{"id":748,"date":"2019-05-13T10:57:14","date_gmt":"2019-05-13T08:57:14","guid":{"rendered":"http:\/\/ns307812.ovh.net\/?p=748"},"modified":"2019-05-13T10:57:14","modified_gmt":"2019-05-13T08:57:14","slug":"joseph-dubar-resistant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/2019\/05\/13\/joseph-dubar-resistant\/","title":{"rendered":"Joseph Dubar, r\u00e9sistant"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><big><strong>JOSEPH DUBAR<br \/>\nHISTOIRE D\u2019UN GRAND RESISTANT ROUBAISIEN<br \/>\nDIT JEAN DE ROUBAIX OU JEAN DU NORD<br \/>\nDURANT LA GUERRE 1939-1944<\/strong><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Souvenirs de son fr\u00e8re Georges Dubar<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le dimanche 6 novembre 1960, le journal <em>Le Soir<\/em> \u00e0 Bruxelles, annonce le d\u00e9c\u00e8s de Joseph Dubar et titre <em>\u00ab Jean du Nord, h\u00e9ros de la r\u00e9sistance franco-belge, est mort \u00e0 Roubaix. Un fran\u00e7ais \u00e0 qui la Belgique doit beaucoup \u00bb<\/em>.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/photo-1.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab Modeste artisan, fils de tisserand, il joua un r\u00f4le de premier plan dans la guerre clandestine. Son patriotisme ardent, son amiti\u00e9 pour notre pays, son audace et son talent d\u2019organisateur, en firent la cheville ouvri\u00e8re des r\u00e9seaux franco-belges de renseignements, d\u2019action et d\u2019\u00e9vasion \u00bb<\/em>.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><em>\u00ab Il termina la guerre 1939-45 avec le grade de lieutenant-colonel des Forces Fran\u00e7aises Combattantes et la rosette de la L\u00e9gion d\u2019Honneur, ses brillants \u00e9tats de service \u00e0 la t\u00eate du r\u00e9seau \u00ab Ali-France \u00bb qu\u2019il avait fond\u00e9 et qui appartenait aux r\u00e9seaux belges de France lui valurent le grade major A.R.A. de l\u2019arm\u00e9e belge et le Prince R\u00e9gent lui d\u00e9cerna la commanderie de l\u2019Ordre de la Couronne. Le roi Georges VI lui conf\u00e9ra l\u2019une des plus hautes distinctions militaires britanniques, le D.S.O. (Distinguished Service Order). \u00bb<\/em> \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Joseph Dubar est n\u00e9 dans une cour\u00e9e, 40 rue La Fontaine \u00e0 Roubaix le 30 d\u00e9cembre 1899. Comme beaucoup de roubaisiens \u00e0 cette \u00e9poque, il a des origines flamandes du c\u00f4t\u00e9 maternel. De ses parents, il acquiert une conscience droite et le respect des convictions qui l\u2019am\u00e8neront \u00e0 devenir une figure l\u00e9gendaire de la R\u00e9sistance, un patriote intransigeant, ayant des qualit\u00e9s d\u2019animateur et de chef.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>D\u00e8s ses \u00e9tudes primaires, il est remarqu\u00e9 pour son inventivit\u00e9 et ses dons en dessin. En 1914, cet adolescent, dou\u00e9 pour la chimie et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qu\u2019il \u00e9tudie seul \u00e0 l\u2019aide de livres appropri\u00e9s, se r\u00e9volte contre l\u2019occupation allemande. Avec beaucoup de courage et d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, il fabrique, seul, en cachette, dans le grenier de ses grands parents, des explosifs avec de la potasse qu\u2019il arrive encore \u00e0 se procurer dans une droguerie de la rue de Lannoy.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Son fr\u00e8re se souvient qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, pour gagner de l\u2019argent, il fabriquait et vendait des lacets en r\u00e9cup\u00e9rant, dans les usines textiles ferm\u00e9es de Roubaix, de la corde \u00e0 broche qu&rsquo;il teignait et munissait d&#8217;embouts de fer r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s sur de vieilles bo\u00eetes de conserve.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Un jour, il r\u00e9ussit \u00e0 faire sauter un grand pyl\u00f4ne supportant les liaisons t\u00e9l\u00e9phoniques d\u2019un PC allemand situ\u00e9 en haut de l\u2019avenue du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.\u00a0 Une autre fois, il injecte de l&rsquo;acide avec une seringue dans le trou d\u2019une serrure d&rsquo;un important relais t\u00e9l\u00e9phonique r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occupant. Situ\u00e9 rue du Man\u00e8ge (aujourd\u2019hui rue De Lattre de Tassigny) il occasionne de graves d\u00e9g\u00e2ts sur les c\u00e2bles \u00e9lectriques.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Bloqu\u00e9 par l\u2019occupation allemande, il d\u00e9cide de s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e Fran\u00e7aise. En 1917, il part en sabots avec une b\u00eache sur l&rsquo;\u00e9paule pour ressembler \u00e0 un paysan. Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 \u00e0 pieds toute la Belgique dans l&rsquo;intention de gagner la France non occup\u00e9e et l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, il \u00e9choue \u00e0 la fronti\u00e8re hollandaise, tr\u00e8s bien surveill\u00e9e. Sa m\u00e8re le voit revenir \u00e0 Roubaix en piteux \u00e9tat, les pieds ensanglant\u00e9s.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>La guerre finie, il effectue son service militaire (classe 19) et se marie en 1924 avec Laure Hennion, ni\u00e8ce de Jean Lebas, maire socialiste de Roubaix. Il s\u2019installe \u00e0 son compte en 1936 avec son \u00e9pouse sp\u00e9cialis\u00e9e en bonneterie et ouvre un petit atelier de confection qui fonctionne jusqu\u2019\u00e0 sa mobilisation, en janvier 1940, au 3\u00e8me G\u00e9nie \u00e0 Arras. Il est alors \u00e2g\u00e9 de 41 ans. Affect\u00e9 aux ponts fluviaux de Croix et de Wasquehal, il participe \u00e0 leur destruction en mai 1940 pendant la bataille de France. Le 28 mai 1940, encercl\u00e9 \u00e0 Lille avec son unit\u00e9, il refuse de se rendre et \u00e9chappe \u00e0 la captivit\u00e9 en se d\u00e9mobilisant lui-m\u00eame, rentre chez lui, reprend la vie civile et d\u00e9bute aussit\u00f4t son activit\u00e9 de \u00ab r\u00e9sistant clandestin \u00bb. \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il rencontre Paul Joly, petit industriel Roubaisien n\u00e9 comme lui en 1899, fait prisonnier \u00e0 Dunkerque et \u00e9vad\u00e9. Bien qu\u2019ils soient d\u2019opinions politiques diff\u00e9rentes, Joseph Dubar est militant socialiste tandis que Paul Joly est plut\u00f4t de sensibilit\u00e9 de droite, ils s\u2019accordent pour joindre leurs efforts dans la lutte contre l\u2019ennemi. Avec l\u2019aide de Marcel Guislain, m\u00e9decin \u00e0 Roubaix, ils commencent \u00e0 \u00e9vacuer les soldats alli\u00e9s.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Joseph Dubar expose ses vues \u00e0 Jean Lebas qui lui accorde sans r\u00e9serve son soutien et le met en rapport avec des personnes s\u00fbres dans toute la France. Le jour de l\u2019appel du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, le 18 juin 1940, ils ont regroup\u00e9 autour d\u2019eux des hommes et des femmes qui refusent d\u2019abandonner le combat. Le r\u00e9seau, encore embryonnaire, porte le nom de leur mot de passe \u00ab Caviar \u00bb et s\u2019occupe de tous travaux de r\u00e9sistance. Parmi les compagnons de la premi\u00e8re heure, Joseph Dubar cite Paul Joly, Jean Lebas et son fils Raymond, Georges Marc, douanier \u00e0 Toufflers, Marcel Delcroix entrepreneur \u00e0 Wattrelos, Marius et Millette Berrodier, fleuristes rue de la Gare \u00e0 Roubaix, tous sont d\u2019opinions diff\u00e9rentes mais anim\u00e9s du m\u00eame id\u00e9al.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>D\u00e8s juillet 1940, l\u2019urgence est d\u2019organiser l\u2019\u00e9vacuation des soldats alli\u00e9s cach\u00e9s chez les habitants en leur fournissant nourriture, logement et habillement. Joseph Dubar les accompagne ensuite jusqu\u2019\u00e0 Marseille \u00e0 travers deux lignes dangereuses : la Somme pour sortir de la zone interdite particuli\u00e8rement dangereuse, puis la ligne de d\u00e9marcation pour sortir de la zone occup\u00e9e et m\u00eame parfois \u00e9galement la fronti\u00e8re belge. Il risque sa vie \u00e0 chacun de ces passages. Il r\u00e9ussit pourtant et recommence inlassablement le m\u00eame trajet avec d\u2019autres personnes qu\u2019on lui am\u00e8ne de tout c\u00f4t\u00e9.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>C\u2019est par Marcel Delcroix (alias Mancel), petit entrepreneur de Wattrelos, \u00e9vad\u00e9 du camp de Rexpoede et ami de son fr\u00e8re Charles, qu\u2019ils entendent parler du Fort Saint Jean pr\u00e8s de Marseille o\u00f9 se trouve une antenne M.I.S., le service britannique qui s\u2019occupe d\u2019\u00e9vasion. C\u00e9cile Hermey, professeur d\u2019anglais \u00e0 l\u2019Institution S\u00e9gur \u00e0 Roubaix accompagne, pendant les vacances de No\u00ebl 1940, deux soldats anglais recueillis \u00e0 Hem et prend des contacts utiles pour organiser une fili\u00e8re d\u2019\u00e9vasion. Joseph Dubar utilisera ce \u00ab d\u00e9bouch\u00e9 \u00bb jusqu\u2019en juillet 1941 et profitera de ces voyages pour transmettre au capitaine anglais Murphy Plommen (alias Murchie), responsable du Seamens House de Marseille, les renseignements rassembl\u00e9s essentiellement par Georges Marc qui pouvaient s\u2019av\u00e9rer utiles pour les alli\u00e9s. \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/jean-dubar-12.jpg\" alt=\"\" \/><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>C\u2019est \u00e0 partir de janvier 1941 que le r\u00e9seau s\u2019organise v\u00e9ritablement. En effet, vers la fin 1940, Joseph Dubar est approch\u00e9 par Jules Correntin (alias L\u00e9on). Il s\u2019offre imm\u00e9diatement pour procurer \u00e0 la r\u00e9sistance belge des moyens de communications avec la zone non occup\u00e9e. En collaboration avec Paul Joly, il convoie jusque Marseille neuf pilotes de l\u2019aviation belge par la m\u00eame ligne qu\u2019il avait mont\u00e9e pour les soldats anglais. Parmi eux arrivent \u00e0 Londres des hommes qui allaient jouer un r\u00f4le essentiel dans l\u2019organisation de la r\u00e9sistance belge comme le Colonel Van Dyck, le Major Guillaume, Gazon et d\u2019autres personnes comme le capitaine Pierre Vandermies, qui reviendra en France le 13 juin 1941 afin d\u2019organiser l\u2019\u00e9vacuation d\u2019un courrier hebdomadaire comprenant tous les renseignements des r\u00e9seaux belges (mission Dewinde). \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le r\u00e9seau se scinde en deux parties au mois de juillet 1943. Paul Joly avec son service Caviar continue le renseignement. Joseph Dubar avec son service Jean du Nord et plus tard Ali continue l\u2019\u00e9vacuation des hommes et du courrier et travaillera pour les services belges \u00e0 Londres et d\u00e9pendra organiquement de la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019Etat. Comme d\u2019autres Fran\u00e7ais, Joseph Dubar, m\u00e9fiant vis \u00e0 vis du gouvernement de Vichy, choisit de servir dans ces formations belges qui, sans un soutien efficace, n\u2019auraient pu se d\u00e9velopper sur le territoire fran\u00e7ais et qui \u00e9taient indispensables pour les liaisons entre la Belgique et la Grande-Bretagne. Le contact est alors pris avec Fernand Kerkhofs, fondateur du r\u00e9seau Z\u00e9ro \u00e0 Bruxelles.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>A la fin de l\u2019ann\u00e9e 1941, les principaux mouvements de la r\u00e9sistance belge ont fait du triangle Lille-Roubaix-Tourcoing la plaque tournante d\u2019une formidable clandestinit\u00e9. Jean de Roubaix <em>\u00ab est connu de tous les chefs de la r\u00e9sistance en Belgique comme un ami s\u00fbr et un compagnon de lutte \u00bb<\/em>.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pierre Vandermies demande \u00e9galement \u00e0 Paul Joly et Joseph Dubar de recevoir et d\u2019aider les agents parachut\u00e9s dans le nord de la France pour les r\u00e9seaux belges. Ils leur procurent des faux-papiers, vont rechercher leur mat\u00e9riel, leur font passer la fronti\u00e8re ainsi qu\u2019\u00e0 leurs bagages qui sont en g\u00e9n\u00e9ral remis \u00e0 la buvette de la gare de Tournai \u00ab Chez Louise \u00bb. \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Pour cela, Jean du Nord a constitu\u00e9 ce qu\u2019il appelle lui-m\u00eame un \u00ab petit \u00e9tat-major \u00bb qui fonctionne d\u00e8s 1940. Celui-ci se retrouve au Caf\u00e9 de l\u2019Univers install\u00e9 sur la Grande Place de Roubaix, g\u00e9r\u00e9 par Joseph et Ir\u00e8ne Verbert. <em>\u00ab Le fait qu\u2019Ir\u00e8ne, n\u00e9e allemande, peut opposer \u00e0 des perquisitions, un accueil dans la langue de l\u2019envahisseur rend le r\u00f4le du caf\u00e9 de l\u2019Univers capital jusqu\u2019\u00e0 ce moment de 1942 o\u00f9 il appara\u00eet prudent de faire prendre la clandestinit\u00e9 \u00e0 ses responsables. \u00bb<\/em><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le groupe pour lequel Paul Joly est devenu \u00ab Caviar \u00bb et Dubar \u00ab Jean du Nord\u00bb, \u00ab Jean de Roubaix \u00bb ou aussi \u00ab Jean Ballois \u00bb prend tr\u00e8s vite un r\u00f4le consid\u00e9rable. On en trouve la trace dans le rapport de la Feld Polizei du 5 juin 1941, qui d\u00e9crit, sur la foi d\u2019aveux d\u2019un soldat anglais pris \u00e0 la ligne de d\u00e9marcation, tout ce qu\u2019un \u00ab client \u00bb pouvait conna\u00eetre des \u00ab gens de l\u2019Univers\u00bb.<br \/>\n<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>A partir juin 1941, la royal Air Force largue syst\u00e9matiquement tous ses agents au-dessus du nord de la France. Les parachut\u00e9s, appel\u00e9s aussi \u00ab Jean de la Lune\u00bb ont pour consigne de se pr\u00e9senter au Caf\u00e9 de l\u2019Univers muni d\u2019un mot de passe et d\u2019un billet portant la signature de Vandermies. Entre octobre 1941 et janvier 1943, pratiquement tous les agents parachut\u00e9s pour les r\u00e9seaux de renseignements belges passeront par Roubaix et tous, sauf pour une \u00e9quipe, seront accueillis soit \u00e0 l\u2019Univers soit, plus tard, par les fleuristes Marius et Marie Berrodier, rue de la Gare. Munis de faux papiers \u00e0 Roubaix, Joseph Dubar, Paul Joly ou un de leurs collaborateurs les font franchir la fronti\u00e8re franco-belge ou les acheminent en zone libre. Ils vont \u00e9galement chercher leur mat\u00e9riel que les agents cachent apr\u00e8s leur saut et cette recherche les m\u00e8ne parfois dans des endroits curieux (comme des caveaux vides dans les cimeti\u00e8res\u2026)<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Ils organisent \u00e9galement le convoyage des courriers des divers services de renseignement regroup\u00e9s par le r\u00e9seau Z\u00e9ro \u00e0 Bruxelles. S\u2019y ajouteront le courrier d\u2019autres r\u00e9seaux belges : Bravery et \u00e0 partir de juin 1942, celui du r\u00e9seau Boucle. Plus tard, Ali-France transportera aussi le courrier de Zig et pendant quelques semaines, en 1943, celui du r\u00e9seau Marc. Ainsi chaque semaine \u00e0 partir d\u2019ao\u00fbt 1941, un courrier groupant tous les r\u00e9seaux belges part de Bruxelles via Tournai, Roubaix, Paris pour Tours et Toulouse ou Lyon, Montpellier et Perpignan en passant la ligne de d\u00e9marcation \u00e0 Chalon sur Sa\u00f4ne ou \u00e0 La Haye-Descartes avec l\u2019aide du r\u00e9seau \u00ab Sabot \u00bb puis le P.C.B. (Poste Commandement Belge) puis le P.C.C. (Poste Commandement Courrier).<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Wilson Churchill a \u00e9crit dans ses m\u00e9moires que durant la bataille du Radar en 1941, 80 % des renseignements venus des services \u00e9tablis en territoire occup\u00e9, furent fournis par les r\u00e9seaux belges. La majeure partie de ces courriers pass\u00e8rent entre les mains de Jean de Roubaix, de L\u00e9on de Tourcoing et de leurs compagnons.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Parachut\u00e9 en France la nuit du 22 au 23 juin 1942, le capitaine belge G\u00e9rard Kaisin (alias Alex) a la mission de cr\u00e9er un r\u00e9seau de renseignement dans le Nord de la France. Paul Joly, avec une trentaine de ses collaborateurs comme Joseph Verbert, les Berrodier, Suzanne Derache et Genevi\u00e8ve Liebert, fondent le r\u00e9seau \u00ab Z\u00e9ro-France \u00bb en juillet 1942.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Joseph Dubar continue ses activit\u00e9s et donne le nom d\u2019\u00ab Ali-France\u00bb \u00e0 son r\u00e9seau en souvenir de son ami Georges Marc, alias \u00ab Ali 99 \u00bb. Sa fille Raymonde, devient son bras droit apr\u00e8s son arrestation et le seconde efficacement. Il se consacre essentiellement aux \u00e9vasions et aux r\u00e9ceptions de parachutistes ainsi qu\u2019au transport des courriers. Appuy\u00e9 par Victor Provo, maire depuis juillet 1942, il assure la remise des papiers d\u2019identit\u00e9 et des cartes de ravitaillement place de la Gare, h\u00e9berge les clandestins dans la cr\u00e8che de la rue de Tourcoing et les achemine vers le sud.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Le r\u00e9seau \u00ab Ali-France \u00bb fonctionne jusqu\u2019\u00e0 la Lib\u00e9ration. A son actif, il aura, d\u2019apr\u00e8s les contr\u00f4les officiels belges, convoy\u00e9s \u00ab 700 hommes militaires ou civils fran\u00e7ais, belges et britanniques, vers la zone libre ou l\u2019Espagne \u00bb. Sur ces 700 \u00e9vad\u00e9s officiellement contr\u00f4l\u00e9s, 3 % seulement n\u2019arriveront pas \u00e0 Londres. De plus, 80 % des hommes parachut\u00e9s par le gouvernement belge ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ceptionn\u00e9s sans incident.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>De juillet 1940 \u00e0 juillet 1943, le nombre des courriers de renseignement pris en charge par \u00ab Jean du Nord \u00bb est de 104, chaque contenair pesant de 20 \u00e0 30 kg. Cela repr\u00e9sentait plusieurs milliers de documents, dont un bon nombre ont eu une importance militaire capitale dans le d\u00e9roulement de la guerre. Le courrier des r\u00e9seaux belges passe la fronti\u00e8re \u00e0 La Festingue chez Fran\u00e7ois Vienne o\u00f9 l\u2019\u00e9pouse de Georges Marc et le d\u00e9pose \u00e0 la cr\u00e8che de la rue de Tourcoing \u00e0 Roubaix. Entre la fin 1943 et mai 1944, cette ligne fait partie int\u00e9grante du syst\u00e8me du P.C.C. \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/laure-dubar.jpg\" alt=\"\" \/><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>D\u00e8s 1941, la police allemande traque \u00ab Jean \u00bb dont elle a confisqu\u00e9 tous ses biens et mis sa t\u00eate \u00e0 prix 1 million de francs belges. Le 21 mai, elle arr\u00eate sa femme, Laure Dubar-Hennion, son oncle Jean Lebas, D\u00e9put\u00e9-maire de Roubaix et le fils de celui-ci, Raymond Lebas, ils ne reviendront pas. Le 9 octobre 1941, c\u2019est l\u2019arrestation du roubaisien Marcel Duhayon, douanier, suivie le 11 d\u00e9cembre de son coll\u00e8gue Georges Marc de Toufflers. Le 4 mai 1942, le Docteur Marcel Guislain et Marcel Delcroix tombent aux mains de l\u2019ennemi. Camille Chevalier est arr\u00eat\u00e9 le 12 ao\u00fbt 1942 \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne et fusill\u00e9 le 18 ao\u00fbt 1942. Raymonde Marc est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Toufflers le 29 avril 1943 puis Mr et Mme Capette avec leur fils le 26 mai 1943, qui servaient de bo\u00eete aux lettres. Paul Joly est arr\u00eat\u00e9 le 21 juillet 1943 en m\u00eame temps que Marius et Millette Berrodier, fleuristes dans l\u2019avenue de la Gare et qui utilisaient des noms de fleurs comme mots de passe. On demandait des Iris bleus, des marguerites blanches ou des roses rouges. Et enfin Mme Lapaire, arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Tours, le 15 juillet 1944. \u00a0<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>En f\u00e9vrier 1945, on n\u2019a encore peu de nouvelles de ces agents, \u00e0 l\u2019exception de Camille Chevalier, fusill\u00e9. Conscients du danger pour eux-m\u00eames et leurs familles, une caisse sp\u00e9ciale de secours aux agents arr\u00eat\u00e9s et d\u2019aide \u00e0 leur famille est cr\u00e9\u00e9e en juillet 1943. Elle est organis\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 subsister au cas o\u00f9 le r\u00e9seau Ali-France viendrait \u00e0 dispara\u00eetre et permet son bon fonctionnement. Elle accorde des secours aux familles et aux personnes qui ont recueilli un aviateur abattu et finance int\u00e9gralement les colis envoy\u00e9s aux agents prisonniers. Elle fournit \u00e9galement de l\u2019argent de poche aux soldats \u00e9vad\u00e9s d\u2019Allemagne pour leur voyage en train et leur nourriture en cours de route. De nombreux fran\u00e7ais furent \u00e9galement aid\u00e9s pour gagner l\u2019Angleterre. Joseph Dubar, dans son rapport de f\u00e9vrier 1945 \u00ab souligne l\u2019appui entier obtenu des autorit\u00e9s Belges pour cette \u0153uvre. Jamais les fonds n\u00e9cessaires n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 \u00bb.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Malgr\u00e9 les coups tr\u00e8s durs, \u00ab Jean du Nord \u00bb continue de d\u00e9fier l\u2019ennemi et le danger par une activit\u00e9 prodigieuse et incessante. Son habilet\u00e9 devient l\u00e9gendaire dans les r\u00e9seaux. Il va, il vient, avec des hommes, des courriers, du mat\u00e9riel parachut\u00e9, de Roubaix \u00e0 la Somme, il force la ligne, de la Somme \u00e0 La Haye-Descartes o\u00f9 il passe la 2\u00e8me ligne de d\u00e9marcation. Un jour, il est \u00e0 Tournai ou \u00e0 Bruxelles, un autre jour, on le retrouve \u00e0 Paris, \u00e0 Charleville, \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne, \u00e0 Lyon ou dans les Pyr\u00e9n\u00e9es. Jamais au m\u00eame endroit, sa mobilit\u00e9 d\u00e9concertera ses poursuivants et contribuera \u00e0 d\u00e9jouer tous les pi\u00e8ges que les polices, nazie et collaboratrice, lui tendent. Pourtant, il conserve des contacts pr\u00e9cis avec certains de ses amis et le travail n\u2019est jamais interrompu.<\/big><\/p>\n<p>Il voyage en train, mais fait aussi des raids consid\u00e9rables \u00e0 v\u00e9lo lorsqu\u2019il lui faut r\u00e9cup\u00e9rer du mat\u00e9riel parachut\u00e9. Avec ses camarades belges, chefs de r\u00e9seaux, il participe \u00e0 l\u2019\u00e9vacuation de condamn\u00e9s \u00e0 mort \u00e9vad\u00e9s, d\u2019agents \u00ab br\u00fbl\u00e9s \u00bb et de personnalit\u00e9s politiques belges qui gagnent le monde libre. C\u2019est lui qui r\u00e9ceptionne presque tous les \u00ab Jean de la Lune \u00bb c\u2019est \u00e0 dire les agents belges et leurs mat\u00e9riels parachut\u00e9s en France. En juillet 1943, il totalise 21 missions de cette sorte dont pas un homme ni un poste \u00e9metteur n\u2019a \u00e9t\u00e9 perdu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>A la demande pressante du commandement belge, Jean du Nord s\u2019envole pour Londres le 17 d\u00e9cembre 1943 afin organiser un service de transmission directe des renseignements depuis le Nord. <em>\u00ab Si c\u2019est uniquement pour ma s\u00e9curit\u00e9 que vous m\u2019appelez chez vous, j\u2019estime ne pas pouvoir accepter (\u2026) Je ne suis pas inconscient des dangers qui m\u2019entourent \u00bb<\/em> \u00e9crit-il \u00e0 Londres et il n\u2019acceptera que si Londres l\u2019appelle <em>\u00ab pour me donner des instructions sp\u00e9ciales et me ramener ensuite \u00bb<\/em>. Londres lui demandera \u00e9galement de surveiller les rampes de V1 et V2 dans la r\u00e9gion du Nord.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Durant quatre mois, il subit un entra\u00eenement sp\u00e9cial pour apprendre \u00e0 \u00e9vacuer les courriers par mail pick-up c\u2019est \u00e0 dire enlever et d\u00e9barquer les contenairs de courrier et les \u00ab colis \u00bb (agents parachut\u00e9s) par avion Lysander appel\u00e9s aussi Lizzies. Durant son absence, le r\u00e9seau continue de fonctionner normalement gr\u00e2ce \u00e0 son fr\u00e8re Charles, comptable \u00e0 Wattrelos. Il est de retour en France en mai 1944 o\u00f9 ses camarades ont subi une s\u00e9rie de coups tr\u00e8s durs et pr\u00e9pare le d\u00e9barquement alli\u00e9 en montant en Touraine un nouveau service de mail pick-up.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Avec succ\u00e8s, il donne des renseignements internes et externes de la construction de la base de lancement des fameux \u00ab V1 \u00bb d\u2019Eperlecques qui, du Nord de la France doivent abattre Londres gr\u00e2ce \u00e0 son chef de secteur, Ren\u00e9 Fonson, ami d\u2019enfance, qui, pour ex\u00e9cuter sa mission, se fait embaucher comme ouvrier libre sur le chantier. Le r\u00e9seau re\u00e7oit les f\u00e9licitations de Londres pour ce travail.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/j-lebas.jpg\" alt=\"\" \/><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il termine ses exploits en participant activement \u00e0 la lib\u00e9ration de sa ville natale de Roubaix en septembre 1944 o\u00f9 il remonte juste \u00e0 temps en deux \u00e9tapes avec son v\u00e9lo et deux postes \u00e9metteurs sur le porte-bagage : Tours-Paris et Paris-Roubaix.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Joseph Dubar a lutt\u00e9 tant qu\u2019il a pu dans cette r\u00e9sistance. Lorsqu\u2019\u00e0 Londres, selon les us de l\u2019identification, on lui demanda un sp\u00e9cimen de son \u00e9criture, il \u00e9crit cette phrase qui d\u00e9peint le r\u00e9sistant : <em>\u00ab L\u2019esp\u00e9rance force le destin \u00bb<\/em>. Sa r\u00e9ussite tient aux deux qualit\u00e9s essentielles qu\u2019il poss\u00e9dait, plus la chance \u00e9videmment !<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>1\u00b0) Une tr\u00e8s bonne m\u00e9moire, surtout visuelle. Il n\u2019a jamais de document compromettant en sa possession lors des contr\u00f4les. Il lui suffit de passer une seule fois dans un lieu, pour en rep\u00e9rer les moindres d\u00e9tails et les enregistrer dans sa t\u00eate.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>2\u00b0) Un grand flegme. Il ne montre jamais aucun trouble dans les moments difficiles, lorsqu\u2019il franchit les diverses zones de passage, il ne s\u2019\u00e9nerve jamais et sait rester passif.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Il lui a fallu \u00e9galement une excellente sant\u00e9 pour supporter, durant quatre ann\u00e9es, cette vie clandestine extr\u00eamement mouvement\u00e9e et dangereuse. La guerre termin\u00e9e, il reprend son activit\u00e9 de bonnetier. En 1948, il se remarie avec Ren\u00e9e Hodewyck, veuve de Louis Deregnaucourt, mort en d\u00e9portation et aura un fils, Jean Dubar. Il devient chef de travaux au C.I.L. en 1949 et d\u00e9c\u00e8de en novembre 1962 apr\u00e8s avoir revu ces amis belges.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/jean-dubar-6.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><big>Distinctions re\u00e7ues :<\/big><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Grade de Lieutenant-colonel des Forces Fran\u00e7aises Combattantes<\/big><br \/>\n<big>&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Grade de Major ARA de l\u2019arm\u00e9e belge<\/big><br \/>\n<big>&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Officier de la L\u00e9gion d\u2019Honneur<\/big><br \/>\n<big>&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Croix de Guerre<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0M\u00e9daille de la R\u00e9sistance<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0M\u00e9daille de Combattant Volontaire de la R\u00e9sistance 1939\/1945<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Commandeur de la Couronne de Belgique avec Palme<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0La M\u00e9daille Comm\u00e9morative 1939\/1945 avec \u00e9clair<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0La M\u00e9daille Freedom avec palme<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0 \u00a0Titulaire du \u00ab Distinguished Service Order \u00bb (D.S.O.)<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Ces r\u00e9compenses bien m\u00e9rit\u00e9es, il n\u2019aimait pas les exhiber. Il \u00e9tait rest\u00e9 tr\u00e8s modeste. A la Lib\u00e9ration, il s\u2019est efforc\u00e9 de t\u00e9moigner et d\u2019appuyer les demandes d\u2019obtention de ce que l\u2019Etat pouvait accorder \u00e0 ses collaborateurs. Sinistr\u00e9, il n\u2019a jamais re\u00e7u ses propres dommages de guerre. Il finira le conflit plus pauvre qu\u2019au d\u00e9part, contrairement \u00e0 ceux qui en avaient profit\u00e9 durant toute l\u2019Occupation.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Lors de la visite officielle de la reine d\u2019Angleterre le 12 avril 1957, Joseph Dubar accompagne la reine Elisabeth II lors de l\u2019hommage rendu aux R\u00e9sistants Morts pour la France. Le prince Philip se montra particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 de savoir comment ce grand r\u00e9sistant avait re\u00e7u la \u00ab Distinguished Service Order \u00bb, accord\u00e9e presque uniquement aux officiers anglais.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>A force de volont\u00e9, cet homme \u00ab si simple, si modeste, si effac\u00e9 \u00bb comme le disait \u00e0 ses fun\u00e9railles le 7 novembre 1962 son ami Marcel Guislain, a galvanis\u00e9 les \u00e9nergies autour de lui. Peu apr\u00e8s, la ville de Roubaix baptisera une rue \u00e0 son nom dans le quartier des Hauts Champs afin de perp\u00e9tuer sa m\u00e9moire.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><big>Anecdotes recueillies aupr\u00e8s de son fr\u00e8re Georges Dubar et de sa femme :<\/big><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Premier itin\u00e9raire suivi par Joseph Dubar lui-m\u00eame lors de son voyage \u00e0 Marseille. Nous suivons le parcours de deux soldats anglais et leur jeune guide, Yves-Jean Henno, fils de militants socialistes Roubaisiens. Les deux anglais sont partis de Bruxelles le 10 janvier 1941 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 h\u00e9berg\u00e9s \u00e0 Flobecq (Hainaut) et \u00e0 diff\u00e9rents endroits dans la capitale belge. Arriv\u00e9s \u00e0 Tourcoing, le 10 janvier au soir, ils sont h\u00e9berg\u00e9s par Lezaire jusqu\u2019au 14 janvier. A cette date, Lezaire remet un des deux anglais (Wright) \u00e0 la femme de Joseph Dubar qui l\u2019am\u00e8ne chez son oncle Jean Lebas o\u00f9 il sera h\u00e9berg\u00e9 jusqu\u2019au 25 janvier. On attend en effet le retour de Dubar avant d\u2019entreprendre leur \u00e9vacuation. Le 25, Joseph Dubar remet Wright (que Raymond Lebas a muni d\u2019une fausse carte d\u2019identit\u00e9 au nom de Charles Duroc) \u00e0 Henno qui a amen\u00e9 le second anglais (Harry Dando) en gare de Roubaix. Henno re\u00e7oit de Dubar tous les renseignements n\u00e9cessaires pour le passage de la Somme et de la ligne de d\u00e9marcation. La ligne rouge de la Somme est pass\u00e9e la nuit, en barque, en compagnie de deux hommes entre Coquerel sur la rive droite (o\u00f9 Dubar peut compter sur la famille Libraire) et Fontaine-Sur-Somme sur la rive gauche (o\u00f9 il a recrut\u00e9 la famille Rabouille). C\u2019est cette derni\u00e8re famille qui loge les trois hommes. De l\u00e0, ils se rendent \u00e0 Paris o\u00f9 ils sont h\u00e9berg\u00e9s par un oncle de Henno et le 27 janvier, le trio va en train jusque Bourges. L\u00e0, ils descendent et continuent leur route \u00e0 pied jusqu\u2019au petit village de Morthomier, pr\u00e8s de Saint Florent sur Cher, au sud de Bourges o\u00f9 ils doivent franchir la ligne de d\u00e9marcation. Pour ce faire, Henno se met en rapport avec Raymond Fortepaule ; cette adresse a \u00e9t\u00e9 renseign\u00e9e par C\u00e9cile Hermey et Dubar y est pass\u00e9 lors de son premier voyage \u00e0 Marseille. Fortepaule les dirige vers un caf\u00e9 dans lequel la police allemande arr\u00eate le 27 au soir, neuf candidats au d\u00e9part dont Henno et les deux anglais et tr\u00e8s probablement Fortepaule. Leurs d\u00e9clarations et surtout celles de Wright, m\u00e8neront, le 21 mai 1941 \u00e0 l\u2019arrestation de Jean Lebas, de son fils Raymond et de l\u2019\u00e9pouse de Joseph Dubar. Le passage de Morthomier est abandonn\u00e9 aussit\u00f4t mais Dubar trouvera tr\u00e8s vite deux autres points de passage sur la ligne de d\u00e9marcation qui tiendront longtemps \u00e0 la Haye Descartes (Indre et Loire) et \u00e0 Chalon sur Sa\u00f4ne (Sa\u00f4ne et Loire).<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>A la demande de Londres, le r\u00e9seau Ali France est charg\u00e9 de d\u00e9celer les emplacements des rampes de lancement des fus\u00e9es\u00a0 V1 et V2. Jean de Roubaix demande \u00e0 Ren\u00e9 Fonson, son ami d\u2019enfance, de se faire embaucher au chantier d\u2019Eperlecques en tant qu\u2019ouvrier libre pour photographier l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019immense blockhaus. Il y reste pendant trois mois, de juin \u00e0 ao\u00fbt 1943. Gr\u00e2ce \u00e0 ce travail minutieux, alors que les terribles V2 qui doivent selon Hitler d\u00e9truire Londres, sont presque pr\u00eats, le bunker subit le 27 ao\u00fbt 1943 un bombardement d\u2019une telle puissance qu\u2019il est en grande partie d\u00e9truit et rendu inutilisable.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><span style=\"color: #3366ff;\">Le r\u00e9seau Ali-France<\/span><br \/>\nMon fr\u00e8re donnera le nom d\u2019Ali-France\u00a0 \u00e0 son r\u00e9seau en hommage \u00e0 Georges Marc, alias Ali 99 Germain, qui, arr\u00eat\u00e9 le 11 d\u00e9cembre 1941 est d\u00e9port\u00e9 et d\u00e9c\u00e8de le 19 d\u00e9cembre 1944 au camp de Gross Rosen en Allemagne. Raymonde Marc, sa fille, n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 prendre la rel\u00e8ve et devient son bras droit. Avec une grande volont\u00e9 et un sang froid \u00e0 toute \u00e9preuve, elle affrontera avec courage son arrestation, la torture et sa d\u00e9portation au camp de Ravensbr\u00fcck. C\u2019est lui qui, le premier, avait organis\u00e9 dans la r\u00e9gion un service de renseignements.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Jean de Roubaix avait en location \u00e0 Paris en 1943, je pense, un petit studio qui lui servait surtout de bo\u00eete aux lettres. Est-ce par suite d\u2019une d\u00e9nonciation ? Trois ou quatre membres de la Gestapo investissent son logement et l\u2019occupent durant trois jours. Sans r\u00e9sultat, ils le quittent le quatri\u00e8me jour et pas une heure apr\u00e8s leur d\u00e9part, la concierge voit arriver mon fr\u00e8re. Toute bl\u00eame, elle lui fait signe de s\u2019enfuir au plus vite, ne sachant pas si l\u2019un d\u2019eux n\u2019\u00e9tait pas rest\u00e9 sur place. Ne l\u2019\u00e9coutant pas, mon fr\u00e8re monte dans l\u2019appartement, celui-ci \u00e9tait vide, l\u2019air irrespirable par l\u2019odeur du tabac et de la bi\u00e8re consomm\u00e9e durant leur s\u00e9jour.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Une nuit de Novembre 1943, pendant la pleine lune, profitant d\u2019un raid de bombardiers alli\u00e9s sur Saint Nazaire, un petit avion anglais pilot\u00e9 par une \u00e9lite de l\u2019aviation, non arm\u00e9, avait pour mission de venir atterrir sur un terrain proche de Niort. Bien que banalis\u00e9 par la R\u00e9sistance, le pilote se pose trop loin du terrain et s\u2019embourbe dans une prairie mar\u00e9cageuse. Devant l\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9coller vers l\u2019Angleterre, mon fr\u00e8re s\u2019oriente vers la ferme la plus proche, il r\u00e9veille le paysan qui accepte, avec l\u2019aide de deux b\u0153ufs et d\u2019un c\u00e2ble, de d\u00e9gager l\u2019appareil. Nouvel \u00e9chec et il faut se r\u00e9signer \u00e0 mettre le feu \u00e0 l\u2019avion et fuir rapidement car cet incendie risquait de donner l\u2019alarme \u00e0 l\u2019occupant. Le lendemain, les allemands arrivent au petit matin, arr\u00eatent comme pr\u00e9vu ce brave paysan qui, sur le conseil de mon fr\u00e8re, avait imagin\u00e9 leur dire que c\u2019est sous la contrainte que deux hommes arm\u00e9s l\u2019avaient forc\u00e9 \u00e0 sortir ses b\u00eates, en pleine nuit, pour sortir l\u2019appareil de ce bourbier. Les traces des sabots sur le sol tremp\u00e9 donnaient une v\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9futable de cette version, finalement, ils le l\u00e2ch\u00e8rent quelques jours apr\u00e8s. L\u2019alarme \u00e9tait lanc\u00e9e, tout le d\u00e9partement des Deux S\u00e8vres consign\u00e9. Routes, chemins de fer, la gestapo avait compris qu\u2019il y avait un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 arr\u00eater ces \u00ab terroristes \u00bb. Un mois apr\u00e8s, \u00e0 la pleine lune suivante, un autre avion est venu reprendre dans un autre endroit mon fr\u00e8re et le pilote du premier avion. Mon fr\u00e8re, tant attendu par l\u2019espionnage anglais, allait donc vivre chez eux de d\u00e9cembre 1943 \u00e0 mai 1944 pour \u00eatre pos\u00e9 dans la zone ouest par un autre avion, un mois avant le grand d\u00e9barquement du 6 juin.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big>Durant les derniers mois de l\u2019occupation, mon fr\u00e8re allait devoir, en v\u00e9lo, effectuer tous ses d\u00e9placements (plus de train, gares d\u00e9molies). Bruxelles, Toufflers, la Somme, Paris, jusqu\u2019\u00e0 Orl\u00e9ans et Tours. Un jour qu\u2019il remontait vers le Nord, en passant la Somme par la fameuse c\u00f4te de Doullens, il aper\u00e7ut un barrage allemand en bas de cette c\u00f4te. Fait assez rare, une seule sentinelle \u00e9tait de service, c\u2019\u00e9tait pendant l\u2019heure du repas. L\u2019allemand, assez \u00e2g\u00e9 et sans doute mobilis\u00e9 de la derni\u00e8re heure, arr\u00eate mon fr\u00e8re, lui demanda ses papiers, faux \u00e9videmment, examine le colis pos\u00e9 devant son porte-bagage (c\u2019\u00e9tait un poste \u00e9metteur assez mal envelopp\u00e9 dans une toile de jute trop ajour\u00e9e d\u2019o\u00f9 l\u2019on devinait la carcasse en aluminium). Mon fr\u00e8re est certain que le soldat avait devin\u00e9 \u00eatre en pr\u00e9sence d\u2019un terroriste, avec son mat\u00e9riel \u00e9metteur. Pourtant, il n\u2019insista pas et le laissa partir. A son \u00e2ge, il avait s\u00fbrement h\u00e2te d\u2019en finir avec cette guerre d\u00e9j\u00e0 perdue. Mon fr\u00e8re a grimp\u00e9 cette c\u00f4te raide \u00e0 une allure surnaturelle, craignant qu\u2019il ne donne l\u2019alarme \u00e0 son poste de commandement.<\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><big><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/jean-dubar-4.jpg\" alt=\"\" \/><\/big><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img src=\"http:\/\/www.histoirederoubaix.com\/media\/rubrique\/158\/original\/jean-dubar-5.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JOSEPH DUBAR HISTOIRE D\u2019UN GRAND RESISTANT ROUBAISIEN DIT JEAN DE ROUBAIX OU JEAN DU NORD DURANT LA GUERRE 1939-1944 Souvenirs de son fr\u00e8re Georges Dubar Le dimanche 6 novembre 1960, le journal Le Soir \u00e0 Bruxelles, annonce le d\u00e9c\u00e8s de Joseph Dubar et titre \u00ab Jean du Nord, h\u00e9ros de la r\u00e9sistance franco-belge, est mort [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10,20],"tags":[123,158],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/748"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=748"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/748\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=748"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=748"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoirederoubaix.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=748"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}