Société d'émulation
de Roubaix
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Bienvenue sur le site de la Société d'émulation de Roubaix !

 

La plus ancienne société de la ville, créée en 1868, met à votre disposition ses travaux réalisés au fil du temps par ses nombreuses "plumes".
Aujourd'hui, toujours aussi dynamique, elle édite deux fois par an son magazine "Gens et Pierre de Roubaix" qui, avec ses articles variés, vous plonge dans l'univers d'une grande ville du Nord de la France qui n'en fini pas de tisser son avenir...

 

 

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ACTUALITES

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Statuts de la SER

 

 

SOCIETE D’EMULATION DE ROUBAIX

Fondée en 1868

pour l’ETUDE et le DEVELOPPEMENT des LETTRES des SCIENCES des ARTS et de l’INDUSTRIE

Association régie par la Loi de 1901

Enregistrée sous le n° 27.428

n° SIRET 395191695 – 00018

 

S T A T U T S

 

« Le texte ci-après des statuts de la SOCIETE D’EMULATION DE ROUBAIX, prend en compte les différentes modifications apportées à différents articles par l’Assemblée Générale Extraordinaire du trente et un mars deux mille douze ».

 

ARTICLE 1°

Les membres de la Société d’Émulation de Roubaix, créée en 1868, modifiée en 1958, domiciliée : 24, Place de la Liberté à Roubaix (59100) se sont réunis en Assemblée Générale Extraordinaire le 31 Mars 2012.

 

ARTICLE 2°

Cette Association a pour but :

1. L’étude de l’Histoire de la Ville de Roubaix et de ses environs

2. L’étude du folklore et des traditions locales

3. La recherche de tous les documents susceptibles d’aider à la connaissance de l’Histoire de Roubaix et de ses environs

4. L’organisation de publications, expositions, conférences et toutes manifestations, dans le cadre des buts ci-dessus

5. Les relations et échanges avec les autres associations poursuivant des buts analogues.

 

ARTICLE 3°

Le siège social de l’Association est fixé à :

MAISON DES ASSOCIATIONS

24, Place de la Liberté

59100 ROUBAIX

 

Il pourra être transféré en tout autre lieu à Roubaix, par décision du Conseil d’Administration qui devra être approuvée par la plus proche Assemblée Générale.

 

ARTICLE 4°

L’Association est composée de :

- membres de droit

- membres d’honneur

- membres actifs

ARTICLE 5°

Pour faire partie de l’Association, il faut être agréé par le Conseil d’Administration qui statue lors de chacune de ses réunions sur les demandes d’admission présentées et qui n’a pas à notifier ses décisions.

 

ARTICLE 6°

Sont membres de droit :

- Monsieur ou Madame le Maire de Roubaix es qualité (ou son représentant)

- Monsieur ou Madame l’adjoint au Maire chargé de la Culture

 

Sont membres d’Honneur :

- les personnes qui ont rendu des services signalés à l’Association.

 

Sont membres Actifs :

- les personnes qui ont pris l’engagement de verser, annuellement, une cotisation fixée chaque année par l’Assemblée Générale Ordinaire et qui ont été agréées par le Conseil d’Administration.

 

ARTICLE 7°

La qualité de « membre » se perd par :

- la démission

- le décès

- la radiation prononcée par le Conseil d’Administration pour non paiement de la cotisation ou pour motif grave

- la radiation prononcée – à bulletin secret – par le Conseil d’Administration pour atteinte grave à la déontologie et l’éthique associative.

 

ARTICLE 8°

Les ressources de l’Association comprennent :

- le montant des cotisations

- les subventions de l’Etat, des départements et des communes

- les intérêts et revenus des sommes lui appartenant, des capitaux, meubles ou immeubles apportés, des économies faites sur le budget annuel

- les droits d’entrée éventuels aux manifestations organisées par elle

- le montant des ventes des publications et/ou de travaux réalisés par l’Association

- de toutes les autres ressources autorisées par les textes législatifs et règlementaires tels que le mécénat.

 

ARTICLE 9°

L’Association est dirigée par un Conseil d’Administration de 15 à 18 membres, élus par l’Assemblée Générale pour une durée de trois ans renouvelable. En cas de vacance, le Conseil pourvoit au remplacement du (des) membre(s) démissionnaire(s) ou démissionné(s). La durée du mandat du (des) nouvel (nouveaux) administrateur(s) étant égale à la durée restant à courir du mandat de son (ses) prédécesseur(s).

Un candidat au Conseil d’Administration ne pourra pas avoir dépassé l’âge de 75 ans le jour de l’élection.

Un candidat au Conseil d’Administration devra recueillir l’approbation du Bureau du Conseil d’Administration.

Le Conseil d’administration choisit parmi ses membres :

- un(e) Président(e)

- un(e) vice Président(e) délégué(e)

- un(e) second(e) vice Président(e)

- un/une secrétaire et, éventuellement un/une secrétaire adjoint(e)

- un Trésorier et, éventuellement un/ou Trésorier(e) adjoint(e)

La présence des administrateurs aux réunions du Conseil d’Administration est impérative, sauf en cas de motifs exceptionnels.

 

ARTICLE 10°

Le Conseil d’Administration se réunit tous les trimestres sur convocation du Président ou sur demande de la moitié de ses membres. Les décisions sont prises à la majorité des voix ; en cas de partage des voix, celle du Président est prépondérante.

Tout membre du Conseil qui, sans excuse, n’aura pas assisté à trois réunions consécutives, pourra être considéré comme démissionnaire du Conseil.

 

ARTICLE 11°

L’Assemblée Générale Ordinaire comprend tous les membres de l’Association à quelque titre qu’ils soient affiliés.

L’Assemblée Générale Ordinaire se réunit chaque année avant la fin du premier semestre.

Les membres de l’Association sont convoqués par les soins du Président ou du Secrétaire, au moins quinze jours avant la date fixée. L’ordre du jour est indiqué sur les convocations. Le Trésorier rend compte de sa gestion et soumet le bilan à l’approbation de l’Assemblée. Il est procédé, après épuisement de l’ordre du jour, au remplacement, à bulletin secret, des membres sortant du Conseil d’Administration. Un Commissaire aux comptes peut être désigné par l’Assemblée Générale.

La représentation à l’Assemblée Générale est autorisée. Le nombre de pouvoirs est limité à cinq pour les membres du Conseil d’Administration et à deux pour les membres présents à l’Assemblée.

Les décisions se prennent à la majorité simple des voix détenues par les membres présents ou représentés. En cas d’égalité, la voix du Président est prépondérante. L’Assemblée Générale Ordinaire ne pourra délibérer qu’en présence du dixième de ses membres présents ou représentés.

Si le quorum n’était pas atteint, une seconde Assemblée Générale Ordinaire serait convoquée, au plus tard un mois après la première. Cette seconde Assemblée Générale pourra délibérer quel que soit le nombre des membres présents ou représentés.

 

ARTICLE 12°

Une Assemblée Générale Extraordinaire peut être convoquée à la demande du Président, validée par le Conseil d’Administration, en cas de circonstances exceptionnelles. Elle doit l’être à la demande écrite des deux tiers des membres présents ou représentés.

La réunion de l’Assemblée Générale Extraordinaire est nécessaire pour modifier les statuts ou pour la dissolution de l’Association.

 

ARTICLE 13°

L’Assemblée Générale accepte que les convocations aux différentes assemblées et Conseils d’Administration soient adressées par courriel, encadrant cette méthode numérique d’un protocole de réception desdites convocations.

 

ARTICLE 14°

Un règlement intérieur peut être établi par le Conseil d’Administration qui le fera approuver par l’Assemblée Générale. Ce règlement est destiné à fixer les points non prévus par les statuts, notamment ceux qui ont trait à l’administration interne de l’Association.

 

Ce règlement prévoit la création de Comités au sein d’un Conseil Culturel composé de 15 à 18 membres, nommés par le Conseil d’Administration et ayant pour but d’avancer sur des sujets administratifs et divers demandant une préparation, une étude et une organisation particulières.

 


ARTICLE 15°

Le Président ou tout membre spécialement désigné est habilité à représenter l’Association en justice et dans tous les actes de la vie civile.

 

Le patrimoine de l’association répondra, seul, des engagements contractés en son nom, sans qu’aucun de ses membres ne puisse en être tenu responsable.

 

ARTICLE 16°

En cas de dissolution prononcée par au moins les deux tiers des membres présents à l’Assemblée Générale, un ou plusieurs liquidateurs sont nommés par celle-ci et l’actif, s’il y a lieu, est dévolu conformément à l’article 9 de la loi du 1er Juillet 1901 et au décret du 16 Août 1901.

 

Fait à ROUBAIX, le 31 Mars 2012

 

 

                        Josiane DEROUBAIX                                                                       Bernard SCHAEFFER

                                 Secrétaire                                                                                          Président

 

 

 


EN SAVOIR PLUS

Aperçu Géographique

 

 

ROUBAIX A TRAVERS LES AGES

Par Gaston Motte,

Président de la Société d’Emulation de Roubaix

Octobre 1945

 

APERCU GEOGRAPHIQUE

 

SITUATION

 

Sous l’ancien régime, Roubaix pouvait s’énoncer : Roubaix, seigneurie et marquisat, village à clocher, quartier du Ferrain (dont le chef-lieu était Comines), Châtellenie de Lille, Flandre Wallonne, Diocèse de Tournai. (les cinq quartiers de la Châtellenie étaient : Ferrain, Carembault, Mélantois, Pevèle, Les Weppes).

 

LIMITES

 

Le territoire de Roubaix est limité :

Au nord par Tourcoing et Wattrelos

A l’est par Wattrelos, Leers et Lys-lez-Lannoy

Au sud par Hem et Croix

A l’ouest par Croix et Tourcoing (A plusieurs reprises, et en particulier en 1887, des pétitions furent déposées par les habitants du quartier du Blanc-Seau, en vue du rattachement à Roubaix de cette partie du territoire de Tourcoing).

 

FORME DU TERRITOIRE

 

Elle est celle d’un polygone irrégulier dont le diamètre, tant du nord au sud que de l’est en ouest est de 4 kilomètres et demi environ.

 

ATTITUDE

 

La  hauteur moyenne du sol est de 32 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le sol est en plaine, sans aspérité bien sensible mais avec des ondulations depuis le Trichon, point le plus bas, jusqu’à la hauteur de Barbieux, point le plus élevé. Quatre points de relative élévation : Barbieux, Le Fresnoy, le Hutin, les Hauts-Champs.

 

CLIMAT

 

Le climat de Roubaix est généralement plus humide que froid. Il est tempéré par la proximité de la Mer du Nord (environ 60 kilomètres).

Les vents dominants sont ceux de l’ouest, entretenant une humidité légèrement au-dessus de la moyenne.

 

GEOLOGIE

 

La nature du sous-sol de Roubaix est connue grâce aux nombreux forages et sondages exécutés soit pour l’alimentation en eau, soit pour déterminer les fondations de certaines constructions importantes.

On y trouve les couches géographiques suivantes dont les épaisseurs varient avec certaines parties de la ville :

  • Limon
  • Argile de Flandres
  • Sable d’Ostricourt
  • Argile de Louvil
  • Craie
  • Nièves
  • Calcaire carbonifère
  • Les coupes du sous-sol de Roubaix, faites dans la direction nord-sud et établies d’après sondages par M. le Professeur Gosselet, donnent des précisions sur l’épaisseur de chacune des couches géologiques.
  •  

REGIME HYDROGRAPHIQUE

 

Si paradoxal que cela paraisse, la situation de Roubaix en plaine et l’hésitation qui préside à l’écoulement des eaux ont déterminé à Roubaix l’existence de sept bassins dont six convergent vers l’Espierre, affluent de l’Escaut et le septième vers la Marque, sous-affluent de la Lys. La ligne de partage des eaux de ces deux vallées est la hauteur de Barbieux et la Montagne de Croix.

Ces bassins sont les suivants :

1° Le bassin du Riez Saint Joseph qui intéresse environ 97 hectares

2° Le bassin du Riez du Trichon qui intéresse environ 570 hectares

3° Le bassin du courant des Trois Ponts qui intéresse environ 329 hectares

4° Le bassin du courant de Maufait qui intéresse environ 194 hectares

5° Le bassin du courant de Cohem qui intéresse environ 22 hectares

6° Le bassin du ruisseau de l’Espierre qui intéresse environ 48 hectares

7° Le bassin de la Marque (Parc de Barbieux) qui intéresse environ 58 hectares

A chacun de ces bassins, sauf à celui de Cohem (qui coule à découvert) correspond un système d’égouts.

 

LONGITUDE

 

Le clocher de Saint Martin, pris comme point central du territoire, est à 0°50’15’’ de longitude Est et à 50°41’36’’ de latitude Nord.

 

CONTENANCE

Le petit dictionnaire historique et géographique de la Châtellenie de Lille, publié en 1732, ne donne au territoire de Roubaix qu’une contenance de 723 bonniers, 11 cents, ce qui correspond à 1 026 hectares environ. Mais le cadastre de 1827 donne 1 275 ha. 31 a. 80 ca. De nos jours, l’annexion d’une partie de la commune de Croix, en février 1914, a porté ce territoire à 1 316 ha. 53 a. 91 ca.


EN SAVOIR PLUS

Quatrième époque (1800 à 1945)

 

 

ROUBAIX A TRAVERS LES AGES

Par Gaston Motte,

Président de la Société d’Emulation de Roubaix

Octobre 1945

 

QUATRIEME EPOQUE DE 1800 A 1945

 

LES NOUVELLES INSTITUTIONS

 

La loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) confiait l’administration municipale des communes ayant une population de 5 000 à 10 000 âmes à un maire et à deux adjoints nommés par le Premier Consul et à un conseil de trente membres nommés par le Préfet. Roubaix agglomérait alors une population de 8 703 habitants. Un des premiers maires ainsi nommés fut M. Floris Delaoutre. Il reprenait ainsi un poste qu’il avait déjà occupé sous l’ancien régime.

Sur le plan industriel et commercial, la Constitution de l’an III, ne reconnaissant aucune limitation à la liberté du commerce et de l’industrie, laissa s’établir un système de licence désordonné contre lequel Roubaix, dernier refuge des règlements, ne cessa de s’élever pendant un demi-siècle.

Le 12 pluviôse an XIII (1er février 1805) une Chambre consultative des manufactures, fabriques, arts et métiers est instituée pour Roubaix (première forme des Chambres de Commerce). Un ancien égard en était le vice-président. Le premier geste de cette chambre fut pour exprimer le vœu que fussent rétablis les anciens règlements. A ces démarches venait s’associer Tourcoing.

A son tour et à peine installé (7 août 1810), le Conseil des Prud’hommes adoptait la même attitude. Aucune suite officielle ne fut donnée à ces vœux. L’idée même de la réglementation était contraire à l’état d’esprit résultant de la Révolution.

Un peu plus tard (1821) une entente dite « contrat d’Union », groupa les fabricants de Roubaix et de Tourcoing autour d’une réglementation destinée, comme on le dirait aujourd’hui, à normaliser la fabrication.

 

DES PREMIERES ANNEES DE CE XIXème SIECLE A L’EMPIRE

 

Les premières années de ce XIXème siècle, si riches par ailleurs en évènements nationaux, furent accompagnées, pour l’activité de Roubaix, d’alternances marquées. Après la faillite des assignats, quelques années se présentèrent de fructueux commerces avec les départements belges voisins, rattachés au territoire français. Puis la conscription, contribution aux guerres de l’Empire, vint troubler la vie de la cité et la marche de son industrie, enfin le blocus continental, en coupant les relations avec l’Angleterre, plaça l’économie en circuit fermé.

L’histoire de cette période  se trouve presque entièrement résumée dans un rapport, en date de 1811, de la jeune chambre consultative qui s’exprime comme suit :

« Les débouchés furent médiocres sous le règne des assignats, mais, avec l’argent, reparurent l’activité et l’abondance jusqu’au traité d’Amiens qui vint aussi apporter la désolation dans la fabrique et frapper nos produits d’une perte de 35 %. A la rupture du traité d’Amiens, les affaires reprirent immédiatement avec une vigueur telle que les bras manquèrent et ne purent suffire aux commandes. »

 

LES GUERRES D’EMPIRE ET LEURS CONSEQUENCES

 

Mais ensuite, avec les guerres de l’Empire, la raréfaction des matières vint tarir la source de toute activité. Bref, après quelques années de prospérité, l’Empire se termina sur une note de misère.

La chute de Napoléon 1er ramena les armées alliées sur le territoire de Roubaix, d’une façon passagère en 1814, et, au titre de l’occupation (troupes saxonnes) de février 1816 à octobre 1818. Avec elles, en 1817 s’installe la famine.

Pendant trois ans, le sort du département du Nord resta en balance et son rattachement à la France incertain. Et, par le tracé de frontières résultant du traité de Paris (1815), 40 % de la population de Roubaix devenait frontalière, c’est-à-dire avait son emploi journalier en France, et sa résidence en Belgique.

La libération marque une reprise de l’activité, et, dès 1821, l’écrivain Jouy, de l’Académie Française, au cours d’un voyage dans la région, pouvait écrire :

« J’avais entendu parler souvent des progrès de notre industrie dans le Nord… Mais c’est à Roubaix que j’ai pu me faire une idée de la prodigieuse extension qu’elle a prise. Le bruit des machines, des mécaniques, des moulins vous rompt ici la tête ; il n’y a coin si reculé de grenier, de cave, que l’industrie n’occupe… Roubaix, dans un recensement fait en 1806, ne comptait que 8 000 âmes ; il en compte aujourd’hui plus du double, et emploie une grande partie de la population des villages qui l’entourent. Partout on construit des ateliers, des fabriques. La valeur vénale des propriétés bâties s’est quadruplée… »

A cette époque remontent deux facteurs qui devaient amener une révolution dans l’industrie : l’adoption de la machine à vapeur (dont la première à Roubaix fut installée en 1820) et l’invention de la mécanique Jacquard importée de Lyon dans le Nord par un Roubaisien en 1828. Chose surprenante, de telles inventions qui semblaient devoir frapper de discrédit la main-d’œuvre ouvrière, contribuèrent au contraire à y faire appel dans une proportion toujours croissante.

Cette dernière innovation (la mécanique Jacquard) s’introduisit à Roubaix à un moment où, après avoir joui d’une prospérité inconcevable pendant une trentaine d’années, l’industrie du coton était tombée, en 1832, dans le marasme le plus complet (en 4 ans, la production en filature avait diminué de près de 90 % et le personnel occupé, de 80 %).

Au contraire, l’instrument nouveau offrait aux facultés des Roubaisiens l’aliment que réclamait leur activité et avec la même détermination qui leur avait fait abandonner la laine au début du siècle, ils lâchèrent le coton pour revenir à la laine.

Cependant, des familles ouvrières entières vinrent à cette époque se transplanter de Gand à Roubaix et contribuèrent à y acclimater l’industrie de la filature mécanique de coton.

L’industrie reprit alors un nouveau cours marqué par un rapporteur de l’Exposition de Paris de 1839 qui s’exprime comme suit : « Cette ville (Roubaix, fort industrieuse, embrasse beaucoup de genres et les réussit tous. Aussi sa prospérité va toujours croissante et il est difficile de dire où elle s’arrêtera si elle n’a d’autre limite que celle de l’intelligence de sa population ouvrière, de l’activité et de l’habileté de ses fabricants ».

 

ESSOR DE LA REVOLUTION INDUSTRIELLE A ROUBAIX

 

A partir de cette époque, et pendant une centaine d’années (à part les périodes de crises que nous verrons apparaître au cours des pages suivantes) l’activité industrielle et commerciale de la ville se développe par bonds prodigieux.

Mais il ne saurait entrer dans le cadre de cette étude de reproduire des statistiques qu’on pourra trouver dans les publications de notre Chambre de Commerce. La « température » de Roubaix d’il y a cent ans est donnée, entre cent documents, par le rapport du Comité Central de l’Exposition de 1844 (Paris).

« A Roubaix, on ne connait que le travail manufacturier ; il commence avec le jour et finit après la nuit venue et le dimanche est un jour non de plaisir, mais de repos en famille. Les occupations sont communes au mari, à la femme, aux enfants, personne n’est oisif, l’oisiveté ne se supporterait pas. Dans cette ville, il n’est qu’une pensée, produire et vendre ».

Occupations communes au mari et à la femme, dit ce rapport ; on ne saurait, en effet, surestimer le rôle que la femme a joué à l’origine de l’industrie roubaisienne.

A cette époque, la cellule industrielle réunissait presque toujours l’ouvroir et la maison d’habitation et la femme du patron régnait ici et là, distribuant les matières que les ouvriers emportaient pour les travailler chez eux, réceptionnant les pièces tissées qu’on venait rapporter, contrôlant la comptabilité quand elle ne la tenait pas elle-même, suppléant parfois à l’absence ou à la carence du mari.

Le développement de l’industrie se mesure de façon indéniable par l’extension de la ville, d’une part, et l’augmentation de la population, d’autre part. Ces deux aspects de l’évolution de l’histoire seront d’ailleurs examinés à part.

Ce qu’il suffira de mentionner ici, ce sont plutôt les périodes de stagnation et de crises et les faits d’une portée quelque peu générale.

La révolution de 1848 s’annonça à Roubaix par des signes précurseurs et une complète stagnation des affaires attribuées à une offensive de libre échangisme, plus de 15 000 habitants étaient soutenus par le Bureau de Bienfaisance (1846).

Mais cette révolution elle-même, pas plus que celle de 1830, n’eut de répercussion spéciale sur Roubaix où les conflits d’idées n’occupaient pas, dans la vie des citoyens, une place prépondérante. Les « journées de juin » (1848) appelèrent à Paris un détachement des Gardes Nationales de Lille, de Roubaix et de Tourcoing qui eurent l’impression de vivre les journées les plus terribles de l’histoire nationale. Pourtant, le contingent de Roubaix revint dans ses foyers sans mort ni blessé.

Un arbre de la Liberté fut planté sur la place du Marché au Charbon qui prit ainsi et conserva le nom de Place de la Liberté.

Un résultat imprévu du nouveau « climat » républicain fut le resserrement des liens entre les deux villes de Roubaix et de Tourcoing. Une étroite communauté d’intérêts aurait dû les unir dans le passé ; certaines différences de caractères, comme il s’en trouve dans les familles, avaient au contraire entretenu des rivalités mesquines, que les rapports journaliers contribuaient à entretenir au lieu de les dissiper.

Il vint à l’esprit de quelques bons citoyens de chercher à opérer une union. Roubaix convia Tourcoing à une fête de la Fraternité et jamais programme n’atteignit mieux son but.

A Roubaix d’abord, une nombreuse délégation de la Garde Nationale et des Sapeurs-pompiers de Tourcoing, musique en tête, fut reçue, comme il se doit chez nous, en un banquet suivi d’une fête de nuit grandiose. A Tourcoing, une réplique de cette fête fut organisée avec un égal bonheur.

Et deux médailles furent frappées pour commémorer cette heureuse entente.

« Il fallait la République pour éteindre l’antipathie des deux Villes » disait la médaille de Roubaix.

« Désormais, nous serons unis » répondait la médaille de Tourcoing.

Pour parfaire cette atmosphère de concorde, la présence du Préfet du Nord et d’une délégation de Lille apportait le témoignage d’un état d’esprit réellement nouveau.

Une fête analogue, en 1850, réservée à une ville avec qui Roubaix avait eu plus d’une fois maille à partir, convia les Gardes Civiques de Tournai et la célèbre musique des Guides de Bruxelles.

L’éphémère république de 1848 céda rapidement la place à un nouveau régime dont les débuts amenèrent à l’industrie de Roubaix un renouveau d’activité.

Un autre fait marquant devait être la visite à Roubaix (et à Tourcoing), le 24 septembre 1853, de l’empereur Napoléon III. L’instabilité du régime de nos Provinces n’avait, dans le passé, jamais laissé le temps à un chef d’Etat de s’y intéresser dans la paix. Lille seule avait pu fêter Louis XIV conquérant et avant lui, les Ducs de Bourgogne qui faisaient bien figure de souverains. L’Empereur accompagné de l’Impératrice Eugénie (alors dans toute sa splendeur) fut reçu d’une façon magnifique et l’aperçu des produits de Roubaix, hâtivement rassemblés dans une salle d’exposition, lui fut une révélation.

Le Second Empire, au cours duquel Roubaix doubla l’effectif de sa population, fut dans l’ensemble pour notre ville, une période de grande prospérité. Mais une activité presque uniquement orientée vers le textile ne peut pas ne pas ressentir avec une grande sensibilité les fluctuations de la demande influencée par l’ouverture et la fermeture de certains débouchés. La politique économique de l’Empereur (car il avait une politique) tout en étant résolument favorable à l’industrie, était aussi largement imprégnée d’un esprit libéral. Dans sa lutte commerciale avec la fabrique anglaise, notre manufacture marqua des avances et des reculs, selon l’effet des traités de commerce tantôt favorables et tantôt défavorables.

Une seconde visite du couple impérial fut l’occasion, le 29 août 1867, d’amères doléances auxquelles le Souverain ne s’attendait pas. Dans une ville qui, en quatorze ans, depuis sa dernière visite, avait vu passer sa population de 36 000 à 66 000 âmes, une ville dont le coefficient de natalité était (en 1858) le plus élevé de France, ses oreilles n’entendaient que plaintes sur le présent et craintes pour l’avenir motivées par un désastreux traité de commerce avec l’Angleterre (en 1860).

« La fortune publique de Roubaix, lui disait-on, s’est amoindrie de plus de cent millions… c’est tout au plus si quelques manufacturiers, produisant des genres spéciaux, ont trouvé grâce devant la crise… La classe ouvrière est en grande souffrance par le manque de travail… »

Le traité qui avait ouvert les portes à la concurrence étrangère (en quatre mois, il était entré en France pour 40 millions de tissus anglais) avait du même coup marqué l’arrêt des ventes de nos manufactures. Pour battre la concurrence avec ses propres armes et réduire le prix de revient, nos fabricants avaient tenté d’instaurer de nouvelles conditions de fabrication. Cette mesure avait causé des émeutes, accompagnées d’incendies d’usines et de pillages d’habitation (16 mars 1867).

Les choses en restèrent là et le Second Empire termina pour notre Cité, dans un malaise général dû au manque de travail. Les années 1866 et 1867 avaient été des années noires. En 1866, une épidémie cholérique avait, en quelques mois, fait 2 183 victimes (20, 30 et 40 par jour) soit le trentième de la population.

Brusquement, la guerre de 1870 devait donner un autre cours aux préoccupations.

 

L’APOGEE DE ROUBAIX A LA FIN DU XIXe JUSQU’A L’EXPOSITION INTERNATIONALE DE 1911

 

Contrairement à ce qui avait été le cas lors des guerres précédentes, ni Roubaix, ni la région, n’eurent à subir les conséquences directes de la guerre et de l’occupation étrangère. L’invasion ne fit qu’effleurer, à Landrecies, Cambrai et Douai, le département du Nord.

Après le traité de Francfort, la France se retrouva amputée d’une partie de la Lorraine agricole et de toute l’Alsace industrielle, dont un contingent de la population reflua sur les centres industriels restés français. Cet apport ne fut pas négligeable pour Roubaix dont on vit l’activité prendre un nouvel élan. Cet essor, traversé de soubresauts et de crises inévitables, se prolongea ininterrompu jusqu’en 1914 et marqua son sommet lors de l’Exposition Internationale de Roubaix en 1911.

Le dernier quart de siècle a été marqué d’évènements qui sont trop présents à nos mémoires pour avoir besoin d’être rappelés : deux guerres et plus de huit années d’occupation (avec tout leur cortège de privations, de brimades, d’exécution d’otages et de déportation sont venues s’ajouter à toutes celles dont notre histoire a noté le souvenir.

La victoire qui présentement s’achève et qui nous délivre du joug ennemi a coûté à la Patrie bien des souffrances matérielles et morales, bien des deuils, bien des ruines aussi. Fidèle à son passé d’énergie et de labeur, Roubaix, par son effort quotidien apportera sa pierre à la reconstruction du pays.

C’est le  siècle dernier, le XIXème siècle, qui, incontestablement, a marqué Roubaix de l’empreinte la plus visible. Une ville ne peut, en un si court laps de temps, voir augmenter de plus de douze fois sa population sans s’en trouver profondément modifiée, principalement dans son aspect.

Il est absolument certain que nos arrière-grands-parents ne reconnaîtraient rien du Roubaix qu’ils ont connu du temps de leur jeunesse. Et les mots sont insuffisants pour exprimer ces bouleversements. Il arrive un moment où, dans ces conditions, l’histoire doit céder la place à la statistique, aux graphiques et aux plans, qu’on trouvera dans les pages suivantes.

 

Par Gaston Motte,

Président de la Société d’Emulation de Roubaix

Octobre 1945


EN SAVOIR PLUS

BIBLIOGRAPHIE

livre Exposition internationale du Nord de la France, Roubaix 1911

Auteur : Philippe Waret
pour commander www.atramenta.net

 

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