Le Parc Barbieux

Le parc de Barbieux est un des fleurons des parcs du nord de la France, un des grands exemples des jardins de la période florissante industrielle, promenade publique correspondant à une idée d’hygiénisme et accessible à tous. Suite à l’abandon d’un canal, celui de Roubaix, voici l’origine d’un des plus beaux parc urbain de France, aujourd’hui classé au titre national des sites en date du 26 janvier 1994.

L’histoire du canal fantôme…

En juillet 1813, Monsieur de Rézicourt, capitaine de Génie de Lille et Monsieur Roussel-Grimonprez, Maire de Roubaix, décident d’un projet de création d’un canal de la Deûle à l’Escaut.

1827 – Pose de la première pierre au confluent de la Marque. Première écluse construite au niveau de l’abbaye de Marquette sur la Deûle.

1831 – Le canal arrive à Croix jusqu’au pont d’Hem (maintenant rue Holden).

1835 – Concession Brame et ébauche, vers Roubaix, d’une berge relevée, avenue Le Nôtre par établissement d’un bassin de détournement prévu à Croix (Le Nôtre, péniches vides).

1843 à 1846 – Partie creusée à Roubaix vers la Belgique puis le boulevard du Général Leclerc (rue Jean Moulin) vers le Sartel et Leers.

1846 – Plantations de l’avenue Le Nôtre de plantations et en 1850, les quais Holden sont bâtis sur le canal de Croix. L’Escaut est atteint jusqu’aux Cascades de Roubaix.
Cette même année, il faut rappeler qu’un projet initial tendait à un embranchement vers Hem depuis Croix et vers Leers, selon la concession Brame de 1821.

1858 – Rachat du chantier par la ville de Roubaix de la rue Holden au kiosque du bassin Holden.

1859 – Essais du creusement du tunnel de Barbieux vers Roubaix sous l’actuel boulevard du Général de Gaulle. A 5 mètres sous terre, une couche de sable humide empêche les premières voûtes de se maintenir. Elles s’écroulent au bout de 60 mètres. On réussit toutefois péniblement à construire 138 mètres de galeries qui s’écroulent à leur tour.

Cette même année, M. Henri-Léon Lisot, fondateur de la « Fauvette » et poète inspiré, fréquentant le chantier abandonné envahi de végétation sauvage et goûtant la tranquillité du lieu, imagine de construire un grand parc où pourrait vivre ensemble les végétaux et les oiseaux.

Le 4 août 1860 est déposé un projet de promenade publique dans l’emplacement du canal abandonné.

Le 23 novembre de la même année, la commission pour la grande promenade sur les hauteurs de Barbieux se réunit et sollicite l’appui de la ville pour la réalisation du projet ainsi que pour la création d’une avenue bordée d’arbres jusqu’à la hauteur de Barbieux. Ce projet est complété en 1861 par le tracé d’un grand boulevard (actuellement le boulevard du Général de Gaulle).


1861 – Cession de l’Etat qui choisit de contourner la ville au nord en rejoignant la Marque par un nouveau tracé vers Wattrelos, Tourcoing, Wasquehal depuis le pont Nyckès inauguré en 1877 et ouvert dans sa totalité de la Deûle à l’Escaut.
Toujours en 1861, suite à l’abandon de la liaison entre  la Marque et l’Escaut et les déboires du tunnel prévu, acquisition du bassin de retournement, nivellement de la première partie du parc depuis la Montagne de Croix, en haut du boulevard de Paris et projet d’acquisition de 134 hectares de terre sur Croix qui se réduiront à 18 hectares pour le parc et 16 autres avoisinants et de voirie consignées. Bien plus tard, en 1926, Croix vend ces terrains à Roubaix.

1863 – Charles Daudet, Maire de Roubaix, défend ce projet et le fait adopter.

1864 – Le 29 septembre 1864, un rapport de l’administration municipale notifie l’établissement d’un jardin public sur l’ancien lit du canal de Roubaix et le projet est déclaré d’utilité publique par décret présidentiel du 30 juin 1866.

Aménagement du parc de Barbieux, dit « le beau jardin »

Pour élaborer les plans du nouveaux parc, M. Barillet-Deschamps, qui vient de dessiner le jardin Vauban à Lille est sollicité mais, accaparé par l’Exposition universelle, décline l’offre. C’est son adjoint et successeur, Georges Aumont qui se rend à Roubaix et établit les plans datés de 1868. La ville accepte son projet immédiatement et contracte un emprunt pour financer les expropriations et l’aménagement du parc.

1866-1875 – Plans d’eau tracés de l’avenue Le Nôtre, vallonnements et circulations, plantations d’arbres remarquables et ensemencements jusque l’avenue du Peuple Belge (le tout à la pelle et à la brouette). On oublie l’arrosage, d’où l’installation depuis le Huchon (château d’eau) et on réensemence.

1875-1888 – On déborde au-delà de l’avenue du Peuple Belge et on trace l’avenue de Jussieu (sinueuse à souhait). Plantation de platanes.
On prévoit l’arrivée du Mongy (1909) avenue Le Nôtre, terminus Baudelaire actuellement.

1890-1908 – Les travaux sont repris par l’architecte paysagiste parisien Georges Aumont, qui poursuit les terrassements sur l’ancien canal en panne, jusqu’au Cabaret des 1000 colonnes qui est abattu en 1907. C’est l’espace rond au niveau de la Duquenière qui formait le Belvédère sur le plan d’eau tout neuf. Construction de La Laiterie face au kiosque, en 1908 liaison par passerelle (petit pont) depuis le Belvédère ouvert en rocaille qui se poursuivront en 5 niveaux sur le fond du parc, terminé en fer à cheval, d’où le lieu-dit.

1896 – M. Gustave Nadaud a son monument à Jussieu qui était primitivement à l’Esplanade. L’entrée avec une colonnade autour, le Commandant Bossut le rejoindra plus tard.

L’exposition de 1911 s’installe sur les deux parties du parc depuis La Duquenière avec une avenue des Palais tout contre Jussieu jusque Boucicaut (café du Parc). Dès 1921, les terrains laissés vacants sont lotis et bâtis d’immeubles bourgeois dont certains existent toujours. La réalisation finale du parc de Barbieux sera faite grâce aux subsides de M. Paul Destombes.

Nous verrons l’avenue Jean Jaurès en continuité de l’avenue des Palais, l’installation du Mongy en 1925 et la préparation de l’exposition du Progrès social du Nord et de l’Industrie de 1939, ses fêtes nocturnes, ses illuminations, son bloc de marbre, son vase de Sèvres et l’ensemble de ses monuments : Weerts, Destombes, Commandant Bossut, Spriet et Jeanne d’Arc qui termine le cortège.

En 1939, l’Exposition du Progrès Social s’installe àLille et à Roubaix avec ses 14 pavillons. Elle fermera précipitamment ses portes avec l’entrée en guerre de la France.

Après la Seconde Guerre mondiale et jusque 1952, des courses automobiles sont organisées autour du parc de Barbieux avec d’illustres coureurs et notamment le fameux Fangio. Le 5 mai 1950, une célèbre course automobile est organisée par l’Automobile Club du Nord de la France pour les fêtes du Cinquantenaire.

En 1961, le café La Laiterie est démoli.

La reconnaissance…

L’association des Amis du Parc de Barbieux est créée le 4 septembre 1991.

Et en janvier 1994, suite à la demande en 1989 auprès de Michel Barnier, Ministre de l’Environnement, de Jean-Pierre Delahotte, écologiste et environnementaliste, Président du Comité National pour la protection et la sauvegarde de la faune et la flore, le parc est classé. En 2002, le Grand Prix de l’Arbre est décerné à la Ville de Roubaix et en 2010, le Parce de Barbieux obtient le label de Jardin Remarquable.

D’après M. Ernest BLEUSE, historien croisien
Th. Leuridan « Histoire de la Fabrique » 1864

Le canal et le port

LE CANAL

Conçu dès 1813, le canal joint l’ESCAUT à la Deûle par la Marque et met par conséquent en communication les bassins houillers et la mer du Nord.
 Il a été livré à la navigation en quatre parties :
– la première entre Croix et la Deûle par la Marque en 1832 ;
– la deuxième entre Roubaix et la frontière belge en 1843 ;
– la troisième reliant les deux premières et passant entre Roubaix et Tourcoing en 1877 (1) ;
– la quatrième branche de Tourcoing en 1892.
 
(1) Cette partie connut de multiples avatars. Son premier tracé traversait Roubaix et devait aller rejoindre le tronçon numéro 1 à travers la « montagne de Croix » en un parcours souterrain. Des éboulements firent abandonner les travaux. Une partie déjà exécutée fut comblée et donna lieu au boulevard Gambetta, le reste du chantier fut converti en promenade publique et se prêta au percement du Boulevard de Paris (alors boulevard de l’Impératrice) et à l’établissement du Parc de Barbieux.
 Extrait de « Roubaix à travers les âges » de Gaston MOTTE
 
 
L’AVENTURE ET LA METAMORPHOSE DU CANAL FANTÔME
Dès 1813, le décret impérial de la liaison Deûle-Escaut est communiqué aux autorités. En 1832, le canal de Croix est navigable jusqu’au pont de la rue d’Hem (carrefour Le Nôtre – Holden aujourd’hui).
 
En 1866, un projet de jonction avec la branche de Roubaix du canal (qui s’achève alors rue du Moulin) qui relie l’Escaut, prévoit le percement des hauteurs de Barbieux et un ouvrage souterrain sous celles-ci. Des travaux préliminaires en 1868 sont abandonnés à cause d’éboulements successifs et meurtriers. De ce fait, la liaison est repoussée au Nord vers Wattrelos et Tourcoing, Wasquehal, et rejoint la branche de Croix au lieu dit Plomeux Triest en 1877.
Les travaux de « promenade publique » sont entrepris dès 1878, poursuivis jusqu’en 1886, repris en 1903 pour la partie du territoire de Croix qui, des Calèches actuelles rejoint en diagonale, le secteur de l’église Notre-Dame de Lourdes (l’allée de Jussieu, aujourd’hui).
Il faut ici que nous revenions en arrière et que les terrains envisagés ou optionnés par Roubaix couvraient 235 hectares (la moitié du territoire croisien, Beaumont, Fer à Cheval, Barbieux, Frandres et breucq, le Créchet) furent réduits à 167, 80, 32 puis 14 hectares.
Les plans d’eau et cascades furent terminés en 1908. L’exposition de 1911 s’installe sur la partie esplanade-laiterie et ce n’est qu’en 1916 que sont définitivement fixées les nouvelles limites de territoires en 1919, percement du boulevard et de l’avenue Jaurès. (L’avenue de Jussieu et Le Nôtre existaient depuis 1910).
Les documents définitifs de ces nouvelles percées sont signés en 1925 par les deux municipalités. Dès 1921, les terrains laissés vacants par la démolition des pavillons de l’Exposition internationale furent lotis et bâtis d’immeubles bourgeois dont certains existent toujours.
 
Une petite anecdote pour la partie des secondes cascades actuelles. Cette campagne prolongée attendit jusqu’en 1976 sa configuration actuelle. Jusque là, le Thorein, humble ruisseau, né des ressuyages des terres de Beaumont, s’écoulait à ciel ouvert jusqu’en contrebas de l’avenue Le Nôtre et rejoignait la Marque sous le Fer à Cheval, en souterrain. A l’origine, (1909) le Mongy circulait Avenue Le Nôtre, Avenue Jaurès.
 
Le parc, lui-même, dessiné par Charles Aumont, grand architecte urbaniste parisien, fut agrémenté d’une statuaire importante d’hommes célèbres de Roubaix. La tour du Fer à Cheval, centre désormais la perspective des étangs, au-delà de la passerelle qui desservait un chalet des Mille colonnes, lui aussi disparu.
Jusqu’en 1903, la partie située jusqu’à la Marque (Holden) est tracée, nivelée, plantée. Le vélodrome est en exploitation de 1903 à 1909, les avenues de Jussieu, Le Nôtre sont carrossables (graviers), les « fabriques » de confort installées (les 1000 colonnes disparues font l’objet d’un projet de reconstruction- devenu La Laiterie (1907).
 
Entre 1866 et 1911 (1916 signatures), les terrains envisagés ont dégraissés de 246 ha à 14 ha… acquis par Roubaix. Les rocailles d’eau sont terminées en 1908.
L’exposition de 1911 (Fallières) s’installe depuis l’avenue de Jussieu et dans le quadrilatère compris entre la Duquenière, le Créchet et le Boulevard de Cambrai (Croix) les terrains sont rétrocédés en 1919 (derniers documents en 1925 confirmant la cession des terrains) après le percement de l’avenue Jean Jaurès (1916), et les cadastres modifiés pour la circonstance entre les deux cités Résidences bourgeoises et vers 1960 collectifs privés.
RAPPORT ADMINISTRATIF DE 1906
Comme suite aux vœux émis par le Conseil municipal, à différentes reprises déjà, le Service de la Navigation étudie la construction d’un pont dans le prolongement de la rue des Soies, pour faciliter les communications entre la Gare du pile nouvellement outillée et le Quartier du Laboureur.
L’amélioration du pont placé sur l’écluse du Sartel est également à l’étude. Un siphon a été construit sous le canal en juin 1906, pour déverser dans l’Espierre les eaux d’égout des quartiers en bordure de la route de Leers.
Le Canal de Roubaix est une voie navigable à bief de partage ; sa longueur totale est de 23 km 885 mètres, y compris les branches de Croix et de Tourcoing. Il joint l’Escaut à la Deûle par l’intermédiaire du Canal de l’Espierre ; il est, par conséquent, en communication avec les bassins houillers et les ports de mer du Nord. Les différences de niveau sont rachetées, du côté de la Deûle, par 7 écluses, du côté de l’Escaut, par 6 écluses. (Dont une en Belgique), qui toutes ont 5 m 20 de largeur.
Le canal de Roubaix, traversé par de nombreux ponts, a été livré à la navigation en quatre parties, savoir : La première comprise entre Croix et la Deûle, en 1832 ; la deuxième, entre Roubaix et la frontière, le 10 décembre 1843 ; la troisième, reliant les deux premières branches, le 1er janvier 1877, la quatrième (Branche de Tourcoing), le 1er octobre 1892.
 
Le tirant d’eau à l’étirage est de 2 m 20 ; la largeur du plafond est de 10 m ; la longueur utile des écluses est de 39 m 60. Le canal peut livrer passage aux bâtiments d’un tonnage de 375 tonnes.
Le canal est alimenté par les eaux de la rigole de dessèchement des marais de la Deûle, élevées jusqu’au bief de partage par les machines élévatoires situées à Lille près de l’ancienne écluse de Saint André.
Le mouvement de la navigation a suivi une progression rapidement croissante. La statistique donne les chiffres suivants : En 1877, le tonnage absolu a été de 164.062 tonnes ;
 
1878                             207.017
1890                             459.553
1896                             690.081
1906                             734.322
 
Les principales marchandises transportées 
Année Combustible   Matériaux de Produits          Produits          Divers, engrais, machines
                                   Construction   Industriels      Agricoles        flottage, bois à brûler
 
1898    334.103           111.836           30.794               96.555            30.966
1899    293.932           115.657           31.929             142.832           28.185
1900    295.447             96.956           39.626              77.072            31.810
1901    351.660             89.863           30.614              95.593            31.593
1902    375.550             73.279           26.514              91.206            29.107
1903    397.228           113.935           32.614             116.594           38.057
1904    353.421           123.125           26.563             153.879           57.701
1905    353.145             87.802           36.060             167.572           37.576
1906    362.924           108.664           17.720             192.203           52.811
 
 
LE PORT 
Le tonnage total du trafic du Canal de Roubaix, est supérieur de 52.167 tonnes à celui de 1905. Le tonnage des marchandises chargées ou déchargées dans les ports de Roubaix est inférieur de 59.954 tonnes à celui de l’année 1905. La ville de Roubaix a créé sur le canal, avec le concours de l’Etat, un port public qui rend de très appréciables services. Le mouvement total du port de Roubaix, proprement dit, compris entre le Pont du Blanc Seau et l’Ecluse du Galon d’Eau, a été : en 1898 de 313.913 tonne ; en 1899, de 288.165 tonnes ; en 1900, de 222.209 tonnes ; en 1901, de 259.134 tonnes ; en 1902, de 309.594 tonnes ; en 1903, de 331.752 tonnes ; en 1904, de 351.752 tonnes ; en 1905, de 345.170 tonnes ; en 1906, de 351.674 tonnes. Le tonnage des marchandises manutentionnées dans ces ports représente les 47,8 % de l’ensemble du trafic du canal.
 
Indépendamment du port de Roubaix proprement dit, il s’est créé, depuis quelques années, un mouvement commercial assez important dans le Port du Sartel dont le trafic distinct de celui du Port de Roubaix a été : en 1900, de 88.416 tonnes ; en 1901, de 95.599 tonnes ; en 1902, de 93.068 tonnes ; en 1903, de 85.111 tonnes ; en 1904, de 104.652 tonnes ; en 1905, de 100.406 tonnes ; en 1906, de 153.856 tonnes.
           
Le tonnage des marchandises arrivées dans ce port ou qui en ont été expédiées, représente en 20,9 % de l’ensemble du trafic du canal.
           
L’ensemble du trafic de la voie navigable, sur le territoire de Roubaix, ressort : en 1900, à 310.625 tonnes ; en 1901, à 354.733 tonnes ; en 1902, à 402.662 tonnes ; en 1903, à 416.863 tonnes, en 1904, à 456.623 tonnes ; en 1905, à 445.576 tonnes ; en 1906, à 505.530 tonnes.
           
Le tonnage total du mouvement de la navigation sur le territoire de Roubaix, représente les 68,4 % de l’ensemble du trafic du canal.
POURCENTAGE DU MOUVEMENT DES MARCHANDISES
 
Matières                                  Voie d’eau      Voie ferrée       Voie de terre               Total
Houille                                         34,1                    63,1                 2,8                               100
Matériaux de construction       40,9                    34,3               24,8                               100
Engrais                                      100,0                                                                                100
Bois                                             49,9                    37,5               12,6                                100
Industrie métallurgique            24,7                    71,6                 3,7                                100
Blé                                               93,0                      7,0                                                      100
Farine                                         34,7                     64,3                                                      100
Laine                                            4                        96,0                                                       100
Coton                                           5,2                     94,8                                                       100
Légumes                                                              100,0                                                       100
Fourrages secs                         12,2                    45,0               42,8                                  100
 
Sur les 40 ports les plus importants du réseau des voies navigables du Nord et du Pas de Calais, le Port de Roubaix occupe le 11e rang ; Les dix ports les plus actifs étant en 1906 !
 
1° – Dunkerque (sur le canal de Bourbourg, de Bergues et de Furnes) ; 2° – Béthune, port public ; rivages houillers, de Marles et de Bruay (sur le canal d’Aire) ; 3° – Vendin (sur le canal de la Haute Deûle, 1ère section ; 4° – Harnes (sur le canal de Lens) ; 5° – Denain (sur l’Escaut) ; 6° – Beuvry (sur le canal d’Aire) ; 7° – Violaines (sur le canal d’Aire) ; 8° – Lille ; 9° – Liévin (sur le canal de Lens) ; 10° – Auby (sur le canal de la Haute-Deûle, 1ère section).
 
 
LE CERCLE NAUTIQUE « L’AVIRON »
Créé en 1884, le cercle nautique de l’Aviron fut d’abord installé sur les rives du Blanc Seau, il déménagea en 1924 jusqu’au quai du Grimonpont pour pouvoir s’entraîner sur le bief du canal Sartel-Grimonpont. Les trophées de ce club furent nombreux, et le plus éclatant fut sans doute la victoire aux régates internationales de l’Exposition universelle de Paris en 1900, véritable course olympique avant l’heure.
 
 ECOLE MUNICIPALE DE NATATION
Inaugurée en 1880, l’école municipale de natation fut construite à deux pas du canal, sur un terrain de 13 700 m2. A la fin du siècle, l’administration municipale s’émut du manque de fréquentation de l’établissement qui accueillait 16 000 personnes en moyenne par an. Les installations furent supprimées en 1936.
 
 LA JEUNE CLARA
Les principales marchandises transportées sur le canal de Roubaix sont les combustibles, les matériaux de construction, les produits industriels et agricoles. Il faut, en plus, mentionner les deux bateaux qui font les transports à longue distance, des ordures ménagères provenant du service de l’ébouage de la ville. Un des bateaux affectés à cet usage a eu, jadis, son heure de célébrité. L’histoire, révélée par Monsieur Deschodt, un soir de séance du Conseil municipal, eut alors beaucoup de succès. Elle n’est pas tellement vieille qu’on l’ait oubliée, mais on la lira encore avec plaisir.
L’administration avait fait l’emplette, du temps épique où Monsieur Lepers présidait aux destinées de l’ébouage (ordures ménagères), d’un bateau baptisé la Jeune Clara. Ce bateau était occupé :
« A porter l’feumi d’l’ébouache
Au villache.
Y avot coûté tros mille francs,
C’hétot inn’ belle occasion,
Si y avot été nouveau.
Mais ch’étot du vieux bos ! »
La Jeune Clara fut une cause de grands déboires, à peine en service, on s’aperçut qu’elle ne méritait pas son beau nom,
« Car ell’ étot rempli d’crevasses
Dans s’ carcasse ! »
Il fallut la faire réparer et trois mille francs furent votés pour la remettre en état.
Par Théodore LEURIDAN
MEMOIRES DE LA SOCIETE D’EMULATION DE ROUBAIX
CINQUIEME SERIE, tome II, 1914

Le riez du Trichon

Il y aurait beaucoup d’ironie à appliquer ces vers aux Roubaisiens : le cours d’eau qui arrose leur territoire n’est pas une rivière, encore moins un fleuve et on les voit difficilement s’y désaltérer, mais enfin, ils en ont un et ils peuvent dire : « Mon verre n’est pas grand mais je bois dans mon verre ».

Roubaix tire son nom, si nous en croyons les étymologistes, de deux mots tudesques : Ross : plaine marécageuse et Bach ou Bais : ruisseau. Un mince filet d’eau serpentant au milieu des bois, à travers des prairies qu’il inonde à la mauvaise saison, tel était quand nos premiers ancêtres vinrent s’installer sur ses rives, le cours d’eau dont je vais vous tracer le parcours.

Quantum mutatus ab illo : ces bois où l’on croyait entendre les oréades répondre aux naïades – Ces près fleuris – Ce clair ruisseau où buvaient les colombes et où, au début du siècle dernier, on pêchait encore des écrevisses, si j’en crois les mémoires d’Henri Dubar-Ferrier. Tout cela a disparu, et ce clair ruisseau, serré dans un corset de briques, est devenu sur tout son parcours un égout qu’il serait difficile de poétiser.

Trichon est composé de deux mots : trierss ou tirss et on. « Trie – Tries – Triez » : (je cite Leuridan à qui d’ailleurs j’ai beaucoup emprunté) désigne un certain espace de terrain abandonné par les eaux d’un ruisseau ou formé par ses alluvions ; « on »  signifie eau, ruisseau. Trichon serait une appellation générique à qui l’usage a donné un sens particulier et qui s’est étendue au ruisseau même qui a produit le triez, au bois qui croissait sur ses rives et au hameau qu’il arrosait.

Notre riez est le riez de Favreuilles, qui se prolonge par le riez du Trichon, du Triechon ou Tricson. Il prend sa source près de la ferme Deldouille, située sur le territoire de Mouvaux, entre le chemin des Duriez et le Boulevard Carnot. Vieille ferme qui existait au 18e siècle, sous le nom de Cense Douille et qui garde encore en partie ses toits de chaume et son fossé mais qui disparaîtra bientôt car ses terres sont de plus en plus envahies par les constructions.

Il reçoit les eaux des fossés qui sillonnent d’une par les versants sud de la petite éminence sur laquelle est bâtie Mouveaux et de la butte qui supporte le réservoir des Bonnets et, d’autre part celles des fossés qui bordent le chemin des Duriez et la rue Lamartine jusqu’au Grand Cottignies.

On serait peut-être tenté de croire que le Riez a donné son nom au chemin des Duriez ou Ouriez. Il n’en est rien, car ce chemin aboutit à un lieu dit « Duriez » situé entre le boulevard de la Marne et la propriété de M. César Pollet où se trouvait au début du 18e siècle une cense du nom de Dury.

Le riez longe la rue des Lilas ; à cet endroit, il est encore bien modeste, car il ne représente qu’un fossé passant sous un trottoir. Il continue le long de l’avenue Gustave Grau dans les jardins compris entre cette avenue et la rue du Congo. Il forme la limite de la propriété actuellement lotie de M. Victor Vaissier, autrefois campagne de M. Bulteau-Lenglet et aboutit au canal. Quelques pans de murs indiquent encore l’emplacement du château de M. Bulteau au bord de la rue de Wasquehal en face de l’usine Noblet. M. Vaissier, qui était un grand amateur de chevaux, en avait fait de belles écuries.

Le Trichon traverse le canal dans un siphon : après sa résurgence, il circulait récemment encore à ciel ouvert sur un terrain qui longe le canal entre celui-ci et la rue Carpeaux à Wasquehal. Il fut recouvert il y a quelques années quand la maison Carette-Duburcq acheta le terrain pour servir de décharge. Il traverse la rue Carpeaux, puis la rue Lafontaine et arrive à la rue du Riez à qui il a donné son nom d’une façon certaine cette fois.

Autrefois, depuis la rue de Wasquehal à Mouvaux jusqu’à la rue de la Mackellerie, c’est à dire jusqu’à son entrée sur le territoire de Roubaix, il servait de ligne de démarcation entre Tourcoing d’un côté et les trois communes de Mouvaux, Wasquehal et Croix de l’autre. Cela n’est plus très exact car il a été canalisé et d’une façon malheureuse : le rétrécissement de son lit amène, par les grandes pluies, l’inondation du quartier. Il sert successivement d’aqueduc à la rue du Riez à une partie de la rue du Croix et à la rue des Trois-Villes.

Il pénètre sur notre territoire au carrefour de la rue de Constantine à Tourcoing, de la rue Boucher-de-Perthes à Roubaix et de la rue de la Mackellerie qui sépare les deux communes, passe sous l’usine Lemaire et Dillies, autrefois Richard Desrousseaux, à travers l’emplacement de l’ancienne usine Gaydet, traverse la rue du Luxembourg, passe sous l’usine des Anciens Etablissements Cordonnier, traverse le chemin de fer à cinquante mètres environ du pont des Arts, coupe la rue de la Digue et la rue du Vivier. Ces deux noms sont significatifs : le dernier volume de l’histoire des rues de Leuridan nous renseignera sans doute sur l’étang alimenté par le Riez à cet endroit.

Celui-ci arrive à l’ancien abreuvoir. J’ai dit que le riez avait failli être barré par le cadavre d’un baudet qui s’y était noyé, histoire qui a quelque analogie avec celle de la sardine bouchant le port de Marseille et qui me rappelle la triste fin d’un autre Martin. Il existe au n° 18 de la rue de Mouvaux, une maison basse, sans étage, qui est l’ancien « cabaret de l’Ane rouge » ainsi dénommé pour rappeler le sort d’un malheureux animal que son maître, sur le conseil d’un mauvais plaisant, enduisit de pétrole et grilla pour n’avoir plus la peine de le tondre.

Après sa traversée de la rue de l’Epeule, le riez passe sous l’ancienne usine Ernoult-Bayart, coupe le square Pierre Catteau presque le long du Tribunal de commerce, franchit la rue Mimerel en son milieu, passe à travers l’emplacement de l’usine Prouvost-Screpel, puis Georges Masurel, sous la teinturerie Auguste et Jean Dubar et rejoint la rue des Fabricants sous l’ancienne Ecole qui fait l’angle de cette rue avec la place du Trichon.

Autrefois, il arrosait à cet endroit « Le hamel », carrefour et amas de maisons appelé le Tricson qui faisait partie de la seigneurie de Favreuil et qui lui a donné son nom. Il serpentait à travers le bois du Trichon qui, vers le nord, arrivait jusqu’aux clôtures du cimetière de la chapelle Saint-Georges et des maisons bâties le long de la rue de ce nom. Ce bois, dont il y a cent ans, il existait encore des vestiges, contenait 2 bonniers, soit 2 hectares et demi (le bonnier est une mesure agraire de la Flandre Française qui, suivant les localités, valait de 122 à 142 ares). Ce bois a disparu depuis longtemps ; en 1649 il était déjà converti en labours. A cette époque, un sentier descendait de la Chapelle Saint-Georges et allait rejoindre, au hameau, le cabaret du Croque Chuque en passant le riez sur une simple planche.

Le long du riez, entre le Trichon et la rue Neuve, s’étendait encore en 1826 le Curoir, établissement où les ménagères du bourg faisaient curer leur linge moyennant finance et qui consistait en un pré sillonné de fossés desservis par le riez. Son souvenir est resté dans le nom de la rue du Curoir.

Ne quittons pas ce quartier sans signaler que lorsqu’il s’est agi de tailler un domaine à la seconde paroisse de Roubaix (à l’église Notre-Dame), le côté gauche du riez depuis la rue de la Mackellerie jusqu’à la rue du Bois en fixa la limite.

On se demande pourquoi, puisqu’il n’existait alors que deux paroisses, on n’a pas étendu la ligne de démarcation sur la rive droite : c’est qu’il n’existait encore en 1840, sur cette rive, que des fermes et quelques hameaux : Favreuil – Le Trichon – Le Pile – Les Trois Ponts. Jusqu’à la Révolution, tout le développement de Roubaix s’est fait sur la rive gauche. A cette époque, le riez constituait la limite de l’agglomération, depuis la place de la Liberté jusqu’à la rue de l’Epeule.

Le riez passe sous l’usine Deschepper, coupe la rue du Nord au n° 10, traverse la rue du Curoir près de la porte du Nord-Tourisme et arrive à la rue du Maréchal Foch en face de l’Automobile Club, à un endroit où une double plaque d’égout de chaque côté de la rue indique son passage et l’emplacement du second pont.

Il traversait autrefois la rue Neuve (rue Maréchal Foch actuelle) un peu plus haut, en face de la rue des Fabricants. Il y eut à cet endroit un premier pont qui fut remplacé par un autre, sans doute plus large et mieux adapté à la circulation. Je cite : « en 1727, on construisit un nouveau pont en remplacement du vieil pont sortant du Bourg allant vers le moulin ».

La déviation du Riez eut pour conséquence d’agrandir le jardin de l’hôpital sans déplacer toutefois l’arrivée des eaux dans les fossés du château. Le nouveau pont avait 45 pieds de longueur, soit environ 15 mètres. On pourra s’étonner d’une pareille importance, mais il faut supposer que le riez avait un débit très variable, puisque, mince filet d’eau parfois, il inondait à l’occasion les près de la grande brasserie et la plaine jusqu’à Wattrelos.

Certaines dénominations de lieu, comme autrefois la Digue du Pré et actuellement encore, la rue de la Digue, rappellent qu’il fallait parfois contenir ses eaux. Il n’a pas changé d’ailleurs et surtout depuis que son bassin est presque complètement couvert de pavés et de toitures : il ne peut y avoir de grandes pluies sans que les caves des riverains ne soient inondées.

En 1693, d’après un « cueilloir » d’impôts, le château comprenait dans son enclos « puy, beffroi, donjon, basse court, amasse de granges, écuries, estables, ponts  » et plusieurs autres édifices entourés d’eau, jardin de plaisance et pour la cuisine, le tout repris pour 2 bonniers.

D’après le plan qui nous a été laissé par Sanderus, l’ensemble formait un vaste rectangle aux coins arrondis, ayant approximativement 200 mètres de long sur 100 mètres de large. Le château se trouvait très probablement dans la rue du Château, prolongement de l’ancienne avenue du Château à l’endroit où la chaussée présente un léger renflement en face de l’ancienne maison de Mr Delannoy-Leroux, au n° 9. Le château était bâti sur une motte un peu élevée. Le domaine comprenait deux enceintes de fossés, une pour le château et l’autre englobant les jardins et la basse-cour qui se trouvait devant le château du côté de l’église. Le fossé extérieur dont nous nous occupons seulement était donc constitué par quatre parties droites. L’une le long de l’actuelle rue de la Poste, deux autres qu’on peut situer d’un côté, entre la rue du Château et la rue Jeanne d’Arc, parallèlement à ces rues, et enfin une quatrième au niveau de la façade du bâtiment de la chambre de Commerce sur la Grande Place.

Le Riez débouchait dans ce fossé à l’angle du quadrilatère après avoir contourné en remontant un peu vers Saint-Martin, le fond du jardin de l’hôpital.

Il s’échappait par l’angle diamétralement opposé qui se trouvait à l’endroit où les bâtiments de l’institution de la Sagesse donnent sur la rue de la Poste. Mais tout cela est de l’histoire ancienne, car du château et de ses fossés, il ne reste plus rien.

A partir de l’endroit du pont de 1727, il a été depuis dévié et transformé en aqueduc. Il tourne à angle droit, suit la rue du Maréchal Foch jusqu’à la rue de la Poste (ancienne rue de l’Union) fait encore un angle droit pour suivre celle-ci sur l’emplacement de l’ancien fossé jusqu’à l’institution de la Sagesse où il retrouve son cours à l’endroit où il servait autrefois de décharge aux fossés du château.

Il passe sous cet établissement, dessine un arc de cercle en passant dans l’ancien jardin de M. Léon Motte où il contournait à dix mètres environ du coin, le pavillon circulaire qui se trouvait autrefois à l’angle de la rue de la Sagesse et de la rue Jeanne d’Arc, traverse celle-ci en biais, passe sous les Halles, coupe la rue des Halles, traverse le pâté de maisons qui fait l’angle de la rue Pierre Motte et de celle-ci, traverse la rue Pierre Motte, passe derrière les maisons qui font face au boulevard Gambetta et arrive place de la Liberté à 50 mètres environ du boulevard. Il la traverse en biais, il longe la Banque de France.

Autrefois, il longeait un bois, le bois de Ribobus, qui allait des fossés du Château jusqu’au Saint-Sépulcre. Ce bois appartenait à la Chapelle du Saint-Sépulcre et à l’Hôpital Sainte-Elisabeth. En 1688, l’hôpital nomme un expert pour l’arpentage et la délimitation de la partie appartenant à chacun.

Quand on considère l’aspect du territoire de Roubaix à cette époque, on est frappé de l’importance de la partie boisée. Le bourg est entouré de bois qui devaient lui donner un aspect charmant : le bois du Trichon, le bois de Ribobus, le bois de l’Ommelet, le bois qui séparait le bourg du fief du Fontenoit, le Fresnoy, le Quesnoy.

L’Hommelet était un bois d’ormes, car l’Hommelet qui doit s’écrire sans h, en un seul mot, vient du latin olmus, orme, qui a donné olme puis lomme et lommelet, comme aulnoye, lieu planté d’aulnes a donné Lannoy.

Il y avait encore, en 1783, soit à la veille de la Révolution sur Roubaix, 70 ares 80 ca, soit environ 8 000 m² de bois, taillis, plus en arbres épars : 631 chênes, 25 414 ormes, 1 406 frênes, 2 132 bois blancs, 518 peupliers et 19 arbres divers, soit environ 30 000 arbres.

J’ai dit que le Riez traversait en biais la place de la Liberté. A cet endroit, après avoir franchi la rue de la grande brasserie, il limitait autrefois, à gauche le jardin du Saint-Sépulcre, et à droite, les près de la grande brasserie. En ce temps là, naturellement, la place de la Liberté n’existait pas. Quand on venait de Saint-Martin, on avait à droite, la rue de la Grande Brasserie, plus tard rue du Saint-Sépulcre qui était le prolongement de la rue Pauvrée. Cette rue était bordée à gauche par la chapelle du Saint-Sépulcre et par les bâtiments adjoints et, plus loin, par les jardins qui allaient jusqu’au Riez. La chapelle était située le long de la Grande Rue.

Quand le Saint-Sépulcre disparut, on créa à son emplacement la place du marché au charbon, et plus loin, vers le boulevard Gambetta, on bâtit une gendarmerie que ceux de mon âge ont connue. Le marché au charbon était ainsi appelé parce qu’au début du siècle dernier, le chemin de fer n’existait pas, les honorables commerçants de cette profession allaient aux mines d’Anzin. Les seules qui existaient alors, avec des tombereaux, ramenaient le charbon sur la place du marché, près de la chapelle du Saint-Sépulcre, mettaient le tombereau sur tréteaux, et attendaient le chaland. L’affaire conclue, on rattelait, et en route pour l’usine !

Le Riez recevait à sa gauche un affluent, le ruisseau amenant les eaux de la fosse-aux-chênes qui formait l’extrémité de la rue Pellart séparant ainsi Roubaix de son faubourg Saint-Antoine, passait derrière les maisons de la rue Pauvrée, traversait sous un pont la Grand’Rue qui prenait à cet endroit le nom de rue de Fourquencroix ou du Galon d’Eau, et longeait le domaine du Saint-Sépulcre du côté opposé à la rue de la Grande Brasserie. Le pont s’appelait Pont de Fourquencroix.

Le Seigneur de Roubaix percevait sur ce ponchel, comme sur le ponchel de la cauchie de la chaussé (rue Neuve), un droit de péage à charge d’entretien des dits ponts. Ce droit de péage, viage ou ponténage, consistait en deux liards par chariot étranger passant sur l’un des deux ponts.

Je ne sais à quelle époque ces ponts ont disparu, celui de Fourquencroix n’existait déjà plus en 1727, puisqu’à cette date, je cite : « on établit une nouvelle et plus grande buise pour la décharge des eaux venant de la fosse aux chênes à travers le parc de Fourquencroix ».

La Fosse aux chênes tire son nom d’un étang. Divers actes constatent aux cours du 17e siècle, des levées de corps noyés dans la fosse vulgairement appelée fosse-aux-chênes. Un hameau dit « près de l’Etang » existait à côté de ceux de la Basse-Masure, de l’Hommelet aux bois et de la Longue chemise. La rue des Sept-Ponts qui va de la place de la fosse-aux-Chênes à la rue de l’Hommelet, rue tortueuse comme toutes les anciennes chaussées, est un souvenir du petit cours d’eau qui amenait à la Fosse-aux-chênes les eaux du bois de l’Hommelet.

Reprenons le cours du riez. Après avoir reçu le ruisseau de la Fosse-aux-Chênes, il arrosait le domaine de Fourquencroix ainsi nommé parce qu’il se trouvait à l’endroit où la chaussée de Tourcoing à Lannoy par l’Hommelet traversait le chemin de Wattrelos, formant avec celui-ci une croix.

Il arrosait ensuite les fiefs de Beaurewart, de Beaurepaire, longeait la digue du Prêt. Actuellement, en quittant la place de la Liberté, il traverse les pâtés de maisons qui se trouvent entre la Grand’rue et le boulevard Gambetta, coupant ainsi dans leur milieu les rues Louis Catrice, Pierre de Roubaix, des 15 ballots et Nadaud, traverse l’emplacement du peignage Allard, passe sous l’ancienne usine Mulliez-Eloy, et atteint le canal ; il arrive au quai de Lorient où il traverse le canal dans un siphon à gauche de la porte de l’écluse.

Avant de traverser le canal il était encore à découvert il y a une quarantaine d’années, derrière une maison du quai de Lorient. Il donnait lieu à un métier qui se pratiquait aussi sur l’Espierre, près de la rue de l’Union à Wattrelos. Des gens ingénieux plantaient dans le cours d’eau des broches de fer en quinconce, la laine échappée des peignages avec les eaux de lavage s’accrochait à ces broches et la récolte donnait une honnête aisance à ces pêcheurs d’un genre particulier.

Un nommé Wallerand qui pratiquait ce métier quai de Lorient, faillit un jour d’orage, être entraîné sous le canal par une crue subite.

Après le canal, le riez circule à découvert, puis passe sous l’usine Carissimo, coupe la rue des Soies, passe sous le peignage Alfred Motte puis sous le chemin de fer, et finalement, après avoir encore circulé à découvert, va se jeter dans l’Espierre, à la limite du territoire derrière l’usine des alcools et levures de grains, anciennement Charles Droulers.

Les autres cours d’eau de Roubaix

Je ne veux pas terminer ce petit travail sans dire un mot des autres petits cours d’eau qui autrefois arrosaient le territoire de Roubaix et qui, maintenant, comme le Trichon, reçoivent beaucoup plus qu’ils ne donnent.

Le fief du Fontenoy avait son siège à l’endroit où fut bâti le château de M. Achille Wibaux. Ce sont les terres dépendant immédiatement de ce fief qui ont formé le parc autrefois considérable de ce château comme les terres du fief du Fresnoy ont constitué le parc immense (il avait bien une vingtaine d’hectares) du château de Mme Descat.

A la limite du fief du Fontenoy du côté de Tourcoing, coulait un ruisseau qui prenait sa source sur le versant nord de la butte de Mouvaux, derrière la propriété de M. Vanoutryve. La percée du canal de Tourcoing a diminué son domaine ; il ne reçoit plus que les eaux qui tombent dans l’angle formé par le canal de Roubaix et celui de Tourcoing. L’usine Mathon-Dubrulle est probablement son plus important fournisseur. Ce ruisseau traverse le boulevard, le chemin de fer, longe le canal et va se jeter dans l’Espierre près du boulevard des Couteaux. Il est encore à certains endroits découvert. Il y avait autrefois, à droite de l’ancien chemin de Roubaix à Tourcoing, sur le riez du Fontenoit, une chapelle : celle-ci, confiée aux soins de la confrérie de Saint-Joseph, prit le nom de chapelle de Saint-Joseph du Fontenoit.

Le nom de cette chapelle aujourd’hui disparue et qui a été remplacée par l’église Saint-Joseph, s’est insensiblement substituée à celui du Fontenoy et s’applique actuellement au quartier et au Riez.

Le Riez des Trois Ponts qui prend sa source sur le territoire d’Hem au bout de la rue Carpeaux, passait près de la « Petite Vigne », derrière la Potennerie ou plutôt Pontennerie, qui tient peut-être son nom d’un pont qui le traversait à cet endroit, alimentait les fossés de la ferme de Courcelles, traversait les hameaux du Pile et des Trois Ponts, et se jetait dans l’Espierre au Sartel.

Comme son territoire n’a été bâti qu’à une époque récente, où les idées de voirie, d’urbanisation étaient beaucoup plus développées que du temps de nos Pères, il a été dévié, rectifié, canalisé et n’est plus qu’un égout bien discipliné qui suit la rue Carpeaux, le boulevard de Reims, le boulevard de Mulhouse, fait un détour par les rues Victor Hugo, Alfred de Musset, des Trois Ponts et d’Anzin, puis traverse la gare de Roubaix-Wattrelos et se jette dans l’Espierre près du pont du Sartel après avoir passé sous le canal.

Il reste encore deux autres ruisseaux ; le courant de Maufait et le courant de Cohem qui, coulant parallèlement de chaque côté du boulevard Industriel en venant de la rue de Lannoy près de laquelle ils prennent leur source, se réunissent et se jettent dans l’Espierre à la limite de notre commune. Ces ruisseaux qui sont à découvert sur presque la totalité de leur cours, n’ont que peu de débit et pas du tout d’histoire.

On a dit que Roubaix devait son développement industriel à l’abondance de ses eaux, alors qu’il n’y passe aucune rivière et qu’au moment où l’industrie a commencé à prendre son essor, celle-ci n’avait comme ressource, qu’un faible ruisseau. Un teinturier s’était établi dans les dépendances du château pour en utiliser l’eau des fossés ; d’autres en étaient réduits à aller chercher l’eau dans des tonneaux autour des fermes. On a remédié à cette pénurie par l’adduction des eaux de la Lys moyen insuffisant et trop coûteux. Si Roubaix est peu fourni d’eau à sa surface, il a la chance de se trouver sur une cuvette du crétacé où viennent s’accumuler celles des environs, ce qui explique que chaque usine peut maintenant avoir son forage.

Le grand développement industriel de Roubaix n’aurait pas été possible si le progrès n’avait pas rendu aisé le percement des forages aux environs de cent mètres de profondeur ; sans eux, il n’y aurait pas eu les grands peignages et les grandes teintureries qui sont une des principales forces de Roubaix. Ce fait et celui de trouver sur son sol une excellente terre à brique (l’argile de Roubaix est particulièrement spécifiée dans la géologie de la région) sont peut-être des causes moins indirectes qu’on pourrait le croire, de sa prospérité.

J’ai fini. Il était difficile de vous intéresser avec l’histoire d’un seigneur d’aussi faible importance que notre Riez. Si j’ai réussi à ne pas être trop fastidieux, c’est en employant la fameuse recette de la soupe aux cailloux, c’est à dire en y ajoutant bien des choses. J’espère que vous excuserez mes digressions. Des détails, parfois futiles, m’ont paru avoir quelque intérêt pour notre histoire locale. 

Félix Delattre

Administrateur de la Société d’Emulation de Roubaix
Séance de la Société d’Emulation de Roubaix du 13 avril 1944

L’hôpital Napoléon

C’est à Napoléon III que l’on demanda de poser la première pierre. Ce à quoi l’Empereur fit répondre le 6 juin 1853 : qu’il ne savait à quelle époque il se rendrait dans le Nord de la France et que ne voulant pas retarder les travaux il ne souhaitait pas poser la première pierre de l’hôpital mais qu’il consentait avec plaisir à lui donner son nom. Afin d’honorer les souscripteurs et l’Empereur, la Chambre consultative désirait aussi que les noms des souscripteurs soient gravés sur des tables de marbre qui décoreraient la salle principale de l’hôpital dans laquelle serait placé le buste en marbre de Sa Majesté l’Empereur Napoléon III.

C’est l’hypothèse d’un hôpital hospice qui est d’abord envisagée. La dépense pour la première partie de l’hôpital contenant 160 lits est évaluée à 200 000 francs. Achille Dewarlez est chargé d’en établir les plans. A quel endroit va-t-on construire cet établissement? On projette de l’édifier à la place de l’ancien cimetière de Roubaix situé rue du Fresnoy auquel serait adjointe une parcelle appartenant à Madame Deffrennes. Mais cela est refusé par le Conseil central d’Hygiène et de Salubrité du Département du Nord qui décrète que le terrain du cimetière de Roubaix ne peut être livré au commerce avant 30 ans, à dater de l’époque de sa fermeture (c’est à cet endroit que sera construite en 1885 l’ ENSAIT). Plusieurs autres emplacements sont donc étudiés : un terrain situé à l’ embranchement (rue de Lille actuelle), celui de la rue des Longues Haies, un autre au Galon d’eau enfin un emplacement rue de Blanchemaille situé entre cette rue et la voie de chemin de fer. Le terrain de la rue des Longues Haies est refusé en raison de la proximité de la partie la plus insalubre du canal et c’est l’emplacement de Blanchemaille qui est choisi. C’est un terrain élevé, sec, au nord-ouest de Roubaix, recevant donc très peu de vents passant par la Ville.

Il est près du centre de l’agglomération et des quartiers habités par la plus grande partie des nécessiteux. Un des inconvénients de ce terrain est l’éloignement du cimetière, d’où nécessité pour s’y rendre de traverser toute l’agglomération, sans méconnaître les inconvénients réels de mettre sous les yeux des habitants les nombreux convois funèbres en temps d’épidémies. Et le Conseil central d’Hygiène conclut de la façon suivante : le terrain de Blanchemaille est un point culminant, bien aéré, le sol est sec. Ce terrain est donc celui qui doit être choisi pour y construire l’hôpital. Ce terrain est constitué de deux parcelles dont l’une appartient à M. Louis Ducatteau et l’autre à M. Cannesson.

Le 5 février 1857, M. Tiers Bonte, faisant fonction de Maire, décide de mettre au concours un projet complet d’hôpital communal. Le projet devra être conçu dans les vues d’une grande économie, sans toutefois nuire à la solidité et à la régularité des formes. Point de luxe, mais du confortable au dedans et une élégante simplicité à l’extérieur. Il devra y avoir dans chacun des services, hommes et femmes, une salle de bains avec une division particulière pour les enfants.

La Ville ne prend aucun engagement relativement à la direction des travaux. Si l’architecte dont le projet aura été jugé le meilleur n’est pas chargé d’en diriger l’exécution, il recevra 2000 francs à titre de prime. Une prime de 1000 francs sera aussi accordée à l’architecte dont le projet recevra le second prix. En octobre 1857, les douze projets résultant du Concours sont soumis au jugement du Conseil général des Bâtiments civils. C’est le projet n°5 portant l’épigraphe Saint-Vincent de Paul qui est choisi. Il est l’oeuvre d’un architecte parisien M. Botrel d’Hazeville.

L’architecte s’est inspiré de l’hôpital Lariboisière de Paris. Le plan est de type pavillonnaire ramassé. C’est un vaste quadrilatère auquel viennent se souder quatre ailes principales ou pavillons séparés par des jardins. Le projet classé second dénommé « Probitas et Industria » est l’oeuvre de Théodore Lepers, l’architecte municipal.

A noter, parmi les autres projets : le n° 7 de Charles Maillard architecte de Tourcoing (ce projet est conservé aux Archives municipales). Le n° 9 de Clovis Normand fils, architecte à Hesdin. Si le projet choisi reçoit l’aval du Conseil municipal, l’édifice projeté présente un aspect monumental digne d’une ville comme la nôtre, il essuie de nombreuses critiques de la part de la Commission administrative des Hospices : la ventilation des salles ne semble pas assez prise en compte et les salles de réception des malades, la chapelle et les cellules des Sœurs qui n’offrent que deux mètres sur deux sont trop petites. Théodore Lepers qui est chargé des travaux effectue des rectifications aux plans. 

L’enquête d’utilité publique a lieu du 21 août au 4 septembre 1858. Les travaux sont chiffrés à la somme de 293.257,56 francs tandis que le prix de l’acquisition du terrain s’élève à 98.994,06 francs. Le 12 juin 1860, la construction du nouvel hôpital Napoléon sur le terrain dit de Blanchemaille est déclarée d’utilité publique et à partir du mois de mai 1861 le reste des souscriptions est mis en recouvrement.

La souscription rapporte au total la somme de 93 000 francs. L’adjudication des travaux a ensuite lieu le 15 juillet 1861. La première pierre est posée le 15 août suivant, après un Te Deum solennel à Saint-Martin, par le Maire M. Ernoult Bayart, assisté de MM. Julien Lagache, Constantin Descat et Renaux Lemerre, ses adjoints, en présence du clergé, des membres du Conseil municipal et de la Chambre consultative des Arts et Manufactures et de l’architecte Théodore Lepers. Une plaque de marbre rappelle cette cérémonie.

Le 28 août 1863 il est décidé d’agrandir la chapelle, on fait appel à l’architecte lillois Alavoine. Les travaux de construction de l’hôpital dureront jusqu’en 1865. A la suite d’une visite générale mais sommaire de tous les travaux en date du 17 mars 1865, les conseillers municipaux délégués concluent que : « l’ensemble gagnerait à être habité très prochainement et engagent l’administration hospitalière à prendre immédiatement possession de l’édifice bien qu’il ne soit pas complètement achevé dans tous ses détails ». La bénédiction de la chapelle a lieu le 22 mars 1865.

A la séance du Conseil municipal du 30 mars 1865 est soumis le dessin du haut relief à exécuter sur le fronton de la chapelle. Cette oeuvre est due au statuaire parisien Charles Iguel. Très satisfait de la qualité de l’œuvre, le Conseil municipal décide d’ajouter 2.000 francs au 3.000 francs déjà votés. Un peu plus d’un mois plus tard, la décision est prise de placer ce haut relief non pas sur la façade de la chapelle endroit si peu accessible mais sur la façade même de l’hôpital à laquelle il est décidé d’ajouter un étage afin de recevoir le fronton: nous ne doutons pas que l’exhaussement d’un étage donnera à la façade un caractère beaucoup plus important que celui qu’elle a actuellement.

Les malades prennent possession du nouvel hôpital au cours de l’année 1865. En septembre 1865, un buste de marbre de l’empereur est commandé au sculpteur Iselin pour la somme de 2.000 francs (ce buste se trouve actuellement au musée de Roubaix). En effet sollicité par la Municipalité roubaisienne, le ministre de la Maison de l’Empereur et des Beaux Arts n’avait promis qu’un buste en plâtre de Sa Majesté l’Empereur, les frais d’emballage devant être acquittés par la Ville !

Le 28 août 1867, le Conseil municipal vote une allocation supplémentaire de 1500 francs à Charles Iguel à titre d’indemnité et en gage de satisfaction.

Lors de leur passage à Roubaix le 29 août 1867, l’Empereur et l’Impératrice visitent l’établissement. A ce moment, l’hôpital compte 208 lits : 108 au rez-de-chaussée (27 pour les fiévreux, 56 pour les hommes blessés, 25 pour les femmes blessées) et 100 lits au premier étage (26 pour les femmes fiévreuses, 26 pour les hommes fiévreux et 48 pour les enfants du 1er âge à 15 ans).

Le 18 janvier 1869 a lieu l’adjudication des travaux de construction d’une buanderie à vapeur tandis qu’à la séance du Conseil municipal du 22 mai est décidé d’ajouter un étage aux bâtiments latéraux à la cour de la chapelle afin de donner plus d’espace au logement des religieuses et des personnes attachées à l’établissement. C’est l’architecte Edouard Dupire qui est chargé des travaux, son oncle Théodore Lepers venant de décéder le 2 mai 1869. A la chute de l’Empire, l’Hôpital Napoléon reçoit le nom d’Hôpital civil puis d’Hôtel Dieu.

En 1881, Emile Moreau rédige un rapport sur l’hôpital en évoquant les lacunes de l’établissement: Il ne s’y trouve aucune chambre particulière pour les malades infectieux. Les salles constamment occupées y sont forcément insalubres. On y fait aucune consultation publique. Il n’y a point de maternité. Il prône aussi la laïcisation du personnel de l’Hôtel Dieu : il serait plus juste et plus humain de confier le soin des malades et la direction des différents services de l’hôpital à des veuves d’employés et d’ouvriers de l’industrie roubaisienne qu’à des congréganistes étrangères à la ville.

L’année suivante, il est décidé d’ajouter un étage de chaque côté de la cour centrale pour permettre d’installer un dortoir de 16 lits destinés à recevoir des malades atteints de maladies contagieuses et de l’autre les personnes sans famille qui désirent se faire traiter moyennant finances.

La même année, l’architecte municipal dresse les plans d’un baraquement pour varioleux qu’il est d’abord question de construire sur l’emplacement à Barbieux qui doit servir ultérieurement à la construction d’un hospice pour les vieillards puis sur les terrains des Hauts Champs. En 1884, on décide de construire le pavillon pour varioleux de 30 lits dans l’enceinte de l’hôpital sur la parcelle de terrain restée inoccupée du côté de la rue Isabeau de Roubaix… Deux ans plus tard, on projette de construire une brasserie sur le coin de la rue de l’Alma et de la rue Isabeau de Roubaix.

A ce moment, l’Hôtel Dieu compte 331 lits et 15 berceaux. La réception définitive du pavillon pour varioleux a lieu le 5 octobre 1888. L’année suivante est décidé de construire une aile de deux niveaux entre la rue Saint-Vincent de Paul et le pavillon central, ce qui permet d’ajouter 46 nouveaux lits déjà existants. En 1892 est voté un crédit pour l’établissement d’une étuve à désinfection. Cette étuve à désinfection sera mise à la disposition du public : il en coûtera 2 francs pour la désinfection d’un matelas, 0,50 pour celle d’un drap.

En 1893, l’administration des Hospices signale à la Municipalité l’exiguité de la cave de la brasserie de l’Hôtel Dieu : en effet par suite de l’augmentation de la fabrication de bière résultant des livraisons faites aux cantines scolaires (!) et au nouvel hospice de Barbieux, l’entonnerie de la brasserie est devenue insuffisante. En 1895, on décide de réunir le pavillon des varioleux qui avait été construit de façon isolée, au corps central de l’hôpital. En 1898, il est décidé pour agrandir le pavillon des enfants d’utiliser un baraquement dont la construction avait été commencée lors d’une épidémie de choléra et qui avait été conservé dans les magasins de la Ville.

En 1901, l’hôpital reçoit la visite de l’Inspection générale des services administratifs. Il est de nouveau déploré l’exiguïté de l’hôpital et les risques de contagion qui en découle : comme service de contagieux, il y a seulement trois petites pièces ou salles d’isolement ce qui est tout à fait insuffisant et même dangereux. On place indistinctement chez les fiévreux les typhiques et les malades atteints de la diphtérie. A la séance du 27 juin 1902 est votée, à la suite de la découverte dans les écoles roubaisiennes de 81 enfants atteints de la pelade, de la teigne ou de différentes maladies du cuir chevelu, la construction d’un dispensaire pour le traitement des maladies du cuir chevelu avec cette réserve qu’il serait pris des mesures pour que les visites à ce dispensaire ne coïncident pas avec les entrées et sorties de l’école de la rue Saint-Vincent de Paul et ne permettrait pas le contact des enfants malades avec les enfants qui fréquentent la dite école.

En 1907, à l’ouverture du nouvel hôpital de la Fraternité, les malades quittent l’Hôtel Dieu. Celui-ci accueille les pensionnaires de l’Hospice (situé rue de l’Hospice) qui est démoli, on construira à sa place la salle Watremez. Trois cent cinquante vieillards sont hébergés dans ce qui devient alors l’hospice Blanchemaille. A la même époque, la Commission administrative des Hospices fixe son siège dans l’établissement.

En 1911, à la suite d’une visite de l’hospice, M. et Mme Joseph Pollet Motte offre une somme de 100.000 francs pour construire deux infirmeries supplémentaires. La Commission administrative accueille avec empressement cette proposition et décide de réaliser cet agrandissement en surélevant de deux étages les bâtiments qui entourent la cour d’entrée. C’est l’architecte Ernest Thibeau qui est chargé des travaux. Ceux-ci sont terminés en 1913. En 1911 également, l’aumônier l’abbé Algrain augmente la surface de la chapelle et l’embellit. La chapelle est dégagée des deux salles de bains immenses qui la flanquaient et y répandaient l’humidité et on lui adjoint deux nefs latérales. Le chœur est agrandi et embelli par la restauration de l’autel, du banc de communion et de la chaire.

En novembre et décembre 1977, 163 pensionnaires quittent l’hospice de Blanchemaille pour celui de Barbieux. Enfin, en mars 1978, les 82 derniers pensionnaires quittent l’établissement. L’Hospice de Blanchemaille est démoli en 1981. Quelques années auparavant, l’Evêché avait envisagé d’utiliser la chapelle de l’hospice en remplacement de l’église Notre-Dame démolie.

Ne subsistent des bâtiments que le fronton de Charles Iguel qui est remonté grâce à une souscription et à la Fondation de France sur le square qui jouxte la Caisse d’Allocations familiales ainsi que les plaques des donateurs qui se trouvaient dans le hall et qui ont été reposées dans la galerie gauche de l’hospice de Barbieux.

Xavier Lepoutre
Vice-Président de la Société d’Emulation de Roubaix

La Grande Vigne

Cette importante propriété fut acquise par Oste, frère bâtard de Jean de Roubaix, grand soldat, dont la valeur et la vaillance étaient reconnues notamment par le Duc de Bourgogne. A sa mort, le 17 mars 1444, la Seigneurie est incorporée au gros du fief de Roubaix et convertie en cense sous le nom de  » Grande Vigne « . Oste est inhumé à Saint-Martin où l’on peut toujours voir son épitaphe en pierre blanche sur un des murs de l’église.

En 1633, la cense est exploitée par Pierre de Hallewin et comprend 23 bonniers. Elle est reprise en 1649 par Gilles Masurel, puis la famille Lepers pendant six générations et en 1703 par la famille Salembier Corne, Salembier-Bulteau puis Salembier-Mulliez. Une brasserie complétait la ferme qui se transforme en brasserie-malterie à partir de 1862. Elle fonctionnera jusqu’en 1938.

La ferme brûle en 1892 et les bâtiments sont reconstruits à l’identique avec deux nouvelles chaudières pour produire des bières de haute et basse fermentation. On peut toujours voir ces bâtiments au n° 1 de la rue d’ Oran. Ils hébergent actuellement d’autres entreprises.

Le Fontenoy et la Bourde

FONTENOY
En 1392, le fief comprenait un manoir avec un bosquet de 2 bonniers et demi et les 12 bonniers de la terre de le Becque annexée au Fontenoit en 1272.
Ce fief est acheté le 26 mai 1424 par Jean de Roubaix qui désire agrandir et unifier ses propriétés. La terre du Fontenoit est alors affermée comme cense seigneuriale et tenue par les familles des Tombes, puis de le Becque qui l’exploitent pendant plus d’un siècle, et enfin, en 1741, par Toussaint de le Barre. C’est ensuite Jean Baptiste Réquillart qui épouse Marie de le Becque le 23 janvier 1747 et fonde une première maison de fabrication qui deviendra par la suite très importante sur Tourcoing.
Une chapelle Saint-Joseph, aujourd’hui disparue, avait été construite près du Triez du Fontenoit pour permettre aux habitants des environs de se rendre à la messe sans aller jusqu’au bourg quand le temps humide rendait les chemins impraticables et dangereux. En 1620, François Becquart, curé de Roubaix, fait entretenir à ses frais une école dominicale pour les enfants pauvres.
 
A partir de 1840, le Fontenoit rural disparaît pour laisser place à la grande industrie dont les usines vont couvrir le quartier tandis que les ouvriers venus le plus souvent de Belgique, vont loger dans les forts, puis les courées construites spécialement pour eux. Avant 1871, il existait plusieurs rues du Fontenoy. Par commodité, la rue du Bas Fontenoy devient la rue Stephenson tandis que la rue du Fontenoy est dénommée rue Archimède. Seule la rue Neuve du Fontenoy garde le nom de rue du Fontenoy.
La rénovation de ce quartier populaire et dense, construit surtout entre 1840 et 1900, s’impose dans les années 1960. En 1970 débutent les démolitions d’ îlots insalubres tandis que des habitants créent un Atelier Populaire d’Urbanisme qui refuse les immeubles en barre. L’ architecte belge Verbiest traite son projet en concertation avec la population locale et les premiers travaux commencent en 1979. Connue sous le nom Alma Gare, cette opération d’ urbanisme reste unique dans le domaine de la conception de l’ habitat.
LA BOURDE
La Bourde, située aux confins de Roubaix, entre Wattrelos, les terres de la Grande Vigne et de la Havrerie, était tenue de la Seigneurie de Roubaix et comprenait 10 bonniers. En 1621, La Bourde consistait en un manoir ou maison de plaisance, avec cense, jardins, chemins, issues, fossés, eaux et terres à labour.
Elle eut de nombreux propriétaires dont Bouchard de la Bourde en 1269, homme de fief du Seigneur de Roubaix. En 1391, on trouve Jacques du Bos, en 1401, Pierrars du Bos, bailli de Roubaix de 1428 à 1441, puis les familles Coene, Dragon, de la Vitche, de Croix, Van Hurne, de Schooren. En 1740, Jacques Adrien Frasneau d’ Hyon, vicomte de Cantelen, en payait le relief.

Beaumont

Lorsqu’un Roubaisien voulait se rendre au Château de Beaumont, situé à la limite d’Hem et de Croix, il devait emprunter la rue Neuve (rue du Maréchal Foch), rue du Moulin (rue du Haut Moulin-rue Jean Moulin), rue du Petit Beaumont et chemin vicinal n°8 du Petit Beaumont (rue de Beaumont et rue Edouard Vaillant). Sur ce sentier campagnard qui conduit du lieu-dit Raverdi vers l’Empenpont à Hem, existait une vieille cense exploitée par Monsieur Jean Baptiste CRUQUE. Cette cense dite Petit Beaumont ainsi appelée à cause de son voisinage avec la grande seigneurie de Beaumont, a été occupée pendant plusieurs siècles par la famille DESTOMBES.
En 1834, Jean Baptiste DESTOMBES était l’un des Censiers les plus virulents, s’élevant contre l’établissement du droit d’octroi sur les récoltes. Lorsque les fermiers roubaisiens levèrent l’étendard de la révolte, ils n’étaient plus alors que 122, possédant 500 vaches, 700 hectares de pâturages, 5 hectares de labours. Ils fournissaient annuellement, 30.000 kilos de beurre et 100.000 oeufs.
Malgré cela, le Petit Beaumont a laissé peu de traces dans l’histoire, mais il a donné son nom au hameau dont il est le centre. Là s’ élève aujourd’hui l’Eglise Saint-Jean-Baptiste.
Longtemps a subsisté cette dernière ferme de Roubaix qu’on appelait la Ferme CRUQUE, lorsqu’elle fut abattue en 1955. Monsieur Louis CRUQUE en était alors le propriétaire.
Située à l’ angle de la rue de Beaumont et de la Place du Travail, la ferme CRUQUE, dite Ferme du Petit Beaumont a été remplacée par une école et un restaurant renommé, de type rural, connu sous le nom du Petit Beaumont.
Sources :
Les rues de Roubaix – Théodore Leuridan 1914
Les rues de Roubaix – Les Flâneurs – tome 1
Evénements mémorables – Jean PIAT- 1986.

Le Tilleul et Courcelles

Le TILLEUL
Ce fief tenu de la Seigneurie de Roubaix à un chapon de relief consistait en un carrefour de chemins avec tous les profils d’un tilleul qui était planté et que le possesseur avait le droit de remplacer sans autrement entraver le chemin.
Au 16e siècle, Martin SORYS, Guillaume du PRET, Guillaume POLLET et son fils Gilles possédèrent successivement LE TILLEUL.
Le recensement de 1763 attribue 28 ménages au THILLOEUIL et la cense TIERS DUTHOIT se trouvait au chemin du Tilleul. Ce hameau se situait au carrefour des actuelles rues de Lannoy et Jules Guesde (cette dernière s’appelait auparavant rue du Tilleul).
En 1867, le propriétaire, Roger DESREUX accepte la suppression du Tilleul et la démolition de la chapelle Notre-Dame de la Délivrance, à la condition que celle-ci soit reconstruite à l’identique un peu avant le croisement. Cette chapelle, qui contient une Vierge habillée à l’espagnole cachée sous un manteau de bois, est toujours visible, rue Jules Guesde, engoncée dans l’alignement des maisons.
 
COURCELLES
Il était divisé, en 1441, en deux fiefs du même nom : l’un de sept bonniers neuf cents, tenu successivement par Jacques de LESPIERRE, Willaume du PRET, Simon FOURNIER, Demoiselle Marguerite de Passy ; l’autre de 6 bonniers tenu par Jean du Bos de Tourcoing, auquel succéda Willaume de LESPIERRE.
En 1458, Jean CARPENTIER, seigneur de la Vigne en devient le possesseur. Onze bonniers furent commués en terres renteuses, les deux bonniers restants comprenant une motte amassée de maison, grange, étables et autres édifices, le tout enclos de fossés : chaingles, jardins, hayes et prés, quelques rentes et l’exercice de la justice vicomtière.
Notre rue de Courcelles qui part de la rue de Lannoy pour se terminer rue Pierre de Roubaix est tracée sur l’ancien chemin qui menait à la cense.
En 1520, le Censier de Courcelles est de ceux qui vont quérir des pierres à Lezennes pour l’église de Roubaix.
Le 21 avril 1766, Charles Auguste Joseph Farvaque d’Haubourdin, seigneur de Courcelles, accorde à bail la ferme ne contenant plus que trois bonniers sept cents au prix annuel de 180 florins.
 
 Francine DECLERCQ

La Pontenerie

Nous pouvons rêver au Roubaix champêtre, que l’ère industrielle a relégué dans les souvenirs qui composent son histoire, en contemplant la vue du château et de la cense de la Pontenerie, l’une des trois consacrées à Roubaix par un chanoine de la cathédrale d’Ypres sous l’épiscopat du célèbre Jansénius, Antoine Sanders. Il profita de ses nombreux voyages dans la Région pour réunir une collection inestimable de dessins et rédiger son ouvrage monumental sur la description de notre province, la « Flandria illustrata » dont les deux premiers tomes ont paru en 1641/1644. Le troisième, consacré à la Flandre wallonne et au Tournaisis, est resté manuscrit.

La famille éponyme est citée dès 1249, précédant 100 ans plus tard la famille de Werquigneul. Par succession, une branche légitimée de la Maison de Luxembourg garda le fief et ses 26 bonniers (36 ha) jusqu’à sa vente en 1532 à Guillaume Petipas, bourgeois de Lille et grand propriétaire foncier. Son fils, Hippolyte, fit construire une chapelle castrale et légua le domaine à son frère Charles, maïeur de Lille, anobli en 1600. Les trois petits fils de celui-ci, puis ses descendants, furent successivement seigneurs de la Pontenerie jusqu’à la vente en 1788 à Louis Charles de Lespaul de Lespierre. Ses héritiers s’en séparèrent en 1817.

La veuve des deux derniers censiers fut la belle mère de Henri Delattre-Libert, filateur, Maire de Roubaix, et de Joseph Pollet, filateur (ancêtre d’Henri, le fondateur de La Redoute).

Jean Lebas (1878-1944), ministre du travail et Maire de Roubaix, mort en déportation, naquit rue de Denain près du parc et des ruines du manoir sur lesquels ont été bâtis le lycée qui porte son nom et une piscine. L’urbanisation intense du 19e siècle a désenclavé le fief et ses terres en le transformant en quartier de la ville avec des usines et des habitations ouvrières.

Philippe A. RAMMAERT

Beaurepaire et Beaurewart

Le quartier qui s’étend sur les terres des importantes censes de Beaurepaire et de Beaurewart (24 et 33 bonniers, soit 34 et 46 ha) symbolise le combat pour la reconnaissance de Roubaix-Campagne par rapport à l’importance de plus en plus grande de Roubaix-Ville dans la première moitié du XIXe siècle, la lutte entre deux catégories de notables, les fabricants et les censiers.

Le fermier de Beaurepaire n’obtiendra pas l’érection en commune indépendante de la partie rurale qui s’amenuisa d’une manière régulière pour laisser la place à l’extension de l’habitat, destiné à loger la main d’œuvre, venue en masse de la Belgique, et de nombreuses usines s’implantant à proximité du canal, du chemin de fer et d’un quadrillage de voies de communications nouvelles.

L’absence de concertation et de législation appropriée ne permit pas d’imaginer un plan d’urbanisme qui aurait régulé la croissance anarchique qui transforma le bourg en importante ville industrielle en l’espace de 50 ans.

Beaurepaire, qui donna l’appellation du boulevard et du quartier, était le fief de la famille du même nom. Pierre de Surmont, marchand et bourgeois de Lille, originaire de Tourcoing, en devint propriétaire et le transmit à sa fille épouse en 1730 de Pierre de Corbie, conseiller au Parlement, anobli, petit-fils de Pierre de Bischop, bailli de Wattrelos, fondateur de l’hospice des Vieux Hommes, et de Marie Anne Le Zaire, fille du censier de Beaurewart,

Cette dernière cense faisait partie du domaine du seigneur de Roubaix et ses terres avaient été progressivement réunies au début du XVIIIe siècle aux censes voisines. En 1796, Floris Delaoutre-De Frenne, Maire de Roubaix, fit don à la commune d’un terrain, au lieudit « Champ de Beaurewart », qui devint le second cimetière vite abandonné.