rsquo;instruction publique, le 25 avril 1831, en vertu d&rsquo;une ordonnance royale du 16 octobre 1830, avait pourtant pour mission d&rsquo;assurer le d\u00e9veloppement de l&rsquo;enseignement primaire \u00e0 Roubaix.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Anim\u00e9 par le puissant filateur Auguste Mimerel (maire de 1834 \u00e0 1836), le comit\u00e9 pr\u00e9tendait conna\u00eetre \u00ab\u00a0<em>la r\u00e9pugnance des ouvriers \u00e0 faire apprendre quoi que ce fut \u00e0 leurs enfants\u00a0<\/em>\u00bb, assertion d\u00e9mentie par ce m\u00eame comit\u00e9, trois ans plus tard : \u00ab<em>toutes les classes sont pleines (&#8230;), la population ouvri\u00e8re demande instamment \u00e0 jouir pour ses enfants, du b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;instruction gratuite<\/em>\u00a0\u00bb. Il est vrai qu&rsquo;entre temps, Auguste Mimerel \u00e9tait devenu maire. Mais si les parents semblent convaincus de l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole, il n&rsquo;en demeure pas moins que l&rsquo;enfant repr\u00e9sente avant tout, un salaire d&rsquo;appoint ou une aide au travail pour des parents tisserands.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Paul Delsalle dans son \u00e9tude sur le milieu du textile cite, \u00e0 ce propos, deux lettres. L&rsquo;une du maire de Tourcoing, \u00e9crite en 1837, atteste que la plupart des parents ne voient que le pr\u00e9sent pr\u00e9cisant qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8rent un rapport de 1,50 \u00e0 3 francs par semaine, \u00e0 l&rsquo;instruction.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L&rsquo;autre, du pr\u00e9sident de la Chambre Consultative des Arts et Manufactures de Roubaix, affirme, en 1840, que les p\u00e8res, les m\u00e8res et les chefs d&rsquo;atelier chercheraient \u00e0 s&rsquo;affranchir des obligations contraignantes d&rsquo;une loi sur la restriction du travail des enfants dans les manufactures et ce d&rsquo;autant plus que les fileurs ne pourraient travailler sans leurs rattacheurs qui \u00e9taient presque toujours des enfants. C&rsquo;est dans ce contexte que deux nouvelles \u00e9coles ouvrent leurs portes en 1833. Une \u00e9cole primaire sup\u00e9rieure, sur initiative priv\u00e9e (Van Eerdewegh) rue Neuve (actuelle rue Mar\u00e9chal Foch) et une \u00e9cole communale d&rsquo;enseignement mutuel (sous la direction de Commere).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;\u00e9cole primaire sup\u00e9rieure<\/span>\u00a0priv\u00e9e accueillit entre 70 et 100 \u00e9l\u00e8ves (dont 6 \u00e0 27 gratuits) jusqu&rsquo;en 1852, ann\u00e9e de sa fermeture.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;\u00e9cole mutuelle<\/span>, install\u00e9e d&rsquo;abord dans une d\u00e9pendance de la mairie, fut victime de la disgr\u00e2ce nationale de cette m\u00e9thode d\u2019enseignement. Elle devint simultan\u00e9e \u00e0 la fin de la monarchie de Juillet, tout en conservant son nom d&rsquo;\u00e9cole mutuelle (jusqu&rsquo;en 1870). Elle d\u00e9m\u00e9nagea ensuite au Trichon (rue du Bois) en 1864. Destin\u00e9e \u00e0 pratiquer une m\u00e9thode d&rsquo;urgence, en traitant de gros bataillons \u00e0 moindres frais (1500 francs pour la ville la 1<sup>\u00e8re<\/sup>\u00a0ann\u00e9e), elle enregistra 200 inscriptions \u00e0 son ouverture et 300 l&rsquo;ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le 29 novembre 1839,\u00a0le comit\u00e9 d&rsquo;instruction\u00a0adresse son rapport \u00e0 l&rsquo;administration communale. Il donne les effectifs pour les \u00e9coles communales et priv\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><b><strong>Etat de l&rsquo;instruction primaire <\/strong><\/b><b><strong>\u00e0 Roubaix en 1839<\/strong><\/b><\/span><\/p>\n<table style=\"font-weight: 400; height: 747px;\" width=\"1651\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"99\">\u00e9cole de\u00a0:<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"269\"><b><strong>\u00c9coles primaires <\/strong><\/b><b><strong>communales<\/strong><\/b><\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"246\"><b><strong>\u00c9coles primaires <\/strong><\/b><b><strong>priv\u00e9es<\/strong><\/b><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"99\"><\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"99\">effectifs<\/td>\n<td width=\"165\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"80\">effectifs<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"99\">gar\u00e7ons<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">\u00e9cole des Fr\u00e8res<\/p>\n<p>\u00e9cole mutuelle<\/p>\n<p>\u00e9cole sup\u00e9rieure<\/td>\n<td width=\"99\">300<\/p>\n<p>180<\/p>\n<p>100<\/td>\n<td width=\"165\">3 \u00e9coles\u00a0:<\/p>\n<p>1 congr\u00e9ganiste et 2 la\u00efques<\/td>\n<td width=\"80\">268<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"99\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>filles<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00e9cole des Carm\u00e9lites<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"99\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>268<\/td>\n<td width=\"165\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>5 \u00e9coles la\u00efques<\/td>\n<td width=\"80\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>305<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"99\"><\/td>\n<td width=\"170\">total<\/td>\n<td width=\"99\">1.095<\/td>\n<td width=\"165\">total<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"80\">573<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le nombre d&rsquo;enfants scolaris\u00e9s est donc de 1.668 pour un nombre d&rsquo;enfants de 5 \u00e0 14 ans d&rsquo;environ 5.000, soit un taux de scolarisation de 33\u00a0% (contre 51\u00a0% pour le d\u00e9partement).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les inspecteurs primaires du d\u00e9partement furent impuissants \u00e0 enrayer la baisse du taux de scolarisation entre 1837 et 1843, baisse imputable, au malaise \u00e9conomique qui frappe cette r\u00e9gion en plein d\u00e9veloppement industriel, malaise \u00e9conomique dont une des premi\u00e8res cons\u00e9quences est de conduire des enfants qui pourraient \u00eatre scolaris\u00e9s \u00e0 aller s&#8217;employer pour gagner les quelques sous qui permettront \u00e0 leurs familles de subsister. L&rsquo;absence de mesure coercitive mise au service des inspecteurs primaires, (l&rsquo;obligation scolaire ne sera d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e qu&rsquo;en 1882), et les besoins croissants des manufactures en main-d&rsquo;\u0153uvre enfantine, font que le d\u00e9partement du Nord est le d\u00e9partement de France qui conna\u00eet la plus faible progression (celui du Pas-de-Calais \u00e9tant le seul \u00e0 enregistrer une diminution) de son rapport du nombre des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la population entre 1830 et 1842, ann\u00e9e de la mise en application de la loi de mars 1841 r\u00e9glementant le travail des enfants.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0Autre constat, propre \u00e0 renforcer la d\u00e9monstration de l&rsquo;impuissance des inspecteurs primaires du d\u00e9partement \u00e0 am\u00e9liorer le taux de fr\u00e9quentation scolaire, le rapport des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la population, sup\u00e9rieur dans le Nord de pr\u00e8s de 50\u00a0% \u00e0 la moyenne nationale en 1831 (897 \u00e9l\u00e8ves pour 10.000 habitants dans le Nord et 608 pour 10.000 en France), est presque \u00e9gal \u00e0 ce dernier en 1842. Passant sous ce rapport du 20e au 40e rang (sur un classement de 86 d\u00e9partements) le Nord a donc perdu, en une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, sa position privil\u00e9gi\u00e9e sur le plan de la scolarisation, position acquise et maintenue durant toute la Restauration.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><b><strong>Les causes de la non-fr\u00e9quentation scolaire<\/strong><\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Impuissants \u00e0 conduire les enfants dans les \u00e9coles publiques qui se g\u00e9n\u00e9ralisent pourtant dans toutes les communes du d\u00e9partement, les inspecteurs primaires du Nord eurent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les causes de cette non-fr\u00e9quentation.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour Carlier, il ne faisait pas de doute que la pauvret\u00e9 tenait de nombreux enfants \u00e9loign\u00e9s des \u00e9coles publiques car, constate-t-il au cours d&rsquo;une inspection dans l&rsquo;arrondissement de Cambrai, dans les familles indigentes \u00ab <em>\u00e0 peine les enfants des deux sexes sont-ils \u00e2g\u00e9s de sept ans, qu&rsquo;on les occupe \u00e0 broder le tulle, ce qui leur rapporte 40 \u00e0 50 centimes, par jour\u00a0<\/em>\u00bb. Malgr\u00e9 sa modicit\u00e9 (moins du quart du salaire d&rsquo;un adulte), ce salaire repr\u00e9sentait, selon l&rsquo;inspecteur, \u00ab\u00a0<em>une somme bien sup\u00e9rieure \u00e0 ce qui peut leur revenir des distributions de bienfaisance\u00a0<\/em>\u00bb, rendant de ce fait inop\u00e9rante la mesure adopt\u00e9e par certains maires afflig\u00e9s de cette situation, mesure qui consistait \u00e0 priver\u00a0<em>des secours ordinaires, des familles indigentes dont les enfants ne fr\u00e9quenteraient pas les \u00e9coles.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Autre fait aggravant cette situation, la fabrication du textile, qui conna\u00eet durant cette p\u00e9riode une forte industrialisation, n\u00e9cessite la pr\u00e9sence de nombreux enfants pour des travaux sur les m\u00e9tiers \u00e0 tisser rendus impossibles \u00e0 l&rsquo;adulte par l&rsquo;\u00e9troitesse d&rsquo;acc\u00e8s ou la minutie du travail. Quinze ans apr\u00e8s l&rsquo;inspecteur Carlier, l&rsquo;un de ses successeurs, Hilaire (futur directeur de l&rsquo;Ecole normale de Douai fera le m\u00eame constat : \u00ab <em>Les enfants sont des machines qu&rsquo;on exploite sit\u00f4t qu&rsquo;ils peuvent rapporter le plus l\u00e9ger gain \u00e0\u00a0<\/em><em>la maison. Cette classe\u00a0<\/em>(la classe ouvri\u00e8re)<em>\u00a0qui forme peut-\u00eatre les 3\/4 de la population totale de l&rsquo;arrondissement ne comprend nullement le besoin de s&rsquo;instruire et se soucie peu des avantages que procure une instruction bien donn\u00e9e\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais si la pauvret\u00e9 est (le salaire d\u00e9sign\u00e9 par les inspecteurs du Nord comme le motif de non-fr\u00e9quentation de l&rsquo;\u00e9cole pour pr\u00e8s d&rsquo;un enfant sur cinq (18 %), celui-ci se situe n\u00e9anmoins tr\u00e8s loin de ce crit\u00e8re \u00e9voqu\u00e9 dans les deux tiers des cas : l&rsquo;indiff\u00e9rence des parents. Triste constat donc pour les inspecteurs primaires impr\u00e9gn\u00e9s de l&rsquo;esprit de la loi du 28 juin 1833 et qui en viennent \u00e0 regretter, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;inspecteur Hilaire, que Guizot n&rsquo;ait pas inscrit dans son texte des mesures plus radicales : <em>\u00ab En pr\u00e9sence d&rsquo;une si grande indiff\u00e9rence, d&rsquo;un oubli si profond des devoirs de la paternit\u00e9, on est quelquefois annuel d&rsquo;un instituteur est d&rsquo;et pas mise \u00e0 la disposition de l&rsquo;autorit\u00e9 des moyens coercitifs pour arracher ces pauvres petits \u00eatres \u00e0 l&rsquo;ignorance, \u00e0 la cupidit\u00e9 de leurs parents \u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Impuissants \u00e0 faire \u00e9voluer de mani\u00e8re significative le rapport des parents \u00e0 l&rsquo;instruction, les inspecteurs peuvent n\u00e9anmoins se r\u00e9jouir du fait que, dans ce d\u00e9partement, l&rsquo;exigu\u00eft\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;appara\u00eet plus comme un motif pouvant en justifier la non-fr\u00e9quentation, \u00e0 la notable exception de l&rsquo;arrondissement de Douai, pourtant si\u00e8ge de l&rsquo;Acad\u00e9mie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Autre constat, relevant uniquement de l&rsquo;urbanisation de ce d\u00e9partement, c&rsquo;est dans les arrondissements flamands de Dunkerque et Hazebrouck, au nombre de communes peu important (59 et 53) et aux nombreuses fermes dispers\u00e9es, les \u00ab\u00a0hofstedes\u00a0\u00bb, que le motif de l&rsquo;\u00e9loignement de l&rsquo;\u00e9cole est le plus \u00e9voqu\u00e9. Dans le reste du d\u00e9partement, cette justification n&rsquo;est presque jamais mentionn\u00e9e, ce qui traduit un r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9cole assez dense pour \u00eatre toujours relativement proche des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><b><strong>La pratique p\u00e9dagogique<\/strong><\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L&rsquo;ann\u00e9e de cette enqu\u00eate sur les causes de la non-fr\u00e9quentation scolaire, Julien Lagache \u00e9tablit le classement des mati\u00e8res \u00e9tudi\u00e9es dans les \u00e9coles primaires de Roubaix. De cet aper\u00e7u, il ressort essentiellement que si pr\u00e8s des trois-quarts des enfants (gar\u00e7ons et filles) lisent, moins de la moiti\u00e9 seulement savent \u00e9crire. C&rsquo;est un des traits marquants de la p\u00e9dagogie de cette \u00e9poque qui veut que l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;\u00e9criture succ\u00e8de \u00e0 celui de la lecture et ne soit pas, comme actuellement, concomitant.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Deux ans plus tard, les 28 et 29 octobre 1842, Laurent Dantec, inspecteur des \u00e9coles primaires (corps cr\u00e9\u00e9 en f\u00e9vrier 1835 par Fran\u00e7ois Guizot) visite les \u00e9coles communales et priv\u00e9es de Roubaix. Son rapport nous renseigne sur le type d&rsquo;enseignement propos\u00e9, les ressources des \u00e9coles, la qualit\u00e9 de l&rsquo;enseignement et les effectifs. En mai 1845, la commission charg\u00e9e de mettre en place ces \u00e9coles sp\u00e9ciales, expose la situation\u00a0:\u00a0<em>\u00ab 120 gar\u00e7ons fr\u00e9quentent l\u2019\u00e9cole chr\u00e9tienne et 130 filles l\u2019\u00e9cole des Carm\u00e9lites. Dans peu de jours ce nombre aura doubl\u00e9 (\u2026)., l\u2019ouverture de ces \u00e9coles a \u00e9t\u00e9 accueillie par les sympathies g\u00e9n\u00e9rales<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une nouvelle visite de l&rsquo;inspecteur primaire dans les \u00e9coles publiques et priv\u00e9es roubaisiennes du 9 avril au 9 mai 1846 temp\u00e8re cet engouement. Il note que les cours du midi s&rsquo;adressent \u00e0 150 gar\u00e7ons et 184 filles, mais constate que ce chiffre est de beaucoup inf\u00e9rieur \u00e0 celui qui devrait \u00eatre si la loi \u00e9tait appliqu\u00e9e. D&rsquo;autre part, il d\u00e9plore que le peu d&rsquo;instruction que ces enfants re\u00e7oivent, soit toujours une instruction plus religieuse que scolaire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c0 cette date, les 4 \u00e9coles primaires et la salle d&rsquo;asile communales accueillent 2.162 enfants (sans compter le cours d&rsquo;adultes) alors que les 11 \u00e9coles primaires et les 14 salles d&rsquo;asile priv\u00e9es re\u00e7oivent 964 enfants. On peut \u00e0 ces chiffres, ajouter 459 enfants dans les \u00e9coles de cat\u00e9chisme, bien que l&rsquo;enseignement qui y est donn\u00e9 soit exclusivement religieux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><b><strong>Roubaix\u00a0face \u00e0 ses obligations<\/strong><\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c0 la suite du rapport de 1846, le Pr\u00e9fet invite la municipalit\u00e9 par une lettre dat\u00e9e du 1<sup>er<\/sup>\u00a0juillet 1847, \u00e0 \u00e9tudier un projet de cr\u00e9ation d&rsquo;une nouvelle salle d&rsquo;asile et l&rsquo;agrandissement de l&rsquo;\u00e9cole mutuelle, encore florissante \u00e0 cette date. Une statistique de novembre 1847 \u00e9tablit qu&rsquo;il y avait \u00e0 Roubaix 5.110 enfants de 7 \u00e0 15 ans (2.651 gar\u00e7ons et 2.459 filles) pour seulement 2.573 (soit 50\u00a0%, contre 53\u00a0% pour le d\u00e9partement) qui re\u00e7oivent l&rsquo;instruction primaire (\u00e9coles communales et priv\u00e9es).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans sa r\u00e9ponse du 11 novembre 1847, le maire, Bulteau, s&rsquo;\u00e9tonne que la commission d&rsquo;inspection ait pu signaler qu&rsquo;il y avait insuffisance d&rsquo;\u00e9tablissement pour recevoir tous les jeunes des fabriques car il existe une classe \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole chr\u00e9tienne pour accueillir les gar\u00e7ons et une autre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des Carm\u00e9lites pour les filles.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Sur l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;instruction, il signale, pour les gar\u00e7ons, la pr\u00e9sence d&rsquo;une vaste \u00e9cole tenue par 12 fr\u00e8res de la Doctrine chr\u00e9tienne ainsi qu&rsquo;une \u00e9cole mutuelle (Narcisse Commerre, 36 ans) et une \u00e9cole primaire sup\u00e9rieure (Jean-Louis Eerdewegh, 41 ans) auxquelles on peut ajouter deux \u00e9coles acad\u00e9miques de dessin et de musique. Pour les filles, il existe une \u00e9cole tenue par une dizaine de Carm\u00e9lites et, enfin une salle d&rsquo;asile tenue par trois S\u0153urs de\u00a0la Sagesse. Le maire prie le Pr\u00e9fet de croire \u00ab\u00a0<em>que tout a \u00e9t\u00e9 fait et que cette partie essentielle du service ne laisse plus rien \u00e0 d\u00e9sirer\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il n&rsquo;ignore pas que le nombre de ceux qui fr\u00e9quentent les \u00e9coles n&rsquo;est pas proportionn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;importance de la ville mais\u00a0<em>\u00abpour satisfaire \u00e0 tous les besoins, pour donner toutes am\u00e9liorations utiles, ce ne peut \u00eatre l&rsquo;\u0153uvre de quelques ann\u00e9es<\/em>\u00bb et surtout, affirme-t-il, il faut des ressources plus importantes que celles que re\u00e7oit la ville. Ainsi, en 1848, le budget des d\u00e9penses est de 640.000 francs (dont\u00a030.000F pour l\u2019instruction primaire soit 4,7\u00a0%) alors que les recettes pr\u00e9vues sont de 300.000 francs.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En conclusion, le maire sollicite l&rsquo;autorisation d&rsquo;augmenter le tarif d&rsquo;octroi. N&rsquo;ayant pas re\u00e7u de r\u00e9ponse favorable \u00e0 cette demande, l&rsquo;administration communale d\u00e9cide par un arr\u00eat\u00e9 du 2 septembre 1848, que les admissions aux \u00e9coles communales seront prononc\u00e9es par le comit\u00e9 communal d&rsquo;instruction afin d&rsquo;\u00e9viter que les enfants des familles ais\u00e9es fr\u00e9quentent ces \u00e9coles qui sont gratuites. Cet arr\u00eat\u00e9 \u00e9tablit \u00e9galement que les enfants de plus de 16 ans ne seront plus accept\u00e9s dans les \u00e9coles \u00e9l\u00e9mentaires et qu&rsquo;ils devront aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire sup\u00e9rieure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques Il semble qu&rsquo;avec la loi Guizot (loi du 28 juin 1833) la cause des instituteurs latinisants l&rsquo;ait emport\u00e9. En effet, au nom de la libert\u00e9 de l&rsquo;enseignement, il fut mis fin au monopole de l&rsquo;Universit\u00e9 et le droit de cr\u00e9er des \u00e9coles primaires \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9gag\u00e9es de la tutelle de l&rsquo;Etat, fut [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[39,22],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/511"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=511"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/511\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}