Barbieux et les Huchons

Ce nom était porté par une ancienne famille de laboureurs dont  Ghilbert des Barbieurs  était Lieutenant de Roubaix en 1428 et est cité comme l’un des plus riches de Roubaix. Le nom de  » Barbieux «  apparaît à la fin du XVIIe siècle.

Le hameau des «  Huchons «  serait lié à la famille Prouvost. En 1474, Jean Prevost, dit des  » Huçons «   était échevin de Roubaix. Toujours selon Leuridan, la ferme Prouvost était la ferme Lepers, située à peu près au niveau du carrefour actuel boulevard du Général de Gaulle et du boulevard de Douai. Cette ferme qui appartenait à la Révolution au sieur Vander Cruisse fut rachetée par le censier Lepers dans le but de la rendre à son maître, ce qu’il fit. La famille Vander Cruisse, reconnaissante, abandonna au censier Lepers la ferme avec son verger, ne gardant que les terres.

De nos jours, l’appellation  » Barbieux «  a supplanté celle des  » Huchons  » qui n’apparaît plus que dans la dénomination des réservoirs d’eau des Huchons. Le quartier de Barbieux s’étend entre les quartiers de l’Epeule, du Moulin et de Beaumont, il est limité au sud par la commune de Croix.

Au début du XIXe siècle, c’était une étendue de terres agricoles traversées par le chemin des Loups et celui de Barbieux. Entre 1828 et 1830 des travaux préparatoires à l’établissement d’un tunnel pour le passage du canal de Roubaix furent entrepris mais ceux ci durent être interrompus étant donné le caractère friable du terrain. En lieu et place du canal fut établi, en 1866, une promenade qui fut ensuite lotie et portera le nom de « boulevard de l’Impératrice », puis « de Paris ». Le long de ce boulevard, les industriels roubaisiens firent construire leurs hôtels particuliers.

Dix ans plus tard, les terrains situés dans le prolongement du boulevard servirent à créer le Parc de Barbieux en deux tranches : 1879-1886 puis 1903-1906. Le boulevard de Cambrai fut tracé en 1882 et celui de Douai en 1888. Ces deux boulevards faisaient partie du projet de boulevard de ceinture voté en 1867. Le long du boulevard de Cambrai fut construit, en 1894, la Maternité Boucicaut tandis qu’à l’extrémité du boulevard de Douai fut édifié, entre 1890 et 1894, l’Hospice de Barbieux.

En 1896, les Sœurs de la Congrégation dominicaine du Rosaire firent construire par l’architecte E. Thibeau leur institution qui comportait un pensionnat et un externat. Les réservoirs à eau des Huchons furent, quant à eux, bâtis à partir de 1885. La construction du premier réservoir fut suivie en 1892 par celle de deux autres dont l’un s’effondra en 1893, inondant le chantier de l’Hospice de Barbieux, à la grande surprise des entrepreneurs peu préparés à l’éventualité d’une inondation sur le point culminant de Roubaix.

Xavier Lepoutre

Mon vieux Fontenoy

Il y a quelques années que je suis passé dans le Fontenoy, mon quartier de jeunesse. Il n’y avait encore aucune maison abattue, mais il n’y avait plus, non plus aucune âme dans cette partie de rue située entre la rue de l’Alma et la rue de la Lys. Les fenêtres et les portes étaient bouchées par des parpaings pour empêcher toute « réoccupation », toute violation. La mort déjà planait sur ce quartier autrefois si vivant.

J’apprends à présent par mes vieux amis que tout a disparu et que des ensembles s’élèvent maintenant là où nous jouions dans le passé. Que l’on me pardonne d’évoquer cette période de ma jeunesse, mais si, comme je l’espère, nombreux sont encore ceux qui l’ont connue, ils ne pourront que sécher furtivement une larme au coin de l’œil en retrouvant vie, habitudes et habitants de cette époque à présent effacée.

Pour nous, le Fontenoy avait des limites assez nettes. Si l’on prend les axes rue de l’Alma, rue de Fontenoy, formant ainsi une croix, il s’étendait de la rue Saint-Vincent de Paul à la rue Henri Carette dans un sens et de la rue Blanchemaille au château Wibaux de l’autre. Ces limites englobaient des rues secondaires comme la rue Archimède au moins là où elle touchait la rue de l’Alma avec, sur l’un des coins, la crémerie Broutin, sur l’autre l’herboristerie Gras. C’était une rue assez calme, marquée pour moi par deux points remarquables : vers le bas l’école Archimède où j’ai fait mes classes primaires (mon père l’avait fréquentée du temps de Monsieur Lerat, Directeur). En passant, je rappelle que les enfants du quartier se partageaient entre cette école, celle de la rue Saint-Vincent (Directeur Monsieur Vaneste) et celle du boulevard d’Halluin. Le second point, vers le haut, le café « Au Mogador » où nous sommes allés mes camarades et moi, une fois adolescents, jouer bien des parties de billard. Non loin de ce café aboutissait la rue de la Lys bien peuplée jusqu’à sa jonction avec la rue de Fontenoy. Il devait y habiter, si ma mémoire ne me trompe pas, un marchand de charbon bien connu du nom de Boutteville et un chanteur des chœurs du théâtre, Monsieur Lodewick, qu’on remarquait sur la scène à cause de son pied bot. Je me souviens l’avoir vu dans le « Grand Mongol », joué au Casino Grand’rue. L’autre partie de cette rue arrivait à la rue Saint-Vincent de Paul. Si l’un des trottoirs n’offrait que quelques maisons habitées dont celle de Monsieur Thérin, adjoint au maire, qui avait marié mes parents et de nombreux Roubaisiens, l’autre longeait la fabrique Lepoutre et les entrepôts de bois de l’entreprise de menuiserie Derville (mon père y travailla) qui s’ouvrait côté rue de l’Alma face à la rue de la Redoute (actuellement rue Emile Moreau). Les murs de ces entrepôts n’étaient pas pleins, mais les briques, pour faciliter le séchage du bois, laissaient entre elles des intervalles, ce qui nous permettait de faire de l’escalade ou encore d’y cacher des petits billets dont le contenu plus ou moins bien écrit, ne comportait rien de bien compromettant.

Un peu au-dessus de cette rue, et en parallèle venait la rue de Cassel qui, de la rue Saint-Vincent à la rue de Fontenoy, ne comportait que des maisons de maître, mais voyait s’ouvrir face à cette dernière rue, le parc du château Wibaux avec son dispensaire, autre lieu d’ébats pour les enfants du quartier. Ce parc, bordé d’un long mur, descendait jusqu’à la rue Stéphenson, prolongement de la rue Archimède, nous paraissait, à nous les petits, immense. Son gardien Baptiste, homme à la jambe de bois, à la forte moustache, nous effrayait toujours quand il apparaissait, nous chassant impitoyablement de toute pelouse. Quant au jardinier de la ville, Georges, appelé à assurer son entretien, avec le recul du temps, je lui tire mon chapeau quand je pense qu’il tondait toutes les surfaces avec une tondeuse à bras, sans moteur. Quelquefois, le comité des fêtes du quartier y donnait des kermesses. Les loteries, les manèges s’installaient et alors nous ne savions plus nous décrocher de ce lieu paradisiaque sauf pour aller réclamer quelques sous à la maman pour jouer au tirlibibi.

De l’autre côté de cette partie de rue avaient été construits les immenses entrepôts du conditionnement où s’entassaient d’énormes balles de fibres textiles laine ou coton. Toutes ces rues étaient pavées de lourds grès de granit que des ouvriers alors vêtus d’un ample pantalon de velours se resserrant à la cheville, les reins ceinturés d’une bonne flanelle, venaient assez souvent remettre en place.

Après les avoir enlevés, on remettait une couche de sable bien jaune, puis à l’aide d’un outil, sorte d’herminette ou de pioche réduite à la fois marteau d’un côté et pic aplati de l’autre, les ouvriers les replaçaient après avoir enlevé un peu de sable avec la face plate de l’outil et les martelaient de l’autre pour les égaliser. Constamment courbés ou à genoux, ces hommes faisaient inlassablement, sans grands arrêts, ce travail particulièrement pénible. Il n’y avait alors aucune main d’œuvre étrangère si l’on veut bien compter comme Français la plupart des habitants qui étaient venus de Belgique lors de la poussée industrielle textile de Roubaix.

Le Fontenoy était comme un grand village, même si les églises en étaient assez éloignées. Les plus proches étaient Saint-Joseph où je fis ma communion en 1925 et Notre-Dame plus près de la place Chevreul. Chaque printemps voyait les façades être repeintes d’une couche de badigeon fait de chaux plus ou moins teintée, délayée dans l’eau, comme cela se fait encore beaucoup en Belgique. Le soubassement était passé au goudron de houille, noir, luisant, que nous allions acheter à l’usine à gaz dont les énormes réservoirs trônaient dans la rue de Tourcoing.

Dans chaque partie de rue, les habitants se connaissaient bien. Les voisines se rendant facilement visite pour prendre une tasse de café. Ainsi, j’habitais au 146 de la rue de Fontenoy. Je suis né en 1914 à l’Hôpital de la Fraternité, ma mère habitait alors, jeune mariée (mon père était au front), une petite maison cour Decock, rue de l’Alma. Après avoir, comme beaucoup de Roubaisiens évacué en Haute Marne en passant par la Suisse et par la Haute Savoie, j’étais revenu retrouver en 1920 ma grand-mère qui habitait une de ces courées aux petites maisons de deux pièces au rez-de-chaussée et de deux chambres exigües à l’étage, cour Delestrez, rue de Fontenoy. Mes parents avaient loué une maison presque face à cette cour pour y tenir un petit commerce de parapluie et de maroquinerie. Coïncidence, cette maison avait été occupée autrefois par mon grand-père paternel Camille Vandeputte, dit « le Marbré », qui y tenait café. Un jour que mes parents décidèrent d’en changer les deux fenêtres servant de vitrines d’exposition pour une nouvelle vitrine plus large et plus moderne et qu’ils changeaient alors le plancher de bois, vieux, ponctué de trous, on retrouva, là où était le comptoir du débit, des petites pièces d’argent qui s’y étaient perdues…

Quittant cette maison désormais nôtre, mon grand-père s’était installé sur l’angle de rue, en face, et tout le quartier connaissait le café de Camille que fréquentaient les menuisiers de chez Derville et où, aux moments de joie collective, les chaises servant de monture, prenaient de rudes chocs, lorsque les cavaliers, tournant autour de la salle, les menaient au rythme de la « Marche des Forgerons ».

Revenons donc aux voisins de qui je vais évoquer les noms et que bien des anciens, lisant ce journal, reconnaîtront. Nous partons vers la rue de la Lys. Sur l’angle de la rue de l’Alma, c’était le café de Jojo Lemarchand. Ce dernier y avait monté un caf’con’ où chaque dimanche des chanteurs venaient se produire. Venait ensuite la maison de la famille Bray avec Julie, la maman, Emile, le garçon devenu je crois coiffeur, et Luce, une de nos bonnes camarades de jeux. Puis, c’était le magasin de parapluies de ma mère qui n’abandonnera jamais ce quartier où tout le monde la connaissait sous le nom de « Marie Paraplu ».

Il y avait ensuite une petite courée où nous devions aller prendre notre eau à la pompe et qui comportait trois maisons : celle d’Arthur Joye, ex-marchand de charbon. Devant sa maison se dressait le hangar où il rangeait sa voiture et dont la porte cochère, à la grande colère d’Arthur, nous servait d’énorme tableau. La maison du milieu abritait la famille Mervaille. Le papa Camille était menuisier chez Derville. La maman Philomène s’occupait de ses deux garçons : Julien et Fernand. Julien l’aîné, était un de nos camarades. Continuons, après la porte cochère tableau, on trouvait une autre porte cochère : celle d’Henri Frites. Je ne lui ai connu que ce surnom que lui donnaient mes parents tout simplement parce qu’il vendait des frites à la porte du cinéma Leleu. Ses proches voisins étaient les Moutier. Ils avaient un grand garçon trop vieux déjà pour être des nôtres, par contre sa sœur Clotilde est venue jouer au Basket avec nous rue d’Alsace. On rencontrait ensuite la maison plus bourgeoise pour l’époque de Madame Lecomte. Y habitaient aussi Albert, un grand jeune homme étudiant et Yvonne, elle aussi compagne de jeu. On y voyait parfois un parent, professeur d’art, Monsieur Bayens, qui fit un jour un tableau peint de la rue. Puis c’était la famille Vandecaveye, ami d’enfance de mon père et voisine, la famille Monié. Le papa travaillait aussi chez Derville. Il y avait plusieurs garçons dont Albert et Georges un de mes très bons camarades ainsi que plusieurs filles dont Rachel. Leurs voisins, les Dehainin étaient forains. Alors venait la maison de Florine, la mère de mon ami Doyennette, presque mon frère tant il m’a guidé étant jeune. C’était la maison du bon accueil. Je m’y rendais presque chaque jour. C’était le lieu de réunion des amis : Julien, Charlot Georges, André, Roger, moi-même. La famille Dambrine se présentait alors avec sa fille Jeanne que, comme toutes les filles du lieu, nous remarquions naturellement.

Ainsi, voyez-vous, chaque maison était connue, comme si les habitants étaient de la même famille. Il m’est arrivé d’habiter d’autres endroits au hasard de ma profession d’instituteur. Mon dernier poste, à Lille, près de la mairie, m’a permis de connaître, parce qu’elles habitaient le même immeuble que moi, mes collègues directrices des écoles maternelle et de filles, le cafetier voisin parce que je devais y aller téléphoner et c’est tout. Je ne connaissais personne d’autre.

Pour finir et arriver à la rue de la Lys, je pourrais encore rappeler la mémoire d’un ménage dont la femme s’appelait Romanie et le garçon Maurice. Les Horquin, la famille Codron avec notre ami Pierre et la famille Bonte dont le garçon Julien faisait partie de notre groupe de sortie. La famille Mention avec notre ami Charlot habitait une courée située entre la rue de la Lys et les entrepôts de la rue Cassel.

En revenant sur nos pas, l’autre côté de la rue était occupé par l’usine Lepoutre, avec près du coin, sa chaufferie qui déchargeait à même la rue, ses cendres, ses scories, ses grouaches comme on disait et on voyait plus d’une personne venir les trier pour en retirer les morceaux de charbon imparfaitement consumés. Preuve que toutes nos familles n’étaient pas riches et que toute économie était bonne à faire. Au bout de l’usine, on remarquait le café du « Brassard Rouge » qui faisait à manger pour les ouvriers. Cette appellation vient de la guerre 14-18 durant laquelle des déportés je crois, arboraient au bras un brassard de cette couleur. Entre café et usine, il y avait pourtant le long couloir d’une courée où l’on dénombrait Charles Delmotte travaillant au Service des Eaux installé rue de la Lys, Helène Tempermann, amie de jeunesse de mon père, son mari et ses enfants, l’oncle Cyrille qui faisait encore des livraisons avec sa voiture à chevaux. Tout près était l’échoppe du cordonnier Lecomte parent de la dame qui habitait en face. Ensuite venait un ménage dont j’ai oublié le nom, ayant un seul garçon, Marcel. S’ouvrait alors le couloir de la cour Delestrez où logeait ma grand-mère maternelle Joséphine ayant comme voisins : Les Hochedez, Arthur et Mary, Henri, Jacques chez qui venaient parfois ses nièces, dont Irène qu’on lorgnait tous, ma foi. La première maison de la cour faisait partie du café voisin tenu par un homme âgé, très gros, au crâne couvert de cheveux ras : Joseph Dhondt, marié à Zulma et ayant avec lui son fils Edouard et son petit fils Raymond Wadin. C’était un personnage très connu du tout Roubaix, ex-agent de l’Antverpia, une compagnie d’assurance et je le crois aussi si mes souvenirs sont bons, chansonnier patoisant à ses heures.

Enfin venait la maison de Clémence, Madeleine et Blanche et leurs frères, toutes très droites, très douces. Puis la famille Ghesquière aux nombreux enfants dont Aurélie mariée à Monsieur Courcel et Rachèle. La dernière famille avant le coin était celle de Madame Bataille et de ses deux filles Lucienne et Rosa. Le fils Maurice qui y venait parfois a eu, sans trop le savoir, assez d’influences sur moi. Il avait fait l’Ecole Normale de Douai. Je ne sais s’il a enseigné mais il a certainement écrit et participé à des revues. C’est le premier intellectuel que j’ai rencontré. Il m’a donné des vieux cahiers d’Ecole Normale que j’ai longtemps conservés, des livres, j’ai encore celui où l’on trouve l’histoire du Comte Job, des revues reliées dans lesquelles j’ai lu l’Histoire de l’Auberge de la Croix Noire. Il m’a donc entraîné à lire alors que nous n’avions pas de livres à la maison. D’autre part, il possédait aussi un grand sabre de cavalerie qu’il me montrait volontiers et qui m’émerveillait. « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » Ca doit être de ce moment que commença à naître mon goût pour tout objet ayant une histoire et mes envies de collectionner.

Le café du coin ex-café Camille Vandeputte, était devenu le café Vammarck. Le père Vammarck avait plusieurs filles, l’une d’elles épousa Francis Versavel qui remplaça son beau-père, une autre Sylvie épousa le demi-frère de mon père Auguste Castelain et je devins ainsi plus ou moins son parent. Francis et mon oncle Auguste faisaient partie d’une chorale : « La Coecilia roubaisienne » dont les sorties étaient toujours remarquables. Roubaix, Tourcoing connaissaient encore d’autres chorales à cette époque : les Cric-Sik (je ne garantis pas l’orthographe), les Quarante et je crois qu’il y avait aussi le coin de la rue de la Lys et d’Archimède : Les Maboules.

Tous ces gens se côtoyaient, se fréquentaient sans aucune retenue, sans gêne : on s’interpelait dans la rue, on y bavardait longuement, on allait boire le café, on allait entre voisins ensevelir les morts, on faisait à leur intention une quête en portant de maison à maison les mortuaires, on rendait une dernière visite au gisant sur le lit de mort. Ainsi suis-je allé, tout jeune, avec maman, « voir » François, « chaux » comme on disait, Ghesquière. C’était la première fois que je voyais un cadavre.

Les dimanches de carnaval, ou le mardi gras, je pouvais rester de deux heures à six heures au « grillage de la rue de l’Alma », une courée près du café Cordule où mes parents m’envoyaient acheter un litre de bière à la fois, sans cesser de voir passer les travestis. Il se constituait aussi souvent, par quartier, des groupes costumés qui se rendaient au Fresnoy pour concourir. L’un de ceux créés au Fontenoy fut celui des « Diables Rouges ». Il y eut aussi « Les Nourrices » et « Les Poupons ».

Les soirs d’été, le dimanche, tous venaient s’assoir sur le seuil des maisons trop petites et trop chaudes, seuil en pierre bleu qui devait provenir de Tournai, et la rue entière offrait ce spectacle de voisins assis côte à côte bavardant, se reposant avant de reprendre le travail du lundi à l’appel des sirènes d’usines que chacun savait identifier : « Tiens ! Voilà Vanoutryve ! Ah ! C’est Lepoutre ».

La rue offrait encore le spectacle des marchands ambulants. Il y avait chaque jour le laitier Marcel, gros et rouge de visage, qui venait de Bondues dans la campagne proche, avec une voiture légère attelée d’un cheval ; il puisait de sa mesure réglementaire en fer blanc le lait à même le bidon. Nous ne connaissions guère le lait en bouteille ou en brique. Il ne m’a jamais empoisonné ce lait, bien qu’il lui arrivât les jours d’orage, de tourner à peine sur la cuisinière à charbon.

On remarquait aussi le lourd chariot transportant un gros tonneau plein de lait battu. Ma mère en achetait et nous mangions alors, ce soir-là, une espèce de soupe dans laquelle entrait du riz et parfois des morceaux de pomme : le goût en était un peu aigre mais je crois que tout ce monde aimait le lait battu, denrée de prix modique.

Témoignage de J.N. VANDEPUTTE
Septembre 1993

Jean-Baptiste Henri Reboux, lithographe

JEAN BAPTISTE HENRI JOSEPH REBOUX

DEUXIEME DU NOM

LITHOGRAPHE A ROUBAIX

L’art de la lithographie, c’est la reproduction par impression d’un dessin, d’un texte écrit ou tracé sur une pierre calcaire de grain très fin. Préparé avec un crayon gras, le dessin est fixé avec une préparation de gomme acidulée. La pierre était mouillée avant chaque tirage ; lors de l’encrage au rouleau, le dessin retenait l’encre grasse par affinité, tandis que les parties non dessinées refusaient l’encre. L’impression se faisait au moyen d’une presse à râteau sur papier humide.

Jean Baptiste Henri Joseph Reboux, premier du nom, s’éteint le 27 juin 1843 à Lille, et Jean (le Baptiste est très vite abandonné, sans doute pour éviter la confusion avec son père) s’associera un temps pour reprendre l’affaire paternelle avec son frère Edouard, lequel fondera en 1848 avec les frères Bernard (Kolb et Henri) le journal La Liberté, qui deviendra La Vérité, puis le Mémorial de Lille.

Mais c’est à Roubaix que Jean Reboux a son avenir. D’abord installé rue St Georges, il reprend ensuite au n°7 rue du vieil abreuvoir, la succession du libraire Burlinchon, qui possédait une belle clientèle commerciale.* Puis en 1846, Jean Reboux obtient le brevet de son beau frère Charles Hennion, démissionnaire. Le voici donc imprimeur lithographe et libraire… Cela fait de lui le second imprimeur de Roubaix, après Madame Veuve Béghin.

 

Jean Reboux, passeur d’hommes

Le coup d’état du 2 décembre 1851 amène le rétablissement de l’Empire, ce qui entraîne l’exil d’un grand nombre des membres des comités républicains, parmi lesquels Victor Hugo. Toutes les stations frontières sont étroitement surveillées par la police qui dispose de nombreux signalements et exige des passeports. On sait à Paris les opinions indépendantes de la famille Reboux et il est fait appel au dévouement du fils des vieux légitimistes lillois.

Il est alors convenu que les citoyens à qui on veut faire gagner la Belgique, viendront de Paris à Douai par le chemin de fer, qu’ils iront jusqu’à Roubaix à pied, et que munis d’une feuille portant un signe convenu, ils se présenteront chez Monsieur Jean Reboux, qui les guidera jusqu’au delà de la frontière. A la fin de décembre 1851, et pendant les premiers mois de 1852, presque chaque soir, des suspects se présenteront munis du signe convenu, et le royaliste quittait sa maison, ses affaires, et risquait sa liberté et son avenir pour sauver de Cayenne ou de Lambessa ces républicains, ces socialistes qui sont reçus et hébergés à Mouscron, chez sa mère, Madame Veuve Reboux Leroy, chez la femme de celui dont les « libéraux » en 1832 ont pillé la maison et exilé le fils, et de là gagnent Bruxelles et l’Angleterre. La police impériale finit par se douter de quelque chose. Jean Reboux est surveillé de près et pendant toute la durée du régime, il est lui aussi un suspect. ***

Jean Reboux, le journaliste

La profession d’imprimeur est très surveillée, à tel point qu’à l’obtention de leur brevet, ils devaient prêter serment. C’est dans ce climat que pendant dix ans, Jean Reboux sollicitera l’autorisation de publier un journal d’expression politique. Après un refus suite à sa demande du 20 juillet 1854, il est autorisé en Mars 1856 à faire paraître une feuille littéraire et d’annonces, Le Journal de Roubaix. C’est donc au n°20 de la rue Neuve **** que vint au monde ce journal, qui n’était à l’époque qu’une feuille modeste imprimée très claire paraissant deux fois la semaine, le mercredi et le samedi. Il avait un tirage de trois cents exemplaires et l’abonnement annuel coûtait 25 francs, y compris le timbre de 0,03 centimes dont chaque journal était taxé par l’Etat.

Le contenu reflète la prudence de son propriétaire : le journal contient une partie officielle, avec les nominations dans la magistrature, ou aux diverses fonctions de l’Etat ; il y a une chronique locale assez sommaire et non typiquement roubaisienne, un feuilleton, la correspondance particulière constituée d’échanges d’informations très administratives. On peut y trouver également des faits divers d’un peu partout, extraits d’autres journaux (Courrier de l’Isère, Messager du Midi, Pilote du Calvados, Moniteur Algérien…), des petites annonces et de la publicité.

Ce n’est qu’en 1861 que Jean Reboux obtient l’autorisation de publier un journal d’expression politique, grâce à d’anciennes amitiés de son frère Charles, dont le Ministre de l’Intérieur, Monsieur de Persigny. Le cautionnement s’élevait à 7500 francs qui seront versés le 29 février 1863. Jean Reboux restera cependant indépendant durant toute la période impériale. Grand ami de Monsieur Delfosse-Motte alors Président de la Chambre de Commerce de Roubaix, il sera avec lui un grand défenseur de la fabrique roubaisienne. Profondément attaché à la foi catholique, il se dévoua lors de l’épidémie de choléra de 1866.  Il prend sa retraite en 1872 et se retire à Mons en Baroeul où il décèdera en juillet 1894.

 

* Gaspard Burlinchon, originaire de Rochetaille (Loire) a obtenu son brevet d’imprimeur lithographe le 25 juillet 1841, et celui de libraire le 12 février 184

** Hippolyte Béghin publie à partir de 1829 la Feuille de Roubaix, affiches, annonces et avis divers. Ce pharmacien avait sollicité un brevet de libraire, qu’il obtiendra par sa femme née Hyacinthe Deffrenne.

*** D’après le journal de Roubaix du 13 juillet 1894.

**** Numérotation de l’époque. Les n°17 et 19 seront évoqués un peu plus tard, sans doute à l’occasion d’un changement de numérotation de la rue…

Jean-Baptiste Reboux-Leroy, journaliste d’opposition

Né à Lille le 1er février 1780, Jean Baptiste Reboux Leroy était marchand sur la place de Lille avant d’entrer dans le monde du journalisme. En 1819, l’adoption des trois lois de Serre sur la presse montre la volonté du régime de Louis XVIII de libéraliser la société. La censure et l’autorisation préalable sont supprimées et cette mesure permet la multiplication des journaux d’opinion. En 1820, Reboux Leroy devient propriétaire du Journal du Département du Nord fondé par l’imprimeur Marlier le 28 décembre 1811. « Son journal servit avec indépendance le gouvernement de la Restauration, mais il fut de ceux qui déplorèrent la politique des ordonnances ». (1)

Les tentatives de libéralisme ont bientôt laissé la place aux ultras et aux absolutistes, en la personne de Charles X qui succède en 1824 à son défunt frère Louis XVIII. Parmi les quatre ordonnances du 25 juillet 1830 qu’évoque la citation, et qui conduiront à l’insurrection des Trois Glorieuses, la première suspendait la liberté de la presse et rétablissait censure et autorisation préalable.

Après 1830, le Journal du Département du Nord devient la Boussole et reste légitimiste, malgré l’arrivée au pouvoir de Louis Philippe. Après avoir vu ses locaux pillés et incendiés lors des émeutes de 1832, le journal subira les poursuites des tribunaux de Louis Philippe, occupés à réprimer le mouvement légitimiste. A cette époque, Charles Reboux, fils de Reboux Leroy, est le rédacteur en chef de la Boussole, et il doit s’exiler en Belgique pour éviter la prison. Il se réfugie à Bruxelles et ne rentrera en France qu’à la fin du règne de Louis Philippe.

Reboux Leroy suspend alors la publication de son journal, et engage Jean Baptiste, son plus jeune fils, à s’adonner à l’art de la lithographie, dont le développement commençait en France. Ce dernier à peine âgé de seize ans, se perfectionnera donc dans l’art lithographique en Belgique, en Hollande, et en Allemagne, et deviendra un graveur et un dessinateur de talent. Il vient s’installer en 1835 à Roubaix où l’un de ses beaux frères, Charles Hennion (2), a ouvert le premier atelier de lithographie de la ville. Lui même, alors clerc de notaire, sollicite un brevet d’imprimeur lithographe le 5 mai 1835.

(1)   d’après le Journal de Roubaix le 13 juillet 1894

(2)   Charles Hennion est l’époux de Mathilde Henriette Marie Reboux, fille de Jean Baptiste Henri Joseph Reboux imprimeur libraire à Lille. Marchand papetier, il a obtenu son brevet d’imprimeur lithographe le 18 août 1836.

la famille Reboux

 

La famille Reboux participe de la légende de Roubaix…Ils ont été les acteurs et les observateurs privilégiés de la vie roubaisienne pendant près d’un siècle, à une époque où Roubaix vivait son apogée. Rien n’échappe à leurs témoignages : aspects culturels, économiques, industriels, politiques et sociaux sont l’objet de leur attention. Ils nous ont ainsi légué une encyclopédie vivante de Roubaix : le Journal de Roubaix.

Initialement imprimeurs, libraires et lithographes, les Reboux vont s’adonner au journalisme, car il s’agit d’une relation passionnelle à ce métier en pleine mutation pendant le XIXe siècle. Les petites feuilles d’annonces, les moniteurs d’autrefois vont devenir des quotidiens d’information s’adressant à un plus grand nombre de lecteurs. La famille Reboux participe à cette transformation de la presse, et contribue à lui donner au delà de notre ville ses lettres de noblesse.

A ce titre, et parce qu’ils nous permettent encore de nous replonger dans la mémoire de Roubaix, ils sont dignes d’entrer dans la légende roubaisienne, aux côtés d’autres figures roubaisiennes comme Henri Carrette, Emile Moreau, Alfred et Eugène Motte…

Nous ne saurions terminer sans lancer à nouveau un appel à la préservation du patrimoine journalistique (quotidiens, hebdomadaires, suppléments de toute époque) dont Bernard Grelle, Directeur de la Médiathèque de Roubaix, fut l’initiateur. Puisse cet article contribuer à la réalisation d’un tel objectif.

1 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Marchand, imprimeur, rédacteur, directeur de journal

° Lille ½/1780

+Lille 27/6/1843

x Charlotte Aimée Marie LEROY

dite rentière en 1844

**************************************************************

11 Charles REBOUX

Journaliste

12 Edouard REBOUX

Journaliste
13 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Imprimeur, lithographe, libraire, Directeur fondateur du Journal de Roubaix

°Lille 18/12/1816

+Mons en Baroeul

x Lille 1/7/1844
Coélina Virginie CARREZ

°St Guislain (B) 4/7/1827

+Roubaix 14/3/1851

x²Lucie Delphine Joseph DEMARCQ

°Roubaix 28/9/1813

+Roubaix 20/6/1904

**************************************************************

131 Caroline REBOUX

Modiste

x

Ernest AMILLET

Négociant
132 Alfred Edouard Jean REBOUX

Journaliste, chevalier de l’Ordre de St Grégoire le Grand

°Lille 13/3/1848 +Roubaix 10/4/1908

xRoubaix 8/1/1872
aZoélie Marie Julie BONNAVE

°Roubaix 3/6/1849 +Roubaix 21/7/1889

x²Roubaix 16/10/1890
bAnne Marie HOTTIAUX

Professeur de français, conférencière et journaliste

°Mesnil St Martin (B) 13/2/1861 +Roubaix21/12/1934

**************************************************************

1311 Paul AMILLET  dit REBOUX

Ecrivain, journaliste, historien, critique

Commandeur de la Légion d’Honneur

°Paris 21/5/1877

+Nice 1963

**************************************************************

132a1 Ne…(P.S.V.)

°+Roubaix 13/11/1872

132a2 Marie Thérèse Célina Zoélie Elisa REBOUX

°Roubaix 29/1/1873

+Marcq en Baroeul 31/7/1948

xRoubaix 20/4/1895

DELEBAERE Anthime Louis François

132a3 Célina Rosalie Julie REBOUX

°Roubaix 15/12/1874

+Grasse 5/8/1950

132a4 Alfred Victor Jean Bénoni REBOUX

Journaliste, publiciste

°Roubaix 11/5/1877

+1922 de maladie

xRoubaix 21/10/1901

Marie Sophie Proserpine Adèle DE GANDT

132a5 Paul Victor Marie Joseph REBOUX

°Roubaix 25/8/1878

+Lille 31/3/1923

xLille 2/5/1903

Laure Marie Louise Joseph PECQUEUR

132a6 Jeanne Louise REBOUX

°Roubaix 25/8/1879

+Lille 11/11/1956

xRoubaix 10/11/1903

Paul Charles Eugène DRILLON

Avocat

132a7 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 2/6/1881

132a8 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 1/1/1883

132a9 Pierre Lucien Jean Albert REBOUX

°Roubaix 22/6/1885

+mort pour la France

132b1 Anne Marie Célina Louise REBOUX

°Roubaix 18/11/1897 +Roubaix 18/9/1916

132b2 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Journaliste

°Roubaix 21/5/1901

+Tunis 3/1/1928

1 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Marchand, imprimeur, rédacteur, directeur de journal

° Lille ½/1780

+Lille 27/6/1843

x Charlotte Aimée Marie LEROY

dite rentière en 1844

**************************************************************

11 Charles REBOUX

Journaliste

12 Edouard REBOUX

Journaliste
13 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Imprimeur, lithographe, libraire, Directeur fondateur du Journal de Roubaix

°Lille 18/12/1816

+Mons en Baroeul

x Lille 1/7/1844
Coélina Virginie CARREZ

°St Guislain (B) 4/7/1827

+Roubaix 14/3/1851

x²Lucie Delphine Joseph DEMARCQ

°Roubaix 28/9/1813

+Roubaix 20/6/1904

**************************************************************

131 Caroline REBOUX

Modiste

x

Ernest AMILLET

Négociant
132 Alfred Edouard Jean REBOUX

Journaliste, chevalier de l’Ordre de St Grégoire le Grand

°Lille 13/3/1848 +Roubaix 10/4/1908

xRoubaix 8/1/1872
aZoélie Marie Julie BONNAVE

°Roubaix 3/6/1849 +Roubaix 21/7/1889

x²Roubaix 16/10/1890
bAnne Marie HOTTIAUX

Professeur de français, conférencière et journaliste

°Mesnil St Martin (B) 13/2/1861 +Roubaix21/12/1934

**************************************************************

1311 Paul AMILLET  dit REBOUX

Ecrivain, journaliste, historien, critique

Commandeur de la Légion d’Honneur

°Paris 21/5/1877

+Nice 1963

**************************************************************

132a1 Ne…(P.S.V.)

°+Roubaix 13/11/1872

132a2 Marie Thérèse Célina Zoélie Elisa REBOUX

°Roubaix 29/1/1873

+Marcq en Baroeul 31/7/1948

xRoubaix 20/4/1895

DELEBAERE Anthime Louis François

132a3 Célina Rosalie Julie REBOUX

°Roubaix 15/12/1874

+Grasse 5/8/1950

132a4 Alfred Victor Jean Bénoni REBOUX

Journaliste, publiciste

°Roubaix 11/5/1877

+1922 de maladie

xRoubaix 21/10/1901

Marie Sophie Proserpine Adèle DE GANDT

132a5 Paul Victor Marie Joseph REBOUX

°Roubaix 25/8/1878

+Lille 31/3/1923

xLille 2/5/1903

Laure Marie Louise Joseph PECQUEUR

132a6 Jeanne Louise REBOUX

°Roubaix 25/8/1879

+Lille 11/11/1956

xRoubaix 10/11/1903

Paul Charles Eugène DRILLON

Avocat

132a7 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 2/6/1881

132a8 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 1/1/1883

132a9 Pierre Lucien Jean Albert REBOUX

°Roubaix 22/6/1885

+mort pour la France

132b1 Anne Marie Célina Louise REBOUX

°Roubaix 18/11/1897 +Roubaix 18/9/1916

132b2 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Journaliste

°Roubaix 21/5/1901

+Tunis 3/1/1928

1 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Marchand, imprimeur, rédacteur, directeur de journal

° Lille ½/1780

+Lille 27/6/1843

x Charlotte Aimée Marie LEROY

dite rentière en 1844

**************************************************************

11 Charles REBOUX

Journaliste

12 Edouard REBOUX

Journaliste
13 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Imprimeur, lithographe, libraire, Directeur fondateur du Journal de Roubaix

°Lille 18/12/1816

+Mons en Baroeul

x Lille 1/7/1844
Coélina Virginie CARREZ

°St Guislain (B) 4/7/1827

+Roubaix 14/3/1851

x²Lucie Delphine Joseph DEMARCQ

°Roubaix 28/9/1813

+Roubaix 20/6/1904

**************************************************************

131 Caroline REBOUX

Modiste

x

Ernest AMILLET

Négociant
132 Alfred Edouard Jean REBOUX

Journaliste, chevalier de l’Ordre de St Grégoire le Grand

°Lille 13/3/1848 +Roubaix 10/4/1908

xRoubaix 8/1/1872
aZoélie Marie Julie BONNAVE

°Roubaix 3/6/1849 +Roubaix 21/7/1889

x²Roubaix 16/10/1890
bAnne Marie HOTTIAUX

Professeur de français, conférencière et journaliste

°Mesnil St Martin (B) 13/2/1861 +Roubaix21/12/1934

**************************************************************

1311 Paul AMILLET  dit REBOUX

Ecrivain, journaliste, historien, critique

Commandeur de la Légion d’Honneur

°Paris 21/5/1877

+Nice 1963

**************************************************************

132a1 Ne…(P.S.V.)

°+Roubaix 13/11/1872

132a2 Marie Thérèse Célina Zoélie Elisa REBOUX

°Roubaix 29/1/1873

+Marcq en Baroeul 31/7/1948

xRoubaix 20/4/1895

DELEBAERE Anthime Louis François

132a3 Célina Rosalie Julie REBOUX

°Roubaix 15/12/1874

+Grasse 5/8/1950

132a4 Alfred Victor Jean Bénoni REBOUX

Journaliste, publiciste

°Roubaix 11/5/1877

+1922 de maladie

xRoubaix 21/10/1901

Marie Sophie Proserpine Adèle DE GANDT

132a5 Paul Victor Marie Joseph REBOUX

°Roubaix 25/8/1878

+Lille 31/3/1923

xLille 2/5/1903

Laure Marie Louise Joseph PECQUEUR

132a6 Jeanne Louise REBOUX

°Roubaix 25/8/1879

+Lille 11/11/1956

xRoubaix 10/11/1903

Paul Charles Eugène DRILLON

Avocat

132a7 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 2/6/1881

132a8 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 1/1/1883

132a9 Pierre Lucien Jean Albert REBOUX

°Roubaix 22/6/1885

+mort pour la France

132b1 Anne Marie Célina Louise REBOUX

°Roubaix 18/11/1897 +Roubaix 18/9/1916

132b2 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Journaliste

°Roubaix 21/5/1901

+Tunis 3/1/1928

1 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Marchand, imprimeur, rédacteur, directeur de journal

° Lille ½/1780

+Lille 27/6/1843

x Charlotte Aimée Marie LEROY

dite rentière en 1844

**************************************************************

11 Charles REBOUX

Journaliste

12 Edouard REBOUX

Journaliste
13 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Imprimeur, lithographe, libraire, Directeur fondateur du Journal de Roubaix

°Lille 18/12/1816

+Mons en Baroeul

x Lille 1/7/1844
Coélina Virginie CARREZ

°St Guislain (B) 4/7/1827

+Roubaix 14/3/1851

x²Lucie Delphine Joseph DEMARCQ

°Roubaix 28/9/1813

+Roubaix 20/6/1904

**************************************************************

131 Caroline REBOUX

Modiste

x

Ernest AMILLET

Négociant
132 Alfred Edouard Jean REBOUX

Journaliste, chevalier de l’Ordre de St Grégoire le Grand

°Lille 13/3/1848 +Roubaix 10/4/1908

xRoubaix 8/1/1872
aZoélie Marie Julie BONNAVE

°Roubaix 3/6/1849 +Roubaix 21/7/1889

x²Roubaix 16/10/1890
bAnne Marie HOTTIAUX

Professeur de français, conférencière et journaliste

°Mesnil St Martin (B) 13/2/1861 +Roubaix21/12/1934

**************************************************************

1311 Paul AMILLET  dit REBOUX

Ecrivain, journaliste, historien, critique

Commandeur de la Légion d’Honneur

°Paris 21/5/1877

+Nice 1963

**************************************************************

132a1 Ne…(P.S.V.)

°+Roubaix 13/11/1872

132a2 Marie Thérèse Célina Zoélie Elisa REBOUX

°Roubaix 29/1/1873

+Marcq en Baroeul 31/7/1948

xRoubaix 20/4/1895

DELEBAERE Anthime Louis François

132a3 Célina Rosalie Julie REBOUX

°Roubaix 15/12/1874

+Grasse 5/8/1950

132a4 Alfred Victor Jean Bénoni REBOUX

Journaliste, publiciste

°Roubaix 11/5/1877

+1922 de maladie

xRoubaix 21/10/1901

Marie Sophie Proserpine Adèle DE GANDT

132a5 Paul Victor Marie Joseph REBOUX

°Roubaix 25/8/1878

+Lille 31/3/1923

xLille 2/5/1903

Laure Marie Louise Joseph PECQUEUR

132a6 Jeanne Louise REBOUX

°Roubaix 25/8/1879

+Lille 11/11/1956

xRoubaix 10/11/1903

Paul Charles Eugène DRILLON

Avocat

132a7 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 2/6/1881

132a8 Ne…(P.S.V.) °+Roubaix 1/1/1883

132a9 Pierre Lucien Jean Albert REBOUX

°Roubaix 22/6/1885

+mort pour la France

132b1 Anne Marie Célina Louise REBOUX

°Roubaix 18/11/1897 +Roubaix 18/9/1916

132b2 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Journaliste

°Roubaix 21/5/1901

+Tunis 3/1/1928

v

1 Jean Baptiste Henri Joseph REBOUX

Alfred Reboux et le Journal de Roubaix

LE SUCCESSEUR

Alfred Reboux est né à Lille le 13 Mars 1848, et son destin est très vite lié à celui du Journal de Roubaix. L’anecdote veut qu’il ait été associé très jeune au lancement du Journal à sa création, le 18 juin 1856 [1]: le premier journal fut tiré par Alfred Reboux, alors qu’il n’avait que huit ans. Lorsque tout fut prêt, au moment décisif, on amena l’enfant à l’atelier, un ouvrier le prit dans ses bras, et lui fit tirer le levier, après quoi, il retira lui même la feuille imprimée et la remit à son père.

Le Journal de Roubaix a multiplié ses éditions et paraît désormais quotidiennement depuis 1869. Les bureaux et le matériel ont été transportés au n°1 de la rue Nain. Alfred Reboux écrit son premier article dans le Journal de Roubaix à l’âge de 18 ans. Lorsqu’il succède à son père, il a 24 ans et c’est lui qui va progressivement transformer la modeste imprimerie paternelle, en une entreprise industrielle.

Alfred Reboux, patron de presse

Alfred Reboux fonde à Lille le journal La Dépêche (1879) et  le Nouvelliste du Nord Pas de Calais (1882). Il fusionne dans ces journaux l’ancien Mémorial de Lille, et l’ancien Propagateur, dont il s’était rendu propriétaire. Puis ces journaux passeront à une société lilloise en 1886. Il est propriétaire directeur du Journal de Roubaix, mais également du Courrier de Tourcoing et de la Gazette d’Armentières. Sa seconde femme qui lui succédera évoque ses projets et ses réalisations dans une conférence [2]: il avait rêvé de doter notre région d’organes destinés à défendre les idées de liberté et d’égalité qui étaient les siennes.(…) C’est chez lui que s’initient des fondateurs de journaux comme l’abbé Trochu, directeur de l’Ouest Eclair. Il conçoit une vaste Agence de Presse réalisée après lui…

La profession lui rendra hommage en faisant de lui le Président d’Honneur de l’Association professionnelle des journalistes du Nord, lors de la création de cet organisme. Alfred Reboux a donc passé la vitesse supérieure : le publiciste se fait journaliste, voire reporter. Le directeur de journal devient un patron de presse.

Esprit pratique et éclairé, il avait compris l’importance de la grande presse populaire à bon marché, et le premier en France, il fit paraître son journal à six et à huit pages, ne reculant pour lui devant aucun sacrifice [3].

Le formidable développement du Journal de Roubaix s’appuie sur des éléments bien précis : la modernisation de ses équipements, un grand réseau de distribution, une bonne agence de presse, une conception forte des devoirs du journaliste, et une forte imprégnation de la vie publique et politique. A ce dernier point, Alfred Reboux consacra huit ans de sa vie.

Alfred Reboux en politique

La politique l’accapare bientôt : il se présente comme catholique, libéral et démocrate. Il est candidat au Conseil d’Arrondissement en 1880, et il échoue de peu. A l’occasion des élections complémentaires des 16 et 23 Avril 1882, il est élu avec un frère des Ecoles Chrétiennes, et il entre au Conseil Municipal sous la mandature de Léon Allart. La majorité est aux républicains radicaux, et l’heure est aux grandes lois laïques. Ses joutes oratoires avec Emile Moreau resteront célèbres et dépasseront largement cette époque. L’hommage d’Alfred Reboux à son vieil adversaire en 1889 montre assez le caractère du directeur du Journal de Roubaix :

« Si les partis politiques avaient le sentiment de la reconnaissance, il y a dix ans que Monsieur Emile Moreau serait député de Roubaix ».

En 1884, il est réélu, cette fois-ci dans un Conseil Municipal majoritairement conservateur, sous la mandature de Julien Lagache. Il est omniprésent et participe à un grand nombre de commissions, sans toutefois cesser de s’occuper de son journal, pour lequel il est au cœur des débats, et par lequel il influe parfois sur ces mêmes débats. Le journaliste n’a pas longtemps hésité à utiliser les informations de première main que lui fournissait l’homme politique. Les élections générales des 6 et 13 mai 1888 voient la fin de sa carrière politique, mais il poursuit le débat en se consacrant désormais à la direction de son journal.

[1] Anecdote rapportée par l’Echo du Nord cité par le Journal de Roubaix du 13 Avril 1908.

[2] Conférence donnée par Madame Reboux Hottiaux à l’école de journalisme de l’Université Catholique en mars 1930

[3] Extrait de l’éditorial de la Rédaction du Journal de Roubaix du 12 avril 1908.

Edouard Duquenne et les sociétés mutuelles

A 25 ans, en 1890, il entre dans une Société de Secours Mutuels. A ce moment, Edouard Duquenne, qui avait connu une enfance et une adolescence laborieuses et avait été le témoin des misères qu’entraînent la maladie, le décès prématuré, le chômage, prend conscience du rôle essentiel des Secours Mutuels. Dorénavant il n’aura de cesse de promouvoir ce mode de secours. En 1894, il fonde avec un petit nombre d’amis, qui deviendront ses collaborateurs, la Société de retraite des «Prévoyants de l’Industrie et du Commerce Roubaisiens».
 
Le 23 septembre 1896, il épouse à Roubaix, Clémence, Coralie Krabansky, sœur de l’artiste peintre roubaisien Gustave Krabansky, qui lui donnera huit enfants. Edouard Duquenne est à l’initiative de la création d’un grand nombre de Sociétés mutuelles à Roubaix : plus de soixante-cinq en 1913. Parmi celles-ci, on peut citer : La Mutualité Maternelle Roubaisienne, La Mutuelle Nadaud, La Société de Secours Mutuels Saint Joseph, La Société « L’Employé »…
 
Son action ne se limite pas à Roubaix, par plus de 600 conférences, de déplacements, de consultations, d’articles, il fait éclore de nombreuses Sociétés Mutuelles dans la région mais aussi dans la France entière et même à l’étranger. Son action le fait nommer à des postes importants de la Mutualité, il devient Président de l’Union Départementale des Sociétés de Secours Mutuels du Nord, vice-président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française, membre du Conseil Supérieur de la Mutualité…
 
Son dévouement lui vaut aussi de se voir décerner un certain nombre de distinctions : en 1904, il reçoit la médaille d’Or de la Mutualité, en 1920, il est élevé au grade de chevalier puis en 1924, d’officier de la Légion d’honneur.
 
L’Union : La plus grande boulangerie de France
 
Sur le plan professionnel, tout en se dévouant pour les autres, son travail le hisse au rang d’industriel : il devient président-directeur de la coopérative « L’Union », la plus grande boulangerie de France dont il fait, au point de vue social, un établissement modèle. Il est également directeur propriétaire du journal « Nord Mutualiste ».
Edouard Duquenne décède le 23 septembre 1927 à son domicile, 478 rue de Lannoy à Roubaix, à l’âge de 62 ans. Ses funérailles ont lieu en l’église provisoire Saint Michel, avenue Linné, en présence d’une foule considérable.
Les coins du poêle sont tenus entre autres par MM. Duvivier, commissaire général de l’Union Départementale des Sociétés de Secours du Nord, Eugène Motte, ancien Député Maire de Roubaix, Joseph Wibaux, Président de la Mutualité Maternelle, Eugène Ernoult, Administrateur de l’Union… Dans l’assistance, on remarque MM. Gustave Dron, Sénateur Maire de Tourcoing, Georges Petit, Maire de Lambersart et Président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française.
Dès le lendemain du décès d’Edouard Duquenne, le Journal de Roubaix, avec l’accord des instances de la Mutualité Française, lance une souscription pour l’érection d’un buste à sa mémoire. Cette souscription recueille en quelques jours plus de 16.000 francs. Ce buste, œuvre du sculpteur lillois Soubricas, est inauguré sur sa tombe au cimetière de Roubaix le 4 novembre 1928. Un second est érigé au square Pierre Catteau.

Louise Delmasure et « l’aide aux mères »

(NB, mai 2019 : voir également le n°19 de Gens et Pierres de Roubaix)

LOUISE DELMASURE FONDATRICE DE L’ASSOCIATION « L’AIDE AUX MÈRES DE FAMILLE DE ROUBAIX »

Mariés en avril 1913, le couple habite 33, rue Daubenton et leur première fille, Lisette (Mr et Mme Pierre Catrice) naît en 1914. La première guerre mondiale sépare les époux, elle part à Paris puis se réfugie à Arcachon. 

A la fin de la guerre, elle retourne à Roubaix et s’installe 150 bis, rue du Collège, dans une maison contigüe à l’entreprise « Delmasure Fils », négoce de laine. Sa vie est alors une suite de naissances et de soins aux enfants : de 1914 à 1934, elle met au monde 12 enfants dont 10 filles et 2 garçons.
Toutes les maladies y passent et le décès douloureux d’un petit Bernard âgé de 2 ans d’une broncho-pneumonie la touche profondément. « Ce qui fit ma santé, disait-t-elle, c’est le mois de repos que je m’impose après chaque naissance et l’aide dévouée de personnes fidèles » à qui elle prodiguait amitié et affection.
 
Malgré sa charge familiale, elle se rend chaque jour à pied de la rue du Collège à la rue Sébastopol soigner sa mère paralysée à la suite d’une congestion cérébrale. Femme de devoir, son sens pédagogique était net : « Il faut, il ne faut pas », « ne pas rester inoccupée… », « On fait ce que l’on doit faire »… Elle apprenait à lire à ses enfants avant la scolarisation (7 ans).
Vers 1928, elle réalise la nécessité de se faire aider car elle a 8 enfants en bas âge et la difficulté d’y parvenir. Elle pense aux mamans fatiguées et songe aux jeunes filles disposant d’un peu de temps qui pourraient rendre d’appréciables services, tout en acquérant des connaissances ménagères.
C’est ainsi que s’organisent des activités telles que les promenades du jeudi, le service du raccommodage, les garderies d’enfants dans des jardins, l’aide aux courses, les bourses aux livres de classes et de vêtements…
Tout cela se fit dans un échange bénévole de services qu’on appelait « l’œuvre d’entraide » et « le secours aux mamans ». Avec la participation de mesdemoiselles Delerue et Despré au dévouement total, progressivement, une petite indemnité intervint.
Monsieur Delmasure, militant familial, perçoit qu’il faut assurer la continuité dans l’action en mettant en place une structure permanente. Dès 1930, il apprend qu’à Paris l’idée a fait son chemin autour de madame Violet en 1920 et plus tard à Versailles, Lyon ou Marseille. Roubaix fait école à Lille et Tourcoing. L’association pour l’aide aux mères de famille est créée. Elle a son siège au 2 rue de la Sagesse et en expansion, au 49, boulevard Gambetta, au 6, rue Sébastopol et à ce jour 48, rue du Maréchal Foch.
Dans la période entre les deux guerres Mme Delmasure permit à son mari l’action sociale militante qu’il eut dans la région du Nord. Réciproquement, il l’a aidée, conseillée, épaulée lors de la Fondation de « L’Association de l’Aide aux Mères ».
La guerre de 1940 amène la famille à La Réole en Gironde, en zone non occupée. Des trésors d’économies et d’ingéniosité sont débloqués pour nourrir quinze à vingt personnes : enfants, parentée, des jeunes démilitarisés, des juives en transit vers l’Espagne, tout ce monde que, là-bas, on appelait « les boches du Nord ».
Cette deuxième guerre lui occasionne l’angoisse de la séparation d’avec son mari, délégué régional à la Famille à Marseille. Pendant quatre années, elle a transcrit sur des cahiers la vie au jour le jour de cette période.
A Roubaix, en 1943 Annette Delmasure, sa fille, prend le relais de Mlle Despré et organise suivant les directives de Madame Violet à Paris et Mlle Isnard à Lyon, un foyer pour loger, la semaine, les jeunes filles sorties des écoles ménagères du Pas-de-Calais, en recherche de travail. Cette formule durera 30 années et permit une excellente formation d’avenir pour les jeunes filles, en même temps qu’une parfaite disponibilité aux appels des familles.
L’indemnité du début devient salaire, une profession était née. La « Travailleuse Familiale » succède à « L’Aide aux Mères ». Le financement régulier par la Caisse d’Allocation Familiale se substitua aux subventions. La Direction départementale d’Action Sociale, la Caisse d’Assurance Maladie interviennent devant le prix horaire qui s’élève, les familles ne participant qu’en fonction de leurs ressources.
 
Vers 1950, d’autres organismes se créent avec des objectifs spécifiques. 120 associations se regroupent en une Fédération Nationale reconnue d’Utilité Publique. Après le décès de son mari en 1978, Madame Delmasure, invalide et dépendante décède chez sa fille le 22 avril 1986 au 6, rue Sébastopol.
Elle fut baptisée, confirmée, mariée, inhumée en l’église Saint Martin de Roubaix et décorée de la Médaille d’Or de la Famille Française. En 1957, elle est faite Chevalier de la Santé Publique.
 
En 1996, l’Aide aux Mères de famille a répondu à l’appel de 456 familles de Roubaix, Tourcoing et environs. Cette association se nomme aujourd’hui AMFD (Aide aux Mères et Familles à Domicile) et son siège social se situe maintenant Résidence Flandre, entrée 19 – avenue de Flandre 59170 Croix.
  
 Les Veilleurs
 

Léon Marlot, jeune résistant de la Première Guerre mondiale

Léon Marlot, jeune résistant roubaisien

Pendant la Première Guerre mondiale

Dossier de Monsieur Jean-Pierre Delahotte,

Secrétaire de l’association Espace du Souvenir de Roubaix

Documents pour une biographie, Juillet 2013

Stèle de Léon Marlot au sein du carré militaire du cimetière de Roubaix

Photo Jean-Pierre Delahotte

Pour qui voudrait mieux connaître Léon Marlot, voici ci-dessous la transcription de deux documents dont les originaux sont consultables en Médiathèque de Roubaix. Le premier de ces documents a été offert par le Journal de Roubaix à l’occasion de l’inauguration du monument élevé à la mémoire de Léon Marlot, le dimanche 29 mars 1925.

Il s’intitule :

« L’Histoire d’un Héros de dix-sept ans fusillé par les Allemands :

Léon Marlot, Chevalier de la Légion d’Honneur »

(Cote Médiathèque RES BR 4/1346)

Ce texte a déjà connu une première mise en valeur dans la plaquette de l’association Espace du Souvenir de Roubaix (Numéro 4. Tome 1 – Janvier 2011 – Spécial Résistance 1914-1918). En effet, la sépulture de Léon Marlot se trouve dans le carré militaire du cimetière de Roubaix, cimetière que cherche à faire connaître l’association Espace du Souvenir. C’est un membre de l’association, par ailleurs adjoint au Maire de Roubaix, Monsieur Henri Planckaert, qui a retrouvé cette sépulture.

Le second de ces documents est la transcription d’une chanson honorant Léon Marlot, dont les paroles et la musique ont été composées par Henri Palanchier.

Cette chanson est intitulée « Hommage à Léon Marlot : jeune héros roubaisien fusillé par les Allemands à Tournai le 23 Juillet 1918 ». Selon une mention portée sur la partition pour le chant seul, elle aurait été vendue au profit des aveugles de guerre (Cote Médiathèque RES (BR) 4/1123).

Ces documents sont intéressants au titre des informations d’ordre biographique qu’ils présentent. Ainsi, le document diffusé par le Journal de Roubaix contient le texte de la dernière lettre du jeune homme à sa famille. Par ailleurs, article et chanson reflètent, dans le vocabulaire et les valeurs mises en avant, le type d’hommage rendu aux soldats et, comme ici, aux résistants de la Première Guerre mondiale encore plusieurs années après le conflit.

Aujourd’hui, la figure de Léon Marlot est toujours honorée à Roubaix, à l’occasion par exemple du centenaire de son certificat d’étude, fêté en 2013 dans l’école qui porte son nom, avenue Linné.

 

La publication du Journal de Roubaix

Première page du document offert par le Journal de Roubaix.

Médiathèque et Archives de Roubaix. Cote RES BR 4/1346

Un douloureux et glorieux épisode de l’occupation à Roubaix

Parmi les pages les plus glorieuses et les plus douloureuses à la fois que la guerre et l’occupation ont ajoutées à notre histoire nationale, il en est une que les Roubaisiens doivent connaître particulièrement. Et cette page est, d’autant plus belle et plus émouvante qu’elle fut écrite en lettres de sang par un enfant de notre cité : Léon Marlot.

A dix-sept ans, verser volontairement son sang, offrir sa jeunesse et sa vie pour servir son pays, n’est-ce point le plus sublime des sacrifices ? Et, lorsqu’on y songe, on est porté à se demander comment, à cet âge, le cœur peut contenir tant de noble fierté, de si viriles résolutions, tant d’abnégation et d’énergie à les mettre en pratique, malgré tous les dangers. C’est que Léon Marlot avait une double passion : l’amour de la France et la haine du Boche. Cette passion en fit un héros, un émule des Bara et des Viala. La légende n’a point ici de place : la réalité historique est plus belle que toutes les légendes. Combien nous regrettons cependant, de n’en point connaître à fond les épisodes tragiques, de ne pouvoir retracer par le menu les hauts faits qui méritèrent à Léon Marlot, cette belle citation posthume, signée du maréchal Pétain :

Le maréchal de France, commandant en chef les armées du Nord et de l’Est, cite à l’ordre de l’armée :

« Marlot Léon, de Roubaix, jeune Français âgé de 17 ans. Alors que les Allemands voulaient le forcer à travailler à leurs lignes de la région de Lens, a tenté de s’évader vers les lignes alliées, emportant le plan de nombreux dépôts de munitions ennemis qu’il avait relevé. Pris au cours de sa tentative d’évasion, jugé par un tribunal militaire, a été fusillé à Tournai, le 23 Juillet 1918. A refusé d’avoir les yeux bandés et est tombé en criant : « Vive la France ! »

POUR SERVIR LA FRANCE

Le laconisme de ce style militaire résume trop brièvement les actions de Léon Marlot et, malheureusement, les renseignements sont peu nombreux que nous avons pu recueillir sur lui, sa famille ayant quitté Roubaix depuis plusieurs années. Nous les devons, d’ailleurs, au zèle et à l’affectueuse sollicitude de son ancien instituteur de l’école de l’avenue Linné, M. Bonnet.

Lorsqu’en août 1914, la grande guerre commença de tout bouleverser, Léon Marlot venait de quitter l’école. Il avait obtenu le certificat d’études primaires, et le souvenir qu’il laissait à ses camarades et à son maître était celui d’un bon élève, courageux et tenace. Sitôt la mobilisation, quoique bien jeune encore, il se révèle un fervent patriote. Se passionnant aux évènements, il lit avec avidité tout ce qui a trait aux opérations militaires et met tout son espoir dans la victoire de la France.

Vient l’occupation ; Léon Marlot refuse de travailler pour les Allemands. Il n’en est pas moins envoyé, en avril 1916, casser des cailloux sur les routes des Ardennes. Mais bientôt, à cause de son jeune âge, il est renvoyé à Roubaix. Sans cesse hanté par l’idée de servir sa Patrie, il va rôder dans les remparts de Lille, autour des mitrailleuses et des installations allemandes, dans l’espoir de recueillir des renseignements utiles pour nos troupes. Suspecté d’espionnage, il est arrêté et envoyé au camp d’aviation de Noyelles.

De nouveau obligé à travailler pour l’ennemi, il n’a plus qu’un but : se libérer de ce pénible esclavage. L’occasion tant attendue se présente un jour. Un aviateur allemand ayant abandonné son appareil à proximité de l’endroit où il travaille, Léon Marlot bondit dans l’avion. Il manœuvre les leviers… Pas assez vite cependant. Des soldats allemands l’ont aperçu. Ils se précipitent sur le jeune évadé, l’arrachent de la carlingue et, pour assouvir leur rage, ils le rouent de coups jusqu’à le laisser pour mort sur le terrain.

Léon Marlot se rétablit cependant et, quelque temps après, il est prêt pour une nouvelle tentative d’évasion. Nous ne pouvons mieux faire que lui céder la parole et l’écouter raconter lui-même les péripéties de son arrestation, dans une lettre qu’il adressa plus tard à ses parents.

« Je songeai à rejoindre les Anglais dont j’étais si près. Le 5 avril 1918, après avoir rassemblé le plus de renseignements susceptibles de rendre service aux nôtres, je partis de Noyelles-Godault et me dirigeai vers Lens, éloignée de huit kilomètres. Il était nuit. Après avoir évité les postes et soldats échelonnés le long du trajet et passé, non sans peine, quelques lignes de fils de fer barbelés, j’arrivai aux tranchées du front allemand. Au milieu des ruines de Lens, je me reposai sur une large pierre qui devait avoir servi de soutien à une statue, d’après les débris que je voyais autour de moi ; puis je repris ma route à travers les fils barbelés, les ruines, les tranchées, les trous d’obus.

De temps en temps, les mitrailleuses crépitaient, les obus sifflaient dans l’espace. Après avoir rampé pendant au moins une heure et demie et m’être caché dans les trous, j’arrivai vers la deuxième ligne d’infanterie allemande, lorsque je dus essuyer le feu d’une mitrailleuse ennemie, dont les servants m’avaient aperçu. Par trois fois, elle essaya de m’atteindre. Je rampai bien vite dans un entonnoir d’au moins trois mètres de profondeur et j’y restai blotti pendant une demi-heure.

Quand tout fut calmé, je repris ma route, car je voyais que l’horizon blanchissait. Malheureusement, je pris un boyau de tranchée qui se trouvait sur ma droite. Je fus arrêté rudement par des soldats occupés à arranger les parois. Ils me remirent à leur lieutenant, qui me fit conduire dans la grande tranchée du front où se trouvent les bureaux. J’y fus fouillé, puis dirigé vers l’arrière.

A la kommandantur de Courrières, deux agents de la police secrète me firent déshabiller et visitèrent de fond en comble mes vêtements. Après cet examen, ils me firent monter en auto et me conduisirent à Tournai. Un commissaire allemand m’y fit écrouer vers 11 heures, après m’avoir interrogé sur le plan d’un dépôt de munitions dont j’avais été trouvé porteur.

Le mercredi 15 mai, je fus jugé et reconnu coupable du crime de trahison, d’espionnage pour l’ennemi. Condamné à la peine de mort, avec circonstances atténuantes, je crois, d’après le sergent de la prison, que je partirai plutôt en Allemagne… »

LA MORT D’UN BRAVE

Mais, n’était-ce point un pieux mensonge que cette ultime espérance qu’il voulait laisser aux siens ? Et bien souvent, sans doute, dans l’obscur et douloureux silence de sa froide cellule, le petit détenu songeait à sa famille… Il savait qu’il ne la reverrait plus, que sa destinée à lui c’était la mort. Et cette mort, il l’accepta sans une larme, sans un regret apparent, trop fier pour laisser voir au Boche odieux, que son cœur d’enfant saignait d’une cruelle blessure…

Elle vint, le 23 Juillet 1918. Tandis que nos troupes commençaient leur offensive victorieuse, crânement, sans forfanterie, en vaillant Français, offrant sa jeune poitrine aux balles ennemies, après avoir refusé qu’on lui bandât les yeux, Léon Marlot tomba en poussant ce cri qui fut tout son idéal : « Vive la France ! »

LA DERNIÈRE LETTRE DE LÉON MARLOT

Avant de mourir, Léon Marlot avait envoyé à ses parents, par les bons soins de son aumônier, cette lettre sublime :

Tournai, le 23 Juillet 1918.

Très cher Papa, très chère Maman,

Chers Frères et chères Sœurs.

Vous dire la douleur horrible qui trouble mon âme en ce moment, m’est impossible ; mon être entier frémit et frissonne ! Oh ! Très chère maman, console-toi, tant d’hommes meurent en ce moment ; console-toi de la mienne, oh ! bien chère maman, oui, vois-tu, je vais mourir ; ce soir à 8 heures, je ne serai plus de ce monde ; oui, j’aurai quitté cette terre de larmes et de gémissements pour Lui rendre compte de ma vie, hélas ! Si courte. Oh ! Maman, pardonne-moi les peines que je t’ai causées par mes inconduites et mon indocilité ; je vous demande aussi pardon, chers frères et sœurs du mal que j’ai pu vous faire et du mauvais exemple que j’ai pu vous montrer.

Soyez toujours bons, généreux, pieux et vertueux surtout, car la vie ici-bas n’est qu’un passage, vous le voyez par moi-même ; aussi soyez toujours chrétiens. Remettez-vous entièrement de votre vie entre les mains de Dieu, faites sa sainte volonté ; soumettez-vous-y et vous gagnerez le ciel.

Soyez certains que je prierai beaucoup pour vous là-haut, particulièrement pour toi, chère mère et aussi pour papa ; dites-lui que je lui demande pardon aussi pour les fautes et les peines que je lui ai causées, dites-lui que j’étais décidé à mener une vie toute autre que je n’avais menée jusqu’ici ; je m’aurais consacré entièrement à votre bonheur terrestre et surtout éternel.

Oh ! Maman, je te prie de redoubler d’affection pour mes chers frères que je n’ai pu, hélas ! Revoir une dernière fois. J’ai pensé à toute la famille, et notamment à mon cher père qui s’est exposé pour la patrie : en retour, priez souvent pour le repos de mon âme.

Je meurs content, victime de mon dévouement patriotique et réconforté d’ailleurs par la Sainte Communion.

Votre très affectionné fils et frère,

Signé : MARLOT Léon,

Caserne rue de la Citadelle,

Tournai, le 23 Juillet 1918. – 4 ½ (soir)

POUR SA MÉMOIRE

La glorieuse dépouille du jeune héros, reposa, durant près de quatre ans, dans un cimetière de Tournai. Exhumé en Juin 1922, il dort maintenant son dernier sommeil dans la nécropole de sa ville natale, aux côtés de ceux qui tombèrent sur le champ de bataille, ses frères des tranchées. Une stèle pareille à celle de nos soldats s’élève sur le tertre de sa tombe, que des mains amies viennent fleurir pieusement.

En décembre dernier, la Croix de la Légion d’Honneur fut attribuée à la mémoire du vaillant petit Roubaisien.

L’admiration, la vénération vouée à Léon Marlot, nous devions la graver dans la pierre.

Un monument Léon Marlot ! Quelle belle manière d’exalter la mémoire de celui qui incarna, durant l’occupation, les plus hautes aspirations de nos cœurs, de celui qui restera le plus pur et le grandiose symbole de nos douleurs et de nos souffrances ! Notre ville se devait d’élever un monument, qui dira aux jeunes Roubaisiens des futures générations, qu’un de leurs aînés, à peine sorti des bancs de l’école, ayant voué une sainte et implacable haine à l’envahisseur, résista à ses ordres barbares, et qu’ayant donné tout son cœur à sa Patrie, il voulut, lui aussi, la défendre comme les poilus sur les champs de bataille, et versa généreusement son sang pour la servir…

Ce monument, dû à l’initiative des Combattants Roubaisiens, est inauguré aujourd’hui, dimanche 29 mars, à 11 heures 15, à l’école de l’avenue Linné. En assistant à cette cérémonie, nos concitoyens accompliront leur devoir de reconnaissance et d’admiration envers cet enfant du peuple qui incarnait les plus belles vertus de la race française, envers ce héros parfait, qui a sa place parmi les plus pures figures de notre France, envers les maîtres qui ont forgé son âme, envers la famille, qui a formé et fortifié son cœur.

 

LA CHANSON-HOMMAGE

Première page de la partition

Médiathèque et Archives de Roubaix.

Cote RES (BR) 4/1123

Hommage à Léon MARLOT

Paroles et Musique d’Henri PALANCHIER

1.

Parmi les braves guerriers

De la terrible guerre,

Un Roubaisien, jeune ouvrier,

Pour la patrie quitta sa mère ;

Ce petit gars, ce grand héros

Donna sa vie pour nous sauver,

Aussi son nom : « Léon Marlot »

Dans tous nos cœurs sera gravé.

REFRAIN

En bonne santé, marchant de bon cœur,

Gaiement, il luttait sans trêve et sans peur.

Pour son Pays donna sa vie

Et pour toujours s’est endormi,

S’est endormi pour la Patrie.

2.

Ce n’est qu’un adolescent

Et, malgré son jeune âge,

Suit ses aînés combattant

Sans peur il brave le carnage,

A travers champs, villes et hameaux,

Vigilant, déjoue l’ennemi,

Notant les plans de leurs travaux

Pour son Pays et ses amis.

(Au refrain)

3.

Mais l’implacable ennemi

Un jour a mis entrave :

Entre ses mains, ce cher ami,

Prisonnier il tombe en brave

Et, sans remord, près du tombeau

Confiant, gardant l’espérance,

Meurt crânement face aux bourreaux,

Criant : « Vive la  France » !

(Au refrain)

4.

A nos enfants nous dirons

Ton émouvante histoire :

A l’avenir ils marcheront

Comme toi à la Victoire.

Adieu, Marlot, repose en paix :

Triomphants, les Poilus de France

Sous leurs drapeaux pleins de vaillance

Ont reconquis ton cher Roubaix.

(Au refrain)

5.

Dans la coquette cité,

A l’ombre d’un bocage

Un monument sera monté

Souvenir de ton courage

Et quand, par-là, nous passerons

En priant, l’âme attristée,

Et pieusement nous saluerons,

Remémorant ton épopée.

(Au refrain)

Joseph Dubar, résistant

JOSEPH DUBAR
HISTOIRE D’UN GRAND RESISTANT ROUBAISIEN
DIT JEAN DE ROUBAIX OU JEAN DU NORD
DURANT LA GUERRE 1939-1944

Souvenirs de son frère Georges Dubar

Le dimanche 6 novembre 1960, le journal Le Soir à Bruxelles, annonce le décès de Joseph Dubar et titre « Jean du Nord, héros de la résistance franco-belge, est mort à Roubaix. Un français à qui la Belgique doit beaucoup ».

« Modeste artisan, fils de tisserand, il joua un rôle de premier plan dans la guerre clandestine. Son patriotisme ardent, son amitié pour notre pays, son audace et son talent d’organisateur, en firent la cheville ouvrière des réseaux franco-belges de renseignements, d’action et d’évasion ».

« Il termina la guerre 1939-45 avec le grade de lieutenant-colonel des Forces Françaises Combattantes et la rosette de la Légion d’Honneur, ses brillants états de service à la tête du réseau « Ali-France » qu’il avait fondé et qui appartenait aux réseaux belges de France lui valurent le grade major A.R.A. de l’armée belge et le Prince Régent lui décerna la commanderie de l’Ordre de la Couronne. Le roi Georges VI lui conféra l’une des plus hautes distinctions militaires britanniques, le D.S.O. (Distinguished Service Order). »  

Joseph Dubar est né dans une courée, 40 rue La Fontaine à Roubaix le 30 décembre 1899. Comme beaucoup de roubaisiens à cette époque, il a des origines flamandes du côté maternel. De ses parents, il acquiert une conscience droite et le respect des convictions qui l’amèneront à devenir une figure légendaire de la Résistance, un patriote intransigeant, ayant des qualités d’animateur et de chef.

Dès ses études primaires, il est remarqué pour son inventivité et ses dons en dessin. En 1914, cet adolescent, doué pour la chimie et l’électricité qu’il étudie seul à l’aide de livres appropriés, se révolte contre l’occupation allemande. Avec beaucoup de courage et d’ingéniosité, il fabrique, seul, en cachette, dans le grenier de ses grands parents, des explosifs avec de la potasse qu’il arrive encore à se procurer dans une droguerie de la rue de Lannoy.

Son frère se souvient qu’à cette époque, pour gagner de l’argent, il fabriquait et vendait des lacets en récupérant, dans les usines textiles fermées de Roubaix, de la corde à broche qu’il teignait et munissait d’embouts de fer récupérés sur de vieilles boîtes de conserve.

Un jour, il réussit à faire sauter un grand pylône supportant les liaisons téléphoniques d’un PC allemand situé en haut de l’avenue du Général de Gaulle.  Une autre fois, il injecte de l’acide avec une seringue dans le trou d’une serrure d’un important relais téléphonique réservé à l’occupant. Situé rue du Manège (aujourd’hui rue De Lattre de Tassigny) il occasionne de graves dégâts sur les câbles électriques.

Bloqué par l’occupation allemande, il décide de s’engager dans l’armée Française. En 1917, il part en sabots avec une bêche sur l’épaule pour ressembler à un paysan. Après avoir traversé à pieds toute la Belgique dans l’intention de gagner la France non occupée et l’armée française, il échoue à la frontière hollandaise, très bien surveillée. Sa mère le voit revenir à Roubaix en piteux état, les pieds ensanglantés.

La guerre finie, il effectue son service militaire (classe 19) et se marie en 1924 avec Laure Hennion, nièce de Jean Lebas, maire socialiste de Roubaix. Il s’installe à son compte en 1936 avec son épouse spécialisée en bonneterie et ouvre un petit atelier de confection qui fonctionne jusqu’à sa mobilisation, en janvier 1940, au 3ème Génie à Arras. Il est alors âgé de 41 ans. Affecté aux ponts fluviaux de Croix et de Wasquehal, il participe à leur destruction en mai 1940 pendant la bataille de France. Le 28 mai 1940, encerclé à Lille avec son unité, il refuse de se rendre et échappe à la captivité en se démobilisant lui-même, rentre chez lui, reprend la vie civile et débute aussitôt son activité de « résistant clandestin ».  

Il rencontre Paul Joly, petit industriel Roubaisien né comme lui en 1899, fait prisonnier à Dunkerque et évadé. Bien qu’ils soient d’opinions politiques différentes, Joseph Dubar est militant socialiste tandis que Paul Joly est plutôt de sensibilité de droite, ils s’accordent pour joindre leurs efforts dans la lutte contre l’ennemi. Avec l’aide de Marcel Guislain, médecin à Roubaix, ils commencent à évacuer les soldats alliés.

Joseph Dubar expose ses vues à Jean Lebas qui lui accorde sans réserve son soutien et le met en rapport avec des personnes sûres dans toute la France. Le jour de l’appel du Général de Gaulle, le 18 juin 1940, ils ont regroupé autour d’eux des hommes et des femmes qui refusent d’abandonner le combat. Le réseau, encore embryonnaire, porte le nom de leur mot de passe « Caviar » et s’occupe de tous travaux de résistance. Parmi les compagnons de la première heure, Joseph Dubar cite Paul Joly, Jean Lebas et son fils Raymond, Georges Marc, douanier à Toufflers, Marcel Delcroix entrepreneur à Wattrelos, Marius et Millette Berrodier, fleuristes rue de la Gare à Roubaix, tous sont d’opinions différentes mais animés du même idéal.

Dès juillet 1940, l’urgence est d’organiser l’évacuation des soldats alliés cachés chez les habitants en leur fournissant nourriture, logement et habillement. Joseph Dubar les accompagne ensuite jusqu’à Marseille à travers deux lignes dangereuses : la Somme pour sortir de la zone interdite particulièrement dangereuse, puis la ligne de démarcation pour sortir de la zone occupée et même parfois également la frontière belge. Il risque sa vie à chacun de ces passages. Il réussit pourtant et recommence inlassablement le même trajet avec d’autres personnes qu’on lui amène de tout côté.

C’est par Marcel Delcroix (alias Mancel), petit entrepreneur de Wattrelos, évadé du camp de Rexpoede et ami de son frère Charles, qu’ils entendent parler du Fort Saint Jean près de Marseille où se trouve une antenne M.I.S., le service britannique qui s’occupe d’évasion. Cécile Hermey, professeur d’anglais à l’Institution Ségur à Roubaix accompagne, pendant les vacances de Noël 1940, deux soldats anglais recueillis à Hem et prend des contacts utiles pour organiser une filière d’évasion. Joseph Dubar utilisera ce « débouché » jusqu’en juillet 1941 et profitera de ces voyages pour transmettre au capitaine anglais Murphy Plommen (alias Murchie), responsable du Seamens House de Marseille, les renseignements rassemblés essentiellement par Georges Marc qui pouvaient s’avérer utiles pour les alliés.  

C’est à partir de janvier 1941 que le réseau s’organise véritablement. En effet, vers la fin 1940, Joseph Dubar est approché par Jules Correntin (alias Léon). Il s’offre immédiatement pour procurer à la résistance belge des moyens de communications avec la zone non occupée. En collaboration avec Paul Joly, il convoie jusque Marseille neuf pilotes de l’aviation belge par la même ligne qu’il avait montée pour les soldats anglais. Parmi eux arrivent à Londres des hommes qui allaient jouer un rôle essentiel dans l’organisation de la résistance belge comme le Colonel Van Dyck, le Major Guillaume, Gazon et d’autres personnes comme le capitaine Pierre Vandermies, qui reviendra en France le 13 juin 1941 afin d’organiser l’évacuation d’un courrier hebdomadaire comprenant tous les renseignements des réseaux belges (mission Dewinde).  

Le réseau se scinde en deux parties au mois de juillet 1943. Paul Joly avec son service Caviar continue le renseignement. Joseph Dubar avec son service Jean du Nord et plus tard Ali continue l’évacuation des hommes et du courrier et travaillera pour les services belges à Londres et dépendra organiquement de la sûreté de l’Etat. Comme d’autres Français, Joseph Dubar, méfiant vis à vis du gouvernement de Vichy, choisit de servir dans ces formations belges qui, sans un soutien efficace, n’auraient pu se développer sur le territoire français et qui étaient indispensables pour les liaisons entre la Belgique et la Grande-Bretagne. Le contact est alors pris avec Fernand Kerkhofs, fondateur du réseau Zéro à Bruxelles.

A la fin de l’année 1941, les principaux mouvements de la résistance belge ont fait du triangle Lille-Roubaix-Tourcoing la plaque tournante d’une formidable clandestinité. Jean de Roubaix « est connu de tous les chefs de la résistance en Belgique comme un ami sûr et un compagnon de lutte ».

Pierre Vandermies demande également à Paul Joly et Joseph Dubar de recevoir et d’aider les agents parachutés dans le nord de la France pour les réseaux belges. Ils leur procurent des faux-papiers, vont rechercher leur matériel, leur font passer la frontière ainsi qu’à leurs bagages qui sont en général remis à la buvette de la gare de Tournai « Chez Louise ».  

Pour cela, Jean du Nord a constitué ce qu’il appelle lui-même un « petit état-major » qui fonctionne dès 1940. Celui-ci se retrouve au Café de l’Univers installé sur la Grande Place de Roubaix, géré par Joseph et Irène Verbert. « Le fait qu’Irène, née allemande, peut opposer à des perquisitions, un accueil dans la langue de l’envahisseur rend le rôle du café de l’Univers capital jusqu’à ce moment de 1942 où il apparaît prudent de faire prendre la clandestinité à ses responsables. »

Le groupe pour lequel Paul Joly est devenu « Caviar » et Dubar « Jean du Nord», « Jean de Roubaix » ou aussi « Jean Ballois » prend très vite un rôle considérable. On en trouve la trace dans le rapport de la Feld Polizei du 5 juin 1941, qui décrit, sur la foi d’aveux d’un soldat anglais pris à la ligne de démarcation, tout ce qu’un « client » pouvait connaître des « gens de l’Univers».

A partir juin 1941, la royal Air Force largue systématiquement tous ses agents au-dessus du nord de la France. Les parachutés, appelés aussi « Jean de la Lune» ont pour consigne de se présenter au Café de l’Univers muni d’un mot de passe et d’un billet portant la signature de Vandermies. Entre octobre 1941 et janvier 1943, pratiquement tous les agents parachutés pour les réseaux de renseignements belges passeront par Roubaix et tous, sauf pour une équipe, seront accueillis soit à l’Univers soit, plus tard, par les fleuristes Marius et Marie Berrodier, rue de la Gare. Munis de faux papiers à Roubaix, Joseph Dubar, Paul Joly ou un de leurs collaborateurs les font franchir la frontière franco-belge ou les acheminent en zone libre. Ils vont également chercher leur matériel que les agents cachent après leur saut et cette recherche les mène parfois dans des endroits curieux (comme des caveaux vides dans les cimetières…)

Ils organisent également le convoyage des courriers des divers services de renseignement regroupés par le réseau Zéro à Bruxelles. S’y ajouteront le courrier d’autres réseaux belges : Bravery et à partir de juin 1942, celui du réseau Boucle. Plus tard, Ali-France transportera aussi le courrier de Zig et pendant quelques semaines, en 1943, celui du réseau Marc. Ainsi chaque semaine à partir d’août 1941, un courrier groupant tous les réseaux belges part de Bruxelles via Tournai, Roubaix, Paris pour Tours et Toulouse ou Lyon, Montpellier et Perpignan en passant la ligne de démarcation à Chalon sur Saône ou à La Haye-Descartes avec l’aide du réseau « Sabot » puis le P.C.B. (Poste Commandement Belge) puis le P.C.C. (Poste Commandement Courrier).

Wilson Churchill a écrit dans ses mémoires que durant la bataille du Radar en 1941, 80 % des renseignements venus des services établis en territoire occupé, furent fournis par les réseaux belges. La majeure partie de ces courriers passèrent entre les mains de Jean de Roubaix, de Léon de Tourcoing et de leurs compagnons.

Parachuté en France la nuit du 22 au 23 juin 1942, le capitaine belge Gérard Kaisin (alias Alex) a la mission de créer un réseau de renseignement dans le Nord de la France. Paul Joly, avec une trentaine de ses collaborateurs comme Joseph Verbert, les Berrodier, Suzanne Derache et Geneviève Liebert, fondent le réseau « Zéro-France » en juillet 1942.

Joseph Dubar continue ses activités et donne le nom d’« Ali-France» à son réseau en souvenir de son ami Georges Marc, alias « Ali 99 ». Sa fille Raymonde, devient son bras droit après son arrestation et le seconde efficacement. Il se consacre essentiellement aux évasions et aux réceptions de parachutistes ainsi qu’au transport des courriers. Appuyé par Victor Provo, maire depuis juillet 1942, il assure la remise des papiers d’identité et des cartes de ravitaillement place de la Gare, héberge les clandestins dans la crèche de la rue de Tourcoing et les achemine vers le sud.

Le réseau « Ali-France » fonctionne jusqu’à la Libération. A son actif, il aura, d’après les contrôles officiels belges, convoyés « 700 hommes militaires ou civils français, belges et britanniques, vers la zone libre ou l’Espagne ». Sur ces 700 évadés officiellement contrôlés, 3 % seulement n’arriveront pas à Londres. De plus, 80 % des hommes parachutés par le gouvernement belge ont été réceptionnés sans incident.

De juillet 1940 à juillet 1943, le nombre des courriers de renseignement pris en charge par « Jean du Nord » est de 104, chaque contenair pesant de 20 à 30 kg. Cela représentait plusieurs milliers de documents, dont un bon nombre ont eu une importance militaire capitale dans le déroulement de la guerre. Le courrier des réseaux belges passe la frontière à La Festingue chez François Vienne où l’épouse de Georges Marc et le dépose à la crèche de la rue de Tourcoing à Roubaix. Entre la fin 1943 et mai 1944, cette ligne fait partie intégrante du système du P.C.C.  

Dès 1941, la police allemande traque « Jean » dont elle a confisqué tous ses biens et mis sa tête à prix 1 million de francs belges. Le 21 mai, elle arrête sa femme, Laure Dubar-Hennion, son oncle Jean Lebas, Député-maire de Roubaix et le fils de celui-ci, Raymond Lebas, ils ne reviendront pas. Le 9 octobre 1941, c’est l’arrestation du roubaisien Marcel Duhayon, douanier, suivie le 11 décembre de son collègue Georges Marc de Toufflers. Le 4 mai 1942, le Docteur Marcel Guislain et Marcel Delcroix tombent aux mains de l’ennemi. Camille Chevalier est arrêté le 12 août 1942 à Chalon-sur-Saône et fusillé le 18 août 1942. Raymonde Marc est arrêtée à Toufflers le 29 avril 1943 puis Mr et Mme Capette avec leur fils le 26 mai 1943, qui servaient de boîte aux lettres. Paul Joly est arrêté le 21 juillet 1943 en même temps que Marius et Millette Berrodier, fleuristes dans l’avenue de la Gare et qui utilisaient des noms de fleurs comme mots de passe. On demandait des Iris bleus, des marguerites blanches ou des roses rouges. Et enfin Mme Lapaire, arrêtée à Tours, le 15 juillet 1944.  

En février 1945, on n’a encore peu de nouvelles de ces agents, à l’exception de Camille Chevalier, fusillé. Conscients du danger pour eux-mêmes et leurs familles, une caisse spéciale de secours aux agents arrêtés et d’aide à leur famille est créée en juillet 1943. Elle est organisée de façon à subsister au cas où le réseau Ali-France viendrait à disparaître et permet son bon fonctionnement. Elle accorde des secours aux familles et aux personnes qui ont recueilli un aviateur abattu et finance intégralement les colis envoyés aux agents prisonniers. Elle fournit également de l’argent de poche aux soldats évadés d’Allemagne pour leur voyage en train et leur nourriture en cours de route. De nombreux français furent également aidés pour gagner l’Angleterre. Joseph Dubar, dans son rapport de février 1945 « souligne l’appui entier obtenu des autorités Belges pour cette œuvre. Jamais les fonds nécessaires n’ayant été discuté ».

Malgré les coups très durs, « Jean du Nord » continue de défier l’ennemi et le danger par une activité prodigieuse et incessante. Son habileté devient légendaire dans les réseaux. Il va, il vient, avec des hommes, des courriers, du matériel parachuté, de Roubaix à la Somme, il force la ligne, de la Somme à La Haye-Descartes où il passe la 2ème ligne de démarcation. Un jour, il est à Tournai ou à Bruxelles, un autre jour, on le retrouve à Paris, à Charleville, à Chalon-sur-Saône, à Lyon ou dans les Pyrénées. Jamais au même endroit, sa mobilité déconcertera ses poursuivants et contribuera à déjouer tous les pièges que les polices, nazie et collaboratrice, lui tendent. Pourtant, il conserve des contacts précis avec certains de ses amis et le travail n’est jamais interrompu.

Il voyage en train, mais fait aussi des raids considérables à vélo lorsqu’il lui faut récupérer du matériel parachuté. Avec ses camarades belges, chefs de réseaux, il participe à l’évacuation de condamnés à mort évadés, d’agents « brûlés » et de personnalités politiques belges qui gagnent le monde libre. C’est lui qui réceptionne presque tous les « Jean de la Lune » c’est à dire les agents belges et leurs matériels parachutés en France. En juillet 1943, il totalise 21 missions de cette sorte dont pas un homme ni un poste émetteur n’a été perdu.

A la demande pressante du commandement belge, Jean du Nord s’envole pour Londres le 17 décembre 1943 afin organiser un service de transmission directe des renseignements depuis le Nord. « Si c’est uniquement pour ma sécurité que vous m’appelez chez vous, j’estime ne pas pouvoir accepter (…) Je ne suis pas inconscient des dangers qui m’entourent » écrit-il à Londres et il n’acceptera que si Londres l’appelle « pour me donner des instructions spéciales et me ramener ensuite ». Londres lui demandera également de surveiller les rampes de V1 et V2 dans la région du Nord.

Durant quatre mois, il subit un entraînement spécial pour apprendre à évacuer les courriers par mail pick-up c’est à dire enlever et débarquer les contenairs de courrier et les « colis » (agents parachutés) par avion Lysander appelés aussi Lizzies. Durant son absence, le réseau continue de fonctionner normalement grâce à son frère Charles, comptable à Wattrelos. Il est de retour en France en mai 1944 où ses camarades ont subi une série de coups très durs et prépare le débarquement allié en montant en Touraine un nouveau service de mail pick-up.

Avec succès, il donne des renseignements internes et externes de la construction de la base de lancement des fameux « V1 » d’Eperlecques qui, du Nord de la France doivent abattre Londres grâce à son chef de secteur, René Fonson, ami d’enfance, qui, pour exécuter sa mission, se fait embaucher comme ouvrier libre sur le chantier. Le réseau reçoit les félicitations de Londres pour ce travail.

Il termine ses exploits en participant activement à la libération de sa ville natale de Roubaix en septembre 1944 où il remonte juste à temps en deux étapes avec son vélo et deux postes émetteurs sur le porte-bagage : Tours-Paris et Paris-Roubaix.

Joseph Dubar a lutté tant qu’il a pu dans cette résistance. Lorsqu’à Londres, selon les us de l’identification, on lui demanda un spécimen de son écriture, il écrit cette phrase qui dépeint le résistant : « L’espérance force le destin ». Sa réussite tient aux deux qualités essentielles qu’il possédait, plus la chance évidemment !

1°) Une très bonne mémoire, surtout visuelle. Il n’a jamais de document compromettant en sa possession lors des contrôles. Il lui suffit de passer une seule fois dans un lieu, pour en repérer les moindres détails et les enregistrer dans sa tête.

2°) Un grand flegme. Il ne montre jamais aucun trouble dans les moments difficiles, lorsqu’il franchit les diverses zones de passage, il ne s’énerve jamais et sait rester passif.

Il lui a fallu également une excellente santé pour supporter, durant quatre années, cette vie clandestine extrêmement mouvementée et dangereuse. La guerre terminée, il reprend son activité de bonnetier. En 1948, il se remarie avec Renée Hodewyck, veuve de Louis Deregnaucourt, mort en déportation et aura un fils, Jean Dubar. Il devient chef de travaux au C.I.L. en 1949 et décède en novembre 1962 après avoir revu ces amis belges.

Distinctions reçues :

–    Grade de Lieutenant-colonel des Forces Françaises Combattantes
–    Grade de Major ARA de l’armée belge
–    Officier de la Légion d’Honneur
–    Croix de Guerre
–    Médaille de la Résistance
–    Médaille de Combattant Volontaire de la Résistance 1939/1945
–    Commandeur de la Couronne de Belgique avec Palme
–    La Médaille Commémorative 1939/1945 avec éclair
–    La Médaille Freedom avec palme
–    Titulaire du « Distinguished Service Order » (D.S.O.)

Ces récompenses bien méritées, il n’aimait pas les exhiber. Il était resté très modeste. A la Libération, il s’est efforcé de témoigner et d’appuyer les demandes d’obtention de ce que l’Etat pouvait accorder à ses collaborateurs. Sinistré, il n’a jamais reçu ses propres dommages de guerre. Il finira le conflit plus pauvre qu’au départ, contrairement à ceux qui en avaient profité durant toute l’Occupation.

Lors de la visite officielle de la reine d’Angleterre le 12 avril 1957, Joseph Dubar accompagne la reine Elisabeth II lors de l’hommage rendu aux Résistants Morts pour la France. Le prince Philip se montra particulièrement intéressé de savoir comment ce grand résistant avait reçu la « Distinguished Service Order », accordée presque uniquement aux officiers anglais.

A force de volonté, cet homme « si simple, si modeste, si effacé » comme le disait à ses funérailles le 7 novembre 1962 son ami Marcel Guislain, a galvanisé les énergies autour de lui. Peu après, la ville de Roubaix baptisera une rue à son nom dans le quartier des Hauts Champs afin de perpétuer sa mémoire.

Anecdotes recueillies auprès de son frère Georges Dubar et de sa femme :

Premier itinéraire suivi par Joseph Dubar lui-même lors de son voyage à Marseille. Nous suivons le parcours de deux soldats anglais et leur jeune guide, Yves-Jean Henno, fils de militants socialistes Roubaisiens. Les deux anglais sont partis de Bruxelles le 10 janvier 1941 après avoir été hébergés à Flobecq (Hainaut) et à différents endroits dans la capitale belge. Arrivés à Tourcoing, le 10 janvier au soir, ils sont hébergés par Lezaire jusqu’au 14 janvier. A cette date, Lezaire remet un des deux anglais (Wright) à la femme de Joseph Dubar qui l’amène chez son oncle Jean Lebas où il sera hébergé jusqu’au 25 janvier. On attend en effet le retour de Dubar avant d’entreprendre leur évacuation. Le 25, Joseph Dubar remet Wright (que Raymond Lebas a muni d’une fausse carte d’identité au nom de Charles Duroc) à Henno qui a amené le second anglais (Harry Dando) en gare de Roubaix. Henno reçoit de Dubar tous les renseignements nécessaires pour le passage de la Somme et de la ligne de démarcation. La ligne rouge de la Somme est passée la nuit, en barque, en compagnie de deux hommes entre Coquerel sur la rive droite (où Dubar peut compter sur la famille Libraire) et Fontaine-Sur-Somme sur la rive gauche (où il a recruté la famille Rabouille). C’est cette dernière famille qui loge les trois hommes. De là, ils se rendent à Paris où ils sont hébergés par un oncle de Henno et le 27 janvier, le trio va en train jusque Bourges. Là, ils descendent et continuent leur route à pied jusqu’au petit village de Morthomier, près de Saint Florent sur Cher, au sud de Bourges où ils doivent franchir la ligne de démarcation. Pour ce faire, Henno se met en rapport avec Raymond Fortepaule ; cette adresse a été renseignée par Cécile Hermey et Dubar y est passé lors de son premier voyage à Marseille. Fortepaule les dirige vers un café dans lequel la police allemande arrête le 27 au soir, neuf candidats au départ dont Henno et les deux anglais et très probablement Fortepaule. Leurs déclarations et surtout celles de Wright, mèneront, le 21 mai 1941 à l’arrestation de Jean Lebas, de son fils Raymond et de l’épouse de Joseph Dubar. Le passage de Morthomier est abandonné aussitôt mais Dubar trouvera très vite deux autres points de passage sur la ligne de démarcation qui tiendront longtemps à la Haye Descartes (Indre et Loire) et à Chalon sur Saône (Saône et Loire).

A la demande de Londres, le réseau Ali France est chargé de déceler les emplacements des rampes de lancement des fusées  V1 et V2. Jean de Roubaix demande à René Fonson, son ami d’enfance, de se faire embaucher au chantier d’Eperlecques en tant qu’ouvrier libre pour photographier l’intérieur de l’immense blockhaus. Il y reste pendant trois mois, de juin à août 1943. Grâce à ce travail minutieux, alors que les terribles V2 qui doivent selon Hitler détruire Londres, sont presque prêts, le bunker subit le 27 août 1943 un bombardement d’une telle puissance qu’il est en grande partie détruit et rendu inutilisable.

Le réseau Ali-France
Mon frère donnera le nom d’Ali-France  à son réseau en hommage à Georges Marc, alias Ali 99 Germain, qui, arrêté le 11 décembre 1941 est déporté et décède le 19 décembre 1944 au camp de Gross Rosen en Allemagne. Raymonde Marc, sa fille, n’hésitera pas à prendre la relève et devient son bras droit. Avec une grande volonté et un sang froid à toute épreuve, elle affrontera avec courage son arrestation, la torture et sa déportation au camp de Ravensbrück. C’est lui qui, le premier, avait organisé dans la région un service de renseignements.

Jean de Roubaix avait en location à Paris en 1943, je pense, un petit studio qui lui servait surtout de boîte aux lettres. Est-ce par suite d’une dénonciation ? Trois ou quatre membres de la Gestapo investissent son logement et l’occupent durant trois jours. Sans résultat, ils le quittent le quatrième jour et pas une heure après leur départ, la concierge voit arriver mon frère. Toute blême, elle lui fait signe de s’enfuir au plus vite, ne sachant pas si l’un d’eux n’était pas resté sur place. Ne l’écoutant pas, mon frère monte dans l’appartement, celui-ci était vide, l’air irrespirable par l’odeur du tabac et de la bière consommée durant leur séjour.

Une nuit de Novembre 1943, pendant la pleine lune, profitant d’un raid de bombardiers alliés sur Saint Nazaire, un petit avion anglais piloté par une élite de l’aviation, non armé, avait pour mission de venir atterrir sur un terrain proche de Niort. Bien que banalisé par la Résistance, le pilote se pose trop loin du terrain et s’embourbe dans une prairie marécageuse. Devant l’impossibilité de décoller vers l’Angleterre, mon frère s’oriente vers la ferme la plus proche, il réveille le paysan qui accepte, avec l’aide de deux bœufs et d’un câble, de dégager l’appareil. Nouvel échec et il faut se résigner à mettre le feu à l’avion et fuir rapidement car cet incendie risquait de donner l’alarme à l’occupant. Le lendemain, les allemands arrivent au petit matin, arrêtent comme prévu ce brave paysan qui, sur le conseil de mon frère, avait imaginé leur dire que c’est sous la contrainte que deux hommes armés l’avaient forcé à sortir ses bêtes, en pleine nuit, pour sortir l’appareil de ce bourbier. Les traces des sabots sur le sol trempé donnaient une vérité irréfutable de cette version, finalement, ils le lâchèrent quelques jours après. L’alarme était lancée, tout le département des Deux Sèvres consigné. Routes, chemins de fer, la gestapo avait compris qu’il y avait un grand intérêt à arrêter ces « terroristes ». Un mois après, à la pleine lune suivante, un autre avion est venu reprendre dans un autre endroit mon frère et le pilote du premier avion. Mon frère, tant attendu par l’espionnage anglais, allait donc vivre chez eux de décembre 1943 à mai 1944 pour être posé dans la zone ouest par un autre avion, un mois avant le grand débarquement du 6 juin.

Durant les derniers mois de l’occupation, mon frère allait devoir, en vélo, effectuer tous ses déplacements (plus de train, gares démolies). Bruxelles, Toufflers, la Somme, Paris, jusqu’à Orléans et Tours. Un jour qu’il remontait vers le Nord, en passant la Somme par la fameuse côte de Doullens, il aperçut un barrage allemand en bas de cette côte. Fait assez rare, une seule sentinelle était de service, c’était pendant l’heure du repas. L’allemand, assez âgé et sans doute mobilisé de la dernière heure, arrête mon frère, lui demanda ses papiers, faux évidemment, examine le colis posé devant son porte-bagage (c’était un poste émetteur assez mal enveloppé dans une toile de jute trop ajourée d’où l’on devinait la carcasse en aluminium). Mon frère est certain que le soldat avait deviné être en présence d’un terroriste, avec son matériel émetteur. Pourtant, il n’insista pas et le laissa partir. A son âge, il avait sûrement hâte d’en finir avec cette guerre déjà perdue. Mon frère a grimpé cette côte raide à une allure surnaturelle, craignant qu’il ne donne l’alarme à son poste de commandement.