{"id":642,"date":"2019-05-11T19:18:41","date_gmt":"2019-05-11T17:18:41","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=642"},"modified":"2019-05-11T19:18:41","modified_gmt":"2019-05-11T17:18:41","slug":"la-rue-de-la-vigne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/05\/11\/la-rue-de-la-vigne\/","title":{"rendered":"La rue de la Vigne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Combien reste-t-il d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb pour se souvenir, avec moi, des jours heureux du Roubaix d\u2019autrefois\u00a0?<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>\u00a0<\/big><big>A cette \u00e9poque, chaque quartier \u00e9tait comme une petite communaut\u00e9 comprenant une rue principale o\u00f9 se rassemblaient les magasins et quelques petites rues, impasses ou larges cour\u00e9es appel\u00e9es \u00ab forts \u00bb, convergeant, en g\u00e9n\u00e9ral, vers une usine, o\u00f9 travaillaient la plupart des habitants.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Chaque quartier avait son nom. Le mien, c\u2019\u00e9tait le <em>JEAN GUILAIN<\/em>, appellation dont je ne connais pas l\u2019origine et qui englobait la rue de l\u2019Hommelet, la rue Lacroix, la place de la Nation, quelques rues adjacentes et surtout, bien s\u00fbr, la rue de la Vigne.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Une usine s\u2019\u00e9tait install\u00e9e sur l\u2019un des trottoirs, occupant une place importante dans cette rue, relativement courte. Ce fut d\u2019abord l\u2019usine DUBAR (tissage), puis TOULEMONDE qui y adjoignit un piq\u00fbrage. La main d\u2019\u0153uvre \u00e9tait nombreuse et, d\u00e8s 1910, les commerces ont commenc\u00e9 \u00e0 fleurir tout le long de la rue. C\u2019est au num\u00e9ro 46, juste en face de l\u2019usine qu\u2019un de mes oncles ouvrit un magasin de chaussures. Artisan-cordonnier comme mon p\u00e8re, ils travaillaient avec quelques ouvriers, fabriquant en m\u00eame temps des \u00ab chaussures sur mesure \u00bb. Les clients \u00e9taient nombreux et en 1924, mes parents ont repris l\u2019affaire, tandis que l\u2019oncle s&rsquo;est install\u00e9 quelques m\u00e8tres plus loin, au num\u00e9ro 18, un atelier de cordonnerie. C\u2019est de cette \u00e9poque (je suis n\u00e9e apr\u00e8s la Grande Guerre) que datent mes souvenirs.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Roubaix \u00e9tait alors en plein essor \u00e9conomique et la renomm\u00e9e de notre rue ne cessait de grandir. Il faut dire que les commerces s\u2019y c\u00f4toyaient, serr\u00e9s les uns contre les autres, \u00e0 peine s\u00e9par\u00e9s, de loin en loin, par quelques cour\u00e9es et quelques \u00ab<em>\u00a0maisons bourgeoises\u00a0\u00bb<\/em> comme on disait alors. Cette art\u00e8re est tr\u00e8s vite devenue le p\u00f4le d\u2019attraction du quartier. Au temps o\u00f9, enfant, j\u2019avais peur de traverser le grand boulevard de Metz, encore bord\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de terrains vagues o\u00f9 j\u2019imaginais tous les dangers, dans ces coins sombres o\u00f9 <em>\u00ab\u00a0l\u2019allumeur de r\u00e9verb\u00e8res\u00a0\u00bb<\/em> ne s\u2019aventurait pas, j\u2019\u00e9tais heureuse de trouver au tournant de la rue, l\u2019animation et l\u2019\u00e9clairage (\u00e9lectrique d\u00e9j\u00e0\u00a0!) des magasins illumin\u00e9s.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Les commer\u00e7ants \u00e9taient fiers de leur rue, et peu \u00e0 peu, purent obtenir le droit de constituer l\u2019Union des Commer\u00e7ants et l\u2019autorisation, en 1933, de pr\u00e9parer une \u00ab braderie \u00bb, ces fameuses braderies qui consacraient la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 d\u2019une rue et nous hissaient, de ce fait, au niveau des \u00ab plus grands \u00bb. La Braderie de la Rue de la Vigne\u2026 Aucun Roubaisien ne pouvait l\u2019ignorer et, chaque 15 ao\u00fbt, pendant des d\u00e9cennies, elle a \u00e9t\u00e9 une des manifestations commerciales les plus fr\u00e9quent\u00e9es de Roubaix. <\/big><big>A la mort de mon p\u00e8re, en 1935, j\u2019ai aid\u00e9 Maman \u00e0 tenir le magasin et ce fut le d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode faste. Les cong\u00e9s pay\u00e9s rendaient les gens heureux, les ouvriers gagnaient bien leur vie et les affaires marchaient bon train\u00a0!<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Nous organisions des Expositions de Printemps et d\u2019Automne, chacun s\u2019ing\u00e9niait \u00e0 rendre sa vitrine attrayante. Les magasins se modernisaient et nous \u00e9tions en plein d\u00e9veloppement quand la Seconde Guerre mondiale fut d\u00e9clar\u00e9e en 1939 ! Ce fut alors une \u00e9clipse de cinq longues ann\u00e9es mais nous gardions l\u2019espoir et d\u00e8s 1945, nous repr\u00eemes notre ascension dans une euphorie totale. Tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 faire la f\u00eate. Les concours et surtout les Elections de la <em>\u00ab Reine d\u2019un jour \u00bb<\/em> et les \u00ab<em> radio-crochets \u00bb<\/em>, mis \u00e0 la mode par la T.S.F., amenaient une foule exalt\u00e9e et joyeuse. La jeune fille \u00e9lue \u00e9tait combl\u00e9e de cadeaux offerts par les commer\u00e7ants\u2026 mais rien ne valait ces chanteurs-amateurs qui \u00e9grenaient leurs couplets, accompagn\u00e9s par l\u2019accord\u00e9on d\u2019Edmond DUVINAGE.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Je me souviens de Monsieur LARIVIERE, ce v\u00e9t\u00e9ran, ancien \u00ab\u00a0appariteur\u00a0\u00bb \u00e0 la Mairie de Roubaix qui chantait <em>\u00ab\u00a0Le temps des cerises\u00a0\u00bb<\/em> d\u2019une voix \u00ab<em>\u00a0du temps o\u00f9 les chanteurs avaient de la voix\u00a0\u00bb<\/em> et tout le monde reprenait en ch\u0153ur, au refrain, tandis que les plus jeunes s\u2019essayaient \u00e0 des chansons modernes\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le complet gris\u00a0\u00bb<\/em> de Line RENAUD et m\u00eame la Samba avec <em>\u00ab\u00a0Joseph au Br\u00e9sil\u00a0\u00bb<\/em> et autres couplets des ann\u00e9es 50.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Cette p\u00e9riode heureuse a dur\u00e9 bien longtemps et tous ceux qui s\u2019en souviennent vous diront que l\u2019on venait \u00e0 pied, de Wattrelos et d\u2019ailleurs, en promenade, le dimanche apr\u00e8s-midi, pour admirer les \u00e9talages et l\u2019on revenait en semaine, pour faire les courses. Les uns s\u2019habillaient de la t\u00eate aux pieds, les autres achetaient de quoi repeindre et tapisser toute leur maison. <\/big><big>Du sac \u00e0 main \u00e0 la cravate, du bouton de culotte au poste de T.S.F. et m\u00eame plus tard, de t\u00e9l\u00e9vision, nous avons \u00e9t\u00e9\u00a0 \u00e0 m\u00eame d\u2019offrir tout cela \u00e0 nos clients pendant plus de 50 ans, rien que dans notre rue ! Avec cet accueil chaleureux, cette ambiance familiale, ce c\u00f4t\u00e9 bon enfant des relations vendeur-acheteur, cette sympathie spontan\u00e9e qui finissait, avec le temps, par faire de nos clients de vrais amis.\u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>Puis la crise est arriv\u00e9e et les commer\u00e7ants vieillissant n\u2019ont plus trouv\u00e9 d\u2019acqu\u00e9reur pour leur fonds de commerce et les magasins se sont ferm\u00e9s l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, les fa\u00e7ades ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es et la rue a perdu son attrait.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019une des derni\u00e8res \u00e0 rester mais l\u2019\u00e2ge m\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 prendre ma retraite et, la mort dans l\u2019\u00e2me, j\u2019ai d\u00fb abandonner ma maison que je ne pouvais plus entretenir. Je l\u2019ai vendue, il y a deux ans, elle est maintenant vou\u00e9e \u00e0 l\u2019anonymat, comme les autres, quand on aura d\u00e9moli la devanture, mais pour le moment, les vitrines sont encore intactes et elle arbore toujours son enseigne \u00ab\u00a0CHAUSSURES HAUGEDE\u00a0\u00bb qui a fait son succ\u00e8s et la fiert\u00e9 de toute ma vie.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"justify\"><big>C\u2019est toujours avec nostalgie que j\u2019\u00e9voque ce pass\u00e9 heureux et quand je passe encore par l\u00e0, le c\u0153ur serr\u00e9, les larmes aux yeux, je salue le courage et la volont\u00e9 de mes jeunes amis qui ont accept\u00e9 de reprendre le flambeau et qui se battent encore farouchement pour que, malgr\u00e9 tout, vive la rue de la Vigne\u00a0!<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p align=\"right\"><big><em>Marguerite BERGERET-HAUGEDE<\/em><\/big><\/p>\n<p align=\"right\"><big><em>\u00a0D\u00e9cembre 1993<\/em><\/big><\/p>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Combien reste-t-il d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb pour se souvenir, avec moi, des jours heureux du Roubaix d\u2019autrefois\u00a0? \u00a0A cette \u00e9poque, chaque quartier \u00e9tait comme une petite communaut\u00e9 comprenant une rue principale o\u00f9 se rassemblaient les magasins et quelques petites rues, impasses ou larges cour\u00e9es appel\u00e9es \u00ab forts \u00bb, convergeant, en g\u00e9n\u00e9ral, vers une usine, o\u00f9 travaillaient la plupart [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[42,22],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/642"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=642"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/642\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}