Le Couvent des Clarisses

Les Tournaisiens Henri Desclée ( 1802 –1873 ) et son frère François ( 1802 – 1842 ) s’associent et deviennent les pionniers de la fabrication et de la distribution de gaz d’éclairage. Ils édifient une usine à gaz à Roubaix en 1837.

En 1857, un incendie se déclare dans cette usine de Roubaix. Le feu risque d’atteindre les réservoirs, on craint une explosion et l’anéantissement du quartier. Henri Desclée fait alors le vœu , si la catastrophe est évitée, d’appeler une communauté de religieuses contemplatives à Roubaix. Le vent tourne et l’incendie est maîtrisé sans dommages humains. Quelques mois avant son décès, Henri Desclée décide de réaliser sa promesse. Il demande à l’architecte belge, le baron Jean-Baptiste Béthune    (1821 – 1894 ) d’établir les plans d’un couvent pour Roubaix. Après sa mort, ses fils Henri et Jules poursuivront son œuvre.

La première pierre du couvent est posée le 1er mars 1874 dans le quartier populaire de l’Epeule sur des terrains appartenant à la famille Desclée. La construction est financée par l’héritage de la fille de M. Henri Desclée, Pauline, entrée chez les Clarisses de Tournai sous le nom de sœur Françoise, par M. de Roisin, Me Cottigny ancien notaire à Roubaix et les actionnaires de la Compagnie du gaz. Une école est adjointe au couvent selon la volonté de M. Constantin Descat, Maire de Roubaix, car le quartier n’en possède pas.

Le 3 juillet 1876, neuf sœurs Clarisses ( six sœurs cloîtrées et trois sœurs externes ) arrivent du Couvent de Tournai. L’école gratuite de filles tenues par les sœurs externes ouvre le 2 octobre 1877 et accueille 200 élèves dès la première année.

En 1880, les sœurs sont menacées, une première fois, d’expulsion mais les Roubaisiens refusent de les voir partir. Une pétition est envoyée au Président de la République. Une nuit, 1500 personnes se massent devant le monastère. Finalement les Clarisses ne seront pas expulsées.

Il n’en est pas de même vingt ans plus tard. A la suite du vote de la Chambre des Députés du 26 juin 1903, la communauté doit fermer avant le 1er octobre. Les Clarisses quittent Roubaix le 15 octobre pour la ville de Renaix en Belgique. Cependant, à la demande de l’abbé Debacker, curé de la paroisse, deux sœurs externes qui se sécularisent restent pour continuer l’action auprès des enfants du quartier : catéchisme et patronage.

Malgré les protestations de la famille Desclée  qui se déclare propriétaire des lieux, un liquidateur est nommé et le couvent mis en vente. Il sera racheté par un industriel roubaisien, M. Jules Masurel, en 1906 pour la somme de 72 028 francs. Le monastère est transformé en Maison d’œuvres, une école technique y est créée et l’école Sainte Claire réouverte.

Une partie des Clarisses de Renaix reviennent à Roubaix en octobre 1923. Douze ans plus tard, huit d’entre elles partent pour Vinh au Nord Vietnam pour y fonder une nouvelle communauté. Elles seront rappelées à Roubaix en 1950 en raison des troubles qui sévissent dans le pays.

En juin 1976, les Clarisses fêtent le centenaire de leur fondation, un nouvel autel est consacré par l’évêque de Lille. En 1996, la communauté accueille les sœurs du couvent de Cambrai qui ferme. En juillet 2003, une jeune sœur d’origine cambodgienne, présente depuis six ans, prononce ses vœux perpétuels. La Mère Abbesse fête son jubilé de cinquante ans de vie religieuse en juillet 2007. Mais au décès de celle-ci, l’année suivante, la communauté doit fermer. Les quatre religieuses qui restent partent pour le couvent de Nancy tandis que l’école Sainte-Claire ferme définitivement en juin 2008. Cependant, une messe continue à être célébrée dans la chapelle pendant un an.

Le 30 décembre 2010, le couvent et l’école sont inscrits en totalité à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Actuellement, le sort des bâtiments est incertain, si un projet de transformation de l’école en crèche est prévu, le couvent en lui même reste, pour le moment, sans affectation.

Docteur Xavier Lepoutre

Président de l’Association des Amis du Couvent des Clarisses

Vice-Président de la Société d’Emulation de Roubaix

L’Eglise Saint-Joseph

CLASSEE MONUMENT HISTORIQUE

REPERES CHRONOLOGIQUES

1878 – Consécration de l’église

1889 – Vitrail du Rosaire – Médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris

1993 – L’église est classée Monument Historique

2003 – Création de l’association de sauvegarde

2004 – Premier festival musical du 1er mai

2006 – Première saison musicale des Joséphonies

2008 – 3ème saison vocale autour des musiques du monde

 

HISTOIRE DE L’EGLISE

Construite dans le quartier ouvrier du Fontenoy, l’église Saint-Joseph, par son style architectural, s’inscrit comme témoin de la pensée de l’église catholique à la fin du XIXe siècle. Elle est édifiée de 1876 à 1878 sur les plans du Baron Béthune (1821-1894), architecte flamand et principal animateur en Belgique du mouvement néogothique de l’Europe du Nord-Ouest.

Sa silhouette élancée se distingue dans le paysage par son élégant clocher qui culmine à 50 mètres à la croisée du transept. On y retrouve l’influence néogothique anglaise mais aussi l’atmosphère particulière des couvents de Bruges.

A l’intérieur, l’église Saint-Joseph présente un chef d’œuvre des arts décoratifs de la fin du 19e siècle. La peinture, la sculpture, le vitrail forment un tout cohérent et ordonné, propice au recueillement. La première pierre est posée le 6 août 1876. L’église est consacrée le 10 novembre 1878. Elle est complétée par la suite d’une chapelle à gauche de l’entrée et de fonts baptismaux à droite, puis entourée d’un presbytère, de la maison vicariale, de la salle de catéchisme, des écoles, et dans le quartier, des cercles catholiques, des patronages. Cela forme un ensemble d’animations spirituelles, sociales et éducatives qui rayonnera dans tout le quartier.

Malgré de nombreuses destructions, on peut encore aujourd’hui admirer de ce qu’il reste de l’ensemble architectural : l’église Saint-Joseph, son presbytère et l’école Sainte Lucie toute proche.

 

LE BARON JEAN-BAPTISTE BETHUNE (1821-1894), architecte de l’église Saint Joseph

Le Baron Béthune est né en 1821 à Courtrai et mort à Marck-les-Courtrai en 1894. Il fait des études de droit puis voyage en Grande-Bretagne entre 1842 et 1843.

Il y rencontre l’architecte anglais Pugin qui l’initie à l’architecture néogothique dont il devient le promoteur le plus important en Belgique. C’est aussi en Angleterre, dans les ateliers de Hardman que le Baron Béthune se perfectionne comme maître verrier.

En 1851, il fonde la Société Saint Vincent de Paul à Bruges avec Guido Gezelle. Comme co-fondateur de l’école Saint Luc de Gand en 1862, il veut subvenir à une formation solide en architecture et en arts et métiers dans le style du Moyen Age ce qui déterminera dans une large mesure, le développement ultérieur du néo-gothique.

Infatigable et entreprenant, il crée la guilde Saint Thomas et Saint Luc pour former des artisans à l’art religieux. Il contribuera largement à l’identité culturelle de la jeune nation belge instaurée en 1831 en développant en Belgique un haut niveau artistique. Il a réalisé de nombreux projets d’architecture, des ensembles d’intérieur et des vitraux, comme à l’abbaye de Maredsous. Il fait de préférence exécuter ses œuvres par une équipe limitée d’artistes qu’il a lui-même initiés aux techniques médiévales et dirige personnellement un atelier de verriers.

Son travail s’apprécie tout particulièrement dans des œuvres d’art total comme le château Van Caloen à Loppem près de Bruges ou l’ensemble architectural de Vijvekapelle près de Damme avec église, presbytère, cloître et école. Il y montre une conception globale où se marient l’influence de Pugin et la tradition brugeoise. Il est aussi l’auteur à Roubaix du Carmel de l’Epeule.

QUELQUES ELEMENTS DU MOBILIER INSCRIT A L’INVENTAIRE DES MONUMENTS HISTORIQUES

Les trois autels majeurs

Reprenant la grande tradition du moyen âge, ce sont des architectes qui dressent une étude précise sur papier des trois autels que le sculpteur Peeters d’Anvers va ensuite exécuter dans les moindres détails et le peintre Guillaume Deumens de St Odilienberg va assurer la polychromie et la dorure à la feuille.

• Le maître autel dédié à Saint Joseph

Rare des trois mystères de Saint Joseph, de gauche à droit, on peut voir :

Les fiançailles de St Joseph, Patron des familles chrétiennes.

La mort de St Joseph, patron de la bonne mort.

L’atelier de St Joseph, patron des ouvriers.

• L’autel de Sainte Anne

A gauche : Présentation de Marie au Temple

A droite : La mort de Sainte Anne

Au centre : Rare représentation de Ste Anne portant Marie portant l’enfant nouveau-né.

• L’autel du Sacré Cœur

A gauche : Consécration d’une famille au Sacré Cœur.

A droite : Le curé de la paroisse présente l’église.

Au centre : Représentation de la Trinité.

La table de communion est une magnifique composition de vigne et de lys entrelacés, on y remarque, dans les médaillons finement ciselés, des figures de l’Eucharistie. Œuvre sortie des ateliers Dehin Frères de Liège.

La tribune et le buffet d’orgue (1885) En bois polychrome Offerts à l’abbé Lesage en 1903. C’est un chef d’œuvre de l’art néogothique avec ses lignes gracieuses, ses ogives, sa balustrade et ses chanfreins éclairés de filets d’or.

La chaire de vérité est en chêne sculpté, les panneaux sont en bronze et représentent Jésus au milieu des enfants, au milieu des docteurs, et le sermon sur la montagne. Adossés au pied, Moïse et Elie représentent l’Ancien Testament.

Les stalles du cœur sont remarquables. Elles sont en chêne avec dosserets traités en cuir et ornées de blasons avec fleurs de lis et les initiales de St Joseph. Des statues représentant les fondateurs d’ordre forment les séparations.

 

LES PEINTURES MURALES

Commencées en 1891 par l’artiste Guillaume Deumens, elles nous donnent une captivante leçon de catéchisme et d’histoire sainte avec, situés dans le chœur, les 4 grands prophètes et les 4 évangélistes puis l’arc de Triomphe où trône le Christ en majesté du Jugement Dernier. Dans la partie haute de la nef, s’avance la multitude des saints, des martyrs et des élus. Sur les murs, la peinture au pochoir reprend des symboles religieux sur de lourdes tentures en trompe l’œil rappelant les magnifiques pièces de tissus réalisées dans les usines du quartier.

LES VITRAUX

• Dans le chœur (de gauche à droite)

Ils proviennent des ateliers parisiens de Claudius Lavergne Fils et représentent la Sainte Famille.

St Joachim ; La vierge écrasant le serpent.

Jésus Sauveur du monde tenant le globe terrestre.

St Joseph, père de Jésus, Ste Anne, mère de Marie.

• Dans la partie inférieure  : Le songe de St Joseph – La Nativité – L’atelier de Nazareth – Présentation au temple – Fuite en Egypte

• Dans le haut du transept au-dessus des arcades : Une reproduction des pères de l’Eglise.

• Au dessus de l’autel de gauche  : médaille d’or Exposition Universelle de Paris, le vitrail du Rosaire des ateliers Stalins-Janssens d’Anvers.

• En bas, les trois mystères joyeux : L’annonciation – La Nativité – Jésus avec les Docteurs

Dans le milieu, les trois mystères douloureux : La mise au tombeau – La descente de Croix – Le chemin de Croix.

En couronnement du vitrail : Un mystère glorieux, l’Assomption de la Vierge.

• Au dessus de l’autel de droite 

Le vitrail de la Passion. Notez les couleurs choisies pour l’Eucharistie, les tonalités qui varient selon l’intensité de l’éclairage (Manteau bleu de la vierge Marie ou rouge du Christ ).

• Dans la nef centrale 

En partie haute, les saints de France ;

En partie basse,  les douze apôtres.

Plus d’informations encore dans le magazine Gens & Pierres de Roubaix n° 17.