Le Musée d’Art et d’Industrie de Roubaix

Contribution de Michel DAVID (Société d’Émulation de Roubaix) lors du Congrès de la Fédération des Sociétés Savantes :

« Le Musée d’Art et d’Industrie de Roubaix : un projet patrimonial au service de nouvelles coopérations entre artistes et entrepreneurs « 

Le musée La Piscine doc BnRx

Le Musée d’Art et d’Industrie de Roubaix André Diligent, inauguré dans une ancienne piscine Art Déco (Architecte Albert Baert) en 2001, a constitué un projet majeur au service de la politique culturelle de la ville de Roubaix et de son projet de renouvellement urbain. Il a marqué sur le plan symbolique la construction d’un nouveau récit sur le thème de la renaissance. Ses espaces restaurés ont mis en valeur les conceptions hygiénistes qui étaient au cœur du socialisme municipal. Les symboles maçonniques comme la référence au cloître monacal donnaient à ce projet une profondeur mythologique et un discours universaliste. Musée d’Art et d’Industrie, ses collections permanentes racontaient les goûts et l’idéologie des familles qui ont construit l’industrie textile. Ce témoignage est complété par une collection exceptionnelle de tissus. Ainsi le cœur du projet scientifique du musée témoigne des coopérations entre artistes, ingénieurs et entrepreneurs.

Reprenant le fil de son histoire, le Musée a permis d’initier de nouveaux projets contemporains où les relations entre art et industrie sont en cours de réinvention : ouverture prochaine d’un grand espace de coworking au sein de l’office du tourisme dédié aux projets artistiques et patrimoniaux sur le patrimoine ; installation du quartier des Modes et de nombreuses initiatives qui font de Roubaix une place forte du nouveau textile, entre design et technologies. On doit évoquer aussi l’association des Amis du Musée qui a permis le retour de nombreuses personnalités issues de l’industrie à Roubaix. Je vais donc évoquer les permanences de cette relation art-industrie mais aussi les nouveaux motifs qui s’imposent (entrepreneuriat culturel, design, numérique).

Préfiguration 1835 doc Musée la Piscine

Partons donc de la création de ce musée. L’histoire du musée de Roubaix commence en 1835 avec la réunion, dans de grosses reliures, d’échantillons de la production textile locale. Puis le musée industriel de Roubaix est confié aux bons soins de Théodore Leuridan, archiviste et bibliothécaire municipal. Ce premier établissement est constitué des éléments significatifs de l’activité industrielle roubaisienne, et est donc considéré par ses initiateurs, des manufacturiers associés à l’épopée économique de la ville, comme la mémoire à conserver de la révolution industrielle. Ce premier musée garantissait donc la pérennité d’un patrimoine et glorifiait l’aventure économique et technique exceptionnelle qui se déroulait à Roubaix. Cet esprit pionnier de la Capitale Textile marqua durablement la personnalité du Musée.

L’Ensait CP méd Rx

En 1862 le musée est installé au second étage d’une ancienne filature, déjà occupée par la bibliothèque et les archives communales. La ville soucieuse de relever le niveau de son industrie textile sollicite de l’Etat la création à Roubaix d’une école professionnelle de qualité. En 1889 l’école est ouverte. Le bâtiment est largement consacré aux collections du musée. Le musée est réparti sur 3 niveaux. Au rez-de-chaussée, une galerie de sculptures propose un mélange de pièces originales modernes et de moulages en plâtre de modèles anciens choisis. Cet espace est dédié également à la présentation des objets d’art et notamment de la collection de céramiques de Sèvres. Cette coopération aves Sèvres permettra par exemple l’acquisition du portique de Sandier pour la bibliothèque du Pavillon français de l’exposition internationale de Gand, portique que vous pouvez admirer dans la perspective du grand bassin. La galerie latérale est consacrée aux collections d’histoire naturelle et le premier étage entièrement attribué aux tissus anciens. Vous connaissez cet équipement, il s’agit de l’ENSAIT, Ecole Nationale Supérieure d’Art et d’Industrie Textile, bel édifice qui fait face au Musée La Piscine. Ces collections seront complétées sous l’autorité de son directeur Victor Champier par des legs et des acquisitions pour renforcer la partie artistique, singulièrement picturale. On connait la suite ; le musée reste fermé à la Libération. Il faudra attendre 2001 pour qu’il ouvre de nouveau en majesté, après une longue préfiguration dans l’aile gauche de l’Hôtel de ville, dans la Piscine rénovée par l’architecte du Musée d’Orsay, Jean-Paul Philippon. Cette piscine art déco, construite par Albert Baert, avait été au début des années 30 un emblème revendiqué du socialisme municipal porté par le maire Jean Lebas, démonstration des idées de l’hygiénisme social, dans une ville où la santé était un enjeu permanent.

Faisons donc un premier point ; héritier d’un projet de musée industriel dont les premières pièces furent des échantillons textiles, le Musée la Piscine, érigé face à l’ancienne localisation du Musée industriel, a repris le fil de cette histoire avec une grande subtilité qui doit beaucoup au génie de son conservateur Bruno Gaudichon : valorisation des collections qui témoignent de l’évolution du goût de la bourgeoisie locale, place inédite au premier étage de collections exceptionnelles d’échantillons de tissus, évocation en majesté du legs de la céramique de Sèvres.

En 2018, une première extension a permis de mettre en valeur ces liens entre collections et histoire, tout en enrichissant avec force la place de la sculpture, dans le prolongement de la galerie de sculptures qui ouvrait autrefois la visite du Musée dans les locaux de l’ENSAIT. Et une future extension, déjà dans les limbes, pourrait proposer une collection exceptionnelle de céramique contemporaine et une valorisation méritée de la tissuthèque, dont les collections largement numérisées sont déjà accessibles aux professionnels par abonnement.

Ainsi, le lien entre le Musée et l’économie est son essence même. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Ces liens font-ils partie de l’héritage, sillon perdu avec la mort de l’industrie textile, ou connaissent-ils une nouvelle actualité ?

Si, dans l’histoire du Musée, cette coopération prenait la forme d’une patrimonialisation des collections de tissus issues de l’industrie textile et d’autre part des œuvres acquises par des collectionneurs exemplaires du milieu patronal, l’actualité voit se nouer des nouvelles alliances avec les industries créatives et l’économie urbaine.

Mais avant, évoquons un détail significatif ; on dit volontiers que  « le combat de coqs » de Rémy Cogghe est avec la « petite Châtelaine » de Camille Claudel, la Joconde de Roubaix. A Rome, ce disciple de Cabanel qui allait s’illustrer comme néo-naturaliste initia à l’impressionnisme des artistes danois – un portrait de Cogghe a d’ailleurs été retrouvé à Copenhague – et se lia d’amitié avec un certain Théodor Esbern Philipsen, parent par alliance de Paul Gauguin. Or Paul Gauguin travailla quelques semaines chez Lemaire et Dillies. Paul Gauguin représente un temps l’entreprise à Copenhague. Présence furtive d’un artiste certes, mais qui nous permet de tirer un fil : comme le rappelle l’excellent blog des ateliers Mémoire de Roubaix, en 1885, l’entreprise Dillies Frères, située dans le quartier des Longues Haies, devient l’usine Lemaire et Dillies. L’activité repose sur la filature et la fabrique de tapis ainsi que la teinturerie de cotons filés. Dans un contexte industriel très favorable, l’usine atteint son apogée dans la première moitié du XXe siècle. Son caractère emblématique justifie que cette usine soit le cadre du roman de Maxence Van Der Meersch consacré aux grèves de 1936 et à la JOC « Pécheurs d’Hommes ». Puis le déclin s’amorce en 1968 pour déboucher sur sa fermeture définitive en 1981. Elle est depuis reconvertie en site universitaire, INFOCOM.

Voyons maintenant les liens nouveaux entre le Musée, les artistes et l’économie.

Dans un paysage ravagé par la destruction de l’industrie textile, c’est peu de dire que la question économique est posée dans des termes nouveaux à Roubaix. Il s’agit d’abord de relancer une économie urbaine mitée par les friches et l’effondrement de l’immobilier. Il s’agit ensuite de faciliter l’implantation de nouvelles activités, à forte composante numérique, et qui dans le champ des industries créatives, nécessitent des liens nouveaux entre artistes créateurs et créatifs et production. Enfin de plus en plus l’artiste est lui-même un entrepreneur.

Sur le premier point, le Musée a été exemplaire du nouveau récit proposé par la Municipalité. Établissement phare du socialisme municipal, fermé dans les années 70 du fait de son obsolescence technique, sa réouverture est le symbole du renouvellement de la ville, de sa renaissance par la culture. La ville renouvelée emprunte aux registres symboliques maçonniques et chrétiens qui sont très présents dans la structure (le cloître) et les décors le thème de la renaissance : il y a un bien une vie urbaine possible après la mort textile. Le Musée est dès lors le totem, autour duquel la communauté locale est invitée à se rassembler pour incarner une identité nouvelle, postindustrielle et multiculturelle, et l’image de la rosace se reflétant sur la surface du bassin en devient le signe iconique.

Mais le symbole s’incarne aussi dans des projets concrets. La culture est mise au service d’un nouveau développement urbain en s’inspirant de l’exemple de Bilbao, ville industrielle dont l’image a été transfigurée par l’image futuriste de son musée Guggenheim. Le Musée va donc servir de point d’appui à la relance de l’économie urbaine du secteur compris entre l’avenue Jean Lebas et la gare. Par une logique de petits pas, une forme de guerre de position, un premier noyau se construit autour du parvis du Musée : construction de logements privés, rénovation de l’ENSAIT, traitement de l’espace urbain. Les avantages de la Zone France Urbaine et les investissements de la Métropole de Lille permettent de relancer l’activité de cette avenue qui avait vu des commerces péricliter. La création du Quartier des Modes va permettre à des jeunes créateurs de lancer leur activité dans l’environnement immédiat du Musée qui leur assure un flux de visiteurs. A côté du Musée, le Grand Bassin accueille des créateurs et des artisans d’art dans des box temporaires et une boutique, une galerie d’Art Contemporain ouvre, la QSP avec une forte activité dans la céramique contemporaine grâce au militantisme de l’association le Fil Rouge, des restaurants et une librairie apparaissent ; des évènements viennent scander cette longue bataille de la reconquête : Nuits des Arts, Marchés des Modes, et Journées du patrimoine deviennent des dates fortes de l’agenda métropolitain.

Le campus gare

Le terrain est balisé pour passer à la seconde étape, qui voit émerger autour d’une gare de style industriel qui mérite d’être réanimée, un campus Gare qui porte à 10000 le nombre d’étudiants présents sur Roubaix. Un nouveau point d’appui est en cours de consolidation, qui permettra de prolonger la reconquête vers le secteur de l’Alma, où trône la vieille dame de la Redoute en pleine renaissance et l’incubateur de e-commerce, Blanchemaille by Euratechnologies et vers le secteur de l’Epeule-Alouette, où se nichent les locaux de travail du prestigieux ArtPoint M et l’atelier de l’artiste américain JonOne, mondialement connu. La relocalisation à proximité de l’Office du Tourisme, qui s’apprête à ouvrir la Bobine, un tiers-lieu dédié aux entrepreneurs et projets liés au tourisme et au patrimoine, l’implantation dans les locaux d’une draperie des ateliers Jouret, un espace de production pour artistes et artisans d’art, qui a tellement bien marché, qu’un second lieu de production artistique dédié au Street Art, Remyco, vient d’ouvrir …rue Rémi Cogghe. Il n’y a pas de hasard.

Dans les faits, le Musée a été la pierre de fondation du renouvellement progressif de tout un quartier et participe de fait à la renaissance d’une nouvelle filière textile-Mode.

Sur le second point, il nous faut évoquer à travers quelques exemples significatifs les compagnonnages nombreux entre les artistes et le musée, base d’appui cette fois-ci du lancement ou du développement de leur carrière, ou encore de coopérations inédites entre les artistes et l’économie.

Esmod et le Musée doc Le Musée La Piscine

Un premier exemple nous est donné par la collaboration entre ESMOD, école supérieure de Mode et le Musée. « Pour la 12e année consécutive, lors du traditionnel défilé ESMOD qui s’est tenu le vendredi 15 juin 2018, La Piscine a eu l’honneur de décerner son prix « Coup de Cœur » à un jeune talent de la création textile formée dans la prestigieuse école ESMOD de Roubaix. Depuis 1991 et l’exposition « Les États du Lin », première exposition textile organisée par le musée dans sa préfiguration, les relations entre l’école et le musée ont toujours été fructueuses, mais informelles jusqu’en 2007 quand, à la demande de la direction de l’école, La Piscine a l’honneur de décerner un premier prix « Coup de Cœur » à un jeune talent de la couture formé par ESMOD Roubaix.

Le coup de cœur 2018 doc Le Musée La Piscine

Cette année, le musée a été séduit par la collection Irisse et a décerné son prix à la talentueuse Nathalie Tamwo. Cette collection, dont le travail du tissu est remarquable, associe avec justesse les traditions africaines et les tendances contemporaines. Le musée a donc acquis une des pièces créées par cette jeune créatrice. Elle intégrera la riche collection mode du musée aux côtés de Jean-Paul Gaultier, Kenzo, Castelbajac ou Agatha Ruiz de La Prada. Des coopérations régulières existent aussi entre le Musée et Maisons de Mode.

Second exemple, Roubaix est devenue en quelques années une place forte de la céramique contemporaine. L’histoire du musée de Roubaix suit finalement plus une logique anglo-saxonne où la question de l’objet et notamment du recours à des artistes pour créer des univers et des décors de qualité est très prégnante dans la constitution même des collections. L’art de la céramique est arrivé on l’a évoqué avec les importants envois de la Manufacture de Sèvres dès la fin du XIXème siècle. Le mobilier, le design et la scène céramique contemporaine ont complété ce regard singulier depuis une trentaine d’années jusqu’à devenir, dans les collections et la programmation du musée, une spécialité régulièrement enrichie par des achats, des dons et d’importants dépôts du Fonds national d’art contemporain.

Lors de l’ouverture de la préfiguration en 1991, le projet scientifique et culturel du futur musée donne à la céramique une place essentielle dans le parcours muséal. De nouveaux et importants dépôts sont sollicités auprès des collections nationales, notamment un exceptionnel ensemble de céramiques de Picasso qui intègre le musée en 1995. Lors de l’installation du nouveau Musée d’Art et d’Industrie, en 2001, la céramique trouve naturellement sa place dans l’espace identitaire et préservé du lieu : le grand bassin, lui-même écrin de céramique lui accordant ainsi une visibilité primordiale.

En parallèle aux expositions qui présentent les contributions à la céramique des grands noms de l’histoire de l’art – Dufy, Picasso, Chagall, Pincemin, Pignon … – la Piscine poursuit sa mission de montrer à un public de plus en plus intéressé et séduit, le travail d’artistes qui utilisent la terre et le feu dans des créations résolument contemporaines et plastiques : Buthod-Garçon, Rousseau, Lanos, McKirdy, Musel, Damas, Besengez, Larpent, Karp …

Á l’occasion de la réouverture du musée, après de grands travaux d’agrandissement, face au chef d’œuvre de la Manufacture Nationale de Sèvres ( le Portique de 1913 de Sandier), près de la collection des céramiques modernes (Picasso, Dufy, Dalou, Jourdain, Duncan Grant, Colette Guéden, Guidette Carbonell, Pignon, Chagall …) ce mur monumental, dessiné par le scénographe Cédric Guerlus, abrite, dans des écrins de verre, la quasi entièreté de la collection contemporaine de céramiques essentiellement enrichie grâce au soutien fidèle et à l’engagement de la Société des Amis du Musée. Ce mur est le passage obligé entre le bassin et les nouvelles ailes du musée. Sans nul doute, ce travail a permis l’émergence de nouveaux lieux comme de nouveaux ateliers d’artistes, faisant de Roubaix une adresse renommée de cet art en fort développement.

On doit encore évoquer la remarquable collaboration entre Mahjoub Ben Bella, les 3 suisses et le Musée. Né en Algérie, en 1946, Mahjoub Ben Bella est d’abord élève à l’Ecole des Beaux-Arts d’Oran avant de suivre son directeur, Claude Vicente, à Tourcoing en 1965. Après avoir suivi les cours de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris de 1970 à 1975, il s’installe définitivement à Tourcoing où il vit et travaille depuis 1975. Très fortement inscrit dans la scène artistique régionale, il a plusieurs fois exposé au musée de Roubaix – notamment pour présenter les résonances de son travail dans l’univers du décoratif (textile, céramique…)

La Société 3 Suisses a constitué une collection d’œuvres d’art (Fabrice Hyber, Christoforou, Warhol…) réunissant des signatures nationales et des références régionales. A l’occasion de la mue de l’entreprise, les 3 Suisses se sont rapprochés de La Piscine pour assurer une pérennité aux archives créatives de l’entreprise et notamment pour que soit conservés les modèles des produits que diffusait le catalogue de vente par correspondance et qui avaient été commandés à des personnalités en vue de la mode et du design. Ce qui permet de rappeler que le peintre avait apporté sa contribution en 1997, avec le label des musées de Roubaix, Tourcoing et Desvres, dans le catalogue L’Exemplaire, diffusé par les 3 Suisses.

On l’aura compris, l’originalité du lien entre le musée, les artistes et l’économie est la continuité d’un rapport inscrit dans l’ADN du projet et son adaptation aux mutations contemporaines. La tissuthèque en est l’exemple le plus probant et nous terminerons sur ce sujet.

On se rappelle qu’à sa fondation en 1835, le musée de Roubaix était exclusivement consacré au tissu. Aujourd’hui, la fragilité de ces tissus oblige à limiter leur temps de présentation à la lumière. Cela explique aussi que l’éclairage soit limité en intensité. Les tissus exposés sont donc changés 3 à 4 fois par an. Néanmoins, un service spécifique du musée, la tissuthèque, permet au public – notamment aux professionnels – d’accéder sur rendez-vous à ce fonds exceptionnel de dessins textiles, de pièces de tissus et d’échantillons. L’accès est soumis à un abonnement annuel avec prises de rendez-vous pour la consultation des archives sur place. Les photos sont payantes et téléchargeables en haute définition depuis le site de consultation. Pimkie, Promod, Kiabi, Know-how consulting, Art connexion (pour un artiste Taiwanais Michael Lin: projet d’une grande fresque à la gare Lille Europe) sont par exemple abonnés. Sans nul doute le développement de la tissuthèque deviendra un point d’appui précieux pour la nouvelle filière mode-textile, où la mode durable s’enrichira de la créativité héritée comme de la vitalité des artistes contemporains.

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