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Roubaix Historique

extrait du livre de référence de Gaston Motte ancien Président de la S.E.R. 

"Roubaix à travers les ages"  

 

 

Sommaire

1ère époque - Des origines à la mort d'Isabeau de Roubaix

2ème époque - De 1502 au rattachement définitif à la France (1668)

3ème époque - De 1668 à la Révolution

4ème époque - De la Révolution à 1946

 

1ère époque
du IXème siècle à 1502
 

LA FÉODALITÉ. – ROUBAIX SOUS LES COMTES DE
FLANDRE ET LES DUCS DE BOURGOGNE JUSQU’A LA MORT DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. - LES SEIGNEURS DE ROUBAIX JUSQU’A LA MORT D'ISABEAU DE ROUBAIX.
 
Domination des Comtes de Flandre . . de 863 à 1304
    Appartenance an Royaume de Fronce , de 1301 à 1318
Retour an Comté de Flandre . . . . . de 1318 à 1381
  Domination des Ducs de Bourgogne . .de 1384 à 1477
 Domination de la Maison d’Autriche. .de 1477 à 1482
 

 

 

 

 

Gouvernement de la France par les seigneurs   

 

R0UBAIX ne fut longtemps qu'une modeste agglomération, à l'écart des villes de colonisation romaine, des grandes chaussées, des fleuves et des routes d'invasion. Son histoire ne prit corps qu'au moment où le territoire de la région se constitua en fractions administratives dont la forme ou la manifestation la plus ancienne est celle des diocèses.
Dès qu'apparaît le nom de Roubaix, on le voit ressortir au Diocèse de Tournai auquel il appartient pendant un millier d'années (1). Plus tard, intervint l'organisation à la fois civile et militaire des Châtellenies et Roubaix se trouva compris dans la Châtellenie de Lille, Comté de Flandre (2). Le Comté de Flandre était placé, sous la suzeraineté effective du Royaume de France, et l'histoire de Roubaix traduit les péripéties de la lutte incessante des Comtes de Flandres, ambitieux et entreprenants, cherchant à se libérer d'une autorité plus ou moins lointaine et contestée qui se manifestait surtout par des Impôts.
D'autre part, la Flandre, à cette époque, grand fournisseur de l'Europe pour les draps, était tributaire de l’Angleterre pour les laines, et l'histoire de la Flandre n'est pas sans refléter Ies hésitations d'un pays qui craignit par dessus tout une rupture économique avec son principal fournisseur.
La vie des sires de Roubaix, comme celle de leurs suzerains se ressent de ces influences contraires… " car leur modeste seigneurie était au carrefour, au coeur même de la région où se rencontrent et s'affrontent, depuis qu'elles existent, les civilisations ennemies " (3). Des attirances diverses divisent les familles entre elles et les portent, au hasard des alliances, dans des camps opposés. C’est ainsi qu'on voit un seigneur de Roubaix combattre contre Philippe Auguste à Bouvines et son fils, capitaine de la garnison de Lille, au service du Roi de France, défaire une colonne anglaise qui passait à la portée de ses armes (1340) (4).
 
 
(I) L'évangélisation de Roubaix serait due à une femme noble de Roubaix, dame Thècle, à qui une révélation aurait fait connaître le lieu de sépulture, à Blandain, de Saint Eleuthère, évêque de Tournai. Les prodiges (en particulier, la guérison de Thècle elle-même, aveugle) frappèrent l'imagination des habitants de la région encore infidèles, et les firent se ranger à la foi chrétienne. C'était en l'en 881.
(2) L'une - avec Bruges, Ypres, Gand et Douai .- des cinq " bonnes villes " de Flandre, ou villes fermées, jouissant de privilèges.
(3) CROQUEZ: Seigneurs et Seigneureries de Roubaix.
(4) Par contre, la même année, une armée anglaise conduite par le Roi Édouard III d'Angleterre vint assiéger Tournai et réduisit en cendres toutes les localités de la région de Tourcoing, Roubaix et Lannoy. (LEURIDAN Bulletin de la Société d'Emulation t. XXI, p. 51)..
 
Les seigneurs de Roubaix
 

Il serait fastidieux de retracer la succession des seigneurs de Roubaix. Le premier connu avec certitude fut Bernard Ier décédé en 1119 - Bernard II, son fils, était déjà conseiller du Comte de Flandre

Un autre, Alard Ier, attaché à la suite de Guy de Dampierre, Comte de Flandre, partagea à Compiègne la captivité de son maître et, libéré à la suite de la bataille des Éperons d'Or (Courtrai 1302), fut ensuite repris comme otage et garant des dispositions pacifiques de son suzerain. Mais la paix, toute provisoire, ne survint qu'après la bataille de Mons-en-Pevèle (1304).

A la suite du traité d'Athis-sur-Orge, qui ratifia cette paix (1305) les Châtellenies de Lille, Douai et Orchies étaient cédées à la France, et la province qu'elles constituaient prenait le nom de Flandre Wallonne ou Gallicante. Cet état de choses, confirmé par le Traité de Paris (1320), devait durer jusqu'en 1369.

Mais le premier qui fut appelé à jouer un rôle important dans l'histoire de notre cité, fut Jean V (1368-1449). Il commença sa carrière militaire, à peine âgé de 14 ans, à la bataille de Roosebeke (1382), un nom qui, par une çoïncidence assez singulière, est d'une étymologie identique à celle de Roubaix.

Ardent et d'humeur chevaleresque, homme de guerre accompli, il se joignit à un groupe de chevaliers flamands envoyés par le Duc de Bourgogne pour combattre les Sarrazins à Carthage. Il fit plus tard partie d'une armée envoyée à l'aide du Roi de Hongrie attaqué par Bajazet. Dans l'intervalle, il avait visité les Lieux Saints.

Toutes sortes de missions exécutées et de services rendus lui valurent des faveurs considérables sous forme de dotations qui firent de lui un des seigneurs les plus puissants de l'époque.

Le 1er octobre 1414, il obtint du due Jean (Jean sans Peur) de créer en sa terre de Roubaix sept Échevins; c'était la première forme de l’organisation administrative (1).

Puis il obtint (1420) le droit de haute justice, ce qui permettait à cette administration communale de connaître de tous délits ou crimes sans dépendre de Lille.

C'est aussi lui qui fonda la compagnie des Archers de Saint-Sébastien, où il faut trouver, à côté d'une association de braves gens désireux de se livrer en commun à leur jeu favori, un groupement d'hommes d'ordre, susceptibles de contribuer au maintien de l'ordre public.

Jean sans Peur assassiné à Montereau, son fils Philippe le Bon confirme sa confiance à Jean de Roubaix, promu, entre temps premier chambellan

Conseiller très écouté du duc, il se trouva directement associé à une politique qui devait entraîner la Bourgogne dans de nouvelles aventures.

La grande pensée de Jean sans Peur puis de Philippe le Bon était de constituer, entre la France, l'Angleterre et l'Empire germanique, un état tampon groupant la Bourgogne, la Lorraine et les Pays-Bas (ceux-ci pris dans leur signification la plus étendue, y compris la Flandre et l’Artois). La direction de cet Etat aurait fait du Duc de Bourgogne l'arbitre de l'Europe occidentale.

Pour aboutir à leurs fins, les ducs s'appuyèrent alternativement sur chacun des partenaires parmi lesquels ils avaient à évoluer; et c'est là l'histoire, sous Jean sans peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, de notre province, balancée, entre des influences contraires. Même hésitation chez les satellites: Philippe de Comines servira successivement, au même titre de Conseiller, des causes contraires; et le seigneur de Roubaix, après l'assassinat de Jean sans Peur, portera les armes contre le roi de France, dont il avait été l'un des chambellans, et contre Jeanne d'Arc.

Le Traité d'Arras (1435) signé avec Charles VII et qui mit fin à cette période, faisait de Philippe le Bon un véritable souverain et de son conseiller un des seigneurs les plus puissants, de l'époque, que l'historien Buzelin n'hésita pas à qualifier de " petit Roi " (Regulus Roubaisii).

Le, seigneur de Roubaix fut, en 1424, le principal négociateur d'un " pacte de neutralité " conclu entre la ville de Tournai et l'état bourguignon.

Vers 1a même époque (1428) la confiance de son maître avait trouvé à se manifester à son égard d'une manière éclatante.

C'est à Jean de Roubaix, en effet, que Philippe le Bon confia le soin d'aller négocier son mariage avec Isabeau, fille du roi du Portugal. A cette ambassade fut adjoint le valet de chambre du duc, le déjà célèbre peintre Jean Van Eyck (2).

Cette mission ayant abouti et la jeune princesse étant …

Suite page 19 à venir bientôt !

notes

 

(1) L'institution de l'échevinage constitue en quelque sorte un pacte entre le seigneur et le peuple et une étape d'affranchissement de la commune. Les prérogatives du seigneur étaient conservées, mais l'exercice en était régi par des règlements qui ne laissaient plus rien à l'arbitraire.

Au point de vue administratif, le bailli était le principal agent du seigneur et le représentant de sa personne et de ses droits. Il avait aussi la mission de protéger les habitants contre l'oppression voisine ou étrangère.

Un ou deux lieutenants lui étaient adjoints.

Le bailli (ou son lieutenant) devait résider dans la commune.

Les échevins étaient les délégués directs du seigneur au point de vue judiciaire et municipal, et quasi les défenseurs naturels des intérêts des habitants. Tenant leurs pouvoirs de l'autorité seigneuriale, bailli, lieutenant ou échevins etaient toujours recrutés parmi les familles notables du lieu. Un greffier leur était adjoint, chargé des affaires de la communauté. c'était généralement l'un des notaires du lieu.

L'ensemble de ces fonctionnaires constituait ce qu'on appelait le " magistrat ", en même temps cour de justice et corps administratif (d'après Leuridan " Institutions communales "

Quoique le mandat des échevins fût soumis à renouvellement chaque année (à la Saint-Remi), ils étaient le plus souvent, de fait, maintenus très Iongtemps en fonction; cette stabilité n'était pas l'un des moindres avantages du système.

Lorsqu'une question importante entrait en discussion, les habitants étaient appelés à exprimer leur avis en une espèce de referendum.

(2) Un portrait, oeuvre de Jean Van Eyck, figure au musée de Berlin comme représentant Bauduin

de Lannoy, lequel faisait partie de la même ambassade. Cette toile pourrait, vraisemblablement n'être autre chose que le portrait de Jean V de Roubaix lui-même.

 

 

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