Un autre, Alard Ier, attaché à la suite de Guy de Dampierre, Comte de Flandre, partagea à Compiègne la captivité de son maître et, libéré à la suite de la bataille des Éperons d'Or (Courtrai 1302), fut ensuite repris comme otage et garant des dispositions pacifiques de son suzerain. Mais la paix, toute provisoire, ne survint qu'après la bataille de Mons-en-Pevèle (1304).
A la suite du traité d'Athis-sur-Orge, qui ratifia cette paix (1305) les Châtellenies de Lille, Douai et Orchies étaient cédées à la France, et la province qu'elles constituaient prenait le nom de Flandre Wallonne ou Gallicante. Cet état de choses, confirmé par le Traité de Paris (1320), devait durer jusqu'en 1369.
Mais le premier qui fut appelé à jouer un rôle important dans l'histoire de notre cité, fut Jean V (1368-1449). Il commença sa carrière militaire, à peine âgé de 14 ans, à la bataille de Roosebeke (1382), un nom qui, par une çoïncidence assez singulière, est d'une étymologie identique à celle de Roubaix.
Ardent et d'humeur chevaleresque, homme de guerre accompli, il se joignit à un groupe de chevaliers flamands envoyés par le Duc de Bourgogne pour combattre les Sarrazins à Carthage. Il fit plus tard partie d'une armée envoyée à l'aide du Roi de Hongrie attaqué par Bajazet. Dans l'intervalle, il avait visité les Lieux Saints.
Toutes sortes de missions exécutées et de services rendus lui valurent des faveurs considérables sous forme de dotations qui firent de lui un des seigneurs les plus puissants de l'époque.
Le 1er octobre 1414, il obtint du due Jean (Jean sans Peur) de créer en sa terre de Roubaix sept Échevins; c'était la première forme de l’organisation administrative (1).
Puis il obtint (1420) le droit de haute justice, ce qui permettait à cette administration communale de connaître de tous délits ou crimes sans dépendre de Lille.
C'est aussi lui qui fonda la compagnie des Archers de Saint-Sébastien, où il faut trouver, à côté d'une association de braves gens désireux de se livrer en commun à leur jeu favori, un groupement d'hommes d'ordre, susceptibles de contribuer au maintien de l'ordre public.
Jean sans Peur assassiné à Montereau, son fils Philippe le Bon confirme sa confiance à Jean de Roubaix, promu, entre temps premier chambellan
Conseiller très écouté du duc, il se trouva directement associé à une politique qui devait entraîner la Bourgogne dans de nouvelles aventures.
La grande pensée de Jean sans Peur puis de Philippe le Bon était de constituer, entre la France, l'Angleterre et l'Empire germanique, un état tampon groupant la Bourgogne, la Lorraine et les Pays-Bas (ceux-ci pris dans leur signification la plus étendue, y compris la Flandre et l’Artois). La direction de cet Etat aurait fait du Duc de Bourgogne l'arbitre de l'Europe occidentale.
Pour aboutir à leurs fins, les ducs s'appuyèrent alternativement sur chacun des partenaires parmi lesquels ils avaient à évoluer; et c'est là l'histoire, sous Jean sans peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, de notre province, balancée, entre des influences contraires. Même hésitation chez les satellites: Philippe de Comines servira successivement, au même titre de Conseiller, des causes contraires; et le seigneur de Roubaix, après l'assassinat de Jean sans Peur, portera les armes contre le roi de France, dont il avait été l'un des chambellans, et contre Jeanne d'Arc.
Le Traité d'Arras (1435) signé avec Charles VII et qui mit fin à cette période, faisait de Philippe le Bon un véritable souverain et de son conseiller un des seigneurs les plus puissants, de l'époque, que l'historien Buzelin n'hésita pas à qualifier de " petit Roi " (Regulus Roubaisii).
Le, seigneur de Roubaix fut, en 1424, le principal négociateur d'un " pacte de neutralité " conclu entre la ville de Tournai et l'état bourguignon.
Vers 1a même époque (1428) la confiance de son maître avait trouvé à se manifester à son égard d'une manière éclatante.
C'est à Jean de Roubaix, en effet, que Philippe le Bon confia le soin d'aller négocier son mariage avec Isabeau, fille du roi du Portugal. A cette ambassade fut adjoint le valet de chambre du duc, le déjà célèbre peintre Jean Van Eyck (2).
Cette mission ayant abouti et la jeune princesse étant …
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notes
(1) L'institution de l'échevinage constitue en quelque sorte un pacte entre le seigneur et le peuple et une étape d'affranchissement de la commune. Les prérogatives du seigneur étaient conservées, mais l'exercice en était régi par des règlements qui ne laissaient plus rien à l'arbitraire.
Au point de vue administratif, le bailli était le principal agent du seigneur et le représentant de sa personne et de ses droits. Il avait aussi la mission de protéger les habitants contre l'oppression voisine ou étrangère.
Un ou deux lieutenants lui étaient adjoints.
Le bailli (ou son lieutenant) devait résider dans la commune.
Les échevins étaient les délégués directs du seigneur au point de vue judiciaire et municipal, et quasi les défenseurs naturels des intérêts des habitants. Tenant leurs pouvoirs de l'autorité seigneuriale, bailli, lieutenant ou échevins etaient toujours recrutés parmi les familles notables du lieu. Un greffier leur était adjoint, chargé des affaires de la communauté. c'était généralement l'un des notaires du lieu.
L'ensemble de ces fonctionnaires constituait ce qu'on appelait le " magistrat ", en même temps cour de justice et corps administratif (d'après Leuridan " Institutions communales "
Quoique le mandat des échevins fût soumis à renouvellement chaque année (à la Saint-Remi), ils étaient le plus souvent, de fait, maintenus très Iongtemps en fonction; cette stabilité n'était pas l'un des moindres avantages du système.
Lorsqu'une question importante entrait en discussion, les habitants étaient appelés à exprimer leur avis en une espèce de referendum.
(2) Un portrait, oeuvre de Jean Van Eyck, figure au musée de Berlin comme représentant Bauduin
de Lannoy, lequel faisait partie de la même ambassade. Cette toile pourrait, vraisemblablement n'être autre chose que le portrait de Jean V de Roubaix lui-même.