La gare

 

 

 

C’est en 1842 que la première « station » fut ouverte à Roubaix. Mais la gare, telle qu’on la connaît aujourd’hui, ne fut ouverte que le 10 septembre 1888.

Le chemin de fer est né en Grande-Bretagne, où la première ligne destinée à relier deux grandes villes, Manchester et Liverpool, est inaugurée le 15 septembre 1830. En France, la ligne de Saint-Etienne à Lyon est mise en service le 3 février 1832. Puis les projets se portent autour de la capitale et la première ligne qui part de Paris est inaugurée le 26 août 1837 ; elle relie la gare Saint-Lazare au Pecq.

Chez nos voisins belges, en 1834 est établi un programme de construction de lignes de chemin de fer ayant pour centre Malines. Entre autre, une ligne se dirige vers la frontière française en passant par Bruxelles. Malines-Bruxelles, le premier élément de ce réseau est mis en service le 3 mai 1835. Il n’est donc pas étonnant qu’en 1837, le gouvernement français projette une liaison Paris-Bruxelles. Cette ligne relie Paris à Lille puis repart vers la frontière belge en passant par Roubaix et Tourcoing et se raccorde ensuite au réseau belge.

 

ON L’APPELLE « LA STATION »

S’agissant de l’emplacement de la « station » de Roubaix, la Compagnie des Chemins de Fer de Lille et de Valenciennes à la frontière belge fixe son choix sur « un terrain situé près du chemin de Roubaix à Mouvaux, au lieu-dit « l’Alouette ». La « station » s’étend entre la rue de Mouvaux et la rue du Fresnoy. Les voies passent en viaduc au-dessus de la rue de Mouvaux et traversent la rue du Fresnoy par un passage à niveau. En mars 1842, les travaux du viaduc s’achèvent et d’ailleurs l’entrepreneur se plaint que « des oisifs se rendent sur le viaduc et jettent des pierres et de la terre sur les voitures et les passants ». Quant à la gare, il faut attendre 1843 pour qu’elle soit achevée.

La station comprend trois éléments : d’abord les bâtiments qui s’élèvent du côté de la rue de Mouvaux et qui contiennent les bureaux et salles d’attente ; ensuite, un bâtiment central réservé à la douane et aux salles de visite et, enfin, du côté de la rue du Fresnoy, une station de marchandises. Deux cours de stationnement s’étendent devant ces trois édifices. On y entre latéralement par les rues de Mouvaux et du Fresnoy. Une remise à wagons s’élève derrière la station, de l’autre côté des voies.

Deux ans plus tard, pour faciliter la circulation, on projette l’établissement d’une rue latérale qui s’étend devant la gare. En 1850, la Compagnie des Chemins de fer du Nord annexe un magasin au bâtiment des presses. Cette même année, la municipalité émet le vœu qu’une marquise soit construite sur le quai d’embarquement afin de protéger les voyageurs, ce qui est refusé par la Compagnie.

UNE GARE DES VOYAGEURS INDIGNE !

En 1857, un budget de 300.000 F est voté par la Compagnie pour étendre les installations de la gare ; à la suite de ces travaux, la surface de la gare est presque doublée. Le magasin réservé aux emballeurs du commerce est reconstruit pour être agrandi, les magasins des marchandises sujettes aux droits d’entrée ont été remplacés par une vaste halle, les salles d’attente ont été déplacées et rétablies sur des bases plus larges et, sans doute, pour se conformer au vœu de la mairie, deux marquises sont élevées pour faciliter l’entrée et la sortie des voyageurs.

Le bâtiment des voyageurs est maintenant bâti en face de la rue du Fresnoy qui est déviée et doit contourner la gare. Cinq ans plus tard, en 1862, il est de nouveau question d’agrandissement. La Compagnie désire construire plusieurs halles à marchandises. Cependant, rien n’est prévu pour le bâtiment des voyageurs, ce qui n’est pas du goût de la municipalité qui trouve la gare des voyageurs « insuffisante et indigne d’une ville de l’importance de Roubaix ». Dans le même projet, il est question de supprimer le passage à niveau du Fresnoy et de le remplacer par un passage supérieur reporté 300 mètres plus loin.

En 1885, on construit le pont Saint-Vincent-de-Paul et on prolonge, par la même occasion, les rues de l’Alma et de l’Ouest jusqu’à ce pont. La municipalité s’inquiète de la hauteur insuffisante des garde-corps qui « permettent aux mauvais sujets d’inquiéter les trains et qui préservent insuffisamment les chevaux effrayés par une chute ».

UNE LARGE AVENUE : L’AVENUE DE LA GARE

En 1871, un nouveau crédit de 310.000 F est voté pour la construction de nouveaux hangars. Cependant, la municipalité se préoccupe des difficultés de circulation entre la gare et le centre de la ville. En effet, pour se rendre à la gare, il faut soit passer par la rue Nain puis la rue du Chemin de Fer qui lui fait suite (ancienne rue du Fresnoy) soit emprunter la rue Saint-Georges (actuellement rue du Général Sarrail) puis la rue de l’Hospice et la rue de l’Espérance.

L’idée d’une large avenue reliant la gare au centre ville commence à s’imposer et la mairie désirerait coupler le percement de cette avenue à celle de la reconstruction d’une gare digne de la ville de Roubaix. La rue de la Gare est ouverte en 1883 mais ne débouche que sur le bâtiment de la douane. Pourtant, entre-temps, un accord avait été conclu entre la Compagnie et la mairie qui acceptait de verser une subvention de 340.000 F pour la construction d’une nouvelle gare. Un projet avait même été soumis à la municipalité, mais il avait été rejeté car « mesquin et sans caractère architectural » et les pourparlers avaient été rompus. La situation en reste là jusqu’à l’élection, en 1884, d’un nouveau maire, Monsieur Julien Lagache, qui décide de se rendre à Paris en compagnie de son adjoint délégué aux travaux. Monsieur Pennel-Wattinne pour discuter avec la Compagnie du Nord. Il revient avec un nouveau projet : il s’agit des plans de la gare que nous connaissons et dont la dépense est évaluée à 627.200 F.

 

QUATRE HEURES D’ATTENTE POUR LE PREMIER BILLET

Les travaux démarrent très vite : en 1886, il est procédé à la démolition du bâtiment de la douane et, en mars 1887, les fondations de la nouvelle gare sont creusées et on espère « que le gros œuvre sera terminé pour septembre 1887 ». Enfin, le 29 août 1888, le chef de gare, M. André, écrit au maire de Roubaix : « Notre nouvelle gare sera ouverte au service des voyageurs et des bagages le samedi 1er septembre ».

L’ouverture s’effectuera à 5 heures du matin, un Roubaisien attendra depuis quatre heures pour avoir le premier billet. Quelques semaines plus tard, la presse se fait l’écho de plaintes des voyageurs qui regrettent, entre autres, « qu’il n’y ait pas d’horloge intérieure ».

En décembre 1888, la Compagnie ouvre un crédit de 60.000 F pour la construction d’un hall au-dessus des voies. Enfin, vingt ans plus tard, le 14 septembre 1908 est inaugurée la passerelle qui enjambe les installations de la gare et qui relie la rue du Chemin de Fer et la rue du Fresnoy. En 1914, c’est à la gare qu’a lieu l’embarquement des troupes. La gare sera touchée par le conflit, car l’occupant allemand, avant son départ, fera sauter la halle qui surplombe les voies, la passerelle et le pont Saint-Vincent. La halle ne sera pas reconstruite.

La gare traverse le siècle jusqu’en 1977, année pendant laquelle la S.N.C.F. fait état de la dégradation du bâtiment : « les pierres sont très altérées et l’ossature de métal est particulièrement oxydée ». La S.N.C.F. désirerait démolir et reconstruire une gare plus petite. La municipalité s’y oppose car elle craint entre autres qu’on « reconstruise une gare semblable à toutes les gares de banlieue ».

Le 20 octobre 1984, a lieu l’inauguration de la gare restaurée, la gare grise et sombre est devenue claire et colorée. En 1993, les halles à marchandises situées en face de la rue du Chemin de Fer sont démolies pour laisser la place à un parking gardé. Au mois d’août de cette année, ce sont les bâtiments situés le long de la rue de l’Ouest qui sont abattus et remplacés par un verdissement en attendant la construction de l’école AFOBAT.

L’ARCHITECTURE « METALLIQUE FLAMBOYANT »

L’architecture de la gare de Roubaix est de Sydney DUNNET. Né à Calais en 1837, il fera toute sa carrière à la compagnie du Nord et terminera comme chef de service des bâtiments. La gare présente un corps central avec un comble métallique surmonté, en acrotère, d’une tour à horloge. Le pignon de verre est soutenu par quatre piles appareillées, les deux piles de façades portèrent, à l’origine, chacune un pot à feu, qui disparurent dans les années soixante.

De chaque côté s’élèvent deux pavillons en maçonnerie de style régional qui utilisent la pierre et la brique comme matériau. Ces pavillons se prolongent par des ailes basses à simple rez-de-chaussée où la brique prédomine. L’architecture de la gare est de style rationaliste, c’est-à-dire que la fonction du bâtiment est reflétée par sa forme. La vaste halle métallique accueille les voyageurs, les deux pavillons servent au logement du directeur et du sous-directeur de la gare. La halle métallique est à remarquer.

La gare appartient à ce que l’on a appelé le courant « métallique flamboyant », le métal devient apparent, c’est l’époque où la France se couvre de marchés couverts métalliques.

L’architecture de la gare de Roubaix s’apparente à celle d’autres gares de la région du Nord : celle d’Arras (1877, détruite), celle d’Amiens Saint-Roch (1875, détruite), celle de Saint-Omer (1902) et celle de Tourcoing (1905) inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1984.

Xavier Lepoutre

Vice-Président de la Société d’Emulation de Roubaix

 

 

Les premières écoles primaires

Les méthodes pédagogiques

Il semble qu’avec la loi Guizot (loi du 28 juin 1833) la cause des instituteurs latinisants l’ait emporté. En effet, au nom de la liberté de l’enseignement, il fut mis fin au monopole de l’Université et le droit de créer des écoles primaires « libres », c’est-à-dire dégagées de la tutelle de l’Etat, fut reconnu.

La loi Guizot précise toutefois les obligations faites aux communes. Elles doivent  entretenir une école primaire (art.9) et  assurer la gratuité de l’enseignement pour les enfants pauvres (art.14). Elle met également en place le comité local de surveillance composé du Maire, du curé ou pasteur et d’un ou plusieurs habitants, notables désignés par le comité d’arrondissement (art.17). Le sort des instituteurs ambulants, que dénonce le Chevalier, n’est toutefois pas réglé. L’administration hésite toujours à sévir et se contente de demander aux curés d’exercer le contrôle de ces écoles.

En 1830, véritablement harcelée par le Préfet, la municipalité de Roubaix décide enfin de construire un établissement scolaire sur la plaine des Saxons (rue des Lignes). Cette école, dont la création avait été décidée dix ans plus tôt, coûte 10.400 francs (le salaire annuel d’un instituteur est d’environ 400 francs). Pour la diriger, on fit appel à l’institution des frères de la Doctrine chrétienne. Dès son ouverture, en mai 1830, l’école accueille gratuitement 255 garçons et 600 à la rentrée d’octobre. Les élèves les plus pauvres étaient même dispensés de payer le papier et les plumes (budget 1832 : 200F pour fournitures aux indigents).

Un mois plus tard, le 20 juillet 1830, s’ouvrit l’école des filles, rue Saint-Antoine, dans un bâtiment offert par le fabricant Louis Lepoutre-Decottegnies. L’école, confiée à 12 sœurs de Sainte-Thérèse de l’ordre des Carmélites, reçut 300 filles à la rentrée suivante. Les Frères étaient à peine installés que la municipalité reçut des plaintes de la part des instituteurs des écoles privées (payantes) dont les classes se vidèrent. Mais quand, en 1833, en vertu de l’article 14 de la loi Guizot, la municipalité crut pouvoir imposer une rétribution mensuelle aux élèves non indigents, les Frères opposèrent l’article premier de leur règle : « les frères de la Doctrine chrétienne n’acceptent d’établissement qu’autant que ces écoles sont parfaitement gratuites, sans que les enfants ou les parents y contribuent en rien ». Un conflit s’en suivit, passa dans le domaine public et divisa la ville, le conseil municipal et l’administration à un point tel, que l’existence de l’école chrétienne fut un instant menacée. Le 8 octobre 1833, le conseil municipal transigea. Il décida que l’instruction chez les Frères serait entièrement gratuite mais précisa que seuls les enfants pauvres continueraient à y être admis.

Toutefois cette solution ne pouvait satisfaire certaines familles qui, parce qu’elles avaient quelques moyens, voyaient à regret leurs enfants privés d’une instruction de qualité. Elles formèrent donc, entre elles, une association aux frais de laquelle une école particulière de Frères de la Doctrine chrétienne fut fondée le 15 mars 1834. On admettait dans ces nouvelles classes, tous les élèves qui se présentaient, en réclamant seulement de ceux qui pouvaient payer une légère rétribution. Cette œuvre continua jusqu’en 1844, date à laquelle les administrateurs, contraints par des difficultés financières, proposèrent à la ville de reprendre à sa charge l’école, offrant de faire l’abandon du mobilier et du trousseau des Frères, ce qui fut accepté.

Ces écoles s’ouvraient, il faut le noter, contre le vœu du comité d’instruction. Ce comité de sept personnes, fondé par décision du Ministre de l’instruction publique, le 25 avril 1831, en vertu d’une ordonnance royale du 16 octobre 1830, avait pourtant pour mission d’assurer le développement de l’enseignement primaire à Roubaix.

Animé par le puissant filateur Auguste Mimerel (maire de 1834 à 1836), le comité prétendait connaître « la répugnance des ouvriers à faire apprendre quoi que ce fut à leurs enfants », assertion démentie par ce même comité, trois ans plus tard : «toutes les classes sont pleines (…), la population ouvrière demande instamment à jouir pour ses enfants, du bénéfice de l’instruction gratuite ». Il est vrai qu’entre temps, Auguste Mimerel était devenu maire. Mais si les parents semblent convaincus de l’utilité de l’école, il n’en demeure pas moins que l’enfant représente avant tout, un salaire d’appoint ou une aide au travail pour des parents tisserands.

Paul Delsalle dans son étude sur le milieu du textile cite, à ce propos, deux lettres. L’une du maire de Tourcoing, écrite en 1837, atteste que la plupart des parents ne voient que le présent précisant qu’ils préfèrent un rapport de 1,50 à 3 francs par semaine, à l’instruction.

L’autre, du président de la Chambre Consultative des Arts et Manufactures de Roubaix, affirme, en 1840, que les pères, les mères et les chefs d’atelier chercheraient à s’affranchir des obligations contraignantes d’une loi sur la restriction du travail des enfants dans les manufactures et ce d’autant plus que les fileurs ne pourraient travailler sans leurs rattacheurs qui étaient presque toujours des enfants. C’est dans ce contexte que deux nouvelles écoles ouvrent leurs portes en 1833. Une école primaire supérieure, sur initiative privée (Van Eerdewegh) rue Neuve (actuelle rue Maréchal Foch) et une école communale d’enseignement mutuel (sous la direction de Commere).

L’école primaire supérieure privée accueillit entre 70 et 100 élèves (dont 6 à 27 gratuits) jusqu’en 1852, année de sa fermeture.

L’école mutuelle, installée d’abord dans une dépendance de la mairie, fut victime de la disgrâce nationale de cette méthode d’enseignement. Elle devint simultanée à la fin de la monarchie de Juillet, tout en conservant son nom d’école mutuelle (jusqu’en 1870). Elle déménagea ensuite au Trichon (rue du Bois) en 1864. Destinée à pratiquer une méthode d’urgence, en traitant de gros bataillons à moindres frais (1500 francs pour la ville la 1ère année), elle enregistra 200 inscriptions à son ouverture et 300 l’année suivante.

Le 29 novembre 1839, le comité d’instruction adresse son rapport à l’administration communale. Il donne les effectifs pour les écoles communales et privées.

Etat de l’instruction primaire à Roubaix en 1839

école de : Écoles primaires communales Écoles primaires privées
 

 

 

effectifs  

 

 

effectifs
garçons

 

 

école des Frères

école mutuelle

école supérieure

300

180

100

3 écoles :

1 congréganiste et 2 laïques

268
 

 

filles

 

 

 

 

école des Carmélites

 

 

 

 

 

268

 

 

 

 

5 écoles laïques

 

 

 

 

305

total 1.095 total

 

573

 

Le nombre d’enfants scolarisés est donc de 1.668 pour un nombre d’enfants de 5 à 14 ans d’environ 5.000, soit un taux de scolarisation de 33 % (contre 51 % pour le département).

Les inspecteurs primaires du département furent impuissants à enrayer la baisse du taux de scolarisation entre 1837 et 1843, baisse imputable, au malaise économique qui frappe cette région en plein développement industriel, malaise économique dont une des premières conséquences est de conduire des enfants qui pourraient être scolarisés à aller s’employer pour gagner les quelques sous qui permettront à leurs familles de subsister. L’absence de mesure coercitive mise au service des inspecteurs primaires, (l’obligation scolaire ne sera décrétée qu’en 1882), et les besoins croissants des manufactures en main-d’œuvre enfantine, font que le département du Nord est le département de France qui connaît la plus faible progression (celui du Pas-de-Calais étant le seul à enregistrer une diminution) de son rapport du nombre des élèves à la population entre 1830 et 1842, année de la mise en application de la loi de mars 1841 réglementant le travail des enfants.

 Autre constat, propre à renforcer la démonstration de l’impuissance des inspecteurs primaires du département à améliorer le taux de fréquentation scolaire, le rapport des élèves à la population, supérieur dans le Nord de près de 50 % à la moyenne nationale en 1831 (897 élèves pour 10.000 habitants dans le Nord et 608 pour 10.000 en France), est presque égal à ce dernier en 1842. Passant sous ce rapport du 20e au 40e rang (sur un classement de 86 départements) le Nord a donc perdu, en une dizaine d’années, sa position privilégiée sur le plan de la scolarisation, position acquise et maintenue durant toute la Restauration.

Les causes de la non-fréquentation scolaire

Impuissants à conduire les enfants dans les écoles publiques qui se généralisent pourtant dans toutes les communes du département, les inspecteurs primaires du Nord eurent à réfléchir sur les causes de cette non-fréquentation.

Pour Carlier, il ne faisait pas de doute que la pauvreté tenait de nombreux enfants éloignés des écoles publiques car, constate-t-il au cours d’une inspection dans l’arrondissement de Cambrai, dans les familles indigentes « à peine les enfants des deux sexes sont-ils âgés de sept ans, qu’on les occupe à broder le tulle, ce qui leur rapporte 40 à 50 centimes, par jour ». Malgré sa modicité (moins du quart du salaire d’un adulte), ce salaire représentait, selon l’inspecteur, « une somme bien supérieure à ce qui peut leur revenir des distributions de bienfaisance », rendant de ce fait inopérante la mesure adoptée par certains maires affligés de cette situation, mesure qui consistait à priver des secours ordinaires, des familles indigentes dont les enfants ne fréquenteraient pas les écoles.

Autre fait aggravant cette situation, la fabrication du textile, qui connaît durant cette période une forte industrialisation, nécessite la présence de nombreux enfants pour des travaux sur les métiers à tisser rendus impossibles à l’adulte par l’étroitesse d’accès ou la minutie du travail. Quinze ans après l’inspecteur Carlier, l’un de ses successeurs, Hilaire (futur directeur de l’Ecole normale de Douai fera le même constat : « Les enfants sont des machines qu’on exploite sitôt qu’ils peuvent rapporter le plus léger gain à la maison. Cette classe (la classe ouvrière) qui forme peut-être les 3/4 de la population totale de l’arrondissement ne comprend nullement le besoin de s’instruire et se soucie peu des avantages que procure une instruction bien donnée ».

Mais si la pauvreté est (le salaire désigné par les inspecteurs du Nord comme le motif de non-fréquentation de l’école pour près d’un enfant sur cinq (18 %), celui-ci se situe néanmoins très loin de ce critère évoqué dans les deux tiers des cas : l’indifférence des parents. Triste constat donc pour les inspecteurs primaires imprégnés de l’esprit de la loi du 28 juin 1833 et qui en viennent à regretter, à l’instar de l’inspecteur Hilaire, que Guizot n’ait pas inscrit dans son texte des mesures plus radicales : « En présence d’une si grande indifférence, d’un oubli si profond des devoirs de la paternité, on est quelquefois annuel d’un instituteur est d’et pas mise à la disposition de l’autorité des moyens coercitifs pour arracher ces pauvres petits êtres à l’ignorance, à la cupidité de leurs parents ».

Impuissants à faire évoluer de manière significative le rapport des parents à l’instruction, les inspecteurs peuvent néanmoins se réjouir du fait que, dans ce département, l’exiguïté de l’école n’apparaît plus comme un motif pouvant en justifier la non-fréquentation, à la notable exception de l’arrondissement de Douai, pourtant siège de l’Académie.

Autre constat, relevant uniquement de l’urbanisation de ce département, c’est dans les arrondissements flamands de Dunkerque et Hazebrouck, au nombre de communes peu important (59 et 53) et aux nombreuses fermes dispersées, les « hofstedes », que le motif de l’éloignement de l’école est le plus évoqué. Dans le reste du département, cette justification n’est presque jamais mentionnée, ce qui traduit un réseau d’école assez dense pour être toujours relativement proche des élèves.

La pratique pédagogique

L’année de cette enquête sur les causes de la non-fréquentation scolaire, Julien Lagache établit le classement des matières étudiées dans les écoles primaires de Roubaix. De cet aperçu, il ressort essentiellement que si près des trois-quarts des enfants (garçons et filles) lisent, moins de la moitié seulement savent écrire. C’est un des traits marquants de la pédagogie de cette époque qui veut que l’apprentissage de l’écriture succède à celui de la lecture et ne soit pas, comme actuellement, concomitant.

Deux ans plus tard, les 28 et 29 octobre 1842, Laurent Dantec, inspecteur des écoles primaires (corps créé en février 1835 par François Guizot) visite les écoles communales et privées de Roubaix. Son rapport nous renseigne sur le type d’enseignement proposé, les ressources des écoles, la qualité de l’enseignement et les effectifs. En mai 1845, la commission chargée de mettre en place ces écoles spéciales, expose la situation : « 120 garçons fréquentent l’école chrétienne et 130 filles l’école des Carmélites. Dans peu de jours ce nombre aura doublé (…)., l’ouverture de ces écoles a été accueillie par les sympathies générales ».

Une nouvelle visite de l’inspecteur primaire dans les écoles publiques et privées roubaisiennes du 9 avril au 9 mai 1846 tempère cet engouement. Il note que les cours du midi s’adressent à 150 garçons et 184 filles, mais constate que ce chiffre est de beaucoup inférieur à celui qui devrait être si la loi était appliquée. D’autre part, il déplore que le peu d’instruction que ces enfants reçoivent, soit toujours une instruction plus religieuse que scolaire.

À cette date, les 4 écoles primaires et la salle d’asile communales accueillent 2.162 enfants (sans compter le cours d’adultes) alors que les 11 écoles primaires et les 14 salles d’asile privées reçoivent 964 enfants. On peut à ces chiffres, ajouter 459 enfants dans les écoles de catéchisme, bien que l’enseignement qui y est donné soit exclusivement religieux.

Roubaix face à ses obligations

À la suite du rapport de 1846, le Préfet invite la municipalité par une lettre datée du 1er juillet 1847, à étudier un projet de création d’une nouvelle salle d’asile et l’agrandissement de l’école mutuelle, encore florissante à cette date. Une statistique de novembre 1847 établit qu’il y avait à Roubaix 5.110 enfants de 7 à 15 ans (2.651 garçons et 2.459 filles) pour seulement 2.573 (soit 50 %, contre 53 % pour le département) qui reçoivent l’instruction primaire (écoles communales et privées).

Dans sa réponse du 11 novembre 1847, le maire, Bulteau, s’étonne que la commission d’inspection ait pu signaler qu’il y avait insuffisance d’établissement pour recevoir tous les jeunes des fabriques car il existe une classe à l’école chrétienne pour accueillir les garçons et une autre à l’école des Carmélites pour les filles.

Sur l’état de l’instruction, il signale, pour les garçons, la présence d’une vaste école tenue par 12 frères de la Doctrine chrétienne ainsi qu’une école mutuelle (Narcisse Commerre, 36 ans) et une école primaire supérieure (Jean-Louis Eerdewegh, 41 ans) auxquelles on peut ajouter deux écoles académiques de dessin et de musique. Pour les filles, il existe une école tenue par une dizaine de Carmélites et, enfin une salle d’asile tenue par trois Sœurs de la Sagesse. Le maire prie le Préfet de croire « que tout a été fait et que cette partie essentielle du service ne laisse plus rien à désirer ».

Il n’ignore pas que le nombre de ceux qui fréquentent les écoles n’est pas proportionné à l’importance de la ville mais «pour satisfaire à tous les besoins, pour donner toutes améliorations utiles, ce ne peut être l’œuvre de quelques années» et surtout, affirme-t-il, il faut des ressources plus importantes que celles que reçoit la ville. Ainsi, en 1848, le budget des dépenses est de 640.000 francs (dont 30.000F pour l’instruction primaire soit 4,7 %) alors que les recettes prévues sont de 300.000 francs.

En conclusion, le maire sollicite l’autorisation d’augmenter le tarif d’octroi. N’ayant pas reçu de réponse favorable à cette demande, l’administration communale décide par un arrêté du 2 septembre 1848, que les admissions aux écoles communales seront prononcées par le comité communal d’instruction afin d’éviter que les enfants des familles aisées fréquentent ces écoles qui sont gratuites. Cet arrêté établit également que les enfants de plus de 16 ans ne seront plus acceptés dans les écoles élémentaires et qu’ils devront aller à l’école primaire supérieure.

L’enseignement primaire (2)

La loi Duruy du 10 avril 1867, ne touche aux lois Guizot et Falloux que sur deux points : la limitation des privilèges accordés aux congréganistes et le développement de l’instruction publique dans les milieux où il restait médiocre, par l’extension de la gratuité et par la création d’école pour les filles. Cette politique de l’Empire libéral s’inscrit dans un mouvement d’ensemble de l’opinion publique, notamment de la bourgeoisie libérale et des associations ouvrières :

– pour les enfants pauvres : les communes sont autorisées à voter une imposition de 4 centimes extraordinaires pour assurer la gratuité de l’enseignement dans leurs écoles. Elles reçoivent alors éventuellement une aide de l’Etat (art.8).

– pour les adultes : les instituteurs ou institutrices qui assureront les cours du soir pour les adultes recevront une indemnité (art.7).

Toutes les conditions semblent dès lors mises en place pour une meilleure instruction. Le compte-rendu de la séance du 27 août 1868 du Conseil général du Nord est à ce sujet éloquent. Le rapporteur note : « l’instruction primaire a pris dans le département du Nord un développement et une importance qui méritent toute l’attention du Conseil général. Les progrès constatés se sont surtout manifestés dans les écoles spéciales aux filles et dans les cours d’adultes spéciaux aux femmes ; c’est là un des bienfaits de la loi du 10 avril 1868 ».

En ajoutant aux écoles primaires, les cours d’adultes, les classes d’apprentis, les réunions dominicales, les orphelinats et ouvroirs spéciaux, le rapporteur arrive à une population scolaire de 300.000 âmes pour 1771 établissements (dont 1.213 écoles publiques, 346 écoles libres et 212 salles d’asile). Toutefois l’enthousiasme de ce rapporteur se trouve fortement atténué par le rapport du Conseil départemental de l’instruction publique devant ce même Conseil général dans la séance du 1er juillet 1868. S’intéressant à l’école publique (1.213 écoles primaires), le Conseil chiffre à 166.000 (86.000 garçons et 80.000 filles) les enfants bénéficiant de cette instruction. Sur ce total, 99.500 (60 %) sont admis gratuitement.

Mais, selon les rapports d’inspection, les enfants encore privés d’instruction, sont plus de 10.500. Le Conseil conclut : « Le mal est certain, quel remède ? Multiplier les écoles dans les grandes villes industrielles où sévit surtout ce fléau de l’ignorance et de l’incurie, combattre l’indifférence à l’égard de l’instruction et l’âpreté au gain de la plupart des familles d’ouvriers, étendre la gratuité, recommandation presque superflue, veiller à une exécution plus consciencieuse et plus sévère de la loi sur le travail des enfants dans les manufactures, loi que tous les gens de cœur voudraient voir remise à l’étude, fonder comme l’ont fait de riches et généreux industriels, des écoles spéciales auprès des fabriques. Le conseil départemental appelle de tous ses vœux une amélioration sur ce point« .

Une correspondance entre le Recteur de l’académie de Douai, le Préfet du Nord, le Ministre de l’instruction publique et le maire de Roubaix, nous renseigne sur la situation des écoles à cette époque. La ville de Roubaix, sommée de pourvoir à la construction de nouvelles écoles, confie à la Commission de l’Instruction publique le soin de rédiger un rapport établissant les besoins. Ce rapport, établi sur les effectifs des années 1862 à 1866 et sur les locaux disponibles, estime qu’il reste à bâtir pour 1870 :

– des salles d’asiles pour 2955 enfants,

– des écoles de filles pour 2856 filles,

– des écoles de garçons pour 1796 garçons,

soit, précise le rapport, 11 écoles pour 7607 enfants.

En conclusion de ce rapport, la commission de l’instruction publique affirme que la municipalité ne peut avoir : « la prétention d’exécuter simultanément ces divers travaux, malgré les justes et incessantes réclamations de Monsieur le Ministre de l’Instruction publique ».

Elle regrette cependant l’attitude de l’un des premiers corps de l’Etat (le ministère de l’intérieur) qui s’est « récrié contre notre demande d’une augmentation de taxe sur quelques articles de l’octroi, qui pourrait nous procurer annuellement une recette supplémentaire de 100.000 francs ». La commission estime dès lors qu’il est impossible à la municipalité d’envisager cette dépense pour généraliser, ainsi que le gouvernement le désire, « l’Instruction publique et gratuite ».

Alexandre Faidherbe, directeur de l’école de la rue du Bois (ancienne école mutuelle), fondateur, en 1866, avec Théodore Leuridan, de la Société d’Emulation de Roubaix, tout en défendant la politique scolaire de la ville, explique les difficultés auxquelles elle doit faire face : « Roubaix est d’hier, et pour satisfaire au besoin résultant d’un accroissement de population sans exemple, il a fallu, en quelque sorte, y improviser instantanément des organisations et datations de service qui dans toutes les autres villes ont été l’œuvre du temps. Les dépenses considérables faites annuellement par la ville prouvent que la municipalité, autant sinon qu’en aucune autre cité en France, attache une grande importance à l’instruction primaire et l’on peut dire encore ici, sous ce rapport, que le passé répond de l’avenir.

Il importe d’ailleurs de remarquer qu’une partie notable de la population de Roubaix n’est pas née et n’a pas été élevée dans cette ville, que les ouvriers flamands y viennent résider et s’y marient en grand nombre et que nos écoles sont et doivent demeurer exclusivement françaises. (…) Toutefois la nécessité de mettre résolument et d’urgence la main à l’œuvre pour la création de nouvelles écoles et salles d’asile est généralement admise à Roubaix.

Il y a là un intérêt moral, car les hommes dont l’esprit et la raison sont éclairés par les lumières de l’instruction sont ceux dont la conduite privée est la moins reprochable ; un intérêt matériel, car les ouvriers instruits sont évidemment les plus habiles ; un intérêt social, car les délinquants, et les criminels se recrutent surtout parmi les hommes qui n’ont reçu aucune instruction

L’urgence est telle que, pour éviter les longs délais que nécessiteront des constructions d’écoles, je voudrais que des maisons, des fabriques vacantes puissent être achetées ou louées pour être appropriées à ce service. Je suis convaincu que de grands édifices architecturaux ne sont nullement nécessaires ».

Nous ne sommes donc pas étonnés lorsqu’au début de l’année 1869, le conseiller d’Etat, chargé de l’administration du département du Nord écrit au maire de Roubaix que le recteur a signalé au ministre de l’instruction « l’état d’abandon dans lequel se trouvent un grand nombre d’enfants de la population ouvrière de Roubaix par suite de l’insuffisance de locaux affectés au service de l’enseignement ».

Le recteur Fleury aurait en outre signalé que la ville avait peu de ressources et qu’il serait opportun que l’état lui prêtât son concours. Poursuivant, le conseiller d’Etat ajoute que le ministre est disposé à seconder les efforts personnels faits par le maire de Roubaix en venant en aide à la ville dans la mesure la plus large mais, précise-t-il, il est indispensable que l’autorité locale prépare des projets de construction ou d’appropriation.

En avril, le conseiller d’Etat sollicite à nouveau la municipalité de Roubaix : « je vous serai obligé, Monsieur le Maire, de me faire savoir si le Conseil municipal s’est occupé de cette affaire ». Quelques jours auparavant, le recteur de l’académie de Douai s’est adressé au ministre de l’instruction publique, pour plaider la cause de Roubaix. Il commence par une description très sombre de la situation :

«Je n’ai jamais cessé un seul instant d’appeler l’attention de la municipalité Roubaisienne sur les trop nombreux enfants qui, à l’entrée de chaque hiver, viennent frapper à la porte des asiles et des écoles, mais en sont refoulés souvent plusieurs années de suite, à cause du manque de place. J’ai compté moi-même, dans une seule classe, 190 enfants avec un seul maître. Sans doute, ceux-là sont à l’abri des intempéries, mais au point de vue du développement de leur intelligence, il est vraiment permis de se demander s’ils sont beaucoup mieux partagés que leurs petits camarades restés dans la rue ».

Le recteur demande donc au ministre de l’instruction d’intervenir auprès de son collègue de l’intérieur afin que la municipalité obtienne une modification de son tarif d’octroi. Usant de l’argument de la loi, il précise : « Si M. le ministre de l’Intérieur repousse la demande de la ville de Roubaix, ce n’est point exagéré de dire que 1.200 à 1.500 enfants vont encore, pendant des années entières, se voir fermer des Asiles et des Ecoles qui en vertu de la loi devraient toujours s’ouvrir dès la première demande des parents ».

Pour conclure, le recteur Fleury use d’un argument propre à convaincre un ministre de l’intérieur : « Votre excellence, qui a visité Elle-même Roubaix et qui connaît en outre les dernières émeutes qui ont affligé cette ville, n’a pas besoin que j’insiste auprès d’Elle sur la gravité toute spéciale des questions scolaires dans la banlieue de Lille notamment à Roubaix ».

Les dégâts causés par les émeutes qu’évoque le recteur sont une des charges qui pèsent sur les finances communales et pour lesquels la municipalité envisage un impôt supplémentaire (déjà plusieurs fois évoqué et ajourné car impopulaire). On comprend mieux l’administration communale lorsqu’elle demande, pour « compléter ses écoles gratuites, à être autorisée à mettre une surtaxe sur cinq articles d’octroi pour les mettre à peu près au niveau de ceux de Lille et Tourcoing ». La démarche du Recteur Fleury n’a pas été vaine. En effet, le 12 juin, Victor Duruy, écrit au Maire de Roubaix dans une de ses dernières lettres de Ministre de l’instruction publique (il sera remplacé par Baudeau le 13 juillet) qu’il se déclare attaché au succès de la demande formée par la ville afin d’obtenir des modifications de son tarif d’octroi. Il informe néanmoins le Maire que les plans et devis fournis par la ville ont été renvoyés pour être soumis à une nouvelle étude.

Le 14 octobre, le Préfet envoie un rapport au nouveau Ministre de l’Instruction rendant compte des possibilités de financement de la ville. Il nous apprend que l’administration communale est sur le point de faire construire 3 écoles de garçons, 5 écoles de filles et 5 salles d’asile pour un coût prévisible de 562.000 francs, financés par un emprunt de 400.000 francs (remboursable à l’aide du produit résultant de l’augmentation de certaines taxes d’octroi) et un secours espéré de l’Etat d’un montant de 150.000 francs. Le Ministre de l’intérieur invite son collègue de l’instruction, dans une lettre datée du 26 décembre, à répondre favorablement à cette demande de secours.

En mai 1870, le Maire peut enfin se féliciter de la conclusion donnée à cette affaire. L’Etat accorde un secours de 80.000 francs aussitôt complété par une aide du département. D’autre part, un décret impérial autorise la municipalité à percevoir des suppléments de droits sur “les vins, les alcools et les bières de l’intérieur et les charbons”. Seule l’augmentation sur les bières venant du dehors a été refusée.

La municipalité charge immédiatement la Commission des Ecoles de s’occuper du choix “de deux emplacements reconnus le plus convenable pour l’exécution de nos projets”.

  • juillet 1870, 4 classes furent ouvertes dans la maison des sœurs de la rue Pellart
  • juin 1872, les écoles privées protestantes de garçons et de filles de la rue de Chanzy deviennent communales
  • octobre 1873, création de quatre classes nouvelles à l’école de garçons du Trichon (rue du Bois)
  • septembre 1876, création de l’école de garçons de la rue Delezenne
  • avril 1877, ouverture d’un asile et d’une école de filles rue des Anges.

Le bilan, en 7 ans, fut donc le suivant :

  • ouverture d’une salle d’asile
  • ouverture ou agrandissement de trois écoles de filles
  • ouverture ou agrandissement de trois écoles de garçons.

On peut donc qu’être réservé sur la réussite du plan municipal, surtout qu’il faut, dans ces créations tenir compte de la simple transformation de deux écoles et de l’ajout de classes pour une autre.

L’Empire n’a donc pas réglé, malgré de multiples injonctions et certains efforts financiers, le grave problème de l’instruction primaire à Roubaix. Qui plus est, Richard Hemeryck montre dans son étude que le climat s’est dégradé entre le gouvernement et le clergé. Sous l’Empire libéral, l’opposition entre l’Eglise et l’Université est devenue de plus en plus vive. Le Recteur Guillemin constate en avril 1865 que « l’hostilité du clergé contre le gouvernement se traduit depuis quelque temps par une recrudescence d’attaque contre l’Université ». Dans ce conflit, la commune de Roubaix, aux mains des conservateurs, se range ouvertement du côté de l’Eglise, ce que le Recteur Fleury vit, en 1866, comme une véritable défaite : « Nous avons été complètement battus à Roubaix. Dix-neuf voix ont repoussé l’Université, douze ont voté pour elle. Il a été décidé qu’une institution libre recevrait des professeurs de l’Archevêché (… ) Le maire accepte des professeurs laïcs, pourvu qu’ils ne soient pas choisis par l’Université ».

Ceci explique en grande partie, la vigueur de la correspondance de 1869, et le peu d’empressement de la municipalité à remplir ses engagements vis-à-vis du gouvernement.

L’enseignement primaire (1)

La Seconde République réorganise par la loi Falloux (15 mars 1850) l’école primaire, les cours d’adultes et d’apprentis. Cette loi a été rédigée par la majorité conservatrice qui, effrayée par le sursaut révolutionnaire de 1848, conçoit l’instruction d’abord comme un moyen d’éducation morale et religieuse, comme une garantie pour le maintien de l’ordre social. Elle conserve globalement les structures mises en place par la loi Guizot, mais en change l’esprit. La distinction publique et libre se met en place. On appelle « école publique » les écoles fondées ou entretenues par les communes, le département ou l’état et « école libre » les écoles fondées ou entretenues par des particuliers ou des associations. L’Ecole primaire publique ne reçoit pas pour mission de procurer la possibilité d’une promotion sociale aux enfants du peuple mais de leurs apprendre à respecter les autorités.

Le soin de former les cadres de la nation est dévolu à l’Ecole privée, aux collèges et aux lycées, établissements qui ne sont pas accessibles aux pauvres. Les instituteurs sont surveillés ; ils peuvent êtres sanctionnés par le préfet en fonction de leurs opinions politiques.

Un exemple nous est donné par la ville de Roubaix, lorsqu’en septembre 1850, Courmont, ex-instituteur communal à Esquermes (Lille Sud), se présente comme sous maître à l’école mutuelle. Henri Delattre (maire de 1848 à 1855) s’adresse au Préfet pour demander des renseignements “confidentiels » sur cet homme. Il croit en effet se souvenir que cet instituteur a donné de graves sujets de plaintes au comité local de Wazemmes et que « s’il n’a pas été révoqué, il a été en quelque sorte obligé de se retirer, parce qu’il avait perdu la confiance de l’administration. Il précise que si tel était le cas, il se garderait « de le recevoir dans notre école ».

 Le Préfet s’adresse à l’inspecteur primaire qui lui confirme que cet « instituteur, depuis longtemps demeuré personnellement en dehors de toute agitation politique, a laissé tenir, en 1848, dans la salle d’école des réunions qui avaient un caractère politique, auxquelles il assistait et qui ont été assez tumultueuses ». Si cela, ajoute l’inspecteur, ne paraît pas très grave en égard aux temps « le plus grand mal, c’est que l’autorité religieuse ait crû devoir se séparer de lui et ne plus paraître à l’école ». De plus, indique-t-il, «Courmont a un fils, âgé de 21 ans qui conserve, assure-t-on, des relations avec des démagogues et il est fâcheux que M. Courmont n’ait pas assez d’empire sur ce jeune homme pour le tenir à l’écart».

L’inspecteur primaire conclut en estimant que cet instituteur n’est peut-être pas à sa place dans une grande commune, aux portes de Lille et que dans son intérêt et celui de la commune, « il serait à propos » de lui assigner « un poste moins pénible ». Un rapport sur le personnel de l’instruction primaire, rédigé en 1853 à la demande du gouvernement, nous apprend que les instituteurs de la ville de Roubaix, Commere (école de la rue du Bois, ancienne école mutuelle), Labonne et les vingt Frères (école des Frères) sont perçus comme « attachés au gouvernement », « très considérés et influents», « d’une très bonne conduite » et « convenables sous tous les rapports ».

Sur la qualité de l’enseignement, les rapports de l’inspecteur Bernot sont plus nuancés. En 1850, il constate qu’à Roubaix et Tourcoing : « Les chiffres des élèves avancés pourraient être plus notables. Ces instituteurs (les Frères) avouent difficilement qu’il est utile d’habituer dès le plus jeune âge, les enfants au calcul verbal, de les entretenir familièrement, comme on fait dans les salles d’asile, de notions élémentaires aux matières diverses qu’ils auront à apprendre subséquemment. Ils trouvent plus simple ou plus facile d’enseigner exclusivement la lecture d’abord, l’écriture ensuite, etc … Or, dans cette quantité d’élèves, on en compte par centaines qui, venus tard en classe ou ayant peu d’aptitude pour la lecture courante, atteignent l’âge de douze ou treize ans, et quittent l’école avant d’avoir entendu une leçon de calcul et même de savoir signer leur nom» .

En décembre 1851, l’Empire succède à la République. S’appuyant sur la loi Falloux, le ministère de l’instruction publique commence par épurer le corps enseignant des instituteurs suspects de socialisme et laisse le clergé accentuer son influence sur l’Ecole primaire. Le mouvement s’inversera après 1863, lorsque Victor Duruy deviendra Ministre de l’Instruction Publique.

Ce dernier, s’appuyant sur la statistique de l’instruction primaire de 1861, constate que 600.000 enfants sont encore privés d’instruction et que la plupart d’entre eux appartiennent à des familles hors d’état de payer le mois d’école. Il adresse donc une circulaire aux préfets, rappelant qu’ils ont le devoir de maintenir le principe énoncé par la loi du 15 mars 1850 (loi Falloux), article 24 : « l’enseignement primaire est donné gratuitement à tous les enfants dont les familles sont hors d’état de le payer ». Certes l’article 45 de cette même loi confiait au maire, de concert avec les ministres des différents cultes, le soin de dresser la liste des enfants devant être admis gratuitement dans les écoles publiques, mais un règlement du 31 décembre 1853 (art.13) était venu le modifier, en donnant au préfet le devoir de fixer le nombre d’enfants pouvant être admis gracieusement.

Or la rétribution scolaire dans le département du Nord était en moyenne de 1.50 franc par mois, ce qui représentait une charge assez lourde pour les plus pauvres de la commune qui n’étaient plus admis sur les listes de gratuité. Les conséquences ne se sont pas fait attendre comme le souligne un rapport de l’Inspecteur Grimon : « Par suite de la restriction des listes de gratuité, le nombre d’élèves va sensiblement diminuer et je crains d’avoir à la fin de l’année à signaler une notable diminution dans le personnel écolier des communes environnant Roubaix, Tourcoing, Lille, Lannoy ».

De 1837 à 1845 : l’intérêt très relatif de l’inspecteur et des sous-inspecteurs du Nord pour les salles d’asile À compter de la fin de l’année 1837, les inspecteurs du département du Nord vont effectivement inclure ces établissements dans leurs tournées d’inspection et régulièrement dresser les tableaux statistiques propres à cet enseignement. Cependant, l’intérêt de l’inspecteur Carlier et des sous-inspecteurs Dantec et Joly pour les salles d’asile semble être demeuré très relatif puisque de 1837 à 1845, hormis quelques lignes dans les rapports annuels de l’inspecteur Carlier, rendant compte de l’augmentation du nombre de ces institutions, nous n’avons retrouvé aucun rapport d’inspection concernant les salles d’asile du département. Le nombre relativement restreint de ces établissements (8 en 1837, 34 en 1845) pouvant justifier un nombre peu élevé de rapports mais aucunement leur inexistence, nous pensons que les inspecteurs, peu enclins de par leur formation à comprendre la petite enfance, se contentèrent d’honorer périodiquement de leur visite ces institutions et laissèrent, durant toute cette période, aux Dames inspectrices, l’inspection réelle de ces établissements.

Pour la bourgeoisie d’affaire et financière, soucieuse de rétablir la paix sociale après la Révolution de Juillet, et pour un patronat industriel dont les besoins en main d’œuvre ouvrière ne cessaient de croître dans les grands centres manufacturiers, notamment du Nord et de l’Est, les salles d’asile apportaient une réponse à une nécessité économique et une solution à un fait social. En effet, ces institutions pouvaient permettre aux mères des jeunes enfants de travailler, mais elles avaient également le mérite de remédier au problème posé par l’errance des enfants d’âge préélémentaire en leur fournissant un lieu de garde (tenu par des surveillantes). La bourgeoisie de Juillet, sous le couvert d’une œuvre indiscutablement charitable, a donc, pour des raisons économiques, sociales et sanitaires, promu et, dans une large mesure, financé ces établissements. Cette position est parfaitement résumée par Ambroise Rendu, haut fonctionnaire au ministère de l’instruction publique qui présida la Commission supérieure des salles d’asile, établie par Salvandy ; une commission dont la plupart des membres appartenaient à cette bourgeoisie : « (grâce aux salles d’asile) les pères et mères de ces pauvres enfants ont toute la liberté de se livrer aux occupations et aux labeurs qui assurent leur existence. Ils continueront sans doute de manger leur pain à la sueur de leur front ; mais du moins, tranquilles pour ce qu’ils ont de plus cher au monde, ils se soumettront sans trouble et sans murmure à cette grande loi du travail qui leur deviendra tout à la fois plus facile et plus fructueuse. (…) On ne peut trop le redire, le contentement du pauvre est le bonheur du riche »

Cette prise de conscience, par la bourgeoisie et le patronat, de l’utilité des salles d’asile s’est traduite très concrètement, dans le département du Nord et à Roubaix en particulier, par une prise en charge croissante des dépenses d’investissement et de fonctionnement de ces établissements par les communes. De fait, si la première salle d’asile ouverte dans le Nord (celle de Dunkerque en 1835) le fut grâce à des fonds privés, nous constatons que dix ans plus tard, alors qu’aucun texte législatif ne leur imposait, les communes (16 sur 18 communes de plus de 6.000 habitants) subviennent à l’entretien de la moitié des salles d’asile du département et à l’accueil des trois quarts des enfants scolarisés dans ces établissements. A cet effet, elles ont alloué à ces institutions, l’année de ce relevé, une somme totale de 32.538 francs qui représente environ le tiers des sommes allouées, par les communes, aux écoles de filles (91.076 francs) et un peu moins du dixième de celles qui sont allouées aux écoles de garçons (397.272 francs).

Conscient de la dimension sociale et pédagogique de ces institutions préélémentaires, le clergé et le parti clérical en général, cherchant également à contrer l’offensive universitaire, ne restèrent pas insensibles au développement des salles d’asile. Dénonçant, dans les derniers temps de la Restauration et au début de la monarchie de Juillet, l’emprise protestante sur ces institutions, ils décidèrent d’ouvrir leurs propres salles d’asile, arguant du caractère essentiellement charitable de ces institutions. À l’instar de ce qu’ils firent pour les écoles privées de filles, ils réunirent des fonds pour permettre l’ouverture d’établissements privés dont ils confièrent la direction à des congrégations religieuses et usèrent de toute leur influence pour que les municipalités confient également à des Sœurs la tenue des salles d’asile communales.

Cette volonté de faire coexister l’école primaire de filles et la salle d’asile, idée dont le principe sera généralisé sous la IIIe République, suite à la loi du 16 juin 1881 donnant une existence légale aux « écoles maternelles », apparaît dans ce texte de 1846 très novatrice. Nous l’avons toutefois trouvé exprimée pour la première fois dans un texte, rédigé par un sous-inspecteur du département de l’Yonne, antérieur de cinq ans à cette instruction pastorale de l’archevêque de Cambrai. En l’occurrence, ce sous-inspecteur proposait, pour réduire les frais engendrés par la nécessité de développer les salles d’asile, d’accoler de façon systématique ces établissements aux écoles primaires : l’instituteur se chargerait de la classe élémentaire et sa femme de la salle d’asile. Il proposait, de plus, d’établir une sorte de bulletin scolaire qui suivrait l’enfant de la salle d’asile à l’école primaire

Cette politique de congréganisation des salles d’asile va conduire les inspecteurs primaires de ce département à considérer avec plus d’intérêts le développement de ces établissements. En effet, la publication de l’instruction pastorale sur les salles d’asile de l’archevêque de Cambrai n’est certainement pas étrangère avec, la même année, une vaste campagne d’inspection et la publication du premier rapport spécifique à ces établissements, auxquelles sont associés, chacun dans son arrondissement, l’inspecteur Carlier et les quatre sous-inspecteurs du Nord. Dans l’introduction de ce rapport, le sous-inspecteur Debruyne, qui confirme par ce fait le relatif désintérêt des inspecteurs primaires pour les salles d’asile dans la période antérieure à cette date, écrit que « depuis deux ans (1844) les inspecteurs, dans le cours de leurs tournées, travaillent à découvrir ces asiles, les visitent et donnent quelques conseils aux directrices ». Tout en reconnaissant le caractère fastidieux de l’inspection des salles d’asile, il établit un constat qui démontre un décalage de quelques années entre la diffusion des instructions ministérielles et son application dans ce département : « L’humble enfance aussi demande l’appui, l’expérience de l’inspecteur. La visite des petites salles d’asile, des écoles gardiennes, travail fastidieux si l’on veut, est une mission de civilisation réelle, mission procurant bien être physique et moral à de jeunes êtres qui réclament des soins encore incompris par la plupart des femmes qui les donnent».

Pour établir ce rapport, les inspecteurs déclarent avoir visité toutes les salles d’asile et les écoles gardiennes du département. Ils ont ensuite établi une classification en trois ordres, selon la tenue de l’établissement. Ainsi, ils font une réelle distinction entre les trente-trois salles d’asile dont les directrices sont munies d’un brevet, et les écoles gardiennes tenues par des femmes qui en sont dépourvues. Les premières, divisées en deux ordres, sont, selon les inspecteurs, en général toutes tenues d’une manière satisfaisante : les directrices y ont toutes de l’ordre, de la propreté et de l’affection mais certaines, dont les asiles sont classés dans le 2e ordre, manquent encore de méthodes. Par contre, les inspecteurs se disent consternés par la tenue des écoles gardiennes (asiles de 3e ordre). Ils ont en effet constaté que dans un grand nombre de ces établissements, dont beaucoup de « surveillantes » embrassent cette carrière parce qu’elles sont incapables de toutes autres choses, «les enfants restent assis toute la journée sur une petite chaise ». Sincèrement révolté, le sous-inspecteur Debruyne écrit que son service doit tout faire pour que la première éducation des 10.000 enfants de ces salles d’asile de 3e ordre (pour 4.300 dans les asiles de 1er et 2e ordre) ne soit pas abandonnée «au caprice, au hasard, à l’inexpérience ou à l’ignorance de la première venue ».

L’intérêt manifeste de l’inspection primaire de ce département pour les salles d’asile et les écoles gardiennes de son ressort sera cependant de courte durée. En effet, l’année qui suivit ce rapport, le conseil général, en refusant de renouveler les crédits votés depuis 1843 pour subvenir aux traitements de deux sous-inspecteurs, a contraint le bureau de l’inspection primaire de ce département à recentrer ses activités sur les écoles primaires. Durant trois ans, de 1847 à 1850, les salles d’asile n’ont plus reçu la visite des inspecteurs primaires, de nombreux changements dans le personnel de l’inspection ayant prolongé, durant toute la Deuxième République, la situation engendrée par le désistement financier du conseil général. De fait, les inspecteurs primaires ne pourront que constater, quatre ans après la révolution de Février 1848, une congréganisation accrue des salles d’asile du département. En effet, dans un rapport établi sur les trois arrondissements d’Avesnes, Cambrai et Valenciennes, les inspecteurs notent que 35 des 78 salles d’asile (soit 45 %) sont dirigées par des Sœurs (contre 5 % en 1846). Pourtant, à l’inverse des écoles primaires dont l’organisation et la surveillance avaient été fortement modifiées par la loi du 15 mars 1850, aucune loi n’était venue supprimer ou compléter, entre février 1848 et le début du Second Empire, l’ordonnance du 22 décembre 1837 relative aux salles d’asile. Seule une disposition de l’arrêté du 28 avril 1848, portant création du Cours pratique, prévoyait que les salles d’asile, improprement qualifiées d’établissements charitables par l’ordonnance du 22 décembre 1837, étaient des établissements d’instruction publique, et qu’elles prendraient désormais le nom d’écoles maternelles. Mais cette prescription resta lettre morte, tout comme la disposition du projet de loi du 15 décembre de la même année qui spécifiait que « toute commune au-dessus de 2.000 âmes serait tenue d’avoir une salle d’asile au moins ».

La gratuité dans les écoles primaires : une situation contrastée

En ce qui concerne la gratuité dans les écoles primaires publiques et libres du Nord, avancée sociale certaine encouragée par chaque ministre en poste, la situation varie considérablement d’un arrondissement à l’autre. Pour l’ensemble du département, la gratuité de l’enseignement est pratiquement acquise, dès 1850, dans près de la moitié des écoles primaires. Cette donnée masque toutefois de grosses disparités entre les arrondissements, comme le démontre cette enquête de 1860.

• La gratuité dans les écoles publiques et libres en 1860 par arrondissement

Avesnes                                  29 %

Cambrai                                  38 %

Douai                                       48 %

Dunkerque                              55 %

Hazebrouck                             57 %

Valenciennes                          43 %

Lille                                          66 %

Nord                                        49 %

• par effectifs :                       payants           gratuits                      total

Arrondissement  de Lille          8.773             16.673 (65 %)            25.446

Département du Nord             45.249            44.028 (49 %)           89.273

La même année, le Ministre fait recueillir et imprimer plusieurs statistiques sur les différents ordres d’enseignements et sur les cours d’adultes : « ce que je veux connaître avant tout, c’est la véritable situation du pays ». Il espère ainsi montrer à l’Empereur et au pays « tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour et par conséquent, ce qui reste à faire pour l’éducation de la jeunesse française ». Nous n’avons, malheureusement, pas pu retrouver de documents pour la décennie 1850-1859 à Roubaix. Nous pouvons néanmoins supposer que la situation scolaire ne s’est guère améliorée malgré l’ouverture de deux écoles de garçons (en 1851 et 1857) confiées aux frères de la Doctrine chrétienne, d’une école de filles et d’un nouvel asile dans le quartier du Tilleul.

En effet, plusieurs lettres du Préfet du Nord (avril 1855, juin 1857, octobre 1857) signalent l’exiguïté des locaux affectés à l’enseignement dans la commune de Roubaix, ainsi que l’insuffisance de personnel.

L’école de la rue du Moulin

« Je suis propriétaire d’un immeuble  au 32/34 rue Jean Moulin à ROUBAIX (anciennement rue du Moulin) qui fut une ancienne école créée par une congrégation religieuse en 1866 (pour votre information, les bâtiments ont été transformés en résidence étudiante en 1988)…
 
Nous avons entrepris des restaurations de qualité visant à redonner à ce lieu, le plus possible, son aspect d’origine. Ce bâtiment a une âme. Chaque pierre semble avoir une histoire à raconter.
Alors qu’il se dit traditionnellement qu’il s’agit d’une ancienne école des « Frères des écoles chrétiennes », mes recherches aux archives de la ville ne m’ont pourtant pas permis de déterminer avec précision de quelle congrégation il s’agissait. J’ai en ma possession l’appel d’offre qui fait référence aux « Frères de la Doctrine Chrétienne » :
 
« Démolition des anciens bâtiments de l’hôpital et construction d’une maison d’habitation pour les Frères de la Doctrine chrétienne et de six salles d’écoles sur l’emplacement dudit hôpital« 
Dépense évaluée à 65.500 F, signé de Ernoult Bayart, Maire de la Ville de Roubaix, Chevalier de l’Ordre Impérial de la Légion d’Honneur, le 8 mars 1866.
Elle a du être inaugurée en 1867 puisqu’un second appel d’offre du même signataire, daté du 26 mars 1867, a pour intitulé « ameublement de l’école des Frères, rue du Moulin » (devis de 2.976 F).
Un troisième appel d’offre porte sur « Ecole de Garçons de la rue du Moulin l’installation de deux cours de l’Ecole Nationale des Arts Industriels », signé du nouveau Maire Julien Lagache, le 16 février 1887.
Malheureusement, Frère Jean-Claude de la Congrégation des Frères de la Doctrine chrétienne m’a répondu par mail qu’il ne pouvait s’agir d’une école des Frères de la Doctrine chrétienne  :
 
« Cher Monsieur
J’ai reçu votre courrier, mais je dois vous dire tout de suite que notre congrégation  bien qu’elle s’appelle Frères de la Doctrine chrétienne  n’a pas de lien avec celle que vous décrivez . Nous avons été fondé en Alsace en 1845 et nous y sommes restés pendant longtemps.  Après 1870, lorsque l’Alsace est devenue allemande, il y a bien quelques frères qui sont allés en France de »‘l’intérieur  »  comme nous disons. 
J’ai certes déjà eu une ou deux demandes  concernant des frères de la Doctrine chrétienne de ces époques, mais je ne connais pas cette congrégation. Je vais toutefois transférer votre courriel à  M Schuller qui s’occupe de nos archives. Peut-être trouvera-t-il  des éléments pour répondre à votre question.
 Je vous souhaite  de trouver  des éléments pour vos recherches et je vous souhaite bonne réussite.
 Frère Jean-Claude. »
 
Il s’agit donc  bien, très probablement, des Frères des Écoles chrétiennes, souvent désignés « Frères de la Doctrine Chrétienne » par l’Administration. La seule certitude est qu’une congrégation religieuse a bien fait construire cette école et l’a dirigée au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle et je pense même qu’il subsiste la trace de religieux jusqu’en 1904 ou 1905.
Féru d’histoire, attiré par la littérature et disposant aujourd’hui d’un peu de temps libre, je procède actuellement à des recherches, en vue peut-être un jour d’en raconter l’histoire…
 
Il est écrit dans l’histoire de ROUBAIX (accessible via internet) qu’il y avait 547 élèves… ce qui me paraît un nombre important… pour seulement 6 salles de classe, même si j’ai lu aux Archives municipales qu’il semblait y avoir 60 élèves par classe… Frère HOURY des archives lasalliennes m’a écrit qu’il pouvait même y avoir jusqu’à 100 élèves par classe…
J’aimerais bien sûr tout connaître de l’histoire de ce lieu : comment s’appelait cette école ? Qui en fut le premier supérieur ? D’où venait-il ? Combien y avait-il de Frères ? D’où venaient-ils ? Où faisaient-ils leur noviciat ? Leur juvénat ? Combien y avait-il de noviciats en France ? Quelle était la fourchette d’âge des élèves ? Comment se passait une journée type de classe ? Y-a-t-il des photos d’époques ? Des textes ? Y-a-t-il un site sur l’histoire de votre congrégation ? Comment ont été vécus sur place les principaux épisodes de la « guerre » entre les congrégations et le gouvernement de l’époque, qui a malheureusement abouti au démantèlement de la plupart des écoles (dont la nôtre) et leur transformation en école communale de garçons (jusqu’en 1945)? A-t-on des écrits ? Des lettres ?
 
On m’a raconté que les Frères de la Rue du Moulin auraient quitté les lieux en 1904/1905 pour créer le collège d’Estaimpuis, juste de l’autre côté de la frontière… Est-ce exact ?
 
Enfin, comme vous pouvez l’imaginez, je suis preneur de tout renseignement, même auquel je ne pense pas actuellement ou de toute piste…
Merci d’avance de votre collaboration.
Cordialement »
Jean-Pierre DEVULDER

Ecoles de plein-air du Pont rouge

RAPPORT ADMINISTRATIF MUNICIPAL DE 1938
Ecoles Anatole France et Jean Jaurès

HISTORIQUE

Au sortir de l’effroyable tourmente qui, de 1914 à 1918 s’est abattue sur nos malheureuses régions, la forte et laborieuse race du Nord paraissait menacée dans ses forces vives. La population enfantine surtout, débilitée par les privations de toutes sortes, inspirait les plus vives inquiétudes à tous ceux, philanthropes, médecins, administrateurs qui, à un titre quelconque, avaient le souci de l’avenir de la Cité.

« Dans une école de Lille, écrivait alors le professeur Debeyre, lors d’une visite d’hygiène, après la guerre, les médecins qualifiés n’auraient trouvé, sur 240 enfants examinés qu’un seul sujet sain ». Et, dans un opuscule consacré à l’ « Œuvre Antituberculeuse Scolaire à Roubaix », le docteur Dupré note, de son côté, que « dès la libération », « les enquêtes médicales relevaient dans notre population scolaire plus de 80 % de tuberculose au début ». Ces constatations effrayantes ne pouvaient pas ne pas retenir l’attention des autorités compétentes, et tous les hommes de bonne volonté réagirent vigoureusement. Les Comités de ravitaillement, des groupements de bienfaisance français et étrangers mirent bien à la disposition des Administrations communales et hospitalières, les moyens propres à procurer momentanément aux populations anémiées une alimentation plus substantielle que par le passé ; mais ce n’était là qu’un palliatif. Pour lutter avec succès contre cette déficience physiologique constatée de toute part, il fallait engager une action méthodique et continuée.

C’est ce que comprit le docteur Dupré, Adjoint au Maire de la Ville de Roubaix, délégué à l’Instruction publique et à l’hygiène. Pénétré de cette idée, il accentua plus fortement que jamais cette admirable campagne qu’il n’a cessé de mener contre tous les fléaux sociaux et particulièrement contre la tuberculose. Il savait que, privés des soins que leurs parents, retenus à l’usine, ne pouvaient leur donner, logés dans ces habitations exiguës et mal aérées de nos « courées » populeuses, ces enfants «étaient irrémédiablement appelés à grossir le contingent, hélas déjà beaucoup trop nombreux de nos déchets sociaux ».

Et, sans se soucier de la précarité des ressources dont il disposait, certain, d’ailleurs, d’être suivi par ses collègues de la Municipalité, il se mit résolument à l’œuvre. Car à tous ces déshérités de la vie, il voulait non seulement assurer la subsistance quotidienne, mais encore les réconfortants bienfaits du soleil et du grand air.

Dans la banlieue immédiate de sa grande agglomération ouvrière et à l’extrême limite de son territoire communal, la Ville de Roubaix avait à sa disposition de vastes terrains, éloignés des usines, balayés par les vents et baignés de soleil et d’air pur. Le Docteur Dupré décida d’y amener les petits Roubaisiens et mit à leur disposition une surface gazonnée d’une dizaine d’hectares environ. Tous les jeudis après-midi, d’abord ; puis pendant la durée des grandes vacances, tous les enfants des écoles furent invités à venir s’y ébattre sous la surveillance paternelle de quelques uns de leurs maîtres et maîtresses. En août et septembre 1920, on y dénombra jusqu’à 3.400 garçons et filles qui y passaient toute la journée, gratuitement nourris, amusés et surveillés.

Mais une expérience de deux années permit de constater que, si le séjour au grand air avait donné de très satisfaisants résultats chez la plupart des petits colons, il n’en restait pas moins avéré que pour un certain nombre d’entre eux, la durée de cette cure avait été insuffisante. « Nos colonies de vacances convenaient aux écoliers fatigués, surmenés légèrement ou convalescents, mais elles restaient sans effet caractérisé sur les chétifs anémiques, les tuberculeux latents, les lymphatiques porteurs d’adénopathie trachéobronchite ». A cela, un seul remède : prolonger la Colonie de vacances par une Ecole permanente de plein-air.

Les autorités académiques, pressenties, ayant donné leur agrément, le docteur Dupré fit appel à la bonne volonté des instituteurs et institutrices de la Ville qui, au nombre d’une dizaine, vinrent se ranger à ses côtés. En quelques jours, toutes dispositions étaient prises : deux tentes, destinées à abriter les écoliers en cas de pluie, s’élevaient dans l’herbe haute ; quelques fourneaux hâtivement maçonnés et entourés de vieilles planches, pour la préparation des repas ; du matériel usagé, glané çà et là dans les greniers des établissements scolaires de la ville ; des tables sur tréteaux pour servir les repas… et voilà toute l’installation. L’école de plein-air était fondée ! Cela se passait en juin 1921.

A la rentrée d’octobre 1921, 200 garçonnets et autant de fillettes se trouvaient réunis sur les terrains de jeux du Pont-Rouge. Les tentes dressées en juin ayant été emportées une nuit par la bourrasque, on les avait remplacées pendant les vacances, par des baraques de bois, provenant des liquidations de l’Intendance Militaire. Certes, l’installation n’était pas somptueuse, mais au moins, c’était un abri : deux baraquements pour les classes de garçons et de filles ; deux autres pour servir de réfectoire et de cuisine, et un cinquième aménagé en cinéma et, au besoin, en salle d’éducation physique pour les jours de pluie. Les vents soufflaient bien un peu par les portes disjointes : la neige s’infiltrait bien par les fissures béantes ; la pluie perçait parfois le carton bitumé des toitures… Cela n’eut aucune importance et tout le monde s’attela à la besogne, joyeusement, allègrement.

Le grand air pénétrant par toutes les baies constamment ouvertes du côté sud, gonflait les poumons, développait les thorax, hâlait les joues, régénérait les forces anémiées. Et le Docteur qui visitait chaque jour nos petits écoliers, n’eut à soigner au cours de ce premier hiver ni rhumes, ni toux opiniâtres ni bronchites, ni aucune de ces maladies saisonnières qui, durant les froids, dépeuplent si fréquemment nos écoles urbaines.

Six années durant, l’expérience se poursuivit et les résultats obtenus furent admirables. Tout ce petit monde eut tôt fait de s’adapter au nouveau genre de vie auquel il était progressivement entraîné. Car le régime instauré dans nos Ecoles de plein-air, diffère nécessairement de celui qui est appliqué dans nos écoles urbaines. Nous n’avons plus ici les grandes bâtisses à étages, forcément restreintes et encagées, avec leurs cours renfermées. Ici, c’est l’espace, c’est l’air libre. On travaille, on joue, on mange, on se repose au grand air. Et, naturellement, il s’y est établi une discipline différente de celle qu’on est obligé d’imposer sur un terrain étriqué où vivent des centaines d’enfants.

On n’ « impose » pas au Pont-Rouge ; on « entraîne », et le travail et le jeu librement consentis n’en ont que plus d’attraits et, partant, n’en sont que plus fructueux.

C’est durant toute cette période de rude et joyeux labeur que s’élevaient peu à peu, sur un terrain contigu, les bâtiments confortables qui abritent les deux écoles laïques depuis le 1er octobre 1927.

Les nouvelles écoles de plein-air, aux constructions d’un style bien moderne et d’une conception toute à fait neuve, occupent avec leurs cours, préaux, jardins terrains de jeux, etc.… une surface d’environ 4 hectares. Elles sont comprises dans une vaste propriété de 25 hectares, dont le reste est réservé au Centre sportif municipal et aux terrains de jeux des colonies scolaires de vacances.

La façade aux lignes sobres et symétriques, agrémentée d’un double porche vernissé de grès flammés, se dresse en bordure d’une large avenue qui la sépare du pars des sports. Derrière, des galeries couvertes aboutissent à de vastes préaux qui mènent jusqu’aux salles de classe, garçons à droite et filles à gauche. Les deux groupes sont séparés par des bains-douches, à l’arrière desquels se trouvent les cuisines et réfectoires.

Les salles de classe (six par école) sont grandes, parfaitement éclairées et pourvues d’un système moderne d’aération et de ventilation. En un tour de main, les immenses baies vitrées qui occupent toute la façade sud, mues par un mécanisme spécial, s’ouvrent sans fatigue et font pénétrer à flot l’air du dehors. En outre, des bouches d’aération, placées derrière les radiateurs du chauffage central, entretiennent une ventilation constante et automatique : l’air vicié entraîné par les carreaux perforés des galeries-vestibules est rejeté au-dehors par un ventilateur électrique.

A chaque salle de classe est aménagé un lavabo-vestiaire, pourvu de robinets distribuant à volonté l’eau froide ou chaude ; une petite armoire métallique par élève, avec support mobile pour la serviette éponge et casier spécial pour la brosse à dents, la pâte dentifrice et le gobelet émaillé, vient compléter l’ameublement de cette pièce. Enfin, un gros tuyau de chauffage, passant au-dessous de ces armoires-vestiaires permet le séchage rapide des serviettes et effets qui y sont disposés ; ici encore, un large système d’aération entraîne au-dehors, toutes les vapeurs malsaines ou désagréables qui pourraient s’y former.

Nous ajouterons que les murs recouverts de peinture claire, les parquets en terraplane rouge ciré, les armoires et bureaux en chêne naturel verni, les tables-pupitres individuelles légères et élégantes, quelques plantes vertes sur les armoires, tout confort à flatter l’œil et cultiver le goût.

Un mot encore : l’entretien de nos locaux, classes, vestibules, etc.…, se fait au moyen d’aspirateurs de poussières et de cireuses qui fonctionnent à l’aide du courant électrique. Donc, ni poussières, ni germes dangereux susceptibles de propager des maladies infectieuses quelconques.

Les bains-douches installés dans une grande salle comportent quatre-vingt-dix cabines de déshabillage, trente cabines à douches et trois salles de bains à l’usage des enfants qui demandent des soins spéciaux. Les parquets et parois des cabines, recouverts de granito multicolore, se prêtent parfaitement au nettoyage à grande eau, grâce à des tuyaux et lance d’arrosages prévus à cet effet. Les cuisines et réfectoires sont parquetés en granito et également pourvus à profusion de lumière et de grand air. Les W.C. sont au nombre de dix-huit par école.

Dans les bâtiments d’administration occupant toute la façade, ont été aménagés dans salles d’attentes, le cabinet de consultation du Docteur, une infirmerie avec matériel « ad hoc » et une salle pour la projection des rayons ultra-violets.

Deux terrains de jeux clôturés, d’un hectare chacun, sont à la disposition des garçons et des filles qui, durant la belle saison, y prennent toutes leurs récréations. La cure de soleil et la radiothérapie (rayons ultra-violets) sont assurées, la première soit sur une large terrasse surplombant les bâtiments soit sur les pelouses des terrains de jeux ; la seconde, dans la salle spéciale signée plus haut.

Toutes ces installations sont entourées de cours de récréation plantées d’arbres, de pelouses et de jardins fleuris et ombragés, donnant à cet ensemble une si parfaite harmonie de tons et de couleurs que l’on s’y sent heureux de vivre.

RECRUTEMENT

Le recrutement est assuré par l’Inspection médicale des écoles. Deux fois par an, en octobre et en mars, les médecins-inspecteurs recherchent dans les écoles de la ville les enfants souffreteux, les débiles, les malingres, les ganglionnaires et tous ceux dont la croissance a été arrêtée par le rachitisme ou que des tares héréditaires prédisposent à la contagion bacillaire. Ces sujets menacés, mais non contaminés, viennent remplacer, en ces deux périodes de l’année, ceux que le soleil et le grand air ont rétabli et qui sont renvoyés dans leurs écoles respectives.

Au cours de l’année scolaire, il nous arrive encore de recevoir de nouveaux élèves. Mais c’est là un recrutement exceptionnel ; il s’applique aux sujets dont l’état de santé, au moment de l’examen médical n’avait pas retenu l’attention du praticien ou à ceux qui, ayant été dépistés par les infirmières visiteuses de notre Dispensaire d’hygiène, nous sont envoyés par le docteur, directeur du bureau.

 ORGANISATION PEDAGOGIQUE

 • Classement des élèves

Dès leur arrivée à l’Ecole de plein-air et après examen pédagogique sommaire les enfants sont répartis dans les différentes classes où les maîtres les examinent à loisir pendant quelques jours. C’est alors seulement qu’ils sont affectés définitivement aux cours qui leur conviennent. Et il se produit nécessairement ce fait, que des enfants de 9 ans se trouvent placés au cours moyen, alors que d’autres de 10 et même 12 ans suivent les exercices du cours préparatoire. Ceci s’explique aisément : les écoles de plein-air ne sont un refuge ni pour anormaux, ni pour déséquilibrés intellectuels ; mais il arrive  très souvent que, du fait de leur état de santé, les enfants qu’elles reçoivent ont fréquenté l’école irrégulièrement. Il en est résulté pour eux un sérieux retard dans le développement de leurs études ; c’est pourquoi on s’efforce toujours de constituer des classes aussi homogènes que possible, en plaçant dans un même cours, tous les enfants dont le développement intellectuel est à peu près de même niveau, quel que soit leur âge.

Programme et emploi du temps

Les programmes ont été déterminés d’après les données générales enseignées dans nos écoles primaires. Sans doute, on en a élagué tout ce qui n’est pas absolument indispensable, mais on a tenu, néanmoins, à rester en contact avec l’école d’origine. Comme le séjour en plein air n’est que momentané, et que les enfants arrivent à n’importe quel âge de leur scolarité, il faut qu’au moment de leur rentrée dans leurs classes respectives, ils puissent suivre les mêmes exercices intellectuels que leurs camarades. L’emploi du temps journalier a été conçu de façon à concilier les intérêts de l’éducation morale et intellectuelle avec les nécessités de l’éducation physique.

 • Méthodes et procédés

Tout enfant admis au Pont-Rouge est pesé, mesuré. Son poids, sa taille, son périmètre thoracique, son élasticité respiratoire, sont notés avec soin sur la fiche médicale qui lui est attribuée. Cette fiche constamment tenue à jour comprend avec l’état signalétique de l’enfant :

 1° Le diagnostic du docteur et, s’il y a lieu, le traitement à appliquer (rayons ultra-violets, gymnastique médicale, soins spéciaux, etc.…) ; l’emplacement nécessaire pour y consigner les résultats obtenus après traitement.

2° Silhouettes qui, le cas échéant, permettront d’indiquer avec précision les déviations ou déformations du corps.

3° Un tableau des mensurations trimestrielles à effectuer, et diverses observations relatives à l’état des yeux, du nez, de la gorge, etc.…

4° Un tableau destiné à faciliter le pointage des séances de gymnastique médicale et de projection des rayons ultra-violets.

Quant aux exercices physiques, ils figurent à la place d’honneur dans notre horaire journalier et sont réalisés, d’abord sous forme de leçon proprement dite, puis de jeux libres ou jeux dirigés avec appareils divers : ballons, quilles cerceaux, etc.… Nous aurons donné une idée de l’importance que nous leur attribuons quand on saura qu’il leur est consacré 1 heure le matin et 1 heure 30 l’après-midi. Dirigés par un professeur spécial, ils sont parfaitement appropriés à l’âge et au tempérament de nos enfants. Pas de positions rigides, pas de muscles raidis, pas d’automatisme, pas de contrainte. On joue, on court, on saute avec mesure. On s’assouplit.

• Résultats acquis

Depuis la création de nos écoles de plein-air, c’est à dire depuis juin 1921, un peu plus de quatre mille enfants (garçons et filles) sont passé par le Pont-Rouge. Les uns y sont restés 3 mois, d’autres 6 mois et quelques-uns y ont fait un stage d’une année et même plus. Rentrés dans leurs écoles respectives, dispos et aptes au travail intellectuel ils ont pu suivre facilement les exercices et leçons du contingent qu’ils avaient quitté pour aller au plein-air. Nombreux sont ceux d’entre eux qui ont alors suivi les cours du certificat d’études primaires, et ont été admis à l’examen. Cela prouve suffisamment que ces enfants n’ont pas été retardés par leur séjour ici, malgré la réduction des heures consacrées aux exercices purement scolaires.

Quelques enfants ayant terminé leur scolarité au plein-air sont entrés en apprentissage suffisamment fortifiés pour résister aux fatigues toujours un peu déprimantes de l’atelier ; Et fait caractéristique, il ne se passe pas de semaine sans que l’un ou l’autre d’entre eux ne profitent de la semaine anglaise appliquée dans de nombreux ateliers, pour venir passer le samedi après-midi avec leurs anciens maîtres, s’asseoir à côté de leurs jeunes camarades et se livrer ensuite à de joyeux ébats sur notre terrain de jeux. Les résultats physiques sont excellents :

1° L’état général est en amélioration très sensible chez tous nos écoliers sans exception ;

2° Les enfants anémiés retrouvent rapidement leur vitalité perdue ; ils reprennent goût au mouvement et leur croissance en est activée ;

3° Les pré tuberculeux, les ganglionnaires, ceux dont les bronches sont faibles augmentent en peu de temps leur capacité thoracique (en un mois, l’indice respiratoire d’un enfant de cette catégorie est passé de 3,5 à 7,5) et leur poids s’améliore ;

4° Chez les petits, la tendance à l’obésité due au mauvais régime alimentaire disparaît dans une proportion de 50 % environ ;

5° Enfin, l’application des rayons ultra-violets a donné des résultats très satisfaisants dans le traitement du rachitisme et des maladies cutanées.

Il apparaît d’une façon bien nette que tous nos élèves, du plus petit au plus grand, ont gagné progressivement en poids, taille, périmètre thoracique etc. ; les rachitiques même, ceux-là surtout, ont profité de leur séjour ici, car nous n’avons plus dans nos classes, aucun enfant véritablement frappé de croissance.

En résumé, les enfants qui ont fréquenté les écoles de plein-air, en ont retiré de multiples bénéfices : leur poids s’est accru, leur taille s’est parfois redressée, leur développement physique s’est accéléré ; ils sont plus résistants aux variations de température, ils ont acquis de bonnes habitudes d’hygiène et leurs études ont été, par la suite, au moins aussi solides et aussi rapides que celles de leurs camarades restés à l’école urbaine.

COLONIE SCOLAIRE DE VACANCES

 • Situation

Aux confins de Roubaix, au Pont-Rouge, à 3 kilomètres du centre, au point le plus aéré de la ville nous disposons d’un vaste terrain de plus de 130.000 mètres carrés, éloigné de toute habitation balayé par les vents, l’on y respire librement un air vif débarrassé de toutes les poussières urbaines. Cette enceinte assainie par le berceau de verdures de la campagne environnante, agrémentée de vertes pelouses réalise toutes les conditions les plus favorables à la santé, à la joie et à la vie.

 • Organisation

Des jeux de toutes sortes avec pistes d’entraînement, terrains de football, sautoirs, balançoires, portiques, manèges, jeux de tennis et de croquet, basket-ball, etc. sont mis à la disposition des enfants.

De vastes bâtiments de dimensions harmonieuses et d’un aspect riant, abritent les services de cuisine, réfectoires, abris et dépendances, le tout est complété par une superbe salle de spectacle, pouvant accueillir 3.000 enfants à chaque séance. Nos enfants furent d’abord conduits au terrain chaque jeudi par leurs maîtres. Notre vaste société scolaire, dès lors constituée par statuts et comprenant plus de 6.000 enfants, fut conviée dès le début du mois d’août 1920 à notre terrain de sports. Puis il fut décidé d’organiser pendant les mois d’août et de septembre, une véritable colonie scolaire ouverte à tous les enfants de Roubaix sans distinction. Chaque matin, les enfants, garçons et filles, rassemblés par groupes dans une école de leurs quartiers respectifs, sont conduits au terrain, sous la surveillance d’instituteurs et d’institutrices délégués à cet effet, et de moniteurs de culture physique.

 • Programme

Le programme de nos colonies scolaires est avant tout un programme d’éducation physique. L’horaire quotidien, établi méthodiquement, y prévoit une large part aux jeux de toutes sortes précédemment indiqués qui constituent la partie essentielle de l’emploi du temps : il s’agit surtout d’amuser nos enfants et de les attirer nombreux à la colonie. Pour délasser les membres un peu fatigués par l’entraînement physique, et pour ne pas abandonner nos écoliers à l’inactivité, notre horaire prévoit des causeries appropriées faites par les maîtres qui ne perdent pas de vue l’éducation morale de nos enfants.

Enfin, pour compléter cette œuvre prophylactique, la Municipalité a pris à sa charge l’alimentation de tout notre petit monde. Des repas complets copieux et abondants à midi, un petit déjeuner à 10 heures et un goûter à 4 heures sont servis en plein air, lorsque le temps le permet ou dans de vastes réfectoires aménagés à cet effet, pour les jours de pluie.

 • Budget

Chaque année, avant guerre, était inscrite au budget une somme de 40.000 francs, destinée aux frais de séjour d’un nombre relativement restreint d’enfants dans un sanatorium salin. L’augmentation des prix de pension ne permettait plus pour un crédit aussi modique d’envoyer un nombre suffisant d’enfants. Par contre le nombre de ceux appelés à bénéficier du régime de plein-air s’est accru dans des proportions effrayantes ; c’est par milliers et non par centaines qu’il faut maintenant les compter.

Et c’est là surtout que réside l’intérêt primordial de l’œuvre : elle atteint la grande masse de notre population enfantine, en évitant de l’éloigner de la famille. Le crédit de 40.000 francs assura le fonctionnement du début ; il subit des augmentations successives, pour atteindre en 1938 la somme de 318.000 francs.

 

 RAPPORT DE M. LEANDRE DUPRE AU CONSEIL MUNICIPAL

DU 30 DECEMBRE 1921

CREATION DE DEUX ECOLES DE PLEIN AIR

 

« Messieurs,

de l’examen médical des enfants, pratiqué dans les école après la libération, il résultait que presque tous étaient fortement débilités par les ravages de l’occupation, chez plus de 80 %, on constatait des signes de tuberculose au début. Consciente du péril à conjurer se faisant l’écho du cri d’alarme jeté d’ailleurs par tous les médecins et qui a retenti dans le cœur de tous les français l’Administration municipale mit tout en œuvre pour enrayer le mal et refaire la santé chancelante des enfants d’âge scolaire.

Le développement de nos cantines scolaires avec repas de suralimentation, les exercices quotidiens de culture physique ordonnés et méthodiques, la création de nos colonies scolaires l’extension de nos colonies de vacances, tous ces moyens thérapeutiques qui nous avaient permis de toucher la grande masse, ont donné incontestablement des résultats indéniables. Il restait néanmoins tout un lot de « tout petits » léchés par la bacillose et repérés dans les écoles par les médecins-inspecteurs et pour lequel le séjour au grand air n’avait guère été suffisamment prolongé. Nous avons pensé que l’air confiné des salles de classe, les clapiers et les véritables fourmilières dans lesquels certains vivaient ne pouvaient qu’aggraver leur situation.

C’est alors que nous fîmes installer à notre terrain de sports du Pont-Rouge, des baraquements tout à fait confortables, divisés par des cloisons et dont un côté exposé au midi, est constamment ouvert. On s’est d’ailleurs conformé strictement à la réglementation des écoles de plein air si judicieusement conçue. En outre, des instituteurs et institutrices, un moniteur de culture physique est attaché à nos écoles et ne cesse de faire, par roulement, aux différentes classes, des exercices de culture physique. Il serait oiseux de nous étendre sur le fonctionnement. Les programmes et l’emploi du temps de nos écoles. Les méthodes d’enseignement et d’hygiène les plus modernes y sont appliquées.

Il s’agit là d’un problème de prophylaxie sociale qui est appelé à rendre à notre population scolaire les plus signalés services. C’est pénétré de cette vérité, qu’à Roubaix nous avons voulu, dès avril dernier être des novateurs en la matière. Ouvertes à notre terrain du Pont-Rouge nos écoles, qui comptent 400 élèves, ont donné déjà les plus brillants résultats.

Elles répondent tellement à une nécessité, elles sont tellement entrées dans nos mœurs, que malgré la rigueur de la température du début du mois, le relevé de notre contingent scolaire nous a permis de constater que l’effectif du Pont-Rouge était le plus complet. Pas ou presque pas d’absences malgré la distance et les intempéries.

Nous tenons, en passant, à témoigner l’expression de toute notre gratitude à la compagnie des Tramways qui, convaincue de l’efficacité de l’effort, a bien voulu mettre, gracieusement à la disposition des « tout petits », pour l’aller et le retour, une de ses voitures.

Toutes les familles sont maintenant édifiées sur les bienfaits de notre œuvre qui procure à nos petits déshérités les joies fortifiantes de la vie au grand air. Tous se sont adaptés aisément, et cela au grand bénéfice de leur santé, à nos écoles de plein air et on peut affirmer que les excellents résultats constatés, assurant à l’écolier, véritablement atteint dans sa vigueur respiratoire, un retour intégral à la santé sans interrompre le cours normal –et nous insistons sur ce point- de ses études, sauvera un grand nombre de nos petits Roubaisiens de l’emprise définitive de la tuberculose.

Nos écoles en fait leurs preuves, l’expérience a réussi pleinement, l’exemple est tout à fait probant et les résultats dépassent tout ce qu’il était permis d’espérer. (…) »

Les hautes écoles

Parmi les droits et devoirs de toute municipalité l’enseignement tient une place importante. Le développement de la ville devait créer pour les autorités roubaisiennes un ensemble de problèmes que les Conseils municipaux successifs s’efforcèrent de solutionner dans les meilleures conditions. Nous essayerons de faire le point de ce qui existait en 1893. Rappelons qu’à cette époque, les garçons et les filles sont strictement séparés sauf dans les écoles maternelles.

Les jeunes Roubaisiens de 1893 disposent alors des établissements suivants que nous citons en commençant par les écoles supérieures.

Ecole nationale des Arts Industriels de Roubaix

Située place Chevreul, elle a été créée en vertu d’une loi du 5 août 1881. Elle est dirigée par un Conseil Supérieur dont le Préfet du Nord, le maire de Roubaix et le président de la Chambre de Commerce de Roubaix sont membres de droit. A cet établissement sont rattachés une bibliothèque, une collection d’échantillons et un musée.

 Institut Turgot

C’est un établissement d’enseignement primaire supérieur pour garçons installé rue de Soubise sur un terrain acheté le 12 avril 1873. Au départ, les bâtiments furent d’abord utilisés pour une école de filles, un asile et une crèche. En 1884, la ville décida d’y installer une école primaire supérieure qu’elle appela Institut Turgot. Ce n’est qu’en 1908 que la municipalité décida d’adjoindre à cet établissement, transféré alors rue du Collège, une école de commerce et d’industrie. L’Institut Turgot comptait 454 élèves en 1893.

 Institut Sévigné

Cet établissement primaire supérieur des filles fut installé dans un immeuble dont l’hospice de Roubaix avait la jouissance selon un bail de 99 ans, commençant en 1825. Le 1er août 1881 la ville racheta les bâtiments qui furent complétés par une construction en 1890. L’Institut Sévigné comptait 307 élèves en 1893.

Ecoles élémentaires pour garçons.

Elles sont au nombre de 14 accueillant 7 217 élèves. Nous les énumérons en fonction de leur localisation :

 • Rue Archimède : Le terrain fut acheté le 21 novembre 1879 et la construction réalisée en 1881. En 1893 on y dénombrait 480 élèves. Directeur : Monsieur Lerat.

• Rue des Arts : Les terrains appartenaient au Bureau de Bienfaisance. Une partie fut cédée au département pour la construction d’une caserne de gendarmerie et le reste acheté par la ville pour y construire une école dont les travaux commencèrent en 1883. Il y avait 487 élèves ; Directeur : Monsieur Gautier.

• Rue du Bois : Construite en 1865 sur les terrains acquis en novembre et décembre 1863. Agrandie en 1873, 403 élèves ; directeur Monsieur Glaise.

• Rue Brézin : Le terrain fut donné à la ville le 6 août 1870. Les travaux commencèrent en 1876. 546 élèves ; directeur : Monsieur Faidherbe.

• Boulevard d’Halluin : Louée en 1877 par la ville à la société en participation de Monsieur Mollins. Elle fut achetée en 1878, 461 élèves ; directeur Monsieur François.

• Rue Decrême : Bâtie en 1858 sur un terrain donné à la ville par Madame Veuve Delaoutre fille d’Alexandre Decrême dont la rue porte le nom. Agrandie en 1877, 519 élèves ; directeur Monsieur Harcqz.

• Rue Delezenne : Bâtie sur un terrain acheté en 1872. Construite en 1873, 461 élèves, directeur Monsieur Somain.

• Rue du général Chanzy : Construite sur le même terrain que l’école de la rue du Moulin acheté par la ville en 1854 ; 94 élèves ; directeur Monsieur Estrabant.

• Rue d’Hem : D’abord louée par la ville par la société de Mollins. Elle fut achetée le 28 juin 1878, 418 élèves ; directeur Monsieur Dupret.

• Rue Montaigne : Le terrain fut acquis le 17 juillet 1880 et les travaux réalisés en 1881 ; 493 élèves ; directeur Monsieur Roegaux.

 • Rue du Moulin : Construite en 1867 sur l’emplacement de l’ancien hôpital qui avait été lui-même installé dans une ancienne filature dès 1847. L’immeuble avait été acheté par la ville le 8 mai 1854, 537 élèves, directeur Monsieur Dazin.

• Rue Pierre de Roubaix : Construite par une société en participation, elle fut d’abord louée par la ville en 1877 et achetée par celle-ci le 28 juin 1878, 752 élèves, directeur Monsieur Leroy.

• Rue Saint Vincent de Paul : Erigée en 1862 sur des terrains acquis le 29 novembre 1851, 426 élèves ; directeur Monsieur Crinon.

• Rue Ternaux : Les terrains furent achetés le 15 septembre 1864 et un échange partiel avec un propriétaire voisin permit une meilleure orientation de cette école dont l’entrée était d’abord prévue rue de la Paix, 551 élèves ; directeur : Monsieur Isauré.

• Rue Turgot : Construite par la Compagnie Desclée qui alimentait la ville en gaz d’éclairage, elle fut cédée à la Municipalité le 29 juin 1869 en échange d’un tronçon de rue qui traversait l’usine, 643 élèves, directeur : Monsieur Gaillard.

 Toutes ces écoles, sauf celles rue Archimède et Decrême organisaient des cours pour adultes qui étaient fréquentés en 1893 par 828 élèves.

 Ecoles élémentaires pour filles.

On en compte 12, recevant 4474 élèves

 • Rue des Anges : Les terrains furent achetés en septembre 1872 et les travaux débutèrent en 1876, 620 élèves ; directrice : Mademoiselle Baurain.

 • Rue du Coq Français : Louée à la société de Mollins en 1877, elle fut achetée en 1878, 415 élèves ; directrice : Madame Chevaucherie.

 • Rue du général Chanzy : Même terrain que celui de l’école de la rue du Moulin, 101 élèves ; Directrice : Mademoiselle Roussiez.

 • Rue de l’Hommelet : Construite en même temps que l’école de garçons de la rue Ternaux sur des terrains acquis en 1864, 507 élèves ; directrice : Madame Pfanmatter.

 • Rue de Naples : Le terrain fut acheté par adjudication publique le 30 septembre 1880. La construction fut réalisée en 1881, 265 élèves ; Directrice : Madame Velu.

 • Rue du Pile : Erigée par la société de Mollins, elle fut louée en 1877 par la ville pour être achetée en 1878 ; 362 élèves ; directrice mademoiselle Detille.

 • Rue Pellart : Le terrain fut donné par Madame Lefebvre-Ducateau le 2 novembre 1867. En 1893, elle est dirigée par des religieuses bien que rentrant dans la catégorie des écoles communales. Elle compte 275 élèves ; Directrice Sœur Darqué.

 • Rue Olivier de Serres : elle avait été construite par la Société en participation de Mollins. Louée par la ville en 1877 et achetée en 1878, 345 élèves ; Directrice Mademoiselle Christians.

 • Rue de Soubise : Construite en 1880 sur un terrain acheté le 24 juin 1845, 127 élèves Directrice Madame Obin.

 • Rue Saint Antoine : Construite en 1845 sur un terrain donné à la ville par Madame Delaoutre, agrandie en 1863 et 1868, 620 élèves ; Directrice Madame Vilbert.

 • Rue Saint Vincent de Paul : Construite sur des terrains achetés par la ville le 20 novembre 1861, ouverte en 1863, agrandie en 1875. En fait son entrée était située rue de Blanchemaille, 432 élèves ; Directrice Madame Detille.

 Les écoles maternelles

Parfois attenantes aux écoles de filles, elles accueillaient les enfants trop jeunes pour fréquenter les écoles primaires. On en comptait 12 :

 rue des Anges,

 • rue de Blanchemaille,

 • rue de Condé,

 • rue de Flandre,

 • rue de l’Industrie,

 • rue de l’Hommelet,

 • rue Pascal,

 • rue de Rome,

 • rue Pierre de Roubaix,

 • rue Sainte Elisabeth,

 • boulevard de Strasbourg,

 • rue Watt.

 En 1893, elles avaient reçu 4538 enfants dont 2283 garçons et 2255 filles.

Des cours de coupe, couture et assemblage étaient donnés dans 8 écoles de filles. On y comptait en 1893, 1612 élèves. Un diplôme de coupe pouvait être obtenu en fin d’année scolaire. 82 jeunes filles s’y étaient présentées en 1893 et 67 avaient obtenu le diplôme.

Des cours communaux du soir étaient organisés pour les enfants travaillant dans les manufactures dans deux écoles de garçons : rue Decrême et rue Brézin et dans quatre écoles de filles : rue Olivier de Serres, rue des Anges, rue Sainte Elisabeth et rue Saint Vincent de Paul.

 L’enseignement privé

Il était également très bien représenté. L’institution libre de Notre-Dame des Victoires qui avait déménagé ses locaux de la rue du collège en 1893 pour s’installer rue Notre-Dame des Victoires accueillait 485 élèves. Son directeur était Monsieur l’abbé Chabé.

Les écoles primaires d’enseignement privé pour garçons étaient au nombre de 8 dont une école libre laïque située rue Bell qui recevaient 407 élèves et 7 écoles libres catholiques dirigées par les Frères des Ecoles Chrétiennes installées : rue du Tilleul (actuellement rue Jules Guesde) avec 541 élèves ; rue de la Paix, 407 élèves ; rue d’Alsace : 420 élèves ; rue Rollin : 412 élèves ; rue Bourdaloue : 424 élèves ; boulevard de Strasbourg : 396 élèves et rue de Crouy : 170 élèves.

Pour les filles, 20 écoles privées ayant presque toutes des classes maternelles recevaient les enfants roubaisiens. Elles étaient toutes dirigées par des religieuses.

Ecole des Sœurs de la Sagesse : boulevard de Mulhouse, 395 élèves ; rue de la Sagesse : 168 élèves ; rue Pigalle : 195 élèves ; rue du général Chanzy : 154 élèves ; rue de la Redoute : 167 élèves ; rue Pellart prolongée : 91 élèves ; rue Sainte Elisabeth : 762 élèves ; place Sainte Elisabeth : 142 élèves ; rue d’Inkerman : 447 élèves ; rue de la Chaussée : 429 élèves ; rue Saint Louis : 520 élèves  et rue Richelieu 70 élèves.

Ecoles des Dames de la Sainte Union ; rue du Vieil Abreuvoir : 165 élèves ; rue de l’Espérance : 58 élèves ; rue du Collège : 23 élèves ; rue Salomon de Caus : 67 élèves et rue des Fabricants : 25 élèves.

Ecole des Sœurs Clarisses : rue de Wasquehal : 308 élèves.

Ecole des Sœurs Carmélites : 593 élèves.

A ces chiffres qui sont ceux des élèves de l’enseignement primaire s’ajoutaient 3825 élèves (1708 garçons et 2177 filles) fréquentant les classes maternelles de ces différentes écoles privées de filles.

 

Telle est la physionomie scolaire de Roubaix il y a cent ans, une organisation importante accueillant des milliers d’enfants de tous âges, s’efforçant de leur inculquer le savoir et l’éducation afin de leur permettre d’affronter les difficultés de l’existence. C’était l’école de nos grands-parents.

Edmond Derreumaux

Président de la Société d’Emulation de 1993 à 1996

L’école Blaise Pascal

Au cours du 19e siècle, l’éducation des enfants devient peu à peu une préoccupation majeure de la société française. A Roubaix, la construction de nos écoles jalonne l’histoire de notre ville et l’éducation de nos jeunes Roubaisiens devient un souci constant pour les municipalités successives.

Cette nouvelle rubrique nous emmènera flâner à travers la ville sur les traces de ces bâtiments qui ont tant marqué la jeunesse de nos concitoyens.

Arrêtons-nous cette fois-ci rue des Anges, devant l’école Blaise Pascal. Malgré les nombreux aménagements et la disparition des jardins, les trois bâtiments primitifs ont été préservés et forment aujourd’hui encore, un très bel ensemble d’architecture scolaire, fonctionnel et hygiéniste, de la fin du 19e siècle.

Son histoire commence par un rapport de la Commission des Ecoles qui constate l’absence de lieux scolaires dans le quartier du Fontenoy. Pour y remédier, la municipalité roubaisienne achète en 1872 à Monsieur Flipo-Meurisse, un terrain d’une superficie de 2.770 m², situé entre la rue des Anges et de la Guinguette. Jusque-là, les enfants pouvaient aller à l’école de la rue Turgot qui était assez éloignée. Les parents hésitaient souvent à les y envoyer car les chemins étaient difficiles et peu praticables notamment en hiver. A cette époque, la ville de Roubaix est confrontée à deux problèmes qui ralentissent la scolarisation des enfants. D’une part, l’importance de sa croissance démographique nécessite la construction de nouveaux groupes scolaires. Or, les moyens de financement n’existent pas. Il faut attendre 1870 pour que la ville de Roubaix soit autorisée par l’Etat à prélever des taxes d’octroi sur certains produits entrant dans la ville. D’autre part, il faut inciter les familles à envoyer leurs enfants à l’école car si celle-ci est gratuite, elle n’est pas encore obligatoire.

Un premier projet est établi. La Commission des Ecoles Publiques, après avis du Conseil Académique qui demande certaines modifications, visite le groupe scolaire de la rue de Soubise, présenté comme le type même des nouvelles écoles à construire à Roubaix et dont les plans sont approuvés par la Commission Départementale des Bâtiments Civils. La Commission demande alors au Conseil Municipal de Roubaix, d’abandonner ce premier projet « d’une part, la hauteur présente des inconvénients graves en temps ordinaire et surtout en cas d’incendie et d’autre part qu’il ne convient pas d’agglomérer sur un même point une aussi grande quantité d’enfants et qu’il est préférable de construire un plus grand nombre d’écoles plus petites, même si la dépense doit en être augmentée, de manière à donner aux familles toute possibilité d’y envoyer leurs enfants et à placer ces enfants eux-mêmes dans des conditions plus hygiéniques. » (AM Rx MIVc7 – Commission des Ecoles Publiques, rapporteur M. Leclercq-Mulliez)

Le second projet est mené par J. Bte Godey, Directeur des Travaux de la Ville de Roubaix puis Henri Deniau, son successeur. Il concerne la construction de deux écoles avec le même budget. L’une, située rue des Anges, comprend une école, un asile, une crèche et un bâtiment d’habitation pour douze institutrices religieuses et une école de garçons, rue de Brézin, avec une maison d’habitation pour un directeur laïc.

La façade principale rue des Anges déploie une belle symétrie sur 49 mètres de large. Les deux bâtiments en front à rue, sur trois niveaux d’élévation, sont agrémentés de superbes frontons représentant les armes de la ville entourées des symboles de l’instruction. L’habitation des institutrices est conçue pour une communauté religieuse. L’entrée à gauche donne sur un large couloir qui mène au parloir, une salle de travail, l’escalier et une grande cuisine avec une relaverie, puis un grand réfectoire. A l’étage la disposition est la même mais on y trouve l’infirmerie, une salle d’exercice, un dortoir pour 12 sœurs, une chambre pour la mère supérieure et une lingerie. Un jardin de 140 m² complète l’organisation de l’habitation.

La crèche dont l’entrée se fait par l’allée de droite comprend un corridor, une grande cuisine, le pouponnat avec la pharmacie et des lavabos, un large escalier, un petit parloir, une salle d’allaitement, une salle des berceaux pour 24 enfants et le jardin pourvu d’une galerie permettant de sortir les enfants à l’ombre. A l’étage se situent un dortoir pour quatre bonnes, un grand ouvroir et une lingerie. Les deux bâtiments ont des caves pourvues chacune d’une grande citerne qui récupèrent les eaux de pluie utilisées pour le lavage des locaux et du linge.

L’asile (Ecole maternelle) est au rez-de-chaussée du bâtiment arrière. Il est composé de deux grandes salles, largement éclairées et aérées par de larges et hautes baies de part et d’autre du bâtiment. Elles sont munies, suivant l’usage de l’époque, de gradins, de bancs et de portemanteaux. L’école comprend six classes au premier étage. Elles sont prévues pour 50 élèves, au plus 58 grâce aux nouvelles tables à deux élèves adoptées récemment par l’administration municipale. Très hautes de plafond pour donner un volume d’air suffisant à chaque élève, elles sont munies de nombreuses baies sur les deux façades ce qui donne d’excellentes conditions d’aération et d’éclairage bénéfique à la santé des élèves. Les galeries métalliques, soutenues par de fines et harmonieuses colonnes superposées en fonte courent le long de la façade et permettent une bonne circulation des élèves tout en protégeant des intempéries.

Les cours de récréation sont entourées de trottoirs. Elles sont pavées et plantées d’arbres ce qui permet aux élèves de s’ébattre agréablement au grand air.

On ne peut qu’être impressionné ici par le soin apporté à la construction, le souci de la qualité des matériaux, la fonctionnalité rationnelle des bâtiments mais aussi tout le processus de réflexion sur l’hygiène et le bien-être des élèves qui en fait un modèle éducatif de modernité et de mieux être social de cette époque.

Le groupe scolaire de la rue des Anges ouvre le 9 avril 1877. En 1882, les écoles publiques de filles de Roubaix sont laïcisées. Leur maison est transformée en appartements pour les directrices de l’école primaire et de l’école maternelle.

L’école est un lieu d’apprentissage et répond aux besoins spécifiques des habitants du quartier. Des cours communaux du soir sont organisés de 18 à 19 heures 30 pour les enfants des manufactures tous les jours sauf les lundi et jeudi. Un cours de coupe, de couture et d’assemblage fonctionne les mardi, mercredi et jeudi de 19 à 21 heures pour les jeunes filles intéressées après leur travail.

Marie-Thérèse DECLERCQ (1925 – 2006) : « La Dame des Anges »

Née le 10 août 1925 à Roubaix, Marie-Thérèse Declercq entre à l’Ecole Normale de Douai où elle suit la formation professionnelle pour devenir institutrice de 1947 à 1948. Elle est ensuite nommée institutrice à l’école maternelle de la rue des Anges dans ce quartier ouvrier de Roubaix où elle enseigne à des enfants essentiellement issus de l’immigration. Elle y deviendra directrice de l’école maternelle de 1954 à 1959. Dès le début de sa carrière, elle aura à cœur de défendre les enseignants mais aussi les élèves. Son action auprès des enfants lui vaudra d’ailleurs le surnom de « Dame des Anges » par un père d’élève d’origine algérienne.

Tout au long de ces années, elle aura l’occasion de prouver tout son intérêt pour l’Ecole publique et c’est cette conviction pour la défense de la laïcité qui l’amènera tout naturellement à s’investir dans le syndicat national des instituteurs (SNI) dès 1950, elle avait alors 25 ans. C’est en 1959 que son engagement pour le service public de l’Education nationale prendra tout son ampleur notamment lorsqu’elle choisira de s’investir dans le secteur social. C’est ainsi qu’elle est mise à disposition pour la section MGEN de Lille et devient directrice adjointe en septembre 1959. Dans le même temps, elle entreprend une formation d’assistante sociale qu’elle réussira brillamment ce qui lui permettra de créer à la section MGEN du Nord le « Service social secteur Nord » puis le « Service d’aide ménagère ».

Mais son engagement ne s’arrêtera pas là. Femme de conviction, elle mettra son militantisme au service de l’ADOSEN du Nord (à l’époque Association des donneurs de sang de l’Education nationale) ainsi qu’à la section APAJH du Nord (Association pour les jeunes en situation de handicap). Elue au conseil d’administration national de la MGEN de 1967 à 1977 elle deviendra responsable du service social du siège national de 1970 à 1977. Elle consacrera également son temps à s’occuper de personnes en situation de handicap dans l’établissement MGEN de la Ménaudière.

Le 28 juillet 1971, le Ministère de l’Education nationale reconnaîtra ses mérites et récompensera son engagement social en la nommant « Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques ».

Elle quitte Paris et réintègre le département du Nord en septembre 1977 pour se rapprocher et s’occuper de ses parents malades et se verra confier la direction du futur « Centre de santé mentale » de Lille qui ouvrira en mai 1978. Elle en assurera la direction jusqu’en 1983, date à laquelle elle fera valoir ses droits à la retraite.

Marie-Thérèse Declercq s’éteint le 14 janvier 2006. Une foule nombreuse de sympathisants MGEN et de l’Education nationale viennent rendre le 20 janvier dernier un dernier hommage à celle qui laisse derrière elle le souvenir d’une militante généreuse et tolérante dont le seul souci était le bien-être des autres.

Sources :

Archives personnelles de la famille Michel et Francine Declercq – Roubaix

Martine Dromby, Directrice de la section MGEN du Nord, Animatrice Nationale

Archives de la Société d’Emulation de Roubaix